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Vendredi 26 août 2005 5 26 08 2005 00:00

 

 

     L'ANNEE DU BAC

 

Je m’appelle Alex, je passe mon bac en juin et j’accumule les catastrophes. Quelque fois, sans que tu en connaisses les raisons, la chance te quitte. T’es là, t’es peinard avec ta copine et tes potes, tu demandes rien à personne et subitement, tout fout le camp, tu te retrouves dans une galère que t’aurais même pas imaginée.

Je vous raconte…………………….

Les bus ont déversé leurs lots quotidiens de lycéens et Comme tous les matins à cette heure, le bar est bondé. Certains sont déjà en pleine forme, ils rient, font des plaisanteries, parlent forts, d’autres semblent endormis et somnolent encore la tête baissée devant un café qui refroidit. Coincé dans l’angle, près de la baie vitrée, j’occupe ma place habituelle en attendant Elodie, elle ne va pas tarder.

A côté de moi, Seb mon pote et sa copine Armande discutent à propos du dernier devoir de philo. Ils ne sont pas d’accord, comme d’habitude, Seb est plutôt écolo-gauchiste et Armande subit encore l’empreinte de sa famille bourgeoise. Moi, ça

m’amuse plutôt de les voir se chamailler, surtout que ça se termine toujours de la même façon, par de gros câlins.

--- Je me demande ce que fait Elodie ? Dis-je, en regardant Seb.

--- Elle a peut-être raté son bus répond Armande.

--- Possible, mais d’habitude, elle est là avant moi, elle regarde ses cours en m’attendant.

--- un problème ? Demande Seb.

--- Pas du tout, tout baigne.

Mais qu’est ce qu’elle fout ! Ca m’énerve, je me relève de ma chaise, tend le cou à gauche puis à droite, fais du slalom du regard. Rien.

--- Tu vas pas nous faire une crise ! Dit Seb, elle est pas perdue.

--- Ah ! fais pas chier Seb

J’avale ma tasse de café d’un coup et quitte le bar. Dehors, sur le trottoir, je regarde une dernière fois, personne. Merde, en plus il se met à pleuvoir ! Je m’abrite et compose son numéro de téléphone, ça sonne mais personne ne répond

Je me retrouve seul en cours, ça me fait tout bizarre, le prof de math me demande : " Elodie est absente ? ". Je réponds : " Oui ". Simplement.

A midi, Seb bouscule tout le monde et me rattrape dans les couloirs.

--- Tu viens avec nous, on va chez le "Turc ", me dit-il, Armande a envie d’un Kebab ?

--- O.K. je viens avec vous.

Je suis plutôt content que Seb me demande de les accompagner, lui et Armande, car j’aurais pas arrêté de ruminer et j’aurais rien bouffé.

Chez le " Turc ", le temps passe vite, Seb et Armande s’accrochent à nouveau. Après son bac, Seb, qui joue dans une petite troupe de théâtre amateur, veut se consacrer à la comédie. Ce n’est pas du tout du goût d’Armande qui voudrait le voir faire une école d’ingénieur.

--- Et si on se met ensemble et qu’on a des enfants, dit Armande c’est avec ton cachet de comédien que tu comptes les nourrir ?

--- Tu me parles d’enfants alors qu’on est ensemble depuis six mois, dit Seb.

--- Ah ! Parce que t’as l’intention de me laisser tomber et c’est toi qui …

La sonnerie de mon téléphone interrompt leur conversation. C’est la mère d’Elodie, elle me demande de passer chez elle ce soir, après les cours, elle va tout m’expliquer.

Ce coup de téléphone m’a complètement déstabilisé, j’ai assisté à tous les cours de l’après-midi, comme un automate, j’ai rien compris. Je me suis inventé une quantité de scenari, tous plus loufoques les uns que les autres. Quand je l’ai imaginé prisonnière des Martiens où des aliènes, je me suis dit : " Arrête tes conneries, tu vas te retrouver à l’asile ". En dernière heure, on avait ’’anglais’’, comme tous les mardis je me suis installé à côté de Judith, sa copine. Elle non plus ne s’explique pas l’absence d’Elodie.

L’appartement de la famille d’Elodie se situe dans une petite rue du quatorzième arrondissement, je m’y rends, cherche son nom au-dessus des boutons et sonne.

--- Montez ! Je vous attends, dit une voix à l’intonation triste.

Il n’y a pas d’ascenseur, alors j’avale les trois étages d’un coup et me retrouve face à la mère d’Elodie, un peu essoufflé.

--- Bonjour Alex, dit-elle, entrez.

Je n’ai jamais vu la mère d’Elodie et je me sens mal à l’aise, j’en suis sûr, elle a pleuré, ses yeux sont rouges et elle semble abattue. Elle me désigne un fauteuil en cuir et me prie de prendre place. Je m’écroule au fond, je me sens rapetissé et la regarde attendant une explication.

--- Ce n’est pas la première fois que ma fille disparaît dit-elle, mais habituellement, je sais où elle est, elle est chez son père. Par contre aujourd’hui, elle n’y est pas, et pour cause, vous voulez savoir avec qui elle est actuellement ?

--- Aucune idée, mais cela m’intéresse beaucoup, dis-je

Elle se dirige vers le bar, sort une bouteille et me verse un cognac,

--- Tenez, dit-elle, buvez ça vous en aurez besoin,

Elle laisse un temps mort et ajoute :

--- Elle est tout simplement partie avec mon ami !

Je me redresse d’un bond du fauteuil, je la regarde l’air ahuri, mes yeux sortent de leurs orbites et je lève la tête dans l’attente d’autres explications.

--- Non, non, dis-je, c’est pas possible, pas elle ! Ca me surprend

--- Et moi, vous croyez que ça ne me surprend pas ! Dit-elle.

Je dois donner quelques explications au sujet de la mère d’Elodie. Elle a eu sa fille alors qu’elle était encore lycéenne elle n’avait pas dix-huit ans. Un rapide calcul permet de déterminer son âge : trente six ans. C’est jeune, d’autant plus qu’elle ne les fait pas. Ca, Elodie ne me l’a pas dit, ni qu’elle est une ancienne mannequin. Depuis cinq ans, elle vit avec un photographe, celui justement qui est parti avec Elodie. Moi, je tombe des nues, je suis amoureux d’Elodie, et je me sens trahi, déconcerté, perdu.

La mère d’Elodie s’est assise sur le canapé, elle penche la tête et ses longs cheveux blonds cachent son visage. Je ne dis rien, je n’ose pas rompre le lourd silence qui s’est installé. Dehors, les voitures klaxonnent et des motos passent bruyamment. C’est drôle, d’habitude je n’entends rien de ce qui se passe dans la rue.

--- J’en ai rien à foutre de Benoît, (c’est le nom du photographe) c’est un coureur doublé d’un fainéant dit la mère d’Elodie, de toutes façons j’allais le plaquer, mais je me fais du souci pour Elodie. Ce salaud qui séduit ma fille ! J’aurais dû m’en douter, à voir comme il la regardait.

Moi, je suis toujours au fond de ce fauteuil douillet, je termine mon verre de cognac.

--- Je vous en verse un autre ? Demande la mère d’Elodie tenant déjà la bouteille de cognac à la main.

--- Je réponds, oui madame.

--- Appelez-moi Sylvie dit-elle, madame ça me vieilli.

Je réponds, oui, puis elle se dirige vers une commode et ouvre un tiroir. Elle sort un gros album photo, le pose sur le canapé et se verse un verre de cognac.

--- Venez dit-elle, je vais vous montrer des photos d’Elodie quand elle était

petite.

Je me lève de mon fauteuil et m’assied dans le canapé, à côté d’elle. Les premières photos montrent Elodie bébé, les suivantes, la montre dans un trotteur apprenant à marcher et plus loin elle joue au ballon sur la plage à Sainte Maxime. Ici, c’est son anniversaire, elle a douze ans.

--- Tu trouves pas qu’elle était belle ma fille ? Dit Sylvie, qui pour la première fois emploie le tutoiement.

--- Pourquoi elle était, dis-je, elle est toujours aussi belle !

J’allais dire : "  c’est normal quand on voit la maman ", mais je n’ai pas osé et nous avons continué à parcourir l’album, ainsi j’ai vu le père d’Elodie qui, à en juger par la photo, semblait à peine plus âgé que moi.

--- Ah ! Quel salaud ce Benoît ! Je le haïs, dit-elle.

Elle se relève, se ressert un grand cognac et, sans me demander mon avis m’en verse un aussi. C’est déjà mon troisième et j’ai pas l’habitude.

--- Quand on a de gros soucis dit-elle, rien de mieux qu’un petit verre, c’est pas dangereux et ça fait oublier !

--- Aller Alex, à ta santé ! Dit-elle en cognant son verre contre le mien.

On avale nos verres presque d’une traite. Sylvie se lève, elle titube légèrement, va dans une autre pièce et revient avec une pile de magasines qu’elle pose sur le canapé.

--- Regarde Alex ! Me dit-elle

Elle me montre des photos d’elle posant pour des vêtements divers, des pulls, des jupes, des chemisiers et même des sous-vêtements.

--- En ce temps-là, Elodie ne m’apportait que des satisfactions, dit-elle, on était comme deux vrais copines.

L’alcool commence à faire son effet, je ne suis pas ivre, mais la tête me tourne un peu, et quand Sylvie me reverse un autre verre, je lui dis que c’est suffisant, que je ne pourrai pas retourner chez moi.

--- C’est pas grave dit-elle, il y a de la place chez moi, tu dormiras ici.

Sylvie se relève du canapé, heurtent les magasines qui tombent à terre et se penche pour attraper son verre. Comme il est vide, elle s’en reverse un autre, penche sa tête en arrière et avale tout, cul sec ! Elle reste debout, puis tangue de tous côtés et s’affale sur le canapé. Tout en longueur, sa tête sur mes genoux. C’est la première fois que je vois son visage de si près, il est magnifique, elle tourne la tête vers moi et sourit.

--- Ca t’embête pas que je mette ma tête sur tes genoux ? Me dit-elle.

Je réponds que non, et c’est vrai, ça ne me gêne pas. Comme ses cheveux sont tout en désordre sur sa figure, je dégage son visage en replaçant les mèches sur le côté.

--- Comme tu as les mains douces ! Dit-elle.

Rien de méchant, c’est gentil de sa part.

--- Et moi, dit-elle j’ai la peau douce aussi ?

--- Je ne sais pas, lui dis-je surpris de sa question.

--- Regarde, tu le sauras, Dit-elle.

Elle prend ma main et la pose sur son cou puis la recouvre de son autre main. Etonné, je me demande ce qui m’arrive ! Quel jeu joue-t-elle ? Elle a quand même pas l’intention de passer la nuit avec le copain de sa fille ? Je ne comprends rien à ce qui m’arrive aujourd’hui, en plus j’ai pas les idées très claires. Elle se relève du canapé. Enfin, je me sens soulagé et me lève aussi pour lui dire que je dois y aller mais avec l’alcool je perds l’équilibre et retombe sur le canapé. C’est alors qu’elle se laisse tomber sur moi, me prend dans ses bras et m’embrasse avec fougue… Je passe un coup de fil à mes parents pour leur dire que je ne rentrerai pas, que je passe la nuit chez un copain.

 

Ca fait deux mois aujourd’hui qu’Elodie est partie et que sa mère l’a remplacée. J’ai rien dit à Seb et Armande, c’est pas leurs affaires et je crains leurs remarques. Ce qui est important, c’est que je sois heureux, et je le suis avec Sylvie, grâce à elle j’ai appris des choses en amour, une sorte de méthode accélérée. Le plus difficile, c’est pour cacher cette relation à mes parents, je suis toujours obligé de mentir et d’inventer des trucs, ça devient lassant.

Le prof de math est malade, c’est un peu con, on est à un mois du bac. Par contre, ça tombe à pic, je vais pouvoir aller chercher Sylvie à son boulot, elle s’occupe de la rubrique ’’ mode’’ d’un magasine.

J’arrive à l’accueil de l’immeuble où elle travaille et demande les bureaux de sa société. Ils sont situés au quatrième étage, je m’y rends. Dans le couloir, je rencontre une employée les bras encombrés de documents, je lui demande le bureau de madame klein, elle me montre une porte bleue, pointe son doigt et dit : " C’est là ". Croyant que cette porte ouvrait sur un couloir, je l’ouvre sans frapper et entre. Le spectacle que je découvre me pétrifie, Sylvie est là, assise à son bureau, enlacé par un homme dont je ne vois pas le visage. Ils s’embrassent et ne se sont même pas rendu compte de ma présence. Je sors discrètement, meurtri et blessé, je rentre chez moi, me lance sur mon lit et me mets à pleurer. Sylvie était une erreur.

Les épreuves du bac arrivent, je pense avoir des chances, je suis bon en philo, en langues et moyen en math. Mais, j’ai plus la tête aux études, je me sens indifférent à tout, j’ai même plus envie d’aller au club photo. Je passe les épreuves comme prévu, je doute….

Les résultats tombent, merde, je suis recalé, même pas le rattrapage. Quelle année ! Surtout que Seb et Armande sont reçus, moi j’ai l’air con.

J’ai pas beaucoup de tunes, mais je veux partir… seul. Ma destination : le sud de la France. J’ai besoin de changer d’air, de voir d’autres gens et envie de faire de la photo de paysages car ici, j’ai l’impression d’étouffer. J’ai un bon sac à dos, une petite tente deux places… A nous la liberté.

Je descends du train à Valence, le soleil baigne la gare de ses rayons brûlants, pas un nuage. Mon sac à dos est un peu lourd, mais je vais m’y faire, c’est le même problème à chaque fois et après quelques jours, je n’y pense plus. Avec ces paysages idylliques, le beau temps et tous ces gens heureux autour de moi, je me sens bien, je revis. Je sens que je vais m’éclater avec mon appareil photo, en rentrant à Paris, les gars du club vont être épatés.

Je longe une rivière d’importance moyenne dont j’ignore le nom, mais ce n’est pas important. Un pont composé de plusieurs arches l’enjambe et je veux me rendre sur la rive opposée pour tirer quelques clichés. L’endroit est désert, ce qui par cette chaleur épouvantable, est compréhensible. Sur la droite du pont, un couple de touristes d’un certain âge se reposent. La femme est debout et regarde une carte, l’homme est assis sur le muret, le dos face au vide. Quand j’arrive à leur hauteur, la femme m’interpelle.

--- Eh ! Je vous reconnais, dit-elle, c’est vous qui avez dérobé le portefeuille de mon mari hier sur le marché !

--- Vous faites erreur, madame, lui dis-je, hier j’étais encore à Paris.

--- Non ! Non ! C’est vous, je vous reconnais, j’en suis sûre, vous êtes un voleur !

--- Mais madame, puisque je vous dis qu’hier je n’étais pas ici.

--- Vous mentez ! Voleur ! Dit-elle.

--- Je vous reconnais aussi, dit l’homme d’un ton agressif ! C’est vous !

Je me rapproche pour m’expliquer mais l’homme commence à crier, il me désigne du doigt en me traitant de voleur, son visage devient rouge de rage, ses veines semblent sortir de son cou, il hurle.

--- Mais arrêtez ! Dis-je, vous êtes cinglés tous les deux, puisque je vous dis qu’hier j’étais à Paris, je suis arrivé ici ce matin, c’est pourtant simple !

--- Menteur ! Voleur ! Salaud ! Dit l’homme en hurlant de toutes ses forces.

L’homme redouble de rage, me somme de lui rendre son portefeuille, serre ses poings, ses veines gonflent, son cou devient violet. Il s’apprête à me jeter une nouvelle salve d’insultes quand subitement il perd l’équilibre, son corps part à l’arrière, dans le vide. Je me précipite sur lui pour le rattraper par les jambes, j’arrive à l’agripper par une chaussure mais l’homme est lourd et je ne parviens pas maintenir ma prise. L’homme tombe dans le vide.

--- Assassin ! Dit la femme, vous avez jeté mon mari par-dessus le pont. Elle s’approche du muret pour regarder en bas, mais ne voit rien. Je me penche à mon tour et aperçois l’homme, une vingtaine de mètres plus bas, immobile, allongé face contre terre.

--- Assassin ! Assassin ! Répète-t-elle, vous l’avez jeté dans le vide, je vais le dire à la police !

--- Mais arrêtez ! Dis-je, vous êtes complètement folle, il faut appeler des secours, au lieu de vous acharner sur moi.

N’écoutant que ma conscience, j’ôte mon sac à dos et cours à toutes jambes vers l’extrémité du pont pour porter secours à ce malheureux imbécile. La femme continue de crier "au secours, à l’assassin " ! J’arrive devant l’homme tout essoufflé, je me penche sur lui, il ne bouge pas. Je lui demande s’il m’entend mais n’obtiens aucune réponse. Je n’ai jamais été confronté à la mort, et

L’idée me traverse l’esprit que l’homme est peut-être mort. Mon corps se glace, je commence à trembler et à paniquer. Que faire en pareille situation ? Et s’il n’est pas vraiment mort ? Dois-je tenter le bouche à bouche ou le massage cardiaque ? Je ne sais que faire. Mais, attiré par les cris de la femme, d’autres personnes arrivent sur les lieux. Un homme arrive en courant, examine le malheureux, le retourne, lui prend le pouls, regarde ses yeux et tourne sa tête de gauche à droite.

--- On ne peut plus rien pour lui, dit l’homme, il s’est fracturé les cervicales.

Puis, se retournant vers moi, il demande :

--- Vous êtes de la famille ?

--- Non réponds dis-je, je passais sur le pont.

L’homme sort son portable, appelle la gendarmerie et demande aux autres personnes de ne pas bouger le corps. D’autres personnes arrivent ainsi que l’épouse du malheureux. Elle se jette sur son mari et se met à pleurer. Puis, subitement elle se relève en furie et, me désignant du doigt, elle dit :

--- C’est lui qui à jeté mon mari par-dessus le pont ! C’est un assassin, il faut l’arrêter !

--- Mais vous êtes folle dis-je, au contraire, j’ai tenté de le retenir.

--- Non c’est lui, dit la femme, il a même volé le portefeuille de mon mari !

Je sens que la vieille va me créer des ennuis… Dans l’immédiat, je dois récupérer mon sac à dos qui est resté sur le pont. Pendant ce temps, les gendarmes arrivent sur les lieux suivis d’une ambulance. La femme se précipite aussitôt sur eux, me désigne du doigt sur le pont. Deux gendarmes se précipitent à ma rencontre, je les laisse venir, je n’ai rien à me reprocher.

--- L’épouse de l’homme qui est tombé du pont vous accuse dit un gendarme.

--- Oui, je sais dis-je, elle est complètement folle, elle prétend aussi que j’ai volé le portefeuille de son mari.

--- Nous verrons ça à la gendarmerie dit-il.

L’ambulance a transporté l’homme et sa femme, les gendarmes sont encore restés, ont pris des mesures, effectués des recherches et m’ont demandé de les accompagner à la gendarmerie. Rapidement, ils passent à l’interrogatoire.

--- Madame Lebrun, prétend que vous avez volé le portefeuille de son mari et que vous refusiez de lui rendre. Il s’ensuivit une dispute qui dégénéra en affrontement au court duquel vous avez jeté monsieur Lebrun par-dessus le pont, confirmez-vous cette version ?

--- Absolument pas dis-je c’est faut, je ne connais pas ces personnes, dis-je.

--- Vous n’avez pas besoin de les connaître pour leur voler leur argent, dit-il. Et il ajoute :

--- Vous ne niez pas votre dispute sur le pont avec Monsieur Lebrun, des témoins ont entendu votre dispute ?

--- Je ne nie pas ma dispute, je marchais tranquillement sur le pont quand ce couple m’a agressé verbalement.

--- Vous voulez dire, quand le couple a reconnu la personne qui leur a volé leur argent. Vous étiez démasqué, vous vous êtes chamaillés, vous avez poussé monsieur Lebrun par-dessus le muret, mais vous ne l’avez pas fait avec intention de le tuer, c’est bien ça ? En vérité, vous n’aviez pas intention de tuer.

--- Non ! Dis-je, Monsieur Lebrun est tombé tout seul, il a fait un malaise et je me suis précipité sur lui pour le retenir, pas pour le pousser.

--- Ce n’est pas la version de son épouse, dit le gendarme.

L’interrogatoire se poursuit, ils ont la conviction que j’ai poussé monsieur Lebrun pour l’empêcher de parler. Madame Lebrun avait même ajouté qu’elle aussi je l’aurais jeté par-dessus le pont si elle ne s’était pas sauvée. Mais, j’ai un autre élément contre moi, le fait d’être retourné chercher mon sac à dos, constitue pour eux la preuve que je m’apprêtais à fuir. Ils me demandent si une personne peut témoigner de ma Présence à Paris hier. Je leur propose d’appeler mes parents. Là encore, le sort s’acharne contre moi, ils ne sont pas chez eux. Les gendarmes essaient sur leur portable mais là encore aucune réponse. Je deviens pour eux, le coupable idéal. Ils me retirent ceinture et lacets, mettent mes affaires de côté et me placent en cellule. Elle fait une quinzaine de mètres carrés fermée par une porte épaisse et ajourée dans sa partie haute. A l’intérieur, un banc en bois occupe les deux murs de chaque côté. Je ne suis pas seul, un homme est assis tout au bout les bras croisés, il semble dormir, mais en fait, il est complètement ivre. Une personne m’apporte à manger, c’est plus que dégueulasse et je n’y touche pas. Une heure plus tard, ils viennent me chercher pour un nouvel interrogatoire. Ils me posent toujours les mêmes questions et je leur donne les mêmes réponses. Ils deviennent de plus en plus agressifs et menacent de me faire parler par la force. Je dis que j’ai droit d’avoir un avocat, à quoi ils répondent qu’ils n’ont pas compris ma question. A minuit, ils me remettent en cellule, je n’arrive pas à dormir et l’homme qui est avec moi a vomi sur le banc, l’odeur est insupportable. A deux heures du matin, nouvel interrogatoire, ils ont la certitude que je suis coupable, pour eux aucun doute possible. Comme je continue à nier, ils me remettent en cellule mais l’odeur de vomi me donne des hauts le cœur et l’homme n’arrête pas de râler. Malgré le manque de sommeil et la fatigue, je cherche un moyen de prouver mon innocence. Au cours de l’interrogatoire de ce matin, un gendarme me dit que je risque vingt années de prison ! Je réalise que ma situation devient dramatique et avec la fatigue due aux interrogatoires, j’ai peur de céder et d’avouer n’importe quoi pour qu’on me fiche la paix. En matinée, enfin, un avocat vient me voir. Après lui avoir expliqué mon affaire, je découvre que lui non plus ne me crois pas ; la preuve, il me conseille d’avouer. Son épouse vous à vu le pousser dans le vide ! Dit-il, vous n’avez aucune chance si nous plaidons non-coupable. Le Procureur a demandé une prolongation de ma garde à vue, je vais encore passer une nuit dans cette cellule, et après ? Je suis révolté contre cette injustice. J’ignore ce qui se passe, mes parents sont toujours injoignables. Parfois, j’ai l’impression que je fais un cauchemar et que je vais me réveiller. A midi, on m’apporte un plateau de nourriture, Je refuse de manger car je suis innocent et n’ai aucune raison d’être ici. Je passe toute la journée en cellule. L’homme qui était ivre est parti, il est remplacé par deux jeunes voleurs de voitures. Ce sont des habitués, ils crient, chantent et font du bazar, moi je me sens mal à l’aise. En soirée, nouvel interrogatoire, c’est peut-être le dixième, dix fois que je leur répète la même chose. La nuit est calme, les deux jeunes sont partis et je réussis à dormir quelques heures. Le matin, petit déjeuné, je ne mange rien ! Vers dix heures, je suis convoqué au bureau de l’adjudant. Il me prit de m’asseoir, prend une feuille imprimée d’une main, me dit qu’un fax en provenance de l’hôpital vient d’arriver et il lit : " Les résultats d’autopsie pratiquée sur la personne de monsieur Lebrun font apparaître que celui-ci est décédé d’un arrêt cardiaque … ". Il ajoute qu’aucune charge ne pèse plus contre moi et que je suis libre dès maintenant. Je n’y crois pas, est-il sérieux ou est-ce une ruse pour tester ma réaction ? Il m’a simplement dit : "  nous nous sommes trompés " puis, comme il voyait que j’attendais autre chose, comme des excuses, il ajouta : " Ca fait parti de notre métier.

J’ai récupéré mon sac à dos et, dégoûté, je suis rentré à Paris.

 

BOKAY

 

 

 

 

 

Par BOKAY
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Vendredi 26 août 2005 5 26 08 2005 00:00

   

 

Voyage dans le passé

 Nous habitons un appartement cossu situé au quatrième étage d’un immeuble du quatorzième arrondissement. C’est là que j’ai grandi avec celles que je considère comme mes sœurs mais qui en réalité sont mes cousines. Mes parents, décédés dans un accident de la route n’ont pas eu la joie de me voir grandir. C’est mon Oncle André et ma tante Marie qui m’ont recueilli et m’ont élevé. Propriétaire d’un grand magasin de vêtements, les revenus de mon Oncle sont conséquents et je n’ai jamais manqué de rien. La venue de deux filles dans leur foyer a quelque peu modifié leur comportement à mon égard, surtout celui de tante Marie. Lorsque j’étais plus petit, elle se montrait parfois méchante avec moi, mais mon oncle André est un brave homme et il prenait souvent ma défense.

Sur le même palier, habite une vieille dame, Madame Eulalie. C’est une ancienne voyante, une plaque en laiton fixée à sa porte atteste de son ancienne profession, on peut lire: " Madame Eulalie, voyante extralucide ". J’aime beaucoup cette vielle dame, elle est très sympathique et m’attire par son côté mystérieux et sa grande connaissance des sciences occultes. Des jambes douloureuses ne lui permettant plus de descendre les quatre étages, j’ai pris l’habitude de lui faire quelques courses et en échange, elle me glisse un billet ou quelques pièces dans la main, c’est toujours appréciable lorsque l’on est lycéen…

Ce jeudi de décembre, je sonne à sa porte.

--- Entre petit !

Comme chaque semaine, je dépose ses courses sur la grande table encombrée puis me laisse glisser dans le profond fauteuil de cuir craquelé. Madame Eulalie se dirige alors vers la commode et en sort un billet qu’elle maintient de deux doigts. Elle se dirige ensuite vers le réfrigérateur, sort une bouteille de jus de fruits, m’en sert un verre et me tend le billet. Puis, elle s’assoit sur une chaise, et me prie de bien l’écouter. Elle commence ainsi :

--- Tu vois petit, je suis vieille, voilà déjà bien longtemps que j’ai fêté mes quatre vingt ans, bientôt je vais m’en aller. Tu es le seul à t’occuper de moi depuis des années et aujourd’hui, en retour, je vais t’offrir un cadeau, le plus extraordinaire des cadeaux. Une chose dont les hommes rêvent depuis les temps les plus reculés.

Je tends mes oreilles dans sa direction, immobilise des yeux tout rond et ouvre légèrement la bouche. Elle saisit un petit coffret en bois posé sur la table et poursuit :

--- Ce qu’il y a à l’intérieur de ce petit coffre s’appelle une règle à remonter le temps. Je la tiens de la personne qui m’a enseigné l’art de la voyance. Cet objet unique permets à celui qui le possède de voyager dans le temps, à condition bien sûr de respecter les règles que je vais t’apprendre. En premier lieu, tu dois savoir que cette règle te permet d’effectuer un seul voyage par an et pas n’importe quand, le premier janvier à zéro heure précise.

Elle sort l’objet de sa boite, il ressemble à une règle épaisse à l’intérieur de laquelle tournent huit petits cylindres en bois comportant neuf chiffres plus un zéro. Il suffit de tourner les cylindres pour composer l’année désirée dit-elle.

--- Par exemple, tu veux te rendre le 02 février 1991, tu composes :02021991, un premier janvier à zéro heure, tu rentres dans un ascenseur de ton choix, tu appuies sur le bouton " rez-de-chaussée " et lorsque tu ouvriras la porte du rez-de-chaussée, tu seras au pied de l’escalier le 02 février 1991. Quand tu voudras revenir, tu procéderas de la même façon et tu constateras que tu te trouves à la même place et à la même seconde devant l’ascenseur, comme si tu n’avais effectué aucun voyage. As-tu compris ?

C’est pas encore très net dans ma tête, mais en gros j’ai compris, ce n’est pas très compliqué. Cependant, j’ai quelques questions à poser :

--- Et si je perds la règle Madame, qu’est-ce que je dois faire ?

--- Tu seras prisonnier du temps, il te sera impossible de revenir dans le présent, dit-elle.

--- Et si par exemple l’immeuble a été démoli, que l’ascenseur a disparu ?

--- Tu choisiras un autre ascenseur, n’importe lequel fera l’affaire.

--- Combien de temps puis-je rester dans le passé ?

--- Aussi longtemps que tu le désires, mais sache que ce temps est une parenthèse dans le temps actuel et que personne ne s’apercevra de ce voyage puisqu’il est hors du temps.

Je me demande si je dois prendre cette histoire au sérieux ou si Madame Eulalie n’est pas victime de son grand âge ? Mais, la connaissant depuis longtemps et je décide de lui faire confiance et de jouer le jeu. Soudain, je réagis :

--- Mais… Nous sommes le trente et un décembre Madame ! Je peux donc…

--- Oui Petit dit-elle, tu peux utiliser cette règle ce soir même.

 

A onze heures et cinquante neuf minutes, la porte de l’ascenseur s’ouvre, j’ai choisi la date à laquelle je désire me rendre, le vingt janvier 1986,  une semaine avant l’accident qui coûta la vie à mes parents. La descente dans l’ascenseur me paraît interminable et je me dis que je suis vraiment naïf de croire à de telle baliverne. L’ascenseur s’arrête et je pousse la porte.

Je n’en crois pas mes yeux, j’ai vraiment changé d’époque ! Je reste planté là, ébahis, devant l’ascenseur comme si j’étais face à des Martiens. Non qu’il y ait beaucoup de changements, le couloir est le même, les escaliers aussi, mais la couleur est différente. Des personnes entrent dans l’immeuble, je leur dis "Bonjour ", mais je m’aperçois de suite que ma voix ne porte pas et par conséquent qu’ils ne peuvent pas m’entendre. Je trouve cela bizarre et je me dirige vers la porte pour sortir dehors. Nouveau fait bizarre, je pousse la porte mais elle ne bouge pas, je passe au travers et me retrouve de l’autre côté. Sur le parking, un enfant court, tenant son chien en laisse, je m’écarte pour les laisser passer, mais ils changent d’itinéraire au dernier moment et au lieu de me bousculer, le garçon passe au travers de mon corps sans que je ressente le moindre choc. Je dois bien me rendre à l’évidence, Madame Eulalie ne m’a pas tout dit. Je voyage en fait dans une sorte de corps virtuel, je vois tout ce qui se passe, mais je suis dans l’impossibilité d’agir. L’accident de mes parents s’étant passé en Savoie, peu de temps après ma naissance, je décide de m’y rendre. Je vais à la gare et comme personne ne me voit, il m’est facile de monter dans un train. Je reviens sur cette sensation étrange, moi, je vois mon corps mais personne d’autre ne le voit et si je tends mon bras dans la rue, tous les passants le traversent comme on traverserait un faisceau de lumière. J’ai choisi cette date dans un but bien précis, je veux savoir comment mes parents sont morts, pourquoi cet accident qui m’a enlevé ceux qui m’ont créé et que j’aime plus fort que tout sans même les connaître, juste quelques photos. Par chance, je connais l’adresse où mes parents habitaient, il me suffit de regarder un plan de la ville pour m’y rendre. Arrivé devant la porte d’entrée, j’hésite un instant, puis n’y tenant plus, je passe au travers de la porte et me retrouve dans l’appart de mes parents. Ma mère est assise à une table, elle trie des vêtements de bébé. Je regarde son ventre, il est bien rond, c’est vrai que je dois naître dans une semaine. J’ai envie de lui dire "ne t’en fais pas maman je deviendrai un beau garçon ". Papa n’est pas encore rentré de son travail. Je regarde ma mère avec admiration, qu’elle est belle ! Encore plus belle qu’en photo ! On sonne à la porte d’entrée, c’est papa qui rentre. Je trouve son costume démodé, mais c’est normal, par contre, il est plus grand que je ne l’imaginais. Il demande à maman si le bébé va bien et si elle n’a pas de contraction. Maman répond qu’elle se sent fatiguée et qu’elle voudrait bien être accouchée.

Je les suis partout, je partage leur vie. Je me sens vraiment faisant partie de la famille. J’ai même suivi mon père à son travail, il est responsable du rayon électroménager d’une grande surface. Mon oncle André travail également dans ce magasin, c’est incroyable ce qu’il a changé, il était menu à cette époque. Souvent ils reviennent ensemble et passent boire un verre au café

Maman ressent des douleurs, elle appelle une ambulance pour la conduire à la maternité. Une heure après, je me vois naître, quelle sensation étrange ! Je suis certainement le premier humain à connaître cette expérience. J’ai mal au cœur de voir maman souffrir ainsi, je n’imaginais pas qu’un accouchement était aussi douloureux. Papa arrive avec mon Oncle André, ils ont l’air content de moi, papa me prend même dans ses bras. Ensuite, ils descendent tous les deux arroser l’événement au café P.M.U. Pour marquer l’événement, les deux frères décident de prendre ensemble pour deux cent francs chacun de billets de loto. Tu te rends compte si on gagnait le gros lot, dit mon père, ça ferait un sacré pactole à nous partager. Ah ! Rêve pas dit André, en mettant les billets dans sa poche, j’ai jamais rien gagné. Moi, je retourne à la maternité pour voir maman et le bébé.

Aujourd’hui, je suis chez mon oncle André. Il est jeune marié, mais n’a pas encore ses filles. Confortablement assis dans son fauteuil, André regarde le tirage du loto.

--- 2, 3, 4, 5, j’en ai cinq ! Tu te rends compte Marie, j’ai les cinq numéros ! Et il se relève de son fauteuil et saute comme un cabri, Il se calme quelques secondes, scrute l’écran et saute encore plus haut, J’ai le complémentaire aussi ! Whouah ! On est riche, Marie ! Enfin, la moitié de la somme puisque j’ai joué avec mon frère.

Marie saute au cou de son mari, tous deux se demandent ce qui leur arrive, ils se regardent, rient, sautent, s’embrassent encore, mais non ils ne rêvent pas, ils ont bien gagné le gros lot du loto !

--- C’est formidable mon Chéri, mais…Tu dois donner la moitié de ton loto à ton frère ? Ce prétentieux qui te critique toujours ! Qui te méprise au plus haut point ! C’est bien toi qui a acheté le billet ?

--- Oui, c’est moi, mais nous avons payé tous les deux, il en a donc la moitié.

--- Pourquoi tu ne dis pas a ton frère que tu as perdu le billet ou que tu as oublié de l’acheter ? Ou encore mieux, tu dis que ce billet, tu l’a acheté tout seul ?

--- C’est pas correct, c’est mon frère et en plus c’est impossible, une somme pareille ! Tout le monde va être au courant, je ne pourrai pas lui cacher !

--- Pour l’instant, écoute-moi, ne dis rien. Je vais réfléchir, mais il faut trouver une solution, pas question que ce prétentieux touche la moitié de notre loto !

Moi, je trouve l’attitude de ma Tante dégueulasse et révoltante ! C’est pas une façon de se comporter, Mais j’ai l’impression que ma Tante a du remords car elle invite mon père et ma mère à manger demain midi. Je l’ai peut-être mal jugée, trop hâtivement ? C’est vrai que devenir riche comme ça d’une minute à l’autre, ça doit faire un sacré choc !

Le lendemain, mon père, ma mère, moi bébé et moi aujourd’hui partons chez tantes Marie. Papa conduit prudemment car la route est sinueuse et enneigé par place et nous frôlons de profonds ravins. Tante Marie nous accueille avec une extrême gentillesse, elle n’arrête pas de faire des éloges sur le bébé. J’en suis même gêné, je trouve qu’elle en fait trop, enfin personne ne me voit. Le repas se passe bien, mon père demande à mon Oncle s’il avait regardé le tirage du loto.

--- Oui, dit André, mais comme d’habitude, on n’a rien gagné.

--- C’est pas grave, répond mon père, le principal, c’est que le petit soit en bonne santé.

J’observe tante Marie, et je la trouve bizarre, je la sens comme gêné, elle se dirige seule dans la salle de bain, je la suis. Elle se retourne pour s’assurer qu’il n’y a personne derrière elle et ouvre la porte du meuble de salle de bain. Elle sort une boite de pilules, en prends quatre, remet tout en place et se rend dans la cuisine. Là, elle prépare quatre coupes de fruits, je la vois laisser tomber deux pilules dans deux coupes ! Je pressens une malveillance mais je ne peux rien faire.ensuite, elle dispose les deux coupes avec les pilules devant mon père et ma mère. Je leur crie : Non ! Ne buvez pas ! Mais personne ne peut m’entendre. Mon oncle n’a rien remarqué, il continue à raconter des blagues et semble apprécier la coupe de fruits. Puis, ma tante offre un café et nous nous préparons à repartir.

--- Bon retour ! A le culot de dire tante Marie.

--- Merci ! Répond ma mère, nous avons passé une bonne journée !

Je me mets à l’arrière, c’est vrai que de toute façon je ne prends pas de place, je peux me mettre où je veux. Après quelques kilomètres, ma mère dort déjà et mon père lutte pour maintenir ses paupières ouvertes.

--- Mais arrêtez-vous, Je leur crie ! Vous allez vous tuer !

Je frappe mon père de toutes mes forces pour le maintenir éveillé, mais rien n’y fait, mon corps virtuel est sans effet. La voiture commence à faire de légers zigzags et mon père la récupère de justesse. Cette route n’est qu’une succession de pièges et à la sortie d’un virage nous nous retrouvons face à un camion. Mon père donne un coup de volant pour l’éviter, mais ses gestes sont imprécis et la voiture file droit dans le ravin. Le bébé tombe et se cale sous le siège avant. Ma mère heurte le pare-brise, un éclat de verre entaille son cou et le sang coule abondamment. Ma mère se meurt devant moi, et je suis totalement impuissant. Elle se vide de son sang sous mes yeux ! C’est horrible ! Je regarde mon père, sa tête cogne le volant à plusieurs reprises avant de venir s’encastrer dans le montant du pare-brise. Il meurt sur le coup. La voiture arrête son infernale descente contre le tronc d’un pin. Sous le choc, une quantité de neige se détache des branches et recouvre partiellement la voiture. Le bébé pleure, il a été ballotté mais semble intact. Après quelques minutes, j’entends des cailloux et des blocs de neige dévaler le ravin. Se sont les premières personnes qui arrivent pour porter secours. Je n’arrive pas à détacher mes yeux de mes parents, c’est cette dernière image que je garderai d’eux. Je maudis Madame Eulalie ! L’ignorance était bien plus confortable, elle laissait place au rêve. Maintenant, je dois affronter la mort de mes parents et la trahison meurtrière de ma Tante !

Je suis revenu dans le temps présent du plus vite que j’ai pu. Du passé j’ai ramené la haine, mais la vie continue…

 

BOKAY

 

 

Par BOKAY
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Vendredi 26 août 2005 5 26 08 2005 00:00

 

La naissance de Marie

--- Quel hiver ! Dit Laure en écartant les rideaux de sa chambre.

La cour de la ferme et les pâturages forment une surface uniformément blanche qui s’étend jusqu’à la lisière de la forêt. Trois jours qu’il neige sans discontinuer ! Une neige glacée, fine et sournoise qui s’engouffre dans les moindres interstices. Des congères, formées par le vent du nord, se sont dressées le long des hangars et des bâtiments annexes. Le chemin empierré qui traverse la propriété a presque disparu sous l’épaisse couche de neige et seuls le haut des piquets de clôtures et quelques arbustes délimitent grossièrement son tracé. Laure aime cette vie rude, ces longs hivers rigoureux, l’odeur du foin et le soleil qui brûle la peau en été, le contact permanent avec les animaux, cette étrange sensation d’appartenir à un monde oublié, ou plus exactement préservé. Tout cela fait partie de sa vie, c’est son univers. La ferme est isolée, aucune habitation à moins de cinq kilomètres à la ronde et plus de vingt kilomètres à parcourir chaque jour pour conduire Julien son petit garçon de six ans à l’école. En ce moment, c’est Jérôme, son mari, qui conduit le petit ; Laure attend son deuxième enfant dont la naissance est attendue d’un jour à l’autre.

--- Comment te sens-tu ce matin ? Demande Jérôme en préparant le petit déjeuné. Des contractions ?

--- Non pas encore, mais ce temps m’inquiète, Quelle hauteur de neige avons-nous dans le chemin ?

--- quarante à cinquante centimètres, rien d’alarmant, avec le 4x4 on passe sans problème et la météo prévoit une accalmie pour cette nuit.

--- Ne me cache pas la vérité, dit Laure, je vois bien que tu es inquiet, tu n’arrêtes pas de scruter le ciel et je t’ai vu jauger la hauteur de neige avec un bâton.

--- Te fais pas de souci ma Chérie, si la météo annonce de nouvelles chutes de neige, je te conduis à la maternité, tu y seras en sécurité. Jérôme ne veut pas alarmer son épouse, mais la météo prévoit de nouvelles chutes de neige pour cette nuit. Pensif, il Regarde le ventre de sa femme et se remémore les paroles du médecin lors de la dernière échographie : " Tout semble parfait pour cette petite fille ! Comment allez-vous l’appeler ? Nous l’appellerons Marie avaient répondu ensemble Laure et Jérôme. Les parents de Laure ont proposé leur aide au jeune couple, ils habitent une maison séparée juste à côté de la ferme. Quant au petit Julien, depuis ces fortes chutes de neige il reste à la ferme. Il suit son grand-père partout de l’étable à la porcherie. Pour lui, cette neige est bienvenue.

Le lendemain matin, Jérôme se lève de bonne heure, il descend l’escalier sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller son épouse, prépare le café et dispose fromages et saucissons sur la longue table. Le sifflement du vent dans les volets l’incite à regarder dehors, mais à peine a-t-il déverrouillé la porte d’entrée que le vent s’engouffre avec force dans la maison, laissant pénétrer un tourbillon de neige glacée.

--- Quel sale temps ! Dit Jérôme.

Il tourne l’interrupteur extérieur, la neige défile devant l’ampoule comme une avalanche de confetti blancs. Lentement, inexorablement la tempête monte. Jérôme connaît bien ce phénomène : le vent s’oriente au nord, la température baisse, une neige fine balaie terre et bâtiments, puis le vent se renforce et se transforme en tempête.

--- Quel con je fais ! Dit-il à voix haute comme s’il attendait un démenti. J’aurais dû conduire Laure à la maternité hier !

Jérôme enfile ses bottes, décroche sa grosse parka du portemanteau et s’aventure dans la cour. Peu à peu, ses yeux s’habituent à la demi-obscurité et il constate que la situation s’est considérablement aggravée pendant la nuit. Les congères ont presque doublé de hauteur et dans la cour la neige monte jusqu’aux genoux. Il réalise alors qu’il serait insensé de conduire Laure à la maternité dans de telles conditions. La meilleure solution est que je prévienne le SAMU pour un transport en hélicoptère se dit-il. Recouvert de poudreuse et les bottes remplies de neige, Jérôme rentre dans la grande cuisine, se saisit du combiné, et nerveusement compose le numéro du SAMU.

--- Allô ! Allô ! Merde, Merde ! Pas de tonalité, la ligne est coupée !

Prenant conscience de la gravité de la situation, Jérôme remonte dans la chambre à l’étage. La présence de sa femme le rassure, elle lève les yeux vers lui, le regarde et lui sourit.

--- Bientôt nous aurons une jolie petite fille dit-elle, je commence à ressentir les premières contractions.

--- Tu veux que je te conduise à la maternité ? Demande Jérôme.

--- Non, je pense qu’on peut encore attendre un peu répond Laure. Et la météo ? Comment est-elle aujourd’hui, ça souffle dehors !--- Bah ! Pas terrible, mais te fais pas de souci ça ira, nous prendrons le 4x4, tu le connais il passe partout. Ah ! J’entends ta mère qui arrive, je te laisse ma Chérie, je vais m’occuper des bêtes.

Jérôme descend rapidement au rez-de-chaussée et conseille discrètement sa belle-mère de ne pas alarmer sa fille.

--- Qu’allons nous faire Jérôme, vous avez vu le temps ? Je crois qu’il faudra appeler l’hélicoptère dit-elle.

--- Oui, vous avez raison belle maman, dit Jérôme, nous appellerons l’hélicoptère.

Jérôme s’habille chaudement, traverse la cour dans le creux des congères et rejoint son beau-père dans la porcherie. Ils examinent tous deux la situation et s’efforcent de trouver une solution.

--- Je vais essayer de sortir le 4x4 dit Jérôme, je verrai comment il se comporte dans une telle hauteur de neige.

Le bruit du gros diesel résonne dans le hangar pendant quelques minutes, puis Jérôme recule pour prendre de l’élan et tente une avancée dans la cour. Les phares font naître un ballet de flocons qui limite la visibilité à quelques mètres, mais le véhicule avance dans la poudreuse sans difficulté. Rassuré par ce premier essaie, Jérôme s’aventure dans le chemin. Le 4x4 continue sa progression, mais la difficulté est de rester sur la partie ferme du chemin car on le distingue à peine des pâturages. Jérôme parcourt une centaine de mètres puis fait demi-tour et gare le véhicule juste devant la porte d’entrée. Je ferai un nouvel essaie dans une heure ou deux, quand il fera jour, se dit-il.

Laure a encore des contractions, ça se rapproche. Pour tuer le temps et calmer son stresse, elle ouvre sa valise, glisse quelques affaires, en retire d’autres, s’assied, se relève. Elle ne tient plus en place.

--- Tu ne crois pas qu’on devrait appeler l’hélicoptère du SAMU ? Lui dit sa mère.

--- Non maman, je vais encore attendre, à la naissance de Julien, j’ai eu ça pendant trois jours, inutile de se… Aie ! Aie !

--- Oh ! Ne bouge pas Laure, je vais chercher ton mari !

Elle ouvre la porte extérieure, une bourrasque de neige en profite pour s’engouffrer dans la grande cuisine et elle crie de toutes ses forces :

--- Jérôôôôme !

--- Oui, j’arrive !

--- Laure a ses contractions qui se rapprochent, il faut appeler le SAMU, le temps qu’ils envoient l’hélicoptère…

--- C’est pas possible belle maman, le téléphone ne fonctionne plus, la ligne est certainement cassée quelque part.

--- Mon Dieu ! Qu’est-ce que nous allons faire ?

--- Il ne reste qu’une solution : conduire Laure à la maternité avec le 4x4, ça va secouer, mais je n’ai rien d’autres à proposer.

 

Laure descend de sa chambre, une main sur la rampe et l’autre tenant son ventre. Julien la suit.

--- T’as mal maman ?

--- Mais non mon Chéri, je vais partir quelques jours et je reviendrai avec ta petite sœur.

--- Je vais chercher ta valise, dit la mère de Laure.

Jérôme regarde son épouse. Il essaie de cacher son anxiété par des banalités et des paroles apaisantes mais Laure n’est pas dupe, elle comprend la gravité de la situation. Dehors, le jour se lève et la tempête s’installe, le grand thuya secoue ses branches dans tous les sens et les volets cognent contre le mur.

 --- Vous voulez conduire ma fille à la maternité par ce temps ? Dit la mère de Laure.

--- Je ne vois pas d’autres solutions Belle maman ! Je vais mettre le moteur en route, ainsi nous aurons plus chaud dans le 4x4.

Jérôme sort, le vent glacé lui cingle le visage et la neige fine pénètre dans son cou. A l’intérieur du véhicule, tout est froid, Jérôme tourne la clé de contact, Le bruit du moteur rassure mais l’air soufflé par les buses de chauffage est glacé. Il sort du 4x4 et à l’aide d’un gros racloir, dégage la neige sur quelques mètres. Ce sera plus facile pour Laure se dit-il. Dans la cour, une masse blanchâtre se déplace, c’est le beau-père de Jérôme qui arrive, il marche courbé pour se protéger du vent, le col de sa grosse veste remonté au maximum, on ne distingue pas son visage.

--- Espérons que tout se passera bien ! Dit-il en secouant ses habits, partir à la maternité avec cette tempête…Ah si j’avais su… !

--- Allez ma chérie on y va dit Jérôme, tu as toutes tes affaires ?

--- Je pars avec vous dit Raymond, le père de Laure.

Laure s’installe à l’arrière, cale son dos avec un coussin et le 4x4 décolle en écrasant la poudreuse. Dans l’habitacle, la température s’est un peu élevée et la neige agglutinée contre les vitres masque toute visibilité vers l’extérieur. Le début du parcours est facile, Jérôme roule dans les traces de son premier essaie.

--- Surtout, restes bien sur le chemin, dit Raymond.

La neige tombe à l’horizontale, par bourrasques. Elle frappe le pare-brise et se fait éjecter violemment par le va et vient des essuie-glaces. Dans le chemin, la progression est convenable, mais maintenant, le 4x4 s’engage sur la petite route communale qui traverse la forêt. C’est certainement la partie la plus difficile du trajet, certes il y a moins de neige, mais le tracé est sinueux et comporte de fortes pentes. Laure ne dit rien, pour le moment ses contractions se sont arrêtées. Jérôme ne prononce pas une parole, concentré, le nez collé contre le pare-brise, il n’a qu’un but : bien rester sur l’étroite bande de macadam, situé quarante centimètres en dessous. Aucun véhicule n’est passé depuis les fortes chutes de neige et la petite route n’est qu’une succession de pièges.

--- Ca ne secoue pas trop ? Demande Raymond à sa fille.

--- Non pas trop, mais je voudrais bien être arrivée à la maternité, dit Laure.

--- Le plus difficile, c’est de traverser la forêt, dit Raymond, après, sur la route nationale, le chasse-neige est très certainement passé.

--- Accrochez-vous ! Dit Jérôme, je prends de l’élan pour monter le raidillon.Jérôme accélère, le 4x4 part sur le côté, Il braque tout à gauche pour le rattraper, mais trop tard, les roues droites glissent dans le fossé et le lourd véhicule se couche sur le côté. --- T’as pas de mal, ma chérie ? Demande Jérôme.

--- Non, ça va, mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Demande Laure.

--- Toi, tu restes à l’intérieur dit Jérôme, Ton père et moi allons remettre le 4x4 sur ses roues et nous repartons.

Jérôme sort le premier, il prend la neige en plein visage. Raymond s’extirpe à son tour en lançant des jurons. La tempête fait rage, le vent siffle dans les arbres et forme des congères qui semblent coupées au couteau. Le sol est d’une blancheur absolue, uniforme. Comment repérer l’emplacement de la route dans de telles conditions ? Et comment remettre le 4x4 sur ses roues et franchir la côte ? Les deux hommes unissent leur force et tirent le véhicule pour le remettre sur ses roues, ils essaient une fois, deux fois, trois fois… mais le 4x4 ne bouge pas, alors exténués, ils s’adossent contre un gros hêtre et prennent de profondes inspirations.

--- Regarde là-bas ! Dit Raymond, on dirait une personne qui marche dans la forêt !

Jérôme regarde son beau-père avec étonnement et se demande s’il n’a pas des visions.

--- Mais si Jérôme ! Regarde !

--- Vous avez raison Raymond ! Moi aussi je vois une personne ! Je vais essayer de l’appeler, à trois on pourrait certainement remettre le 4x4 sur ses roues !

Jérôme s’enfonce dans la forêt, se prend les pieds dans des branches d’arbres tombées à terre, trébuche à plusieurs reprises mais se relève aussitôt. Il s’efforce de garder les yeux fixés sur cette forme humaine qui s’éloigne. La neige tourbillonne dans les arbustes squelettiques. Brindilles et neige attaquent Jérôme au visage. Il saigne. La progression devient extrêmement pénible et Jérôme sent ses jambes se tétaniser. Cette forme humaine existe-t-elle ou n’est-ce qu’un mirage ? Jérôme doit savoir, il accélère encore puis, se croyant à bonne distance, il s’arrête, place ses deux mains de chaque côté de sa bouche et crie de toutes ses forces :

--- Oh ! Oh ! J’ai besoin d’aide ! Vous m’entendez ?

Surprise, la personne se retourne brusquement, c’est un homme. ! Il ne répond pas mais se cache derrière un arbre. C’est étrange se dit Jérôme, un homme dans cette forêt par cette tempête ! Et pour quelle raison se cache-t-il, il a peur de quoi ?

--- N’ayez pas peur ! Répète Jérôme en plaçant ses deux mains en porte-voix, je conduis ma femme à la maternité et ma voiture est dans le fossé ! J’ai besoin d’aide !

L’homme ne répond pas, Jérôme fixe l’arbre et après une minute, il voit une tête s’avancer, doucement, prudemment.

--- Vous dites que votre femme est sur le point d’accoucher ? Demande l’homme.

--- Oui, c’est ça, dit Jérôme, je ne peux pas appeler l’hélicoptère car le téléphone est coupé.

--- J’arrive dit l’homme en sortant de derrière son arbre.l’homme rejoint Jérôme en faisant de grandes enjambées dans la neige.

 

 

--- Allons-y, Je vous suis dit l’homme.

Il est de forte corpulence, son visage rouge violacé semble raidi par le froid. La neige, accrochée à ses sourcils lui donne un regard inquiétant, voir menaçant, ses yeux noirs paraissent fixes, comme soudés. L’homme suit Jérôme, Il ne dit rien, ne pose aucune question et progresse dans l’épaisse couche de neige avec une facilité déconcertante. Arrivé, l’homme regarde à l’intérieur du 4x4 puis se joint aux deux autres et tire de toutes ses forces en grimaçant. On a l’impression qu’il déploie une force hors du commun, le véhicule vacille et retombe sur ses roues.

--- Vous permettez ? Dit l’homme en ouvrant la porte arrière du 4x4, je regarde où en est votre femme.

Sans attendre la réponse, l’homme s’introduit à l’arrière du véhicule. Jérôme et Raymond se regardent, perplexes.

--- Vous le connaissez ? Demande Jérôme.

--- Non, jamais vu, il est pas de la région, dit Raymond et je me demande bien ce qu’il fait en pleine forêt par cette tempête !

--- Un braconnier ? Avance Jérôme.

--- Non, je connais tous les braconniers de la région, il n’en a pas l’allure et à sa façon de s’exprimer, on dirait quelqu’un de cultivé.

--- Je me demande ce qu’il fait ! Dit Jérôme en regardant par les vitres enneigées.

Jérôme et Raymond n’osent intervenir. Si l’homme regarde Laure ainsi, c’est probablement qu’il s’y connaît ? Peut-être un médecin ? Les secondes passent, quelques minutes… Et enfin l’homme sort du 4x4.

--- Combien de temps pour retourner chez vous ? Demande l’homme.

--- Une vingtaine de minutes répondent ensemble Jérôme et Raymond.

--- Alors on retourne chez vous, mais il faut faire vite dit l’homme, le travail a déjà commencé.

--- Vous êtes sûr…Demande Jérôme.

--- Soyez sans crainte, c’est pas mon premier accouchement dit l’homme.

Ces dernières paroles rassurent Jérôme et son beau-père, certes ils n’ont aucune certitude sur les capacités médicales de cet homme, mais à vrai dire, ils n’ont pas d’autre choix. Ils accrochent tous leurs espoirs à cet homme, sorte de vagabond solitaire qui prétend avoir pratiqué de nombreux accouchements. Jérôme fait demi-tour et s’efforce de rouler dans les traces laissées à l’aller. Le 4x4 prend de la vitesse.

--- Vous faites trop de secousses ! Dit l’homme, Vous voulez qu’elle accouche ici, dans la voiture ? Ralentissez !

Jérôme obtempère. Il n’a pas l’habitude d’obéir ainsi aux ordres d’un inconnu, mais la situation est exceptionnelle. De plus, il est trop concentré sur sa conduite pour entamer une discussion, alors il ralentit et demande si ça va mieux ainsi. L’homme ne répond pas, il est penché sur Laure, une main posée sur son ventre, l’autre lui prenant le pouls au poignet.--- On n’aurait jamais monté la côte ! Dit Raymond, non, c’était impossible !

Mais Raymond ne reçoit aucune réponse, il comprend que ce n’est pas le moment de se lamenter et d’émettre des hypothèses. Faut que je laisse Jérôme concentré sur sa conduite se dit-il. Et il se tu jusqu’à la ferme.

Le 4x4 se place juste devant la porte d’entrée, La mère de Laure ouvre et demande ce qu’il se passe.

 --- Préparez vite la chambre du rez-de-chaussée ! Dit Jérôme… Laure est sur le point d’accoucher.

Laure descend doucement du 4x4 et s’assied sur une chaise dans la cuisine en attendant que sa mère prépare le lit, juste à côté. L’homme rentre dans la grande cuisine, ôte son manteau, le pose sur le dossier d’une chaise, et demande à voir l’armoire à pharmacie. Il demande ensuite de préparer de l’eau bien chaude, installe Laure sur le lit et demande à rester seule dans la pièce avec la mère de Laure. La porte de la chambre se referme.

Jérôme et Raymond tournent en rond dans la cuisine, Julien pose une quantité de questions.

--- Est-ce que ma petite sœur va venir ici ? Demande-t-il.

--- Oui, répond son père, bientôt tu auras une belle petite sœur.

Julien fait le tour de la table en courant et chante : " J’aurais une petite sœur, la, la, la.

Julien fait le tour de la table en courant et chante : " J’aurais une petite sœur, la, la, la.

--- Tais-toi ! Dit son père, tu vas fatiguer ta mère à crier comme ça ! La mère de Laure sort de la chambre, elle vient chercher des serviettes. --- C’est pas facile, dit-elle, le bébé est bien avancé mais les contractions ne sont pas encore assez fortes.

--- Et l’homme ca va, il s’en sort bien ? Demande Jérôme.

--- Oui, dit la mère de Laure, très bien.

--- Je retourne donner à manger aux cochons, dit Raymond, s’il y a du nouveau, tu viens me chercher.

--- Vas avec ton grand-père ! Dit Jérôme en regardant Julien, mais couvre-toi bien.

Jérôme reste seul dans la grande pièce, il tourne, se rassieds, mais n’ose pas pénétrer dans la chambre. Heureusement que nous avons rencontré cet homme pense-t-il, Qu’est-ce que j’aurais fait moi ? Pourtant, avec les animaux de la ferme, je me débrouille plutôt bien. Mais un bébé ! Et en plus le mien ! Non, là c’est au-dessus de mes forces ! La présence de cet homme, en pleine tempête au milieu de la forêt intrigue Jérôme. Et s’il transportait de la drogue ? Se dit-il, la frontière est tout proche ! Ou alors c’est un vagabond ? Un pauvre type brisé par le chômage ou une déception amoureuse. Oh ! Et puis qu’il soit ce qu’il veut ! Qu’est-ce qui me prend à vouloir le juger ? Un cri met fin aux pensées de Jérôme, il se redresse, tend l’oreille et s’approche de la chambre.

--- Poussez ! Poussez ! Poussez ! Dit l’homme… Respirez ! Voilà, allez, on recommence…

C’est long, se dit Jérôme, j’espère que tout va bien, voilà plus de deux heures que le travail a commencé et toujours rien. Jérôme rumine, il s’interroge : Ai-je bien agi ? Ne suis-je pas inconscient de laisser cet inconnu prendre en charge l’accouchement de Laure ? Puis, il se justifie, qu’aurait-il fait lui sans cette rencontre providentielle ? Mais les tourments de son esprit s’arrêtent brusquement. Un cri !--- Ca y est, vous êtes papa à nouveau ! Dit la mère de Laure en ouvrant la porte de la chambre ! Une belle petite fille, exactement le portrait de sa maman quand elle est née.

Jérôme se précipite dans la chambre, l’homme fixe le bébé, un large sourire barre son large visage. Jérôme ne croyait pas qu’il put sourire ! --- Je ne sais comment vous remercier dit Jérôme en levant les yeux vers l’homme ?

--- C’est simple, vous ne dites rien ! Rien ! Vous ne m’avez pas vu ! Alors vous m’aurez remercié !Personne ne compris ce que l’homme voulait dire, mais peu importe, Laure était accouchée, la petite Marie était là, que demander de plus. Mais Jérôme se sent redevable, cet inconnu accepterait bien un petit cadeau !--- Tenez dit Jérôme en tendant une enveloppe à l’homme, acceptez ça, c’est bien normal, c’est de bon cœur !

L’homme ouvre l’enveloppe, regarde. Elle contient quelques billets de banque. L’homme ne les compte pas. A cet instant, Raymond et Julien rentre dans la maison. L’homme se dirige vers le gamin.

--- Tiens petit ! Dit-il en remettant l’enveloppe à Julien.

"Maintenant je dois partir," dit l’homme en enfilant son manteau. Il esquisse un dernier sourire, ouvre la porte extérieure et part. Jérôme regarde cette imposante silhouette marcher à grands pas dans le chemin. D’où vient-il, où va-t-il ? La tempête s’est calmée, la neige tombe avec douceur, comme si le temps à sa façon, voulait saluer la venue de la petite Marie.

Le lendemain, la tempête a cessé, la cour de la ferme, le chemin, les pâturages, ne forment plus qu’une immensité blanche, immaculée, silencieuse. Jérôme dégage la neige devant la porte du garage lorsqu’un bruit de moteur attire son attention, c’est un hélicoptère. Il se rapproche, se stabilise au-dessus d’une pâture, à côté de la ferme, puis descend doucement. C’est l’hélico de la gendarmerie. La poudreuse voltige et souffle un nuage blanc dans un vacarme infernal. Deux hommes en uniforme sortent du tourbillon de neige et se dirigent vers la ferme.

--- Bonjour monsieur ! Dit l’un d’eux, nous recherchons un homme de forte corpulence, il s’est évadé de sa prison il y a trois jours et a été aperçu dans la région.

--- Non ! Répond Jérôme, on n’a vu personne. Il est dangereux ?

--- Non, je ne pense pas répond le gendarme, c’est un faux médecin, il est condamné pour exercice illégal de la médecine avoir pour avoir pratiqué des avortements hors du cadre légal.

 

Jérôme comprend toute l’importance des paroles de l’homme : " C’est simple, vous ne dites rien ! Rien ! Vous ne m’avez pas vu ! Alors vous m’aurez remercié !

--- Non messieurs, je suis désolé, mais je ne peux vous en dire davantage, personne n’est venu ici.

Jérôme regarde l’hélicoptère décoller, à son emplacement, un vaste trou circulaire s’est formé dans la neige, le bruit faiblit et l’hélicoptère disparaît au-dessus de la forêt.

BOKAY

 

 

Par BOKAY
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Vendredi 26 août 2005 5 26 08 2005 00:00

Rencontre imprévue.

 

 

 

Une amie m’a raconté une mésaventure peu commune qui lui est arrivée sur la toile. Avec son accord, et à condition de changer son nom, elle m’autorise à vous la raconter.

‘ Marie’ ! C’est sous ce pseudo que mon amie s’est inscrite pour publier ses poèmes et ses nouvelles sur un site bien connu et de bonne réputation. Voici quelques mois qu’elle envoie régulièrement ses œuvres et poste des commentaires sur les textes des autres. Avec certains internautes, le ton est bref, voir assez froid, tandis qu’avec d’autres s’installent progressivement des relations que l’on pourrait qualifier d’amicales. Surtout avec : ‘ Janus’, c’est le pseudo d’un internaute qui comme elle poste régulièrement ses poèmes. Un climat de confiance s’est créer entre elle et ce garçon. Elle apprend, au fil des conversations laconiques qu’il est étudiant comme elle, et dans la même ville, à Nantes. Ils partagent souvent les mêmes idées et leurs goûts se rejoignent souvent. Désireux d’approfondir leurs relations, ils s’envoyèrent quelques courriels auxquels s’ajoutèrent bientôt des messages instantanés. Mais, ‘Janus’ prenait de plus en plus de place dans la vie de mon amie. Toujours d’une grande courtoisie et d’une politesse exemplaire, il était devenu l’ami que chacune rêve d’avoir, il n’était qu’à elle, il ne semblait s’intéresser qu’à elle seule. Pourtant, elle ne l’avait jamais vu, même pas en photo. Elle se l’imaginait. Grand et beau bien sûr. Il était une espèce nouvelle, apparue avec le développement de l’informatique et d’Internet, il était esprit, enveloppe corporelle virtuelle. Sa voix également lui était inconnue. Leur relation était intense, mais uniquement par clavier interposé.

Deux mois passèrent, leur relation était devenue si forte que chacun sentait peser sur lui le jugement de l’autre. Cependant, chacun ne connaissait rien ni du corps ni de la voix de l’autre. Ils l’avaient décidé ainsi d’un commun accord. La fascination qu’il exerçait sur mon amie ne faisait qu’amplifier et bientôt, elle n’eut plus qu’une seule idée en tête : rencontrer ‘Janus’. Elle aborda le sujet avec beaucoup de précaution, testant ses intentions. Peut-être était-il lui aussi rongé par ce même désir ? Ils s’étaient mis d’accord de ne jamais se téléphoner et de communiquer uniquement en utilisant le mode ’texto’. Le champ de leurs discutions s’élargissait toujours davantage, à tel point que tous les sujets furent abordés. Tous ? Non, les sujets à caractères sexuels n’étaient jamais abordés alors que, tapis dans l’ombre, ils occupaient la place centrale, riche en sous-entendus, en allusions à peine voilées, mais jamais abordés de face avec franchise. N’y tenant plus et devinant son ami incapable d’aborder ce problème, ‘Marie ’ décida de prendre les choses en mains et demanda à ‘Janus’ si le temps n’était pas venu de se rencontrer et d’envisager un autre type de relation ? ‘Janus’ ne parut pas particulièrement désemparé et répondit :

--- oui ! Oui ! Bien sûr, mais à une seule condition et je suis presque certain que tu refuseras !

‘Marie ’ répondit qu’elle se plierait à ses exigences. Probablement simples broutilles d’une personne timide pensa-t-elle.

--- Et que sont ces conditions ? Demanda ‘Marie ’.

‘Janus’ partit dans un long discours dont voici le résumé :

--- Nous avons fait connaissance et lié une relation forte d’une façon unique, notre relation doit se poursuivre dans le même esprit et pour cela, nous devons franchir une nouvelle étape. Voici ma condition : Je vais me rendre dans un hôtel que je t’indiquerai, un soir lorsqu’il fait nuit, tu demanderas le numéro de ma chambre à la réception et je t’attendrai. Tu entreras, la porte ne sera pas fermée à clef, tu n’allumeras pas la lumière, une ampoule très faible te permettra de te diriger jusqu’au lit. Tu te déshabilleras complètement et tu te glisseras dans le lit où nous ferons l’amour sans dire un mot, sans se parler. Ensuite, j’allumerai la lumière et enfin nous découvrirons nos visages et nos corps.

Cette condition parut étrange à mon ami, son premier réflexe fut un refus catégorique puis, elle se reprit et se dit qu’après tout leur relation aussi, était étrange. Alors pourquoi ne pas essayer, se dit-elle. Cette exigence ‘particulière’ ajoutait même du piment à cette première rencontre tant attendue.

Oui ! ‘Marie ’ se rendrait au rendez-vous.

‘Janus’ avait choisi un bel hôtel du centre ville. ‘Marie’ pénétra timidement dans le hall d’entrée et bredouilla son nom, presque en s’excusant.

--- Chambre 54 dernier étage ! Dit l’employé.

L’ascenseur n’en finissait pas de monter. Cinq étages peuvent sembler extrêmement longs. L’ascenseur lança son dernier cri et s’arrêta. ‘Marie’ poussa doucement la porte de l’ascenseur de peur de rompre le lourd silence qui envahissait l’étage. La chambre 54 se situait à l’extrémité droite. Elle fixa le numéro avec une intensité extraordinaire et posa sa main sur la poignée de porte. Celle-ci n’était même pas accrochée, ‘Marie’ la poussa avec précaution et se retrouva dans une chambre dont la très faible lumière permettait à peine de s’orienter. Elle trouva le lit aisément et distingua même une masse sombre sur le dessus. C’est lui ! Se dit ‘Marie ’, il est là, à deux mètres de moi. Son cœur battait d’une telle intensité qu’elle sentait ses vêtements trembler. Elle jeta un dernier regard sur la masse sombre et, toute tremblante se déshabilla du plus vite qu’elle put. Complètement nue, elle souleva l’épaisse couette et se glissa dans le lit. Ils restèrent quelques minutes sans bouger puis, dans un silence pesant se touchèrent la main et progressivement le reste du corps. Mais, alors que tout semblait suivre une logique préparée, ‘Marie’ poussa un cri de terreur qui résonna dans la chambre. Elle se releva d’un bond, sauta hors du lit et se dirigea vers l’interrupteur le plus proche. Une femme ! Ce n’était pas possible ! ‘Janus’ était une femme ! ‘Marie’ alluma la lumière, ‘Janus’ était assise sur le lit, sa tête enfouie entre ses bras, ses jambes repliées et ses longs cheveux blonds posés en désordre sur ses épaules.

--- Excuse-moi, dit ‘Janus’ sans montrer son visage, j’aurais jamais dû te faire ça ! Je m’en veux, je m’en veux ! Mais pour tout t’avouer, il était trop tard et j’ai pas eu le courage de faire marche arrière. Oui, j’aime les femmes et je t’aime, j’y suis pour rien, je suis née comme cela !

‘Janus’ montrait son visage, elle était très belle, un visage fin, une bouche sensuelle. Marie’ la regardait d’un air gêné,

--- Tu te rends compte de ce que tu me fais ? Dit ‘Marie’ Moi qui avais une confiance sans limite en toi, pourquoi ce monstrueux mensonge ? Tu me croyais incapable de comprendre ? Tu as tout gâché, tu as balayé toutes mes illusions en quelques secondes ! Ah oui, ‘ Janus’, je t’en veux vraiment ! Mais au faite ? Tu me dis : " Je t’aime " ? C’est absurde ! C’est mensonge ! Tu ne connaissais ni mon visage ni mon corps ?

--- Mais si ‘Marie’… Je connais ton visage et ton corps, j’ai réussi à trouver ton adresse par plusieurs recoupement et beaucoup de chance, Il y a de ça deux mois. La première fois que je t’ai vue, j’ai ressenti une énorme décharge électrique parcourir tout mon corps et tu t’es installé dans mon cœur contre ma propre volonté. Je me disais : "  arrête, c’est insensé, elle te croit un garçon " ! Mais mon amour pour toi était plus fort que tout, plus fort même que la plus élémentaire logique. Je te suivais partout où tu allais, je me suis même acheté un appareil photo muni d’un zoom puissant pour te photographier à ton insu. Mais tu as raison, je me suis laissée dominer par ma passion et j’ai été d’un égoïsme monstrueux.

‘Janus’ sortit du lit, enfila sa chemise de nuit bleu ciel et alla chercher son sac à main, posé sur la commode. Elle l’ouvrit et en sortit une épaisse enveloppe tout usée. Elle la tendit à ‘Marie’.

--- Regarde ! Que des photos de toi, toi à la fac, toi dans un square, à la terrasse d’un café ! Toi, toi, que toi !

‘Marie’ regardait les photos, ébahi. Elle se sentait transportée sur une autre planète où tous ses repaires se seraient effacés. Son monde intérieur venait de s’écrouler dans sa totalité, là, ce soir dans cet hôtel.

--- Tu veux que je te prouve que je t’aime plus que tout ? Dit ‘Janus’. Et elle sortit un cran d’arrêt de son sac, fit jaillir la lame brillante d’une pression du pouce et l’appliqua contre le tissu de sa chemise de nuit au niveau de son ventre.

--- Ordonne-moi de l’enfoncer ! Dit ‘Janus’ et pour te prouver mon amour, je l’enfonce jusque dans mon cœur !

Pressentant le danger, ‘Marie’ se précipita sur ‘Janus’, lui attrapa le bras et tira de toutes ses forces, mais ‘Janus’ était plus forte, elle résistait. Les deux jeunes filles utilisaient toutes leurs forces, ‘Marie’ pris l’avantage et réussit à éloigner la lame de dix centimètres, puis quinze. Mais, à bout de force elle lâcha prise, la main de ‘Janus’ partit comme un ressort et le couteau alla se planter entre deux côtes. Le sang se répandit aussitôt sur sa chemise de nuit qui prit une teinte foncée augmentant à grande vitesse. Affolée, ‘Marie’ sortit sur le palier et cria : au secours ! Au secours ! Elle vit des personnes sortir de leurs chambres puis, plus rien. Elle tomba évanoui sur le sol.

Quand elle se réveilla, allongée sur le lit de la chambre d’hôtel, ‘Janus’ était partie. Emmenée d’urgence à l’hôpital, elle en sortit le lendemain, sa blessure étant sans gravité.

‘Marie’ ne la revit jamais, ni sur le site, ni ailleurs, mais partout où elle allait, elle sentait peser sur elle le regard de ‘ Janus’

‘Janus’ ne la quitterait jamais plus complètement.

 

BOKAY

 

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Vendredi 26 août 2005 5 26 08 2005 00:00

 

                            

Ma petite boutique D’informatique

Paris le 13 décembre 1999

Me trouvant sans emploi depuis plusieurs mois, j’accepte le stage d’informatique que l’ANPE me propose. Un an, rémunéré au SMIG avec des perspectives d’embauche à l’issu du stage. La proposition me parait intéressante et j’accepte. Les cours sont dispensés tous les jours. Dans les débuts, je me sens seul, mais rapidement, je me fais un ami : "  Frank ". Nous sommes toujours ensemble, nous avons le même âge, vingt trois ans et beaucoup de points communs. Frank est bosseur et nous parlons souvent de notre avenir. Il a une ambition, pour ne pas dire une obsession, il veut créer une petite entreprise à la fin de son stage. Une boite à lui, dit-il. Il me fait part de son projet, nous en parlons souvent et un jour, il me dit :

--- Alex, faut qu’on fasse un truc ensemble ! J’ai bien réfléchi, mon projet de création, nous devons le faire à deux. Je ne suis pas très enthousiaste, mais le tempérament fougueux de Frank réussit à me convaincre et à la fin du stage, nous nous mettons à la cherche d’une affaire à reprendre.

Une boutique d’informatique est à vendre dans le douzième. Nous l’avons visité, c’est assez grand, ça parait bien placé et le prix n’est pas trop élevé. Nous nous rendons dans divers banques pour solliciter un emprunt. Premier problème, Frank viens d’acheter une voiture à crédit et aucune banque n’est disposée à lui accorder un second prêt. Pour moi, la situation est différente, je n’ai aucun prêt et je possède un peu de bien, une maison de campagne, donation de ma grand-mère. Moyennant une hypothèque sur la maison, j’obtiens un crédit suffisant pour l’achat de la boutique. Frank me remboursera chaque mois

Les débuts sont difficiles, les journées interminables et les bénéfices maigres, mais après trois mois la boutique se remplit et je réussis à convaincre Frank d’embaucher ‘Claire’, mon amie. Elle reçoit les clients, prend les commandes… Enfin elle nous est très utile, seul problème, une incompatibilité d’humeur avec Frank ! Ils se chamaillent constamment, et à propos de rien. Je dois sans cesse intervenir pour mettre fin aux disputes interminables. Je m’en accommode car le travail augmentant, je suis souvent parti chez des clients.

 

Paris juin 2000

Les affaires marchent de mieux en mieux, le chiffre d’affaire augmente chaque mois, Claire et Frank ont l’air de mieux se supporter. Moi, je livre le matériel la journée et fais des réparations tard le soir. Je suis claqué, nous bossons comme des fous, mais ça marche ! L’idée de Frank était géniale, jamais je n’avais vu autant d’argent, même si le temps pour le dépenser me manque. Frank est vraiment un gestionnaire de grande qualité. Il s’occupe de toute la partie comptabilité, commandes de matériels, cotisations… C’est bien d’avoir quelqu'un comme lui, ça me permet de me consacrer à la partie technique.

 

Paris Septembre 2000

J’arrive à la boutique le premier, je suis seul car Claire s’est rendu auprès de sa mère qui a fait un infarctus hier. Je remarque de suite que le rideau métallique a été fracturé. De toute évidence, Nous avons été victime d’un cambriolage. J’appelle Frank sur son portable, pas de réponse. J’entre dans la boutique et je regarde ce qui manque. C’est simple, il ne reste rien de valeur, ils ont tout emporté. Et dire que Claire est chez sa mère et ne se doute de rien, la pauvre, si elle savait ! C’est déprimant de voir cette boutique qui d’habitude regorge de marchandise, complètement vide ! Plus rien ! On se demande comment ils ont fait ? J’essaie encore de joindre Frank, toujours personne ! Ca commence à m’inquiéter, mais qu’est-ce qu’il fait, lui qui est toujours à l’heure ! Après hésitation, je décide d’appeler Claire, ça m’ennuie ne la déranger alors que sa mère est malade mais ce qui nous arrive est grave. Claire non plus ne répond pas ! Décidément… Enfin je dois relativiser, connaissant Frank, il a très certainement pris une bonne assurance, mais quand même, ça fiche un rude coup de voir la boutique vide !

Je me rends au commissariat pour faire ma déclaration de vol, ça me prend presque tout l’après-midi. En sortant, j’appelle Frank, une, cinq, dix sonneries, pas de réponse ! Mais que ce passe-t-il ? J’essaie d’appeler Claire, aucune réponse non plus ! Je me sens seul et désemparé, comment se fait-il que c’est précisément je jour où il y a un gros problème que je me retrouve seul sans personne à joindre ? Je me rends chez Frank, il est peut-être malade, hospitalisé ou bien il a été victime d’un accident ? Je ne sais plus quoi penser ! Je frappe à l’appart de Frank, pas de réponde ! J’appelle les parents de Claire, sa mère me dit qu’elle n’a pas vu sa fille depuis quinze jours et qu’elle n’a jamais fait d’infarctus! Pour quelle raison claire m’a raconté cette histoire, je comprends de moins en moins. Je me rendre à la boutique et prendre des documents.

Une autre surprise m’attend à la boutique, les tiroirs contenant les papiers importants sont complètement vides ! Plus rien ! Je me demande dans quel intérêt les voleurs se sont emparés des papiers. Tout est de plus en plus flou. Mais comment vais-je faire, c’est Frank qui s’occupait de tout, moi, je ne connais même pas le nom de notre compagnie d’assurance ! Enfin, me dis-je calme-toi, Frank va bien se manifester… Et claire qui se trouve au près de sa mère…

Le soir, je m’efforce de fermer le volet roulant qui a été forcé lorsque le voisin passe avec son chien.

--- Ca y est, dit-il, vous avez terminé votre déménagement ?

--- Mon déménagement ? Ah non, c’est pas vraiment un déménagement, j’ai été cambriolé durant la nuit !

--- Cambriolé ! Je ne comprends pas dit l’homme, hier soir quand j’ai sorti mon chien, après le film, j’ai vu votre associé et votre vendeuse qui chargeaient les ordinateurs dans une camionnettes, j’ai pensé que vous déménagiez ! Vous, par contre, je ne vous ai pas vu.

--- Comment ! Ah, les salopard ! Tout s’explique maintenant, ils sont partis tous les deux avec la caisse et le matériel de la boutique !

--- Pas possible ! Dit l’homme, ils avaient pourtant l’air bien tous les deux.

--- C’est ce je pensais aussi jusqu’à présent !

Le lendemain, toujours aucune nouvelle de Frank et de Claire. Je passe à ma banque et demande à voir le directeur.

--- Vous arrivez bien, dit-il, je voulais justement vous appeler. Vous êtes dans une situation financière désastreuse !

--- Comment ça, dis-je ?

--- Votre associé a retiré tout l’argent de votre compte commun et nous ne pouvons régler votre dernière facture. Il vous faut approvisionner votre compte au plus vite.

La suite n’est qu’une chute vertigineuse. Frank avait prémédité son coup et n’avait même pas souscrit d’assurance ! J’avais réussi au prix d’un travail acharné à monter une petite affaire qui marchait bien et à présent c’est la grande descente, je m’enfonce toujours, je n’ai pratiquement plus rien. La vente de ma maison de campagne doit tout juste suffire à combler le gouffre financier dans lequel me laissent Frank et Claire.

Comme dit le directeur de ma banque, on ne se méfie jamais assez.

BOKAY

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Samedi 27 août 2005 6 27 08 2005 00:00

 

   

   La rivière rouge                                        

 Enfant, je passais mes vacances près d’une immense forêt qui s’étendait par delà la Belgique, cette région s’appelle ’’Les Ardennes’’. Nous formions une petite bande de cinq copains dont l’un nommé Lucas, était simple d’esprit. Nous profitions de ses faibles facultés pour nous livrer à des jeux à caractère douteux. C’est ainsi que l’un d’entre nous inventa le jeu du ’’mort’’. Il subtilisa le fusil de chasse de son père ainsi qu’une vingtaine de cartouches dont il enleva délicatement les plombs. Il expliqua à Lucas qu’il n’y avait aucun risque et que l’on pouvait jouer à la guerre sans danger avec la sensation de tirer de vraies balles. Nous prîmes le fusil chacun à notre tour. Le dernier à tirer était Lucas et nous lui avions réservé une surprise. Je devais simuler le mort, tomber en faisant semblant d’agoniser et laisser du sang couler de ma bouche qui en fait n’était autre que du jus de betterave rouge. Les autres devaient se précipiter sur moi et constater qu’effectivement, une vraie balle m’avait mortellement touché. Nous fûmes tellement persuasifs que Lucas, croyant m’avoir tué partit se cacher dans la forêt pour échapper disait-il, aux gendarmes et à la prison. Mais Lucas ne revenait pas et nous l’avons recherché jusqu’à la nuit sans succès. Les jours suivant la gendarmerie, avertie des conséquences de notre mauvaise plaisanterie entreprit des recherches qui ne donnèrent aucun résultat. Lucas avait complètement disparu.

L’année suivante, revenant en vacances au même endroit, je demandais des nouvelles de Lucas. On me répondit qu’on ne l’avait jamais revu. Certains prétendaient qu’il était mort, d’autres disaient qu’il s’était installé de l’autre côté de la frontière en Belgique. Mais cette année-là, j’avais trouvé une nouvelle occupation : j’allais à la rivière pour attraper des truites à la main. Je plongeais ma main le plus loin possible sous les grosses pierres puis immobilisais et saisissais l’imprudente qui s’y réfugiait.

Un jour qu’il faisait lourd et orageux, je remontais la rivière en amont, toujours plus loin ! Jamais je ne m’étais aventuré aussi profondément dans cette forêt, jamais je n’avais vu ces énormes rochers qui se positionnent de chaque côté de la rivière. J’avais déjà attrapé quatre truites et je continuais à visiter méticuleusement chaque pierre quand je sentis quelques grosses gouttes d’eau sur ma main suivis d’un violent coup de tonnerre. Je me suis relevé et en quelques secondes l’eau se mit à tomber en trombe dans un vacarme infernal ! Je me suis précipité vers le premier abri, un rocher qui semblait s’enfoncer comme une grotte. Mes yeux s’étant habitués à la demie obscurité, j’avançais vers le fond car une tache bleue attirait mon attention. C’était une grosse veste d’hiver mais il y avait aussi d’autres vêtements, des chaussures, des gants et bien d’autres choses. Brusquement, mes yeux se posèrent sur un T-shirt jaune et rouge. Je le reconnus immédiatement, c’était celui que portait Lucas l’année dernière quand il a disparu. Continuant ma prospection, je découvris une sorte de matelas fait de feuilles de fougères et de bruyère. J’étais de plus en plus persuadé que j’avais découvert la cachette de Lucas.

La pluie tombait avec moins d’intensité, je me tenais légèrement à l’intérieur de la grotte, invisible de l’extérieur lorsque j’entendis des craquements de brindilles et de feuilles. Je m’avançai hors de la grotte pour voir ce qui se passait quand tout à coup, je vis en face de moi Lucas, il portait de vêtements en haillon, une longue chevelure sale et noueuse, une barbe clairsemée et tenait un fusil à la main. Dès qu’il m’aperçut, son corps se raidi et il se mit à crier :

--- Au secours, au secours ! Au fantôme

--- Mais non dis-je, ne crains rien Lucas, c’est moi ton copain !

--- Non ! C’est pas toi, je t’ai tué, c’est ton fantôme ! Au secours !

Lucas partit à toute jambe en suivant la rivière qui à cette saison laissait une bande de sable de chaque côté.

--- Attends Lucas ! Ne part pas, je vais t’expliquer… !

Mais Lucas courait de plus belle et me refusant de le laisser ainsi dans sa folie, je me suis mis à courir derrière lui. La poursuite semblait interminable, il était habitué à courir dans de telles conditions et je peinais à garder la distance. Soudain, une petite colline rocheuse se dressa devant moi ! La rivière s’arrêtait net, où plutôt, elle sortait de cette sorte de caverne d’environ un mètre de hauteur. Lucas s’y était introduit, je l’avais vu se baisser puis disparaître. Je me suis mis au bord et j’ai crié :

--- Lucas ! Lucas, reviens, c’est moi ton copain !

Mais Lucas ne donnait aucune réponse. J’ai recommencé à crier mais sans succès, Lucas ne voulait pas répondre. Il s’obstinait à ne pas répondre. Je pris le parti d’attendre et je me suis assis sur un rocher……

Un coup de fusil raisonna de l’intérieur, j’ai crier :

--- Lucas ! Lucas ! Lucas !

Lucas ne répondit pas, il ne répondra plus jamais, la rivière se colora, la pluie se remit à tomber, le tonnerre à gronder. La rivière devint rouge vif, son débit augmenta, doubla, tripla puis ce fut un déferlement se rempli d’un immense flot rouge sang que venait fouetter une pluie d’une extraordinaire d’intensité. Une multitude d’éclaires jaunes et bleues déchirait la forêt, le ciel s’obscurcit jusqu’à devenir pareil à la nuit. Puis, peu à peu les forces se calmèrent, la rivière reprit son cours et sa couleur normale, le ciel retrouva ses nuages d’orages, la pluie cessa de tomber et je retrouvai ma lucidité.

 

BOKAY

 

 

Par BOKAY
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Dimanche 28 août 2005 7 28 08 2005 00:00

 

  

 L’INCONNUE DU TRAIN

 Cyril laissa tomber à terre le mégot qui pendait à l’extrémité de ses lèvres, le recouvrit de la pointe de sa chaussure et le réduisit en miette. Puis, il leva la tête vers le quai et scruta de chaque côté. Les derniers passagers atteignaient la sortie, tous légèrement vêtus à cause de la chaleur torride. Je ne la vois pas, se dit Cyril ? C’est étrange, Elle devrait être là ! Doucement, le train se remit en mouvement et le quai se vida. Des yeux, Cyril refit le tour de la gare, s’attardant à chaque endroit pouvant la dissimuler, mais en vain, elle n’était pas là ! Il arpenta la gare en tous sens, jeta un œil au dehors puis regarda une dernière fois sur le Quai. Claire ne viendra pas ! Comment aurait-il pu la manquer dans cette petite gare de province ? Vidé et las, le regard absent, il se laissa tomber lourdement sur un banc. Pour quelle raison ne m’a-t-elle pas prévenu, se demande Cyril ? Il sortit son portable de sa poche et se prépara à composer le numéro de Claire lorsqu’une jeune fille s’approcha de lui et l’interpella.

--- Pardon ! Dit-elle vous êtes Cyril ?

--- Oui, c’est moi !

--- j’ai un message à vous transmettre de la part de ‘Claire’, nous avons voyagé dans le même compartiment depuis Paris. Nous avons rapidement sympathisé, elle m’a fait votre description et m’a chargée de vous dire qu’elle ne viendrait pas et qu’il était inutile de l’appeler, que c’était fini. Elle ne m’a donné aucune autre explication. Arrivé à Lyon, elle m’a dit : moi, je descends là, au revoir. Voilà, je vous ai tout dit.

Cyril reçut une douche cinglante, glacée et inattendue ! Collé à ce banc de bois, incapable de se relever, le visage de Claire lui apparut, il imagina son sourire, sa façon de remettre ses cheveux à l’arrière, sa démarche. Non, ce n’est pas possible ! Nous nous aimons trop! Pratiquement jamais une dispute ! Je ne comprends rien et j’exige une explication, dit-il à haute voix.

--- C’est inutile, dit la jeune fille elle m’a bien précisé : c’est inutile qu’il m’appelle, c’est fini !

--- Elle a rencontrée quelqu’un ? C’est ça ? Oui c’est ça et elle vous l’a dit, vous savez !

--- Je ne sais rien dit la jeune fille, pendant tout le trajet, nous avons parlé uniquement de cinéma, Claire était comme moi, elle adorait le cinéma. Enfin, je veux dire qu’elle est cinéphile.

Cyril écoutait mais ne comprenait rien, ‘ Claire était comme moi’ ? Pourquoi parle-t-elle au passé ? Décidément, tout s’embrouille !

--- Vous avez l’air désemparé, dit la jeune fille, venez je vous offre un verre, nous allons parler un peu, faut vous changer les idées… Enfin, si vous voulez.

--- Oui, dit Cyril, cela ne peut pas me faire de mal, mais je ne veux pas abuser de votre gentillesse.

--- A propos, je m’appelle Laura, dit la jeune fille.

Cyril et Laura s’installèrent à l’intérieur d’un petit café, il y faisait moins chaud. Lui commanda une Chimay, elle un Perrier.

--- Elle est bien fraîche, dit-il pour briser le silence. Puis, laissant passer quelques secondes il enchaîne : vous comprenez ça ! Vous ?

--- On peut se dire ’’tu’’, nous avons à peu près le même âge, dit Laura, non, je ne comprends pas, peut-être que ses sentiments pour vous ne sont pas sincères ?

--- Mais on s’adore!

Cyril laissait parler Laura, elle lui racontait sa première année de fac, ses vacances en Croatie l’année dernière, ses cours de théâtre. Il lui fit remarquer que Claire aussi faisait du théâtre. N’y tenant plus, Cyril sortit son portable, je dois l’appeler, dit-il, il le faut ! La sonnerie retentit plusieurs fois, le silence qui suivit devint de plus en plus pénible, jusqu’à devenir insupportable. Répond ! Mais répond enfin ! Dit-il à haute voix dans le café. Quelques clients se retournent vers lui. Cyril renouvela son appel. En vain !

--- Je vais rentrer, dit Cyril. J’ai ma voiture, tu veux que je te dépose quelque part ?

--- Si ça ne te dérange pas, tu peux me laisser à mon hôtel, j’envisage de rester ici une semaine.

Ils échangèrent leurs numéros de portable et se séparèrent. Cyril ne rentra pas directement à la villa, il quitta la ville, s’engagea dans un petit chemin, trouva une place à l’ombre et s’arrêta. Il posa ses deux bras sur le volant, recula le siège et laissa tomber lourdement sa tête. Je dois faire le point, se dit-il. Claire ne veut plus me voir et refuse même de me parler ! C’est insensé ! Et il imagina divers scenari tous plus improbables les uns que les autres.

Il était près de vingt heures quand Cyril rentra à la villa. Ses parents, assis dans le canapé en rotin, semblaient attendre, ou plutôt l’attendre. L’expression de leur visage était tendue et figée. Un événement malheureux c’était produit, il pensa de suite à son grand-père, malade en phase terminale, Cyril l’aimait beaucoup.

--- C’est grand-père ? Dit Cyril, c’est fini ?

--- Non ! Dit la maman de Cyril, il est arrivé quelque chose à Claire.

--- A claire ?

--- Oui mon garçon, sa mère nous a averti que Claire se trouvait à l’hôpital après une tentative de suicide. Elle a tenté de se suicider en se jetant hors du train. Elle a plusieurs fractures.

--- Claire se suicider ? Mais enfin maman, c’est pas sérieux ! Tu la connais, toujours gaie, une plaisanterie en réserve !

--- Justement mon garçon, nous disions avec ton père que les personnes que l’on voit toujours gaies, sont souvent de grands dépressifs !

Cyril n’y croyait pas, c’était un garçon de caractère. Un caractère que des circonstances particulières avaient formées et développées. Il s’était forgé une force mentale qui prenait racines dans sa maladie. Pendant plus d’une année, il luta contre une mort quasi programmée. Il en réchappa à force de volonté, s’accrochant à la vie comme l’alpiniste à sa corde. C’est ainsi qu’il apprit à connaître les limites de ses ressources tant mentales que physiques. Cyril se savait rescapé, les extraordinaires progrès de la médecine l’avaient sauvés et c’est pour cette raison qu’après son bac, il décida de faire médecine. Il était à présent en cinquième année, ce qui donnait une certaine crédibilité à son jugement, du moins le pense-t-il, car il ne partageait pas du tout l’opinion de ses parents. Claire, dépressive ? Allons donc ! Quelle idée, se dit Cyril.

--- On l’a retrouvé sur le bord de la voie ferrée, une centaine de kilomètre avant Lyon, dit sa mère.

Cyril se remémora les paroles de Laura : Elle est descendue à Lyon ! Si Laura n’a pas menti, Claire n’a pas pu sauter du train cent kilomètres avant Lyon ! Cyril se pose aussi des questions à propos d’un autre détail, Laura avait dit : " elle adorait le cinéma. " Cela lui parut étrange qu’elle parle de Claire au passé. Je dois revoir Laura se dit Cyril, son témoignage est important pour moi. Il l’appela sur son portable et lui dit que Claire avait voulu se suicider en se jetant du train et qu’elle avait quelques fractures. Laura avait répondu qu’elle l’attendait dans le hall de l’hôtel.

Cyril gara sa voiture presque devant l’hôtel et pénétra à l’intérieur comme convenu. Laura n’y étant pas, il demanda au réceptionniste, celui-ci lui répondit que la jeune fille était partie précipitamment sans donner de raison. Cyril trouva ce comportement étrange. Partir ? Mais pourquoi et pour aller ou ? Et si elle avait décidé de repartir, de reprendre le train ? Cyril se rendit à la gare le plus vite qu’il put. Laura était là, assise sur le banc où ils étaient cet après-midi, à la même place. Voyant Cyril, elle sursauta, son visage trahit l’étonnement. Pendant une fraction de seconde, Cyril crut qu’elle allait partir en courant tant son étonnamment était grand, mais non, elle ne bougea pas du banc.

--- Pourquoi es-tu partie comme ça, tu devais m’attendre dans le hall de l’hôtel ? Dit Cyril.

Laura ouvrit son sac à main, en sortit une lettre et la donna à Cyril.

--- Toutes les réponses à tes questions sont dans cette lettre, dit Laura. Je te demande une seule chose c’est de l’ouvrir après mon départ.

Elle prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer, puis à sangloter. De plus en plus fort.

--- Pardonne-moi, pardonne-moi…

Laura leva une dernière fois ses yeux mouillés vers Cyril, se dirigea vers le quai, emprunta le passage souterrain et disparut. Le train entrait en gare quand elle arriva sur le quai et Cyril ne pouvait la voir, il ne la reverrait plus jamais.

 

Mon cher Cyril, Mon grand AMOUR,

 

Je viens de rentrer à l’hôtel et dans cette lettre je vais te dire ce que je n’ose t’avouer. Je connais Claire depuis deux ans, nous faisons du théâtre ensemble et nous ne nous aimons pas. La première fois que tu es venu la chercher, tu ne m’as pas remarquée, j’étais habillée en paysanne pour les besoins de la pièce. Mais moi, je t’ai vu et dans la seconde même, j’ai ressenti comme un violent courant dans tout mon être, j’étais paralysée. Tu avais le visage de l’homme dont j’étais amoureuse dans mes rêves, je t’ai reconnu immédiatement. Depuis ce jour, je passe mes jours et mes nuits à ne penser qu’à toi. Chaque soir, quand tu venais chercher Claire, je t’attendais, je n’étais là que pour toi. Je te voulais à tout prix ! C’est alors que j’ai imaginé de voyager avec Claire, de la jeter hors du train et d’entrer en contacte avec toi pour que tu comprennes que c’est moi qui t’aime, que nous sommes faits l’un pour l’autre. Mais si tu lis cette lettre, c’est que mon plan a échoué, que Laura n’est pas morte et je vais donc mettre en place mon plan de substitution : mon propre suicide ! C’est moi qui vais sauter du train lorsqu’il sera en pleine vitesse. Tu dois me comprendre, je ne peux envisager de vivre sans toi.

Pardonne-moi, toi mon unique et seul grand amour, si je t’ai fait du mal, mais personne ne t’aimeras jamais comme je t’ai aimé.

Ta Laura qui t’a aimé comme personne d’autre ne t’aimera.

Laura                                                                         BOKAY

 

 
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Lundi 5 septembre 2005 1 05 09 2005 00:00

                                                      

                                                             

                                         La passion des rats

 

C’est un bel après-midi d’avril, le soleil chauffe les herbes sauvages qui envahissent le terrain inculte qui jouxte la maison. Mon ami Victor et moi en avons fait notre terrain de jeux privilégié, nous y rencontrons bon nombre d’animaux sauvages et d’arbres centenaires sur lesquels il est facile de grimper. Nous jouons aussi au ballon et Faisons des arcs…

--- Alex ! Alex ! Viens voir, il y a un gros rat sous ce tas de branche, dit Victor.

Je m’approche des branchages, mais déjà Victor s’est emparé d’un gourdin et s’apprête à frapper l’animal qui semble inoffensif et endormi. Je l’arrête aussitôt…

--- Non ! Non, Victor ! Ne le tues pas, il est peut-être blessé ? Dis-je

La bête était énorme, où plus exactement, son ventre était énorme. Jamais je n’avais vu un rat avec un aussi gros ventre.

--- Fais gaffe ! Dit Victor, il est peut-être méchant ?

--- Mais non ! Tu ne vois pas que c’est une femelle qui va mettre des petits au monde ? dis-je

L’animal semble souffrir, il nous regarde en implorant notre indulgence, je crois entendre ce qu’il veut nous dire :  " Non ne me tuez pas, je vais avoir des bébés ! J’approche doucement ma main, il ne manifeste aucun signe d’agressivité. Et si je le gardais jusqu’à la naissance de ses petits ? Je pourrais le nourrir puis quand les ratons sauront se débrouiller seuls, je les remettrai dans le terrain?

--- Hé, Victor ! Va me chercher un carton à la maison, mais ne dis pas à ma mère pourquoi, elle a les rats en horreur !

Victor revient avec un grand carton, je dépose des herbes sèches au fond pour former un matelas et je pousse délicatement notre animal à l’intérieur. Il se cale dans un coin et ne bouge pas. L’idée de le mettre à la cave me traverse l’esprit, j’en parle à Victor mais il me répond qu’il n’aime pas les rongeurs et surtout les rats. Moi, j’imagine déjà plein de petits tout rose, recouverts d’un léger duvet et s’allaitant, serrés contre le ventre de leur mère. Mais, le plus difficile reste à faire, à savoir rentrer dans la maison et aller à la cave s’en éveiller l’attention de ma mère. Je retourne à la maison et demande à Maman si elle n’a pas du vieux pain pour les oiseaux. Elle m’en donne et dit qu’elle doit se rendre au bourg pour faire quelques courses. Belle aubaine, j’en profite pour aller à la cave avec mon carton et ma rate à l’intérieur. Je la mets dans la deuxième partie de la cave, celle où nous n’allons jamais.

Depuis trois jours, je lui donne à boire et à manger. Ce matin, j’arrive avec du pain et des biscuits, j’allume la lumière et… surprise, onze petits ratons grouillent tout contre leur mère, ils se bousculent, se poussent pour atteindre une mamelle et tètent goulûment. Je n’ai pas pu cacher longtemps mon secret à ma mère, étonnée de me voir descendre plusieurs fois par jour à la cave, elle me questionna et je dus avouer la vérité. " Dès qu’ils seront un peu plus grands, tu me mets tout ça dehors ! Me dit-elle. J’ai répondu : " oui Maman ".

Trois mois plus tard, mes onze rats et leur mère sont toujours dans ma cave. Le soir, j’en prends deux ou trois avec moi et je m’amuse à les apprivoiser. Je les fais marcher sur un manche à balais, les fais rentrer dans des tubes en plastique, je les appelle et ils me suivent. Avec des lacets de chaussures, je les attelle comme un cheval et leur fait tirer des jouets à roulettes comme des voitures ou des camions. C’est de plus en plus passionnant. Ma mère m’a demandé combien j’avais de rats mais je n’ai pas osé dire la vérité, j’ai répondu trois.

Noël approche, mes rats me donnent de plus en plus de satisfaction, je leur fais faire une quantité de choses. J’ai lu dans un livre ramené d’une brocante qui s’appelle : " Rats, intelligence supérieur " qu’il était possible de les dresser à attaquer, c’est à dire d’en faire de véritables animaux de défense. J’ai appliqué les instructions de ce livre à la lettre, j’ai fabriqué un mannequin avec de la paille et des vieux vêtements et il suffit que je dise : " Attaquez ! Et ils se jettent sur le mannequin, déchirent le tissu et arrachent la paille. Alors, je crie : " Stop ! Ici ! Et ils reviennent tranquillement se serrer contre moi. Je n’ai rien dit à Maman, mais les petits ont fait des petits qui à leur tour ont donné naissances à d’autres petits. J’ai actuellement cinquante six rats, sans compter les tous petits. Je me demande si cela ne tourne pas à la folie.

Quinze février ; c’est l’anniversaire de ma mère, elle a trente huit ans, elle est encore très jolie, je suis seul avec elle car mon père travaille en Indonésie où il dirige la construction d’un pont. Plusieurs personnes sont venues souhaiter bon anniversaire à ma mère. On frappe de nouveau à la porte, Je vais ouvrir. C’est Monsieur Maillet, un fort gaillard réputé pour être particulièrement malhonnête avec les dames. Il a même eu des histoires de meurs qui l’ont mené en la justice. Dans le village, certains l’appellent : " L’obsédé ". Il dit qu’il vient souhaiter bon anniversaire à ma mère. Il s’approche et l’embrasse comme tout le monde, mais brutalement, il la prend par la taille et la serre. Ma mère se débat, elle tombe à terre et l’homme se jette sur elle. Alors, comprenant ce qu’il se passe, je m’approche et tire l’homme par le bras…

--- Toi sale Mioche tu vas pas m’emmerder ! Dit l’homme.

Et il m’attrape par le bras, ouvre la porte de la cave et me jette dans les escaliers, je dévale toutes les marches et me cogne contre un casier de bouteilles. Je suis en furie, j’ai la haine, je dois faire quelque chose pour maman! Un éclair me traverse la tête : Et si j’utilisais mes rats ? Je trouve l’interrupteur, allume et ouvre la porte où sont réunis tous mes rats. J’ai l’impression qu’ils ressentent le danger, ils dressent leurs oreilles et se tiennent raides, presque debout sur leurs pattes arrières. Je leur crie : Allez ! Attaquez ! Allez ! Et je monte les escaliers à toutes jambes suivis de mes cinquante six rats. J’ouvre la porte de la cave, je crie à nouveau : "  Attaquez ! Attaquez ! Et les cinquante six rats se jettent sur l’homme qui tentent des coups de pied pour se défendre, mais ils reviennent férocement à la charge. Trois rats déchiquettent la manche de son pull-over et attaquent la chaire, le sang coule. Comme il avait le pantalon baissé, les rats longent et mordent ses jambes. Ils sont fous de rage et dès qu’ils saisissent un morceau de chaire, impossible de leur faire lâcher prise. L’un d’eux a saisi l’homme au cou, celui-ci le tire par la queue pour lui faire prise tout en hurlant de douleur… Ma mère qui s’est relevée intervient…

--- Alex ! Fais-les arrêter, ils vont le tuer.

Je ne me presse pas, je prends presque du plaisir à le voir souffrir, mais ma mère se répète alors je crie…Stop !Stop !

Tous les rats lâchent leurs prises instantanément et viennent tourner autour de mes jambes. L’homme se relève, il saigne au visage et aux mains, il hurle tous les jurons de la terre et prend la porte en courant. Ma mère me regarde médusée, elle ne réalise pas encore ce qui c’est passé !

--- T’as vu Maman ? T’as vu comme ils nous ont défendu ?

--- Oui, je te remercie mon garçon, dit ma mère en sanglots….Mais dis-moi, mais comment tu as fait et d’où viennent tous ces rats ? Ils sont à toi ?

--- Oui maman, ils sont à moi, et s’ils le désirent, je vais leur rendre la liberté, mais avant pour les remercier, je vais leur donner à manger.

 

J’ouvre le réfrigérateur et prends tout le fromage que nous avons ainsi que du pain et des gâteaux, puis j’ouvre la porte d’entrée et la porte de la cave et je dis: " Allez ! Allez ! Choisissez, où vous rentrez dans la cave ! où vous prenez votre liberté et vous partez dehors dans les champs ! Ils restent quelques instant à tourner en rond, ne sachant que faire, puis l’un d’eux se dirige vers la porte d’entrée, puis un second, un troisième et tous les autres suivirent.

J’ai perdu mes amis, mais je pense que l’amour que j’ai pour eux ne m’autorise pas à les garder avec moi contre leur gré. Leur vie est ailleurs, dans la nature rude et hostile où ils devront apprendre à se battre.

BOKAY

 

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Par BOKAY
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Lundi 5 septembre 2005 1 05 09 2005 00:00

 

                                                                                 

                       La phobie des poulpes

 

 

Chaque année, je passe mes vacances en Bretagne avec mes parents et mon petit frère Léo âgé de sept ans. Nous habitons dans une modeste maison que mon père rénove chaque année pendant les vacances. A force de travail et d’obstination, quelques années ont suffi à la transformer en un véritable paradis. Elle présente aussi un avantage appréciable : elle est située à moins de deux kilomètres de la mer.

C’est une chaude journée d’août, les algues déposées sur les rochers par la précédente marée dégagent une forte odeur d’iode. Le vent est à peine perceptible et aucun nuage ne tache le bleu du ciel. Une multitude de mouettes piochent inlassablement le sable fraîchement découvert à la recherche de nourriture. Leurs cris se font entendre jusque sur le front de mer, tel une onde que rien n’arrête. Mes parents, fidèles à leur habitude, se sont installés à l’extrémité de la plage, près des rochers, avec parasol, glacière et draps de bains. Ma Mère a emmené quelques magazines féminins et mon père dévore un polar. Mon petit frère Léo et moi venons presque chaque jour à cet endroit et nous connaissons chaque rocher et chaque trou d’eau. Nous passons toutes nos journées à attraper crabes, petits poissons, moules et bien d’autres choses encore. Mais, ce que nous adorons par dessus tout, c’est la mer à marée basse, lorsqu’une multitude de poches d’eau apparaissent dans les rochers. Certaines s’enfoncent sous l’énorme masse rocheuse et c’est là qu’on y découvre mille trésors. L’un de ces trous est immense, il s’enfonce d’une dizaine de mètres sous la roche et nous l’avons baptiser : La caverne d’Ali Baba. Personne ne peut imaginer la quantité de crabes et araignées de mer que nous y avons ramassés ! Nous ne comptons pas non plus les blessures occasionnées par les pinces de crabes, ni les pieds meurtris par les coquillages tranchants. Malgré son tout jeune âge, Léo n’a pas son pareil pour sortir un énorme crabe blotti dans une fente rocheuse. Non, Léo n’a peur de rien, ou plutôt… de presque rien, car il y a un animal dont il a horriblement peur, c’est le poulpe ! Mais… peur, n’est pas le mot exact, il faudrait plutôt dire phobie. Dès qu’il en voit un, il court, se sauve jusque sur la plage, s’enroule dans un drap de bain et ne bouge plus. Il peut rester ainsi une heure, sans bouger. C’est inexplicable ! Maintenant que j’ai compris à quel point cela le rend malheureux, je reste avec lui et je le rassure de mon mieux.

Mais aujourd’hui, il n’y a pas de poulpe, la mer s’est retirée très loin, nous inspectons la caverne d’Ali Baba et il n’y a jamais eu autant de crabes ! Maman n’a pas de souci à se faire pour le repas de demain, il est dans nos sacs. En fin d’après-midi, nous quittons la caverne d’Ali Baba et ramenons notre précieux butin sous le parasol où se sont installés nos parents. Ma mère nous félicite et décide de rentrer à la maison avec papa. Léo, lui aussi décide de rentrer, il se prétend fatigué. Moi, je reste encore, j’ai repairé de nouveaux trous et j’ai l’intention de profiter de la marée basse pour les explorer. Je ne regrette pas mon choix car je ne tarde pas à découvrir une cavité encore plus grande que la caverne d’Ali Baba !

Il se fait tard, la mer remonte et la faim me prend. C’est le moment de rentrer à la maison, je rassemble pics et filets et remonte tranquillement le chemin qui mène droit à notre maison.

Arrivé, je vois mon père qui scie une branche d’arbre dans notre jardin, l’air surpris, il me regarde et m’interpelle :

--- Léo n’est pas avec toi ?

--- Non ! Il a dit qu’il était fatigué et qu’il rentrait avec vous !

--- Mais au dernier moment, il a changé d’avis et a dit qu’il restait avec toi !

--- Non, je ne l’ai pas vu, dis-je.

--- Alors il est encore dans les rochers, dit mon père, il faut y aller tout de suite.

--- Prends la voiture Papa, on ira plus vite dis-je.

--- Ta Mère est partie en ville avec, dit-il, ne perdons pas de temps allons-y.

Mon père et moi partons en courant en direction de la mer. Jamais nous n’avons descendu le petit chemin aussi vite. La mer remonte, il faut faire vite, Léo peut tomber dans un trou ou se faire emporter par une vague ! Mon père n’a pas l’habitude de courir, je vois qu’il commence à peiner., moi j’ai l’habitude je fais toujours ce trajet en courant.

--- Ne m’attends pas dit-il, pars devant, je te rejoins

Arrivé aux rochers, je reprends mon souffle et place mes mains en porte voix :

--- Lééééoooooooo !

j’attends quelques secondes… pas de réponse. Je recommence, toujours rien, alors je courre sur les rochers en appelant Léo mais je n’obtiens aucune réponse. Afin d’avoir une vue d’ensemble, je monte tout en haut, je scrute et je continue à crier :

j’attends quelques secondes… pas de réponse. Je recommence, toujours rien, alors je courre sur les rochers en appelant Léo mais je n’obtiens aucune réponse. Afin d’avoir une vue d’ensemble, je monte tout en haut, je scrute et je continue à crier :

--- Léééééooo ! 

Aucune réponse ! mon père me rejoint, il prends de profondes inspirations, et parle par saccade.

Aucune réponse ! mon père me rejoint, il prends de profondes inspirations, et parle par saccade.

--- T’as… rien… trouvé ?

--- Non, toujours rien, dis-je, je vais aller voir à la caverne d’Ali Baba, on ne sait jamais !

Pendant que mon père crie " Léo " de toutes la force de ses cordes vocales, je coure sur les rochers irréguliers qui mènent à la caverne. L’eau arrive presque en haut du trou qui permet d’accèder à la caverne. Je rentre dans l’eau, ma tête passe tout juste. Le trou est sombre, je crie : "  Léééooo ! je n’obtiens pas de réponse, mais j’entends du bruit, comme une personne qui sanglote. Je crie une seconde fois et j’avance à l’intérieur. Dans la demie obscurité, Les pupilles de mes yeux se referment et je discerne une forme humaine à tout au font de la caverne.

Pendant que mon père crie " Léo " de toutes la force de ses cordes vocales, je coure sur les rochers irréguliers qui mènent à la caverne. L’eau arrive presque en haut du trou qui permet d’accèder à la caverne. Je rentre dans l’eau, ma tête passe tout juste. Le trou est sombre, je crie : "  Léééooo ! je n’obtiens pas de réponse, mais j’entends du bruit, comme une personne qui sanglote. Je crie une seconde fois et j’avance à l’intérieur. Dans la demie obscurité, Les pupilles de mes yeux se referment et je discerne une forme humaine à tout au font de la caverne.

--- C’est toi, Léo ? T’es là ?

--- Oui je suis là, répond une petite voix tremblante.

--- Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne vois pas que la mer monte ?

--- Si, répond Léo, mais je ne peux pas passer, il y à plein de poulpes devant l’entrée ! Elles sont énormes, avec des tentacules monstrueuses remplies de grosses ventouses ! Fais attention toi aussi, elles vont t’attaquer !

--- Mais non Léo, n’aies pas peur et ne bouge pas, j’arrive.

A chaque vague, l’eau gagne de la hauteur et l’intérieur de la caverne devient de plus en plus sombre. Terrorisé par la peur, Léo s’est blotti contre la parois du font. Je me laisse guider par ses sanglots pour arriver jusqu’à lui. Ses vêtements sont mouillés et il tremble de tous ses membres. Je le saisis, et l’installe sur mes épaules.

 

--- Non, non ! ne passe pas là, me dit-il, il y un énorme poulpe, il va nous attaquer, j’en suis sûr ! Non…

je me hâte car l’eau m’arrive jusqu’au cou et seul un petit triangle de lumière indique la direction de la sortie. Encore quelque mètres et nous y sommes, la lumière semble plus intense, je ressens le mouvement des vagues et une masse d’écume vient inonder mon visage. C’est bon signe ! j’entends mon père qui crie :

--- Où êtes-vous ! mais répondez, bon sang !

Nous sortons de la caverne, le soleil m’éblouit, mon père nous a vu, il accoure, des larmes de joie coulent sur ses joues.

--- Léo ! Mon fils ! Comme je t’aime ! Faut plus jamais faire ça, garçon ! plus jamais !

Mon père semble avoir quelque chose d’important à nous dire, et prenant un air grave, il nous demande si nous sommes capable de garder un secret.

--- Moi, je dirai jamais rien si c’est un secret, dit Léo.

--- Moi non plus dis-je, un secret c’est sacré et je ne dirai rien !

Notre père se rapproche plus près de nous, comme si au milieux de cet endroit désert quelqu’un pouvait nous entendre, et nous dit :

--- Vous allez me promettre tous les deux de ne rien dire de ce qui est arrivé à votre mère, ce sera notre grand secret !

Beaucoup d’années se sont écoulées et nous n’avons jamais rien dit à maman.

Beaucoup d’années se sont écoulées et nous n’avons jamais rien dit à maman.

BOKAY

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Lundi 5 septembre 2005 1 05 09 2005 00:00
     

 

 

                           

                 Les sources chaudes

 Laure leva la tête de son bureau et regarda par la fenêtre de sa chambre. La neige avait cessé de tomber. Elle referma son livre de philo, le déposa sur le coin de son bureau et observa le ciel. Des nuages isolés courraient au-dessus des sapins, mais rien de menaçant.  Non il ne neigera plus ! Pensa Laure. Ses yeux fixèrent sa paire de patins à glace accrochés à une poutre de pin. La tentation était trop grande, comment rester ici alors que le lac est à un quart d’heure de marche ?

Laure s’habilla chaudement, balança ses patins par-dessus son épaule et descendit l’escalier.

--- Tu t’en vas Laure ? Demanda sa mère.

--- Oui, M’man, je vais patiner sur le lac, peut-être que Claire y est aussi ?

--- Ne rentre pas trop tard, la nuit tombe vite en cette saison !

--- Promis, M’man.

Laure marchait d’un bon pas sur le petit chemin qui mène au lac. A droite, une large haie d’arbustes recouverts de ronces et de lierres servait de refuge à une multitude d’oiseaux. A gauche, une forêt de sapins épaisse et sombre dont les longues branches s’avançaient sur le chemin. Arrivée au lac, Laure chaussa ses patins et se dirigea vers l’unique îlot qui émergeait au centre du lac. Sur cette île, une vieille cabane laissée à l’abandon était le centre de ralliement des patineurs qui avaient coutume d’y déposer leurs affaires et venaient s’y abriter lorsque le vent devenait insupportable. Laure déposa son sac qui contenait divers objets dont une petite collation et une dose de jus de fruit. Elle vérifia une dernière fois la bonne fixation de ses patins, boutonna son anorak jusqu’en haut et s’élança sur le lac. Ses patins projetaient de fines particules gelées arrachées à la glace. Laure aimait plus que tout cet univers de glace, ce vent cinglant qui vous transperce le visage, ce silence si fort qu’il en devient inquiétant. C’était son univers.

C’était à chaque fois la même chose, après vingt minutes de patinage, Laure avait trop chaud. Elle s’arrêta pour desserrer son col et donner plus d’aisance à son cou. Elle descendit la fermeture éclair de son anorak, mais celle-ci se coinça dans son cache nez en remontant. Elle tira fortement, mais rien n’y fit, la fermeture restait bloquée. Laure décida de se rendre à la cabane, elle y serait au moins à l’abri du vent. Comme cette maudite fermeture résistait toujours, elle enleva son anorak à la façon d’un pull-over, le posa sur la table en bois et ainsi eut plus d’aisance pour la décoincer. Elle profita de cet arrêt pour manger une barre de céréales et ouvrir une boite de soda. Elle écarta la chaise de la table pour se relever et tourna instinctivement la tête en direction de l’unique petite fenêtre.

C’est alors qu’elle poussa un cri qui raisonna dans la cabane. Son corps se raidi de tous ses membres et les battements de cœur s’accélérèrent. Elle avait vu une tête par l’unique petite fenêtre, une tête d’homme ! Il la regardait, il l’épiait. Pris de panique, Laure se précipita vers la porte, l’ouvrit d’un geste vif et, ses patins aux pieds, elle franchit les quelques mètres de terre ferme et s’élança sur le lac. L’homme, surpris de ce départ précipité mit quelques instants à réagir puis cria dans la direction de Laure :

--- Mais revient ! Pourquoi tu te sauves ainsi, je t’ai fait peur ?

Laure ne répondit pas, elle utilisait toutes ses forces pour mettre une distance entre cet homme et elle. Il n’avait peut-être pas de mauvaises intentions, mais ce comportement, cette façon d’épier avait quelque chose extrêmement désagréable et déplaisant, elle avait toujours en tête le soir où un inconnu l’avait importuné. Ce jour-là, il n’y avait aucun patineur sur le lac, elle était seule et elle avait eu très peur!

--- Mais attend, dit l’homme, je veux te parler !

Et il se lança à la poursuite de Laure dans de larges mouvements, bien appliqués. L’homme était jeune, peut-être un jeune homme ? Il patinait de façon remarquable et semblait même plus rapide que Laure. Il réduisait la distance et criait d’un ton sec :

--- Mais arrête-toi ! Je veux te parler !

Et l’homme gagnait toujours du terrain, la distance les séparant s’était réduite à une cinquantaine de mètres. Laure patinait de toutes ses forces, mais rien n’y faisait, l’homme se rapprochait.

C’est à ce moment que Laure eut l’idée des sources chaudes. Tous les habitants de la région savaient que ces sources sont un véritable piège mortel pour la personne qui ignore leur emplacement. A cet endroit, la couche de glace n’a que de quelques centimètres. Le risque est signalé par un cercle de pneus usagés et un poteau surmonté d’un drapeau rouge avertit du danger. En fait, il n’y avait jamais eu d’accident de personne et seules des noyades d’animaux étaient à déplorer. Laure fonça droit en direction des sources, l’homme la suivait. Elle passa le plus près possible de la zone dangereuse puis bifurqua brusquement à angle droit. Pour la rattraper, l’homme coupa au court en passant par le centre des sources, mais sous son poids la fine couche de glace céda et l’homme s’enfonça dans un bruit effrayant. Laure s’arrêta et se retourna brusquement.

--- Laure ! Laure ! Au secours ! Au secours ! Me laisse pas, faut que je te dise que tu … L’homme ne put terminer sa phrase et s’enfonça dans l’eau glacée du lac.

Laure sentit une immense panique l’envahir, certes elle avait échappé à son poursuivant, mais les conséquences de sa décision prenaient une dimension tragique, monstrueuse. Pouvait-elle humainement regarder cet homme s’enfoncer dans l’eau glacée ! Le regarder se noyer sans réagir ? Représentait-il encore un danger pour elle ? Laure se saisit d’un des pneus et le lança en direction de l’homme qui se débattait dans l’eau. Le pneu termina sa course à deux mètres de lui et il tenta désespérément de s’en saisir. Laure se dirigea vers un autre pneu et le lança également dans la même direction. L’envoie fut plus précis, l’homme s’en saisir et réussit à maintenir sa tête hors de l’eau.

--- Va chercher du secours ! Vite, je gèle ! Vite ! Dit l’homme en rassemblant ses forces. Laure courut jusqu’à la cabane où se trouvait son portable, elle composa le numéro des urgences. Batterie trop faible, presque à plat ! Laure ne voyait plus qu’une solution, courir jusqu’à la première maison. Elle ne pris même pas le temps de déchausser ses patins, elle se sentait capable de courir quelques centaines de mètres patins aux pieds. Epuisée, elle arriva à la première maison. Il y avait quelqu’un.

Laure retourna au lac, patina jusqu’aux sources chaudes. Tout semblait calme, presque serein ! Mais ce calme était une torture, il signifiait que l’homme n’avait put survivre dans l’eau glacée. Pas une seule petite bulle d’air qui atteste de la présence d’un corps sous l’eau! C’est horrible qu’une vie s’achève ainsi, aussi calmement sans laisser la moindre trace ! Au loin, en entendit le bruit des sirènes. Enfin, les secours. Bien que la glace fut très épaisse, les véhicules de secours restèrent sur le bord du lac. Laure expliqua ce qui était arrivé, les hommes fixèrent le trou, une fine couche de glace se reformait déjà.

--- Il n’y a plus grand chose à faire, mademoiselle, dit un des hommes. On va explorer le fond du lac, mais ce n’est même pas certain que l’on retrouve son corps. Ce lac est connu pour son épaisse couche de vase.

Deux plongeurs se relayèrent jusqu’à la nuit mais sans succès.

Les gendarmes venus sur place demandèrent à Laure de passer à la gendarmerie le lendemain. C’était logique, elle était la seule témoin de l’événement.

Cette nuit-là, Laure dormit peu, elle commençait à réaliser l’horreur de cette décision, prise dans l’urgence. Le sentiment de culpabilité remplaça vite la satisfaction d’avoir échappé à un assassin. Après tout, l’homme ne la menaçait pas, il disait vouloir lui parler. Oui, que ça, lui parler. En fait la peur démesurée qui l’avait envahi provenait uniquement du comportement ‘étrange’ de cet homme. Elle essaya de se justifier, de se trouver de bonnes excuses, mais rien n’y fit, sa conscience ne l’acceptait pas. Et que voulait-il me dire ? Et comment savait-il mon nom alors que moi je ne l’ai jamais vu ? Non, Laure ne dormit pratiquement pas cette nuit-là, sa tête n’était qu’un enchevêtrement d’idées contradictoires.

Le lendemain, Laure se présenta donc à la gendarmerie. Elle devait donner sa version. Ce serait certainement la version retenue puisqu’elle était la seule personne présente lors du drame. Le drame ? Après avoir pris la déposition de Laure, le gendarme observa une pose, croisa ses bras et s’adressa à Laure.

--- Vous êtes certaine de ne pas avoir inventé toute cette Histoire ?

Laure ne comprenait pas ! On la soupçonnait d’avoir inventer ce drame ! Dans quel but ? Ils la prenaient pour une folle, une simple d’esprit ?

--- Mais enfin ! Dit Laure, je vous raconte ce que j’ai vu, rien de plus !

--- Le problème, dit le Gendarme, c’est que nous n’avons retrouvé aucune trace du corps de cet homme. Nous avons effectué de nouvelles recherches ce matin, pas la moindre trace de l’homme que vous prétendez avoir vu se noyer.

Laure rentra chez elle fatiguée et vexée qu’on l’ait prise pour une menteuse. Un instant, elle se posa même des questions sur son état mental. Mais non, se dit-elle, je l’ai bien vu se noyer !

Très perturbée par cette aventure, Laure repris sa vie, la semaine à la Fac et le patinage pendant son temps libre. Déjà l’été s’annonçait, les vertes prairies avaient remplacé les immenses étendues de neige. Le souvenir de cette étrange histoire s’estompait. La vie reprenait un cours normal.

Mais ce lundi matin, un petit désagrément vint perturber les habitudes de Laure ; sa voiture refusait désespérément de démarrer. Elle demanda à son père de la conduire à l’université. Bien sûr, il accepta et laissant son petit déjeuner, ils partirent sur le champs. La voiture roulait à vive allure et Laure fit remarquer à son père, qu’il prenait le risque d’une contravention ou d’un accident.

--- Si je veux être à l’heure à mon travail, je dois me dépêcher ! répondit-il

La route était sinueuse et étroite à cet endroit et ce que redoutait Laure se produisit ; un tracteur agricole déboucha d’un chemin de terre; le père de Laure donna un coup de volant sec pour l’éviter et la voiture partit à gauche dans le fossé puis fit quelques tonneaux dans les champs. La voiture s’immobilisa sur le toit, Laure s’extirpa du véhicule, en fit le tour pour aider son père. Elle poussa un cri d’horreur en le voyant le visage en sang. Une tôle déchirée avait provoqué plusieurs coupures au visage et au cou. Laure appela immédiatement les secours sur son portable et fit son possible pour réduire l’hémorragie en attendant. Quand les secours arrivèrent, le père de Laure avait perdu beaucoup de sang.

--- Vous avez la carte de groupe sanguin de votre père ? demanda le médecin.

--- Je regarde, dit Laure en tendant la main pour attraper la sacoche en cuir de son père.

Laure regarda dans chaque compartiment de la sacoche et ne la trouvant pas, elle renversa tout son contenu dans l’herbe. C’est alors qu’une photo attira son attention. Elle représentait un jeune homme assis sur une plage. Elle regarda au recto : " souvenirs de vacances, Fabien ". Laure retourna la photo de nouveau, mais ce qu’elle vit dépassait imaginable. Elle en était certaine, c’était le visage de l’homme qui l’avait suivi au lac et qui s’était noyer ! Pas possible, se dit-elle ? Non, c’est pas possible.

L’ambulance transporta Laure et son père à l’hôpital. Il avait perdu beaucoup de sang et fut transféré dans une unité de soins intensifs. Laure ne souffrait d’aucune blessure, seulement quelques bleus. Prévenu par sa fille, la mère de Laure arriva à l’hôpital une heure plus tard.

--- Tu n’as rien, ma chérie ? demanda-t-elle à sa fille.

--- Moi, je n’ai rien, mais Papa a perdu beaucoup de sang, on ne peut pas encore le voir.

--- Tout ça c’est à cause de moi, dit Laure, Papa s’est dépêché pour arriver à l’heure à son travail et…

--- Non ! coupa sa mère, c’est le destin, ça devait arriver, c’est tout.

--- Et si les médecins n’arrivent pas à le sauver, maman. Je me le reprocherai toute ma vie !

La conversation s’arrêta car un médecin s’avançait pour donner des nouvelles.

--- Soyez rassurées, dit-il, il est sauvé. Il a perdu beaucoup de sang, mais les blessures sont sans gravités et il n’a pas de fracture.

Le troisième jour d’hospitalisation, Le père de Laure allait beaucoup mieux. Faut que je lui dise, se dit Laure, faut que je lui demande qui est ce ‘ Fabien’ ? Maintenant que nous sommes seules, c’est le moment.

--- Papa, dit-elle, j’ai une question à te poser, qui est Fabien ?

--- Fabien ? De quelle ‘ Fabien’ veux-tu parler ?

--- De celui que tu as en photo !

--- Ah ! Tu as découvert une photo de Fabien !

Il resta un instant pensif puis tourna lentement sa tête vers Laure et lui demanda d’approcher.

--- Fabien est ton demi-frère, dit-il calmement. De toute façon j’avait décidé de révéler à toi et à ta mère cette partie restée secrète de ma vie. Ou plus exactement, c’est Fabien qui devait te le dire, c’est pour cette raison qu’il était allé au lac, pour te parler et te dire qu’il était ton demi-frère. Il tenait à te le dire lui-même.

 

Il s’arrêta de parler subitement et mit sa tête dans ses mains.

--- J’ai pas été correcte avec vous, dit-il, j’aurai dû vous en parler plus tôt, j’ai été lâche, cent fois j’ai voulu vous en parler mais je n’en ai jamais eu le courage. Alors je repoussais toujours, toujours jusqu’au jour où Fabien me dit, Papa tu dois leur dire la vérité !

--- C’est affreux Papa ! Tu ne sais pas que Fabien s’est noyé dans le lac ? Et je me sens responsable de sa mort. J’ai tué mon frère ! Oui, c’est bien cela, je l’ai tué ! Je l’ai amené intentionnellement vers les sources chaudes, par peur ! Une peur sans fondement en fait. Une peur criminelle serait plus juste. J’ai noyé mon Frère…

Un homme ouvrit doucement la porte de la chambre et pénétra sans que Laure ne se rende compte de sa présence.

--- Laure ! Tu veux bien te retourner !

Laure se retourna, devant elle, debout, un jeune homme à l’allure sportive et dynamique souriait.

--- Je te présente ton frère ! Fabien, dit le père de Laure.

Oui, Fabien était bien vivant, s’aidant du pneu que lui avait lancé Laure, Fabien réussit à atteindre la couche de glace épaisse et se hissa hors de l’eau. C’est pour cette raison que les plongeurs ne trouvèrent pas de corps au fond du lac et que le gendarme pris Laure pour une fabulatrice.

Laure et Fabien se regardèrent, immobiles. L’intensité de leur émotion se lisait sur leurs visages. Fabien fit un pas en avant, Laure également et ils se retrouvèrent dans les bras l’un de l’autre, prisonnier de leur émotion.

--- Je ne sais comment m’excuser dit Laure, pour le lac ! Si j’avais su…

--- N’en parlons plus dit Fabien, mais sait-tu, c’est la première fois que je te voyais et dans ta tenue de patineuse, je te trouvais magnifique. Ma sœur ! C’est ma sœur wouha ! ! Elle est canon ma frangine, me suis-je dit! Dès la première seconde, je t’avais adopté et tu m’avais plu.

--- Et Maman ? Demanda Laure en se retournant vers son père, elle est au courant ? ca va lui faire un sacré coup !

--- C’est ce que je pensais aussi, mais quand je lui ai révélé ce que je considérais comme un secret, ta mère m’a répondu : "  mon pauvre Pierre, il y a longtemps que je suis au courant…

Fabien, prit Laure par la main.

--- Viens Sœurette, je te paie un café… Nous avons tellement de choses à nous raconter…

 

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Par BOKAY
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