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CAUCHEMAR D’ARIEL
Les rayons du soleil traversent les persiennes et se projettent sur le mur de la chambre en lignes parallèles. C’est un dimanche d'hiver, un vent glacial siffle contre la fenêtre. Je me lève, regarde machinalement par la fenêtre, les voitures sont recouvertes d’une fine couche de givre, c’est l’hiver. Je prends une douche, je m'habille chaudement et descends acheter du pain et quelques croissants. C’est mon habitude ou plutôt notre habitude car chaque dimanche j’invite Ariel, ma voisine de palier à partager le petit déjeuner avec moi. C’est l’occasion de rompre notre solitude. Elle, me raconte ce qu’a été sa semaine à l’université, ses copines, ses profs et moi je lui fais un résumé de la mienne au journal ou je m’occupe de la rubrique des faits divers.
Je prends mon portable, compose son numéro et laisse sonner… J’insiste…Personne ne répond. Ce n’est pas son habitude ! Je sors sur le palier et frappe à sa porte, aucune réponse ! Je pose ma main sur ma poignée de porte pour rentrer chez moi quand j’entends une personne descendre l’escalier, c’est Sonia, la voisine du dessus.
--- Bonjour Dann, Tu cherches Ariel ?
--- Oui, chaque dimanche nous prenons le petit déjeuné ensemble, mais aujourd’hui elle ne semble pas être là, c’est curieux, elle ne m’a rien dit.
--- Je ne l’ai pas vu de la semaine, dit Sonia, elle s’est comme volatilisée. Je t’explique…
--- Mais entre Sonia ! Dis-je, ne reste pas sur le palier.
Je la prie de s’asseoir, lui offre une tasse de café et elle commence :
--- Mardi matin, Ariel vient me voir, elle me demande si elle peut utiliser mon ordinateur car le sien a un problème. Je lui dis que cela ne me dérange aucunement et lui demande simplement de bien tirer la porte en partant. Quand je suis rentré chez moi, vers 18 heures, la porte de mon appartement était ouverte mais Ariel n'était pas là. Je suis allé chez elle, personne, j’ai essayé de l’appeler sur son portable, pas de réponse. Elle était comme volatilisée. J’avais justement l'intention de te demander si tu avais de ses nouvelles.
--- Non ! Je ne l’ai pas vue de la semaine ! Lui dis-je, Je sais qu’elle fréquente une nouvelle boite du quartier latin, elle y est allée samedi dernier.
--- Tu veux parler du " New World " dit Sonia ?
--- Exactement, cette boite ne me plaît pas du tout, beaucoup de bruits circulent à son sujet, des histoires de drogue et de prostitution, rien de bien.
--- Et tu vois un rapport avec sa disparition ? Demande Sonia.
--- Je ne sais pas, je cherche une explication
--- Elle a peut-être eu un coup de blues et est retournée quelque temps chez ses parents, dit Sonia.
--- Possible.
--- Je te quitte, dit Sonia, je vais jusqu’à la boulangerie, tu me tiens au courant !
Sonia partie, je tourne en rond dans mon appart et J’avale mon troisième café quand on frappa à ma porte.
--- Police ! Ouvrez s'il vous plaît.
--- J’ouvre la porte et me retrouve face à face avec deux policiers en uniforme et un troisième en civile.
--- Excusez-nous monsieur, connaissez-vous mademoiselle Sonia Morin qui habite à l'étage au-dessus ? Demande l'homme en civil.
--- Bien sur que je la connais, c’est une gentille fille
--- Mademoiselle Morin a été victime d'un kidnapping et nous menons notre enquête nous d’identifier son ou ses ravisseurs. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois demande l'homme en civil ?
--- Je lui ai parlée il y a environ dix minutes, dis-je.
--- Vous faites erreur Monsieur, les parents de cette jeune fille ont fait l'objet d'une demande de rançon ce matin, vous n’avez pas pu la voir il y a dix minutes.
--- J’en suis certain, dis-je, nous parlions ensemble juste avant votre arrivé elle va revenir, elle est allée à la boulangerie. Mais par contre, une jeune personne semble avoir disparu, c'est Ariel Delatour, ma voisine de palier. Sonia et moi ne l’avons pas vu depuis une semaine.
Sonia monte les escaliers une baguette sous le bras en mâchonnant un croûton de pain. Voyant les policiers sur le palier, elle pense immédiatement qu’ils sont là pour Ariel.
--- Vous savez qu’on vous recherche, mademoiselle ? Dit le capitaine en civil.
--- On me recherche moi, dit Sonia, je ne comprends rien à ce que vous dites.
--- Vos parents habitent bien à Renne, et votre père et le patron d'une grande entreprise de la région ?
--- Oui, oui, c'est exact, dit Sonia, mais où voulez-vous en venir ?
--- Vos parents ont reçu une demande de rançon dit le Capitaine.
--- Mais c'est absurde, je n'ai jamais été kidnappé, dit Sonia.
--- C’est étrange, dit le Capitaine….Mais nous n'allons pas continuer à discuter ici, je vous demanderais de vous rendre au commissariat dés que vous serez prêt. Et... Vous aussi dit le capitaine en levant les yeux vers moi.
Sonia et moi avons passé notre dimanche après-midi au commissariat. Un lieutenant a tapé un rapport d’une dizaine de pages et nous nous sommes retrouvés chez moi.
--- Mes parents ont eus la peur de leur vie dit Sonia. Et Ariel, tu penses qu'elle a été kidnappée à ma place ?
--- C'est probable, dis-je, les ravisseurs sont venus chez toi et ne te connaissant pas ils ont pris Ariel à ta place.
--- Ce qui est important, c'est de savoir si les ravisseurs vont libérer Ariel quand ils se seront rendu compte de leur méprise, dit Sonia.
l’attitude de Sonia me semble étrange : elle tourne la tête… s’apprête à dire quelque chose mais ne dit rien… Je doute de sa sincérité quand elle dit tout ignorer des fréquentations d’Ariel car je sais qu’elles sortent souvent ensemble. Je tente un coup de bluff.
--- Maintenant, tu arrêtes ton cinéma et tu me dis ce que tu sais. Depuis le début, je vois que tu me caches quelque chose. Qu’est-ce que tu sais ? Où est Ariel ?
--- Ne s’attendant pas à une telle réaction de ma part, Sonia se sent déstabilisée, devient rouge, baisse la tête et murmure :
--- Oui, c'est vrai, je ne t'ai pas tout dit, mais je suis aussi inquiète que toi pour Ariel. C’est au sujet du "New World", je t'ai menti. Je connais très bien cette boîte, j'y vais souvent et je pense qu'elle a un rapport avec la disparition d'Ariel. Tu as remarqué au commissariat le lieutenant assez grand vêtu d'une veste en cuir foncée ?
--- Oui, dis-je, je vois qui tu veux dire.
--- Il se fait appeler Tony, il est toujours fourré au "New World" dit Sonia. Une fois il m'a offert un verre, il s'est assis à ma table et nous avons discuté longtemps. Il se prétendait sociologue. Nous nous sommes revus et à chaque fois il me posait des tas de questions. Sur mes copines étudiantes, sur mes relations, sur la profession de mes parents etc... Il me disait que c'était pour son métier car en ce moment il écrivait un livre sur "les jeunes et le monde étudiant". Je l'ai cru. Jusqu'à cet après-midi, j’ignorais qu'en réalité il était inspecteur de police. J’ai été surprise de le trouver là, et lui, semblait encore plus surpris que moi. De plus, il a fait semblant ne pas me connaître et il m'a vouvoyé, il semblait gêné. Tu trouves normal qu'un inspecteur soit toujours dans cette boîte à fouiner ?
J’écoute Sonia avec attention car j’en suis sûr, il se passe des choses étranges au "New World". Une idée me traverse l’esprit : prendre contacte avec Luc, mon collègue qui a écrit un article sur le sujet et a eu les milles ennuis. Luc ne refuserait pas, mais le sujet était délicat. Qu’est-ce que je risque ? Je peux essayer ? Je décroche mon téléphone et appelle Luc. Je lui raconte toute l’histoire, Luc m'écoute jusqu'à la fin sans m'interrompre, laissant seulement entendre un hem! Hem! De temps en temps. Lorsque j’eus terminé, Luc laissa échapper:
--- T'es dans la merde Dann ! Le " New World ", c’est une couverture pour un vaste réseau de drogue et de prostitution. T'es chez toi, Dann ?
--- Oui, je suis chez moi.
--- Bouges pas j'arrive, dit Luc.
Vingt minutes plus tard on frappe à la porte, je vais ouvrir. C’est Luc.
--- Il faut agir vite, dit Luc, je connais la planque du " New World ", avec un peu de chance ton amie y est peut-être encore. Faut pas compter sur la police, Tony va tout faire foirer, c’est un pourri. Il explique vaguement comment il compte procéder et propose de s’y rendre au plus vite. Luc s’adresse à Sonia :
--- Je préfère que vous rester ici ! Dit-il, c’est trop dangereux pour une femme !
--- Il n’en est pas question rétorque Sonia, je vais avec vous !
Luc regarde Sonia fixement, le souffle coupé par ce bout de femme qui
Semble lui tenir tête puis se tourne vers moi et dit :
--- Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
--- On fait que je vais avec vous dit Sonia.
Sonia va chercher des habits chauds, nous descendons tous les trois et montons dans la voiture de Luc.
Tony et la bande du New World "possédaient une maison près de Saint-mûre sur Loire à cent trente kilomètres de Paris. La maison était une ancienne ferme située sur le bord de la Loire, On y accédait par un chemin empierré qui longeait le fleuve Elle était bâtie en pierres de pays et était entourée d’un mur de près de deux mètres de haut qui la mettait à l’abri des regards indiscrets. Au bout du jardin qui ne faisait pas plus d’une vingtaine de mètres, coulait la Loire, qui à cet endroit était assez profonde et permettait à de petites embarcations d’accoster. Luc avait entendu parler de cette maison et c’était même rendu sur place à plusieurs reprises. S’ils détiennent encore Sonia pensa Luc il y a de fortes chances pour que se soit ici car personne ne soupçonne cette maison et ses occupants d’être un lieu de rencontre et de trafique. Pendant son enquête, Luc, se faisant passer pour un agent immobilier avait discrètement interrogé les voisins. Ce sont de braves gens, une bande de copains qui travaillent dans une banque à Paris et qui viennent pêcher le week-end lui a-t-on répondu. La couverture était parfaite, et c’est tout à fait par hasard, que Luc a découvert l’existence de cette maison qui en réalité est utilisé comme plaque tournante d’un trafique de drogue et parfois de prostitution. Luc avait découvert leur stratégie. La drogue n’arrivait jamais à la maison par le petit chemin, mais était toujours acheminée par le bateau de pêche qui prenait livraison en face sur l’autre berge. Luc ne savait pas exactement ce qui se passait dans la maison mais à son avis, la marchandise repartait de la même façon, sur ou plutôt sous la petite barque. Pour obtenir ces observations, Luc effectua un travail colossal pendant trois mois, prenant d’énormes risques, se cachant sous divers déguisements, passant des nuits entières avec des jumelles à infra-rouge…Fais un reportage le plus complet possible lui avait demandé le rédacteur en chef et il ajouta : " Ca va être de la dynamite ton truc, alors " mets le paquet ". En fait de dynamite, rien, pas le moindre article. Cette pilule-là, Luc ne l’a pas encore avalée. Un jour, le rédacteur en chef et le patron du journal le convoquent. Vous avez fait un travail formidable sur cette affaire lui dit le patron, mais pour des raisons que je ne puis vous expliquer, vous devez arrêter tout et immédiatement. Croyez bien que j’en suis navré mais je ne puis vous donner aucune explication. Luc n’en saura pas plus. Il essaya bien de questionner son rédacteur en chef, mais sans succès. Mon coup de téléphone de avait réactivé sa curiosité. Luc, compris de suite l’opportunité qui se présentait : il y avait enquête de police, de nombreux journaux allaient s’intéresser à la disparition de Sonia et il serait impossible d’étouffer l’affaire. Luc sentait l’opportunité d’une revanche. La circulation était fluide sur l’autoroute, les lumières de l’agglomération parisienne semblaient s’éteindre à mesure qu’on s’éloignait. Par moment, quelques flocons de neige venaient mourir sur le par brise. La nuit était noire, impénétrable. Dehors il devait faire très froid. Le silence qui régnait dans la voiture devenait pesant, presque insupportable. J’avais une quantité de question à poser à Luc, mais je me taisais. Pour détendre l’atmosphère, je me penche vers Sonia et dis :
--- T’as bien fait de te couvrir chaudement, il fait une température sibérienne.
Mais le silence se réinstalle aussitôt. En d’autres circonstances, Luc aurait mit la radio, elle marchait presque en permanence habituellement. Mais il cogite. Il s’était immédiatement proposé de nous aider et nous avait embarqué, Sonia et moi dans une aventure peu banale et périlleuse sans trop réfléchir, sans se rendre compte qu’il mettait nos vies et peut-être celle d’Ariel en danger. La voiture quitte l’autoroute…
La neige tombe de nouveau, mais ne s’accroche pas sur la route, le vent la souffle sur les bas-côtés. La nationale est déserte, aucune autre voiture, aucune lumière. L’activité fébrile de la ville avait disparue en moins d’une heure. Nous sommes, à présent, dans un autre monde, celui que les Parisiens appellent : ’’la province’’. Luc s’arrêta à un croisement, regarde les panneaux indicateurs et sans dire un mot s’engagea sur une petite route sinueuse et en mauvais état. Le vent souffle plus fort et la neige tombe presque horizontalement. Enfin Luc dénie prononcer une parole :
--- " Nous sommes presque arrivés, dit-il en s’engageant dans un chemin à peine praticable. Après quelques kilomètres, Luc arrête la voiture près d’un petit bois. Il semble bien connaître les lieux car il n’y a de la place que pour une seule voiture.
Luc coupe le moteur, puis les phares.
--- Maintenant, je vous explique, dit-il.
Il explique son plan…
La maison qui sert de repaire à la bande du " New World " se trouve à environ un kilomètre à travers champs. Luc qui connaît les lieux avance le premier, mais la nuit est noire et nous progressons lentement. Le vent nous glace le visage et des clôtures de fils barbelés freinent notre progression. Arrivés à une haie, Luc s’arrête et nous indique la maison.
--- A partir de maintenant, prudence dit-il, ne vous faites pas repérer, on regarde, rien de plus.
La première mission était uniquement de l’observation. Luc a un sens inné du commandement, il donne des ordres comme l’aurait fait un capitaine à ses soldats, ce qui a pour avantage de se sentir en confiance et d’ôter toute tentative d’initiative. La maison forme une masse plus sombre dans ce ciel d’ébène. Elle est clôturée par un mur de plus de deux mètres de hauteur dont un endroit est dégradé. Luc et moi pénétrons dans la propriété tandis que Sonia reste à l’extérieur pour prévenir d’un éventuel danger. Luc marche le premier, longe le mur de pierres, pose ses pieds avec précaution de peur de trébucher sur un quelconque obstacle. Un massif d’arbustes qui cache la maison représente en endroit idéal pour s’approcher sans se faire repairer. Luc et moi traversons les arbustes en écartant précautionneusement les branches qui, agissent comme un ressort et viennent cingler nos visages gelés. Repoussant une dernière branche de conifère, nous nous retrouvons à seulement quelques mètres de la maison. La porte d’entrée et deux fenêtres projettent une faible lumière qui éclaire quelque peu la cour. Nous nous tournons l’un vers l’autre, la faible lueur éclaire à peine nos visages. Pour ne pas traverser la petite cour éclairée, nous longeons le massif d’arbustes avant de revenir le long de la maison.
--- Inutile de s’approcher à deux, dit Luc, restes ici, moi je vais jeter un œil par la fenêtre. Je me cale contre le mur d’un petit appentis pour me protéger du vent glacé. De cet endroit, je peux aussi suivre la progression de Luc qui avance doucement le long du mur de la maison. Les fenêtres n’ont ni volet ni rideau. Luc s’arrête à une des deux fenêtres éclairées, avance prudemment sa tête et découvre une grande pièce. A l’intérieur, deux hommes regardent la télévision. On retransmet le match de foot "France-Pays-bas " et tous les amateurs français de ballon rond sont devant leurs écrans. Les deux hommes sont affalés chacun dans un large fauteuil. Des canettes de bière vides et pleines envahissent une petite table. Ils semblent faire quelques commentaires à propos du match. L’un d’eux se lève, se dirige vers le poêle à charbon, soulève puis repose le couvercle. Il prend deux canettes dans le frigo, d’une seule main et en tend une à son compagnon. Celui-ci la saisit sans détourner les yeux de la télé, arrache la capsule d’un coup de mâchoire, reste quelques secondes immobile avant de se dresser brutalement de son fauteuil, les deux bras en l’air et arborant un large sourire. Les deux hommes se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, Luc pense que c’est sûrement pas être la fête pour les Hollandais. Luc avait déjà vu ces hommes, des sortes de brutes à tout faire avec peu de cervelle. Ils n’étaient pas ici par hasard. Leur univers c’est plutôt les piaules crasseuses et les bars enfumés. Maintenant, ils se parlent, mais impossible de comprendre ce qu’ils se disent. Le plus petit demanda quelque chose à son compagnon qui s’engage aussitôt dans le couloir. Il revient deux minutes plus tard, fait oui de la tête, comme pour dire : " tout va bien ". Caché derrière mon appentis je vois la lumière s’allumer dans la pièce qui est tout près de moi. Comme les autres fenêtres, celle-ci n’a ni volet ni rideau. Je m’approche et distingue nettement l’homme qui entre. La chambre est plutôt petite, meublée d’une armoire et de deux lits, l’homme se penche sur le premier lit, scrute quelques secondes, puis se penche vers le second lit, se dirige vers la porte et éteint la lumière. Je n’étais pas assez près pour voir le visage des personnes se trouvant dans ces deux lits, mais à en juger par les habits jetés sur le couvre-lit, il s’agissait de vêtements féminins.
Sonia est toujours le long du mur en pierres, la tête enfoncée dans le col de son manteau. Elle s’est enroulé la tête dans son écharpe, faisant ainsi face au vent du nord et à la neige qui tombe en petits flocons serrés. Elle n’a rien remarqué de particulier, la nuit est noire et glacée, l’unique bruit qui parvient jusqu’à elle est le sifflement du vent dans les arbres. Le froid est si intense que, de peur de s’engourdir, elle marche de long en large contre le mur pour tenter de se réchauffer un peu. Elle passe sa tête à l’endroit où le mur est éboulé, pour écouter si Luc et Dann n’arrivaient pas. Non, personne, elle commence à s’inquiéter. Luc est toujours derrière la fenêtre. A l’intérieur de la maison, le plus petit des deux hommes téléphone sur son portable, l’autre s’amuse à rechercher des stations radio sur un gros transistor, on entend même la musique de l’extérieur. Le petit repose son portable sur la table et va fouiner dans le frigo. Il en sort une bouteille qui ressemble à du champagne, peut-être veulent-ils arroser la victoire de la France en foot ? Luc se dit qu’il n’est pas utile de rester plus longtemps, il est littéralement gelé. Nous revenons et il me fait part de ce qu’il a observé. Nous envisageons un plan d’action comportant le minimum de risque. De mon appentis, j’ai vu la chambre et les deux lits, ce que Luc ignorait jusqu’à présent.
--- On retourne, dit Luc. On va aller retrouver Sonia, elle doit commencer à s’inquiéter.
Sonia fait toujours le guet près du mur, je lui raconte ce que j’ai vu.
--- Parmi les vêtements, tu n’as pas vu une robe avec des motifs rouges demande Sonia ?
--- Si, si dis-je, il y a un vêtement avec du rouge.
--- C’est justement la robe que portait Ariel quand elle est venue chez moi, le jour de
sa disparition.
--- Qu’est-ce qu’on fait, on va la chercher ? Demande Sonia.
--- Eh ! Pas de précipitation dit Luc, tu sais à qui tu as à faire ? Ces gars-là, ne sont pas des enfants de cœur.
--- Alors, on ne fait, rien, dit Sonia ?
Luc réfléchit à la façon de procéder pour sortir Ariel de cette maison. Après cinq minutes de réflexion dans le froid et le visage balayé par ce maudit vent, Luc lance soudain :
--- J’ai une idée. Allons à la voiture, je vous expliquerais.
Nous repartons tous trois à la voiture, retraversons le champ glacé en évitant les barbelés, les trous et les racines d’arbres qui sortent du sol. La neige fine tombe plus fort et recouvre le sol. Sonia arrache son anorak dans un barbelé, Je trébuche contre des racines d’arbre et me retrouve allongé dans la neige. Arrivés à la voiture, je dévisse le bouchon de réservoir et siphonne du gasoil dans un bidon. Je m’y reprends à plusieurs fois, recrachant le carburant infect avec dégoût jusqu’à ce que le siphon fonctionne. J’en retire un plein bidon. Nous laissons Sonia dans la voiture et nous repartons à travers champs, portant le bidon de gasoil à tour de rôle.
Luc a remarqué un bâtiment en bois à gauche de la maison. Son accès ne présente pas de difficulté car à cet endroit, le mur ne fait pas plus d’un mètre cinquante de hauteur. Le plan de Luc était de mettre le feu au bâtiment et d’appeler les pompiers et la gendarmerie. Une fois ceux-ci sur place, il serait facile de secourir les deux filles qui se trouvent à l’intérieur. J’escalade le mur dégradé le premier, Luc me tend le bidon de gasoil à bout de bras et passe par-dessus le mur à son tour. Nous examinons le bâtiment qui jadis devait servir à entreposer du matériel agricole. Il sers aussi de garage car il y a une grosse voiture de garée à l’intérieur. Il est difficile de se rendre compte de ce qu’il y a dans ce bâtiment, car la nuit est noire et la lumière provenant de la maison est trop faible pour permettre de distinguer quoi que se soit. Hors de question également d’allumer une allumette ou un briquet pour y voir plus clair. A tâtons, je découvre dans un coin du bâtiment un amas d’objets en bois, idéale pour répandre de l’essence et mettre le feu. Nous nous mettons d’accord pour déclencher deux incendies simultanément, l’un dans le coin ou il y a du bois, le deuxième, ce sera la voiture. Prêt à passer à l’action, un bruit attire notre attention : C’est une voiture qui s’approche.
--- J’espère que ce n’est pas Sonia dit Luc, t’as entendu, je lui ai bien donner l’ordre d’attendre, de ne pas bouger avant notre coup de téléphone ? .
--- Ecoute ! Ce n’est pas le bruit de ta voiture ! C’est une voiture plus puissante. Le chemin est en mauvais état et la voiture roule lentement. Arrivée devant le portail de la maison, elle s’arrête, un homme descend de la voiture, ouvre le portail dont le grincement déchire la nuit. Entre le portail et le bâtiment où nous nous trouvons, il y a à peine une dizaine de mètres. La voiture s’avance dans la petite court et s’arrête tout près de la porte d’entrée. L’homme qui est au volant coupe le moteur, éteint les phares et descend à son tour. La porte de la maison s’ouvre sans que les hommes se donnent la peine de frapper. Les deux occupants sortent, serrent la main aux arrivants qui pénètrent aussitôt dans la maison. Pour Luc, il y a changement de programme. Les hommes peuvent partir en voiture et peut-être avec les filles s’ils se jugent menacés par l’incendie. Luc se dit qu’il fallait couper leur retraite en immobilisant leur véhicule. Le moyen le plus sûr était de crever les pneus de leur voiture. Il enfonce sa main dans la poche de son anorak pour vérifier que son couteau est bien là, puis le dos courbé, s’avance doucement vers la grosse voiture. Il s’arrête quelques secondes pour s’assurer que tout était O.K et sort la lame de son cran d’arrêt. Le petit déclic du couteau lui semble faire un vacarme d’enfer. Il lève la tête en direction de la pièce éclairée, mais tout était calme, alors il enfonce la fine lame dans le flan des deux pneus côté chauffeur. Un sifflement se fait entendre, un peu fort, mais pas suffisamment pour être entendu de la maison. La neige glacée balaye le visage de Luc, il s’essuie les yeux d’un revers de main et retourne sous le bâtiment. Bravo ! Lui dis-je t’as réussi, ils ne se sont aperçus de rien. Ne perdons pas de temps dit Luc en versant la moitié du gasoil sur la voiture. Il me donne le reste et je le répands là où il y a des planches. Je fais rouler la molette de mon briquet trois ou quatre fois avant que celui-ci ne s’allume puis avance avec précaution la flamme en direction de la nappe de gasoil. Le feu prend aussitôt, et déjà des flammes de deux mètres de haut s’élèvent, éclairant tout le hangar. A ce moment précis, Luc craque une allumette et la jette sur le capot de la voiture. Une flamme encore plus haute s’élève jusqu’à la toiture du bâtiment. Nous partons en courant et sortons par le portail qui était resté ouvert. Nous longeons le mur et allons nous positionner à l’endroit de la brèche par laquelle nous étions rentrés. De là, il est impossible de nous voir et nous pouvons vérifier que l’incendie se déroule comme prévu. Le bâtiment dont la charpente devait être très sèche brûle avec vigueur et Luc dit que le moment est venu d’appeler les pompiers et la gendarmerie en précisant que dans cette maison deux jeunes filles sont retenues contre leur gré. Les quatre hommes se sont probablement aperçus de l’incendie. Les flammes montent toujours plus haut, on entend le bois crépiter et des tuiles tomber sur le sol. De la voiture, à moins d’un kilomètre, Sonia contemple le spectacle, une petite tache rouge qui grossit et s’élève dans le ciel en direction de la maison. Ils ont réussi la première partie de leur plan se dit-elle. Elle attend le signal de Luc pour quitter le chemin qui peu à peu se recouvre de neige. Nous entendons un bruit de moteur, c’est la voiture dont Luc a crevé deux pneus. Dès qu’ils s’aperçoivent du sabotage des pneus, les hommes se mettent à jurer si fort que nous les entendons se disputer, ils sont en désaccord sur ce qu’il faut faire. " Partons ", dit l’un d’eux. " Faut pas laisser les filles ", dit un autre. Le bâtiment est entièrement la proie des flammes. Des volutes de fumée noire provenant de la combustion des pneus se gonflent devant la masse rouge-vif des flammes et s’élèvent lentement vers le ciel. Une vingtaine de mètres séparant les deux édifices, le bâtiment en feu ne représente pas une menace pour la maison. L’odeur de caoutchouc brûlé prend à la gorge et des brindilles enflammées s’envolent haut dans le ciel. Il n’y a toujours pas de lumière dans la chambre des deux filles. Elles ont certainement été droguées, sinon le bruit des tuiles tombant les unes sur les autres les auraient réveillées. Dans le lointain, on entend les véhicules des pompiers, ils seront là dans quelques minutes. Luc et moi, avons décidé de ne pas nous montrer, notre présence sur les lieus de l’incendie aurait semblé suspecte aux gendarmes. Luc passe un coup de téléphone à Sonia pour la rassurer et lui dire de ne pas bouger. Le premier camion de pompier arrive en même temps que le fourgon de la gendarmerie. Luc et moi, nous nous sommes cachés dans le massif d’arbustes où nous étions tout à l’heure. De cet emplacement, nous pouvons voir ce qui se passe dans la cour sans être vu. Les pompiers s’affairent à dérouler les tuyaux d’arrosage pendant que les gendarmes investissent la maison. La chambre ou se trouvent les deux filles s’éclaire et des gendarmes pénètrent à l’intérieur. Je suis confiant, je me dis que le cauchemar prend fin, Ariel sera sauvée, mon cœur battait à tout rompre, mais je ne pouvais pas prendre le risque d’aller la voir. Je la verrais demain. Rien en ce qui concerne les quatre hommes, ils ont disparu ou ils se sont cachés. Nous quittons notre poste d’observation car les gendarmes commencent à effectuer des recherches dans la cour. Luc me regarde, souriant et heureux d’avoir accompli une noble action.
Sonia et moi rentrons vers trois heures du matin dans nos apparts, mais je ne réussis pas à s’endormir avant cinq heures. Vers neuf heures trente, un coup de téléphone me réveille. C’est le commissariat de quartier qui m’appelle pour me dire que mademoiselle Ariel Delatour a été retrouvée saine et sauve grâce à l’excellent travail des services de police. Elle rentrerait chez elle dans la matinée. Dix minutes plus tard, Sonia frappe à la porte de mon appart, elle a reçu le même coup de téléphone du commissariat. Ils manquent pas d’air avec leur "excellent travail…? "
--- Pour être franche dit Sonia, je n’aime pas ton copain Luc, mais je reconnais qu’il à fait du beau travail, sans lui, nous n’aurions jamais retrouvé Ariel et je n’ose pas imaginer ce qu’elle serait devenue sans notre intervention.
--- Luc est comme ça, froid, rigide mais terriblement efficace
Sonia remonte dans son appart et moi, je fais un peu de rangement et téléphone à mon patron pour m’excuser de son absence sans lui donner trop de détails. Vers onze heures, on frappe à la porte, je m’empresse d’aller ouvrir. C’est Ariel. Elle est là, devant moi, je la trouve plus belle que jamais, mes yeux se baignent dans les siens, nous nous sourions, sans prononcer aucune parole. Je referme la porte, nos bras s’ouvrent lentement puis se refermèrent comme un étau, nos bouches se rencontrent et nous restons ainsi, un long moment… une éternité. Tu ne peux savoir comme je t’aime, dit Ariel, mais je n’ai jamais pu t’en parler, je croyais que pour toi je ne serais jamais qu’une amie. C’est ce que tu étais au début de notre rencontre dis-je, mais depuis quelque temps, je ne pense plus qu’à toi, alors quand j’ai appris ta disparition, tu comprends que j’étais fou d’inquiétude. Et tu n’as pas cherché à me retrouver interrogea Ariel ? Nous parlerons de cela demain, tu veux bien ! j’appelle mon patron pour lui dire que je ne viendrais pas aujourd’hui, Je débranche mes téléphones et me retourne vers Ariel.
--- Si tu le veux, cette journée est pour nous deux ?
Le policier véreux qui se faisait appeler Tony est arrêté, les quatre hommes de la maison ainsi que toute la bande du " New World " se sont rendus sans résistance. Luc a écrit un article à sensations dans son journal et eut droit aux félicitations de son directeur et de son patron de presse qui se demandent encore comment il a fait pour obtenir toutes ces informations. C’est top secret et gravé à jamais dans sa mémoire.
BOKAY
Retrouvez mes écrits : http://bokay.over-blog.org/
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