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Mardi 28 août 2007
 

                      Double vie N° 1 à 5 

 Double vie N° 1(l’appart.)

 

Depuis toujours je rêve de mener une double vie. Comme je suis de corpulence fine, me mettre dans la peau d’une femme m’attire énormément. Homme le jour, femme la nuit ou homme un jour, femme le lendemain, je ne sais pas trop. Mais en ce moment, j’ai une autre préoccupation, je suis à la recherche d’un appartement. Passant rue de Vaugirard, je vois deux écriteaux côtes à côtes : " Appartement à vendre ". On accède au premier rue de Vaugirard et l’entrée du second se situe dans une petite rue. Je les visite tous les deux, ils sont petits et me plaisent bien. L’un ou l’autre me conviendrait très bien, mais je ne sais lequel choisir.

C’est alors qu’une idée bizarre et tortueuse comme il m’arrive souvent d’en avoir me traverse l’esprit : " Et si j’achetais les deux, un pour moi, Alex et un pour mon double, disons Elodie ? Financièrement, ça va être juste mais ça ira. Les deux appartements ayant un mur mitoyen, il me suffirait de le percer le mur pour passer d’un appart à l’autre et de sortir par exemple en Homme rue de Vaugirard et en femme dans la petite rue !

Cette idée me ravit et trois mois plus tard, je réalise mon rêve. Je suis Monsieur Alex Pelletier pour le premier appart et Mademoiselle Elodie Lemaire pour le deuxième. La même et unique personne. J’achète perruques, faux cils, faux sein, lentilles de couleurs, maquillage, chaussures, vêtements, enfin tout un attirail qui me permet de sortir en femme sans éveiller le moindre soupçon. L’appart acheté, je perce un trou de soixante centimètres de large dans le mur et je le camoufle en fausse bibliothèque pivotante. Ainsi je peux me rendre d’un appart à l’autre, ici c’est Alex et là c’est Elodie. Par la petite rue quand je sorts, c’est : " Bonjour mademoiselle Lemaire, comment allez-vous ce matin ? " Et si je sorts de l’autre côté : " Encore un fichu temps, monsieur Pelletier, comment allez-vous ? ".

Je suis devenu deux identités tout à fait distinctes et personne n’a encore rien remarqué. Je reçois du courrier (que je m’envoie souvent moi-même) aux deux adresses. Je réussis assez bien ma transformation car, eh oui ! Mademoiselle Lemaire se fait draguer. Je parle facilement et je commence à connaître des gens. J’ai sympathisé avec un homme de mon immeuble rue de Vaugirard, où je suis monsieur Pelletier. Nous parlons souvent ensemble, et une fois que je lui demandais s’il n’envisageait pas de prendre femme, il me répondit qu’il en avait remarqué une dans l’immeuble d’à côté. Je connais même son nom, me dit-il, elle s’appelle Elodie, un joli nom n’est-ce pas ? Mais quand il me demande si je la connais, je préfère répondre: " ah, non, je n’ai pas ce plaisir !

De l’autre côté, celui de mademoiselle Lemaire, je me suis fait une amie, Serine, la voisine du dessous, une femme charmante dont le mari ne cesse de me faire des avances. Tout se passe admirablement bien et je ne me suis jamais aussi bien amusé.

Après quelques mois de cette vie passionnante mais, oh combien compliquée, une certaine stabilité s’installe. je vois de plus en plus souvent Serine, je suis pour elle une bonne copine, et ma présence ne déplaît pas non plus à son mari. Serine est très jolie, brune de taille moyenne aux formes avantageuses, sa présence m’est de plus en plus agréable. Je me sens auprès d’elle comme jamais je ne me suis senti avec une femme. Un moment, je me suis même demandé si elle n’éprouvait pas des sentiments pour moi ! Ca aurait été le comble ! Mais non, ouf ! Ce n’est que de l’amitié. Par contre il n’en est pas de même pour moi, je deviens complètement fou d’elle, à tel point que j’ai même envisagé de tout lui dire et de lui avouer mon amour. C’est là qu’une autre idée me vient, encore plus farfelue !

Je me met en tête de lui faire rencontrer Alex, je monte un petit scénario dont la principale difficulté est qu’il est bien sûr impossible de voir Alex et Elodie ensemble, puisqu’ils sont une même et unique personne. Je commence par lui dire que j’ai rencontré un type formidable nanti de toutes les qualités qu’une femme recherche chez un homme. Chaque fois que je rencontre Serine, je lui parle d’Alex. Elle commence à me poser de plus en plus de questions à son sujet. Je lui dit qu’il l’a remarquée et qu’il la trouve ’’ super canon’’, c’est le superlatif que j’ai employé. Par petites touches, je fais entrer Alex dans la vie de Serine. Maintenant, c’est elle qui me demande de ses nouvelles. Afin de ne pas lui donner mauvaise conscience et de lui laisser le champ libre, je dis à Serine qu’Alex n’est qu’un ami pour moi, que nous nous connaissons depuis l’enfance et que nous sommes comme frère et sœur.

De mon côté, je commence à avoir quelques doutes sur ma double identité car maintenant Serine me connaît très bien et j’ai peur qu’elle me reconnaisse lorsque je serai près d’elle en ’’ Alex’’. Je me maquille de mon mieux, mais le doute subsiste, surtout en ce qui concerne ma voix. J’arrive à prendre une voix féminine sans trop de difficultés, mais j’ignore à quel point la voix d’Alex (la mienne) et celle d’Elodie (la mienne aussi) se ressemblent. Afin d’organiser une rencontre, je lui dis qu’Alex écrit actuellement un livre sur ‘ La vie des femmes à Paris’ et qu’il désire la rencontrer pour les besoins de son livre. Serine accepte mais à condition que je vienne avec lui. Je la rassure en lui disant : " mais bien sûr que je viendrai avec lui ! "

Samedi matin, c’est le jour tant attendu, je suis tendu et nerveux. J’ai fait un effort particulier pour me transformer en Alex avec petite moustache, sourcils bien collés et lentilles marron. Je parle tout seul dans mon appart pour bien entraîner ma voix vers une tonalité plus grave qu’elle n’est en réalité et je m’entraîne une dernière fois à bien placer les contractions de mon visage.

Arrivé sur le palier, je pose un doigt tremblant sur le bouton de la sonnette, la porte s’ouvre.

--- Bonjour Monsieur dit Serine, je vous attendais, Elodie m’a parlé de vous.

--- Bonjour madame dis-je, soulagé que Serine ne m’ait pas reconnu au premier coup d’œil. La discussion s’installe, je suis on ne peut plus anxieux, j’ai peur que ma voix grave ne fasse artificielle et que Serine découvre la supercherie. Mais non, ça va, tout se déroule selon mes plans. Nous parlons d’Elodie.

--- C’est une chouette fille ! Dit Serine. Il paraît que vous vous connaissez depuis l’enfance ?

--- oh oui ! dis-je, il y a très longtemps que nous nous connaissons, elle est un peu comme ma sœur.

--- Elle devait venir, dit Serine mais elle a certainement eu un empêchement de dernière minute.

--- oui, probablement.

La discussion se poursuit, je reste sur mes gardes et je prends des postures inhabituelles pour ne pas éveiller ses soupçons. Je ne pensais pas réussir à ce point, et content de moi, je tremble et jubile en même temps. J’aborde le sujet de mon livre et lui pose une quantité de questions. Elle rentre dans mon jeux et s’applique à me donner des réponses réfléchies. Elle me donne même l’impression de s’intéresser à la rédaction de mon ouvrage. Mon plan est de favoriser les rencontres en utilisant la rédaction de mon livre. Je lui dis aussi que si elle participe aussi activement, son nom apparaîtra en première page en qualité de collaboratrice. Ravi par cette idée, elle arbore un large sourire. Oui, je peux dire que mon premier contact en qualité ‘d’homme’ est un succès et sa collaboration à la rédaction de mon livre est la garantie de rencontres futurs.

Mes visites chez Serine sont de plus en plus fréquentes, une fois c’est Elodie, quand son mari est là, une autre fois c’est Alex quand elle est seule bien sûr. Je suis de complètement fou d’elle mais j’attends le moment propice pour lui avouer mon amour tout en préservant mes deux identités.

Ce sera pour demain, oui c’est décidé, demain je lui avoue mon amour. J’essaie de ne pas trop y penser car à chaque fois tout mon être tremble, mais j’en suis sûr, demain je trouverai la force…

Fin de la première partie.

 

 

 Double vie N° 2 ( la passion)

 

C’est le grand jour, j’ai décidé de déclarer ma flamme à Serine. Je ferme la porte de mon appart, descends les escaliers en me répétant pour la centième fois les mots qui me pèsent tant. Dehors, il fait un temps épouvantable, la pluie frappe le trottoir en grosses gouttes. Les voitures projettent de violentes giclées d’eau en rasant le caniveau. Je n’ai que quelques dizaines de mètres à parcourir mais je me fais du souci pour mon maquillage. J’aurais l’air malin si ma moustache ou mes sourcils se décollaient ! Allons ! courage ! me dis-je, ne cherche pas une excuse pour te dérober.

Serine m’ouvre, Elle porte son T-shirt rouge rehaussé d’un imprimé sur le devant, celui que je préfère car il moule sa poitrine à la perfection. Fidèle à son habitude, elle me prie de m’asseoir, se dirige vers le bar et prend deux verres et une bouteille de whisky. Tout en se déplaçant, elle me demande où j’en suis avec mon livre ? Je la regarde… Quelle est belle ! Surprise que je la regarde avec autant d’insistance, elle s’immobilise quelques secondes, me fixe et me dit :

--- Quelque chose ? J’ai quelque chose de bizarre pour que tu me regardes ainsi ?

--- Non, non Serine rien, dis-je un peu gêné.

Sur la chaîne hifi, Gloria Gaynor chante ‘ I will survive’. Une chanson qui me remue les tripes chaque fois que je l’entend. Nostalgie de la coupe du monde ? En tous cas c’est le moment me dis-je, qu’est-ce que tu attends, vas-y ! Je tente de rattraper sa dernière phrase.

--- Où plutôt si, il y a quelque chose dis-je, mais je ne sais pas comment te le dire ?

--- Allons Alex, Explique ! T’as un problème ? tu peux m’en parler, nous sommes amis maintenant.

--- Oui, c’est bien le problème, dis-je.

Serine regarde Alex, acquiesce un léger sourire et va s’asseoir dans le canapé.

--- Viens à côté de moi dit-elle, allez ! raconte ce que tu as sur le cœur. Tu ne serais pas amoureux, par hasard ?

--- Ca se voit tant que ça ?

--- Allons, fais pas cette tête ! C’est formidable d’être amoureux !

--- T’as pas compris Serine, je suis amoureux, oui, amoureux fou, c’est vrai, complètement fada… Mais de toi ! oui, je suis fou de toi ! Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime, et ce qui me torture c’est que toi, ton cœur est déjà pris, tu as ton compagnon, moi je ne suis qu’un ami.

Je me sens vide, soulagé mais vide, comme si tout l’intérieur de mon corps s’était vidé d’un seul coup ! J’attends sa réaction où plutôt je la redoute. Ces quelques secondes sont interminables, son regard semble se figer. Puis, je devine la commissure gauche de ses lèvres qui se plisse, et le pli s’accentue jusqu’à devenir un léger sourire. Elle tourne la tête doucement vers moi, se rapproche, accentue son sourire et lance sa tête au creux de mon épaule. Je sens ses cheveux me caresser le visage, je ne bouge pas, est-ce un signe amical ? Mais bientôt une main glisse le long de mon buste et l’autre me caresse le cou, le doute s’efface. Elle relève doucement la tête, son menton se colle contre le mien, ses lèvres se rapprochent et viennent se fondent aux miennes. Je passe ma main sous son T-shirt, je sens le contact de ses seins, enfin ! Les battements de mon cœur s’accélèrent, Le plafond se met à tourner, puis à vibrer, je me sens partir, nous sommes transportés.

Combien de temps sommes-nous restés ainsi dans cette forme d’apesanteur ? Mais Serine se relève d’un bond.

--- Mon ami ! Il va rentrer dans un instant, tu dois partir !

Quelle heure est-il ? Je n’en ai pas la moindre idée, je sais qu’il fait nuit, c’est tout. Qu’importe le reste ? Qu’importe le monde ? J’ai le sentiment que Serine m’aime et je me sens transporté. Je rentre et me mets au lit.

Quand je me réveille, le soleil est déjà haut dans le ciel, il se faufile à travers les rideaux de ma fenêtre et projette des formes abstraites sur le mur. Un coup d’œil sur mon réveil, merde, j’ai raté un rendez-vous important ! je devait négocier la vente d’un magasin de fringues dans le Marais. Bah ! j’en mourrai pas. J’ai hâte de revoir Serine, je sais que ce ne sera pas possible aujourd’hui car son ami est là. A moins que…Et oui, il y a une solution, c’est Elodie qui va allée voir Serine ! En plus son ami sera ravi de me voir !

Je me maquille avec soin, revêt mes habits féminins et me rends chez Serine. C’est son ami qui m’ouvre avec un large sourire, sa façon de m’embrasser me dégoûte. Je suis sûr que si Serine n’était pas là, il essaierait de m’embrasser sur la bouche. Ce type me dégoûte de plus en plus ! Pas seulement parce qu’il couche avec la femme que j’aime, mais parce que c’est un gros porc arrogant et au regard vicieux. Je ne comprends pas ce que Serine lui trouve ! Je me mets à côté de Serine et comme je l’avais prévu, elle m’entraîne à l’écart dans sa chambre et me raconte son aventure avec Alex. Je joue le jeux de mon mieux, je fais l’étonner et rajoute des interjections, Pas possible ! Et il t’aime ! Quelle chance tu as ! Pour creuser un peu, je lui dis :

--- Et ton ami, tu ne l’aime plus ?

A ma grande surprise, je n’ai obtenu aucune réponse. Elle change de sujet et me demande pour quelle raison elle ne m’a pas vu hier alors que je passe tous les jours chez elle. J’invente un mensonge minable. Par moment, j’ai l’impression d’être découvert, alors je m’efforce de prendre des attitudes plus féminines. Pour ce qui est de mes futures visites, je prends les devants et lui dis que je vais probablement partir quelques jours à la campagne. Le plus difficile pour moi, c’est d’être à quelques centimètres d’elle, de sentir son souffle, de suivre les mouvements de ses yeux, de ses lèvres et de rester de marbre. Et l’autre qui n’arrête pas de me faire de larges sourires !

Deux semaines se sont écoulées, je vois Serine presque tous les jours mais par chance son ami est souvent absent. Tout va pour le mieux entre nous mais un détail attire mon attention, Serine refuse catégoriquement de faire l’amour s’il y a la moindre lumière dans la pièce. Bah ! Une lubie de femme me dis-je les premières fois ! Mais c’est bizarre, ça ne colle pas à son tempérament et j’ai l’impression qu’elle veux cacher certaines parties de son corps. Je ne lui fais pas remarquer mon étonnement, mais j’observe à la dérobée. J’aperçois certaines parties sombres sur son corps. Je pense de suite à de l’eczéma ou à une maladie de peau. Je ne dis rien, mais voilà qu’en la serrant plus fort contre moi, elle pousse un cri qu’elle retient aussitôt.

--- Oh ! Je t’ai fais mal ma chérie ? lui dis-je.

Et je profite de l’occasion pour allumer la lumière. D’un mouvement brusque, elle ramène le drap sur son corps. Elle sait que j’ai vu ce qu’elle cherche à me cacher depuis le début. Je m’approche d’elle, je tire doucement le drap, elle n’oppose aucune résistance. Stupéfait, n’en croyant pas mes yeux, je découvre des bleus et des traces de coups sur tout son corps ! Je n’ai jamais vu pareille chose, c’est horrible, inhumain !

--- Qui te fait ça ?

Pas de réponse. Serine se jette sur son lit en sanglots. Je pose une main sur son cou et reste ainsi quelques instant puis réédite ma question.

--- C’est ton Ami ?

--- Oui, dit Serine faiblement

--- Quel salaud ! dis-je, Et tu ne portes pas plainte ?

--- Il m’a dit que si je portais plainte il me tuerait.

--- Mais il faut faire quelque chose dis-je ! Tu ne peux pas continuer ainsi !

--- Mais quoi faire ? Je ne sais pas et j’ai peur, dit Serine.

Je promets à Serine de trouver une solution pour empêcher cette brute de la tabasser ainsi. Déjà l’ébauche d’un projet machiavélique germe dans mon esprit révolté.

Fin de la deuxième partie

 

 

 

 

Double vie N° 3 ( l’amnésique)

 

 Je rentre à mon appart, triste et contrarié. Cette ordure doit payer ! On ne frappe pas une femme ! Je dois agir vite, arrêter cette brute immonde ! Non je ne le laisserai pas tabasser la femme que j’aime, même si pour cela je dois employer des méthodes que je récuserais en d’autres circonstances. Je me cale confortablement dans mon fauteuil et peaufine ma vengeance.

Serine m’a laisser entrevoir une idée qui ne me déplaît pas et une demi-heure plus tard, les grandes lignes de mon plan sont définies. je vais agir en douceur, tout dans la dentelle. Pas de menace ni d’ultimatum. Avant toutes chose, je dois rendre visite à Serine sous mon identité d’Elodie. Elle me racontera très certainement sa dernière rencontre avec Alex et la découverte des traces de coups. Ensuite, je lui dirais que Alex et moi, nous allons agir pour que cette brute ne la frappe plus. Je m’arrangerai pour être encore chez elle quand Max (c’est le nom de cette ordure) rentrera car à partir de maintenant, ce qui importe, c’est de me faire bien accepter de ce type, que je devienne en quelque sorte son " ami(e)". Serine me donne quelques bonnes idées pour mener les opérations à bien, et je la sens enthousiaste.

Max est ravi de voir qu’Elodie lui porte autant d’intérêt, mais je reste sur mes gardes. L’autre jour, il me dit qu’on pourrait se tutoyer, je lui ai répondu que je préférais le vouvoiement. Il m’est de plus en plus pénible de jouer l’hypocrite avec cet individu mais… Enfin le plan démarre.

C’est un lundi, Max rentre de son travail, il décapsule une bière et se jette dans son fauteuil.

--- Qu’est-ce que c’est que ce gros carton dans le couloir ? demande Max.

--- Mais c’est la nouvelle télé que tu as commandée !

--- J’ai jamais commandé de télé ! dit Max

--- Mais si, je t’assure tu as dis que l’image de la nôtre était mauvaise, tu as pris le téléphone et tu en as commandé une veuve. Demande à Elodie, elle était là quant tu as téléphoné?
-- Oui, c’est vrai dis-je, j’étais là quand vous avez passé la commande !

--- C’est bizarre, je ne me souviens de rien !

--- Moi, ça ne m’étonne pas, dit Serine, j’ai déjà remarqué que tu oubliais pas mal de chose. Par exemple, hier Elodie t’as demandé si tu voulais bien lui ramener le magazine ‘Géo’, Tu as dis oui, mais tu as oublié !

--- Je ne m’en souviens pas non plus dit Max ! Ah c’est quand même bizarre !

J’ai enregistré la voix de Max et je m’entraîne à l’imiter. Je m’amuse à imiter des voix depuis mon plus jeune âge, et là je sens que ça va me servir. Pour me rendre compte de la qualité de mon imitation, j’appelle Serine en prenant la voix de Max. Ca marche ! Elle ne se rend compte de rien !

Je le dis à Serine, elle réfléchit quelques secondes et me donne une idée.

Max travaille dans l’entrepôt d’une grande surface. Je sais qu’il doit prendre son travail à treize heures. Le matin, j’appelle son chef en prenant la voix de Max et lui dis que je ne viendrai pas travailler, qu’il est une tête de con et que j’en ai marre de voir sa gueule. Au bout du fil, l’homme me répond : " tu peux passer à la compta, ton compte sera prêt ! Je sais, c’est dégueulasse de faire ça, mais j’irai jusqu’au bout de mon plan.

A treize heures, Max se présente à son travail,

--- Ton compte est prêt Max, tu passes à la compta, comme ça tu ne verras plus ma gueule, dit son chef.

--- Mais je ne comprends rien dit Max ! j’ai jamais dit que je ne voulais plus voir ta gueule ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

--- Si tu ne sais plus ce que tu dis, faut te faire soigner ! dit son chef.

Le ton monte, une vive altercation oppose les deux hommes, Max en vient même aux mains. Conséquence logique, c’est la porte immédiatement et sans indemnité. Furieux, Max rentre chez lui, Elodie et Serine sont là. Max monte dans une colère monstrueuse, commence à casser de la vaisselle et nous prend à témoins tout(es) les deux.

--- Vous m’avez entendu téléphoner à mon chef ? Quel menteur ! j’aurais dû me méfier de ce type !

--- Oui, bien sûr, que tu lui as téléphoné ce matin, tu t’es même disputé avec lui, tu lui as dis qu’il n’était qu’un con et que tu ne voulais plus voir sa gueule, dit Serine.

L’air hébété, Max se tourne vers Elodie et la regarde fixement, attendant une réponse de sa part.

--- Je n’étais pas là ce matin dit Elodie, mais Serine m’a raconté la dispute que vous avez eu au téléphone en arrivant.

--- Mais je sais quand même encore ce que je dis et ce que je fait ! Dit Max.

--- Oui, bien sûr, dit Serine, mais tu as un problème avec ta mémoire, tu dois voir un médecin. Elodie le dit aussi.

--- Oui, dit Elodie, ce n’est peut-être pas grave, mais vous devez voir un médecin au plus vite !

Le lendemain, Alex entre en scène, la mayonnaise prend, nous devons continuer à le déstabiliser, ne pas lui laisser le temps de se reprendre et l’amener à douter de lui-même.

Max ne connaît pas Alex, c’est une chance et j’ai la ferme intention de tirer partie de cet atout. J’ai remarqué depuis assez longtemps que Max passe chaque jour au Café PMU, à un kilomètre de chez lui. Il s’y rend en voiture et achète son paquet de cigarettes, son journal et se commande un café. Je le guette de ma fenêtre et dès que je l’aperçois, je monte sur mon vélo et me dirige vers le café, le double de ses clés de voiture dans ma poche. J’arrive peu après lui et pendant qu’il est au café, je monte dans sa voiture et la déplace de quelques centaines de mètres. Ensuite je reviens à l’endroit ou il s’était garé et mon vélo à la main, je fais semblant d’attendre quelqu’un. Max revient du Café.

--- Ma voiture ! Non, c’est pas vrai, on m’a volé ma voiture, je l’avais garé là, juste devant, c’est une Clio rouge. Pardon Monsieur, vous n’avez pas vu quelqu’un partir avec? me demande-t-il.

--- Ah non ! personne, j’ai même pas vu de Clio rouge et pourtant, ça fait une demi-heure que je poireaute ici. Mais attendez, j’y pense, je vous ai vu arriver, vous avez même garé

votre voiture là-bas, plus loin. Ca m’a frappé car mon frère a la même voiture que la votre et je pensais que c’était lui.

--- Je comprends rien, rien dit Max, en ce moment j’ai des pertes de mémoire… Ah, merde.

Je regarde Max, il va jusqu’à sa voiture, en fait plusieurs fois le tour et s’installe au volant. Moi, je rentre chez moi au plus vite, je me travestis en Elodie et je vais chez Serine. Max est là.

--- Il m’est encore arrivé un truc pas croyable ! dit Max. Il raconte son histoire

--- Faut pas rester comme ça dit Elodie, il faut voir un spécialiste. Est-ce que vous vous souvenez que je vous ai dit ‘bonjour‘ devant le café ? je vous ai même vu discuter avec un type qui avait un vélo.

--- Non, je m’en souviens pas dit Max ! Tout ça à commencé quand on a reçu la télé ! Cette putain de télé !

--- La télé ! de quelle télé parles-tu dit Serine ?

--- Mais de la télé qui était dans le carton quand je suis rentré du boulot ! Ca je m’en souvient, j’en suis sûr !

--- Il n’y a jamais eu de carton de télé ! Dit Serine en prenant un air triste.

--- Non, dit Elodie j’ai jamais vu de carton de télé.

--- Mais c’est pas possible, je deviens fou ! dit Max.

--- Mais non ! Dit Elodie, vous n’êtes pas fou Max, vous avez seulement des problèmes psychiques et vous devez vous soigner sinon cela risque de s’aggraver.

Max se dirige vers la glace, il se regarde, puis nous regarde, son visage se crispe, il devient rouge. Je sens une force étrange monter en lui, il se met à trembler, il ouvre toutes les portes des placards et lance tout à terre en criant de toutes ces forces :

--- Je suis fou ! complètement fou ! tout le monde est fou, c’est la fin du monde et tout le monde est fou !

Et il continue à tout renverser et à casser tout ce qui lui tombe sous la main. Pendant un instant, il fixe le gros couteau de cuisine et je prends peur. Mais non, il se dirige dans la chambre et se met à arracher la moquette. Une vraie bête furieuse ! Je remonte chez moi au dessus et j’appelle le SAMU. Dix minutes plus tard, le SAMU et la police sont là, ils constatent les dégâts et emmènent Max. Moi, je ne me montre pas, je me change, me maquille et une demi-heure plus tard, c’est Alex qui frappe à la porte de chez Serine.

Serine me demande si je n’ai pas vu Elodie, je lui dis qu’elle m’a téléphoné et qu’elle m’a raconté pour Max. Elle m’a aussi chargé de te dire qu’elle se rendait chez son ami.

Serine me regarde, toujours aussi belle, mais je la sens lessivée. Elle à reçu des nouvelles de Max, il a été transféré dans un hôpital psychiatrique . L’appart est un vrai champs de bataille ! Il a cassé tout ce qui se présentait à lui, enfin ça fait partie des risques du plan que j’ai échafaudé ! Devant ce désastre, Serine et moi, nous nous affalons dans le canapé. Je devrais être satisfait, le plan que j’ai imaginé, avec quelques conseils de Serine, je dois le dire, à marché à merveille ! Oui, peut-être même trop bien car je réalise le caractère atroce de cette action. Je me demande si elle n’est pas disproportionnée ? Et si l’état de Max empirait et qu’il finisse sa vie à l’asile ? Serine ne dit rien, cette éventualité ne semble pas la gêner. Max la battait, c’est vrai, j’ai vu les bleus et c’est une brute, oui ! Mais cela ne m’empêche pas d’avoir une part de responsabilité dans ce désastre ! Max est devenu mon outil, je me suis servi de lui pour l’anéantir. Je réalise qu’il n’est qu’une brute grossière à l’allure gauche et sans cervelle. En fait, j’ai profité de sa faiblesse d’esprit pour le manipuler ! J’ai voulu rendre justice moi-même mais maintenant me voici seul avec ma conscience et elle me réclame des comptes ! Je me sens sale, je ne me dégoûte pas, mais je sens ne pas avoir suivi ma conscience. Je ne suis pas fière de moi. En plus, qu’est-ce que je connais de Max ? Est-il vraiment cette brute immonde ? Certains éléments commencent à me faire douter et je réalise que ce plan est horrible et inhumain. Il est bien temps ! Mais, je m’interroge.

Pour quelle raison Max frappe-t-il Serine ? Je ne vois aucun élément de réponse. Pourquoi Serine ne s’est pas sauvée pour échapper aux coups ? Pourquoi m’a-t-elle poussée à faire renvoyer Max de son travail, alors qu’il représente la principale source de revenu du ménage ?

Fin du troisième épisode

 Double vie N°4 (Max )

 

Voici une semaine que Max est hospitalisé, Serine est allée le voir deux fois. Quand elle revient, je lui demande des nouvelles de son ami mais elle reste évasive et me saute au cou en me disant : " n’y pense plus, mon chéri, tu m’as délivré des griffes de cette brute, c’est la seule chose qui compte ".

Côté amour, c’est vrai, je suis comblé ! Serine et moi connaissons l’amour parfait. Que c’est agréable ! Jamais un mot plus haut que l’autre, toujours attentionnée, gentilles et sensuelle… Serine serait donc cette perle que chaque homme rêve de rencontrer ?

Lorsque l’on est sur un nuage, difficile de rester conscient et lucide, on se laisse porter par les doux plaisirs du moment. L’objectivité et l’esprit critique s’effacent et on perd pied dans cet océan cruel et rude qu’est notre quotidien. Par chance, je suis négociateur en bien immobilier et mon métier, m’oblige à garder les pieds sur terre. Joël, mon collègue de travail ignore tout de ma double identité mais est au courant de mon aventure avec Serine. Je le tiens pour une personne posée et réfléchie. " Je suis content pour toi ! " me dit-il, mais moi, à ta place, je ferais ma petite enquête, j’essaierais d’en savoir davantage sur Serine et sur Max. Bien qu’au fond de moi-même je trouve cela tout à fait inutile, je décide cependant de suivre ses conseils. Je vais commencer par rendre une visite à Max, à l’hôpital.

Je suis un long couloir aux murs bleus agrémentés de photos de paysages. Max est à la chambre 47, la porte est ouverte et je rentre.

--- Oh ! excusez-moi monsieur, je me suis trompé de chambre, je cherche une jeune femme brune… Mais ? Excusez, Vous ne seriez pas la personne qui avait perdu sa voiture, une Clio rouge, en face le PMU ?

--- Oui ! dit Max, c’est bien moi, toujours mes problèmes de mémoire. Je fais des choses, et après je ne sais plus, j’ai même perdu mon emploie à cause de ça ! vous vous rendez compte ?

--- Oui, dis-je c’est triste ! Au PMU, on parle de vous, Ils disent que vous n’avez pas de chance, que pour eux vous êtes un brave type. Et votre femme ? Elle vient vous voir ?

--- Pas souvent, elle n’est venue que deux fois, dit Max

--- Cela ne me regarde pas, mais on dit que ça ne va pas fort le ménage ?

--- Bah ! comme tous les couples, des hauts et des bas !

--- J’ai même entendu quelqu’un qui disait que vous battiez votre femme, les gens sont méchants ! dis-je.

--- Celui qu’a dit ça, qu’il vienne, je lui fous mon point dans la gueule ! Moi frapper une femme ! Ah non, c’est pas mon truc de frapper une femme et surtout pas ma mienne.

Même pas une claque, c’est des fumiers ceux qui frappent leurs femmes ! Un mec qui m’emmerde, il a mon point dans sa gueule, mais une femme ! Ah non.

--- Pourtant, y’en a un qui dit qu’elle aurait des traces de coups ? dis-je.

--- Oui, c’est vrai, dit-il, elle a des marques dans le dos, elle m’a dit qu’elle était tombée dans les escaliers de la cave. J’ai même pas compris comment on pouvait se faire mal dans le dos en tombant dans les escaliers…Ah ! je vous embête avec mes histoires !

--- Non, Non ! vous ne m’embêtez pas du tout dis-je, j’ai tout mon temps. Mais pour en revenir à… Au PMU, les gars ils disent qu’on entend de violentes disputes chez vous !

--- C’est toujours pour la même raison !Dit Max

--- Ah !

--- Vous voulez que je vous raconte ?

Oui.

--- Mes parents étaient de gros céréaliers de la Beauce. Je suis leur unique enfant et à leurs décès, j’ai repris la ferme, 276 hectares. Un an après, je me suis marié avec une fille de la région, Morgane. Nous nous entendions très bien, et elle travaillait comme un homme. Debout le matin à sept heures et des heures entières sans descendre du tracteur. Un matin, au petit déjeuné, elle me dit : " Max tu vas être Papa " ! J’étais fou de joie, pensez donc, un héritier pour la ferme ! Un mois plus tard, c’était le moment de récolter le maïs. Je conduisais la faucheuse à maïs et Morgane suivait au même niveau avec le tracteur. Soudain, la machine se bloque. Morgane va voir, c’était un gros morceau de bois qui bloquait la vis sans fin. Elle me dit : Coupe la transmission ! Mais avec le bruit du moteur, je n’ai pas compris immédiatement le sens de sa phrase. Elle a avancée son bras pour retirer le Bâton, le système s’est débloqué et l’énorme vis a repris sa rotation à une vitesse folle. Son bras a été happé et arraché au niveau de l’épaule. j’ai sauté hors de la cabine, Morgane se roulait de douleur, des lambeaux de vêtements gorgés de sang flottaient à la place de son bras. J’ai couru à ma cabine pour atteindre mon portable afin d’ appeler du secours. Mais en revenant, voyant Morgane à terre qui gémissait, je me mis à trembler, j’ai sentis mon cœur se soulever et je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, Morgane était étendue à mes côtés, elle avait perdu beaucoup de sang et son cœur ne battait plus. De ma faute, j’avais perdu ma femme et mon enfant. Un choc terrible qui me conduisit en hôpital psychiatrique pour quatre mois. C’est là que j’ai rencontré ma femme actuelle, Serine. J’ai loué mon exploitation car je ne peux plus cultiver la terre. Je ne peux même plus voir des terres agricoles, ça me rappelle trop Morgane et je sens que je retombe en dépression. C’est pour cette raison que je suis venu à Paris. Pour ne plus voir la campagne ! Je vous parlais de nos disputes avec ma femme Serine, eh bien, c’est toujours pour la même raison, Ma femme veut que je vende mes terres. Elle a même déjà calculé tout ce qu’on pourrait acheter avec l’argent de la terre : un grand appartement, un chalet à la montagne et une maison à la mer. Et on pourrait encore faire des voyages disait-elle. C’est vrai que ces terres ont une grande valeur, mais moi je ne veux pas les vendre, à aucun prix. Elle ne comprend pas que cette terre, c’est une partie de moi-même. La vendre, c’est comme m’arracher un membre ! Alors commencent des disputes sans fin et quand j’en ai plus que marre, je vais au PMU et je prends une bonne cuite. Elle sait que je ne lâcherais pas, mais elle revient quand même à la charge. Voilà, je vous ai raconté mon histoire, et maintenant en plus j’ai ces problèmes de mémoire !
Je quitte Max, il me fait un grand sourire et me remercie d’avoir écouté son histoire. Moi, je suis complètement démonté. Si tout ce que m’a raconté Max est vrai ? Mais non, c’est pas possible, pas Serine !

Le lendemain, c’est Serine qui va voir Max à l’hôpital. Je reste chez elle, je tourne en rond et je regarde dans la bibliothèque s’il n’y aurait pas un bon polar. Ne voyant rien de bien dans la première rangée, je l’enlève et regarde dans celle du fond. Mon attention est tout de suite attiré par un titre étrange : " comment se débarrasser de son mari " ? Je le sors et je l’ouvre à la page repérée par un marque page et je lis : " Envoyer son mari à l’asile est une des meilleurs solutions, elle permet de s’emparer de ses biens si on obtient la tutelle. Pour le déstabiliser, il faut réussir à lui faire perdre son emploie, puis changer des objets de place en prenant bien soin d’avoir un témoin. Le témoin est indispensable pour mener à bien cette entreprise…

On frappe à la porte ; c’est Serine qui revient de l’hôpital

Fin du 4° épisode

 

 

 

 

Double vie N° 5 ( Garde à vue )

 

 J’ouvre la porte, Serine entre, elle me saute au cou et m’embrasse. Hypocrisie ! Mensonge !

Je la repousse et lui dis que nous devons parler, tirer les choses aux claires. J’ai le sentiment d’avoir été manipulé et cela me rend particulièrement désagréable. Je la regarde droit dans les yeux.

--- Tu es certaine que Max te frappe ? Lui dis-je sèchement.

Serine ne semble pas comprendre ce qui lui arrive, elle ne m’a jamais vu avec cet air autoritaire.

--- Mais tu as vu les marques que j’ai dans le dos ! Rétorque-t-elle sur un ton agressif et sûr d’elle.

--- J’ai constaté que tu as des marques dans le dos, dis-je, mais ce n’est pas Max qui te les a faites !

J’attrape le petit livre (comment se débarrasser de son mari " ?)que j’ai découvert et je lis à voix haute et fort :

--- " Il est facile de simuler des coups reçus. Plusieurs méthodes existent et sont très efficaces etc…etc…

Serine ne répondre pas, elle hésite, bégaie.

--- Inutile de mentir davantage, dis-je, je sais que tu as tout inventé ! Dans l’unique but de t’approprier les biens de Max. Tu es sa femme ?

--- Hem ! Oui.

--- Tu te rends compte de l’atrocité de ton plan, dis-je, envoyer son mari à l’asile pour le voler?

--- Mes histoires avec Max, c’est pas tes histoires ! Dit-elle, ça ne te regarde pas !

--- Ce qui me regarde, c’est que tu me manipules pour réaliser ton plan diabolique et en plus, tu me fais croire que tu m’aimes ! Mensonges !

--- Non, je ne mens pas, dit Serine, je t’aime, je t’aime plus que tout au monde !

--- Tu te rends compte de ce que tu dis ? Mais enfin, réfléchis ? Tu prétends m’aimer et tu m’utilises pour accaparer les bien de ton mari ? Comment une pensée aussi horrible a-t-elle pu te venir à l’esprit ?

Serine garde son sang froid ! Quel caractère ! je m’attendais à ce qu’elle s’écroule, qu’elle tombe en larmes, mais non elle supportes mes attaques verbales et se montre même arrogante. Le pire c’est qu’ elle reconnaît et justifie sa conduite. A-t-elle conscience de ce qu’elle risque devant un tribunal si celui-ci la déclare responsable ? Moi, je ne peux tolérer plus longtemps cette situation, le risque est trop grand. Je décide de me rendre à l’hôpital, je demande à voir le médecin qui s’occupe de Max et je lui raconte tout ce que je sais. Il ne semble pas très étonné de ma démarche et me dit simplement : " J’ai rapidement vu que Max n’avait rien à faire ici, il ne présente aucun signe d’amnésie, il est sortant aujourd’hui même.

Quinze jours ce sont écoulés, aucune nouvelle de Serine. Ca me fiche un coup, mais je n’ai pas le choix, je dois encaisser. Serine m’a manipulé, mais je souffre de ne plus la voir et je cherche une solution. J’en trouve une, c’est Elodie qui va refaire son apparition et qui va aller voir Serine. Une seule précaution, je dois lui rendre visite en l’absence de Max car il croit que Serine et Elodie sont contre lui.

Max n’est pas là, à cette heure il est au PMU et je sais qu’il y reste un moment. Je me maquille en Elodie et je descends chez Serine.

--- Elodie ! Quelle surprise, dit-elle, tu es revenu de la campagne ?

--- Eh oui ! le travail ! Il faut bien reprendre, dit Elodie, Alors, tes amours, où en es-tu ?

--- Ma pauvre ! Si tu savais tout ce qui c’est passé pendant ton absence ?

Serine raconte à Elodie, ce qui s’est passé, à sa façon bien sûr, et je constate qu’elle ne fait que mentir, notamment à propos des sentiments qu’elle prétend éprouver pour moi. Elle me hait pour avoir fait échouer son plan et n’attend qu’une chose, me jouer un vilain tour si l’occasion se présente. Mais me voilà, averti et je vais donc me méfier.

Une semaine passe, je me réfugie dans le travail, ça tombe bien en ce moment nous sommes débordés et cela me permet de traverser cette période douloureuse sans trop ruminer. Ce soir c’est samedi, pour me changer complètement les idées, je vais me maquiller en ‘ Elodie’ et sortir. Evidemment, je passe par l’escalier de Serine, comme toujours quand je suis ‘Elodie’. Je traîne toute la soirée de bar en bar et rentre vers deux heures du matin. J’appuie sur l’interrupteur de l’escalier : pas de lumière ! Merde l’ampoule est grillée. Je monte dans le noir, pas de lumière non plus sur les autres paliers. J’entends des petits bruits, sûrement encore des chats, c’est toutes les nuits pareilles, ils n’arrêtent pas de se battre. D’autres bruits, mais pas de miaulement, c’est bizarre ! Je me tiens sur mes gardes et je sors mes clés. Soudain, un puissant faisceau lumineux me surprend et m’aveugle.

--- Aller la gonzesse ! Ouvre ta porte et fait pas l’con ! Me dit une voix d’homme sur le palier.

Je fait semblant de trembler avec les clés, la torche s’avance, toujours plus près.

--- Passe-moi ta clé, mignonne ! Dit l’homme d’un air moqueur.

Je sors ma bombe lacrymogène de mon sac et je l’actionne en direction de l’homme. l’effet de surprise est total et j’en profite pour donner un coup de pied dans sa torche qui dévale l’escalier en projetant une cascade de lumière. L’homme pousse un cri.

--- Salope !

Je descends les escaliers aussi vite que je peux et je me cogne violemment contre la rampe. L’homme se ressaisis et se lance à ma poursuite. Je sors de l’immeuble en gardant de l’avance sur mon agresseur, mais il ne renonce pas, je sens sa présence derrière moi. Je tourne à l’angle de la rue et rentre dans l’immeuble où j’ai mon appart en tant qu’Alex. Le hasard me donne un coup de main car une locataire de l’immeuble arrive en même temps que moi et a déjà ouvert la porte. Je la bouscule et monte les escaliers d’une traite. Derrière moi la lourde porte d’entrée se referme doucement, mais l’homme réussit à pénétrer avant qu’elle ne se verrouille. Il me poursuit jusqu’à la porte de mon appart que je réussis à refermer juste comme il arrive sur le palier. Sauvé ! Je fixe ma porte d’entrée et tremble encore de tous mes membres. Va-t-il essayer de pénétrer chez moi en fracturant la porte ? Cela me paraît impossible, ma porte est protégée par une fermeture à trois points de fixations et ce n’est pas son intérêt d’ameuter tout l’immeuble. Que me veut-il ? Bah, de l’argent ! sûrement encore un de ces drogués en manque. Je sais qu’il était de taille moyenne et n’avait aucun accent. Quant à son visage, aucune idée, il portait un collant sur la tête percé de deux gros orifices à l’endroit des yeux. Vidé, Je me laisse tomber dans mon fauteuil.

Le lendemain, j’ai la tête lourde et un mal de tête pas possible. Je me regarde dans ma glace et constate un énorme hématome sous mon œil droit.

--- T’en à une gueule ? me dis-je à haute voix.

C’est vrai que je ne me suis pas raté, directe la rampe d’escalier en pleine gueule! Pas possible d’aller bosser comme ça ! j’appelle mon collègue Joël et je lui explique qu’il va devoir travailler tout seul pendant deux ou trois jours. Enfin, je pourrai toujours faire de la paperasse chez moi !

Le lendemain, Je traînasse dans l’appart quand on sonne à ma porte. J’ouvre, deux policiers sont devant moi.

--- Monsieur Pelletier ?

--- Oui, c’est moi, dis-je, que puis-je pour vous ?

--- Mademoiselle Elodie Lemaire est chez vous ?

--- Non, dis-je, elle n’est pas chez moi.

--- On nous à signalé sa disparition. Elle habite l’immeuble d’à côté, vous la connaissez ?

--- Oui, je la connais un peu

--- Un peu ? d’après nos informations, elle serait pour vous comme une sœur ! Mais ce qui est gênant, c’est qu’on l’a vu rentrer chez vous avant hier et qu’après on perd sa trace… Elle n’est pas venue chez vous avant hier ?

--- Non, hem ! si, elle est venue avant hier mais elle est repartie aussitôt, je veux dire qu’elle n’est pas restée, dis-je.

--- Des témoins affirment avoir entendu du bruit provenant de chez vous, comme une bagarre.

--- Oh, non, non dis-je.

--- Vous vous êtes battu Monsieur Pelletier ? Je vois que vous avez un bleu sous l’œil ?Dit un policier.

--- Non, je suis tombé dans l’escalier, dis-je

--- Avouez que c’est troublant,! Beaucoup d’éléments sont troublants dans vos déclarations. Je vais vous demander de nous accompagner au commissariat, Monsieur Pelletier.

J’arrive au commissariat, il y a du monde partout. Des flics en uniforme, des genres de clodos qui puent, des putes dans une cellule qui narguent les flics. Quelle animation ! Mais moi, je me demande ce que je fais ici ? Voilà que je suis soupçonné d’être responsable de la disparition de mon double, faut le faire ! J’avais imaginé plusieurs scenari, mais pas celui-ci. Après une demi-heure d’attente sur un banc inconfortable, un agent vient vers moi et me demande de le suivre.

--- On est débordé en ce moment dit-il, si vous voulez bien patienter ici.

Il me fait entrer dans un petit bureau aux murs en verre qui sert à entreposer des dossiers, des piles de dossiers qui atteignent le plafond. Une personne s’y trouve déjà, c’est une toute jeune fille. Elle est assise et semble attendre son tour.

--- Il y en a encore pour longtemps, demande-t-elle à l’agent, ça fait une heure que j’attends ?

--- J’en sais rien dit l’agent, mais ça risque de durer on à deux inspecteurs qui viennent de partir sur une urgence.

Je reste seule avec cette jeune fille, partiellement caché par les colonnes de dossiers. Une personne aussi jeune dans un commissariat ! C’est presque une enfant ! Le motif de sa présence ici m’intrigue. Nous sympathisons, elle me dit qu’elle s’appelle Myriam et qu’elle a seize ans.

 


Fin du 5° épisode

 

 

 

 

 

 

Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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