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Dans les sous-sols de Mars N°1 (SF)
Par le vaste hublot, Pavel regarde la planète rouge se rapprocher à grande vitesse. Les reliefs se dessinent sur un ciel noirâtre parsemé d'une multitude d'étoile. Jamais Pavel n'a rien vu d'aussi beau. Le spectacle est surréaliste. Manuellement, il dirige La lente décélération qui doit permettre au vaisseau Kornakov de se poser en douceur sur le sol martien. L’équipage est composé de cinq membres, des hommes, tous russes bien sûr. La tension est extrême et le silence absolu. Chaque équipier effectue la tâche qui lui est impartie avec une grande application. En ce début de vingt et unième siècle, c’est la première mission habitée vers Mars. Toute la Russie assiste en directe à l’événement, des téléprojecteurs géants ont été installés dans la plus part des grandes villes. Le monde entier attend le premier pas de l’homme sur Mars ! Plus de trente ans après qu’il ait posé le pied sur la lune.
Voilà du moins la version officielle, car la réalité est différente, une première mission habité a été envoyée sur la planète rouge il y a plus de trente ans ! Dans les années soixante dix, un vaisseau Soviétique se posa sur Mars après un voyage de six mois. Se posa ou s’écrasa, car le vaisseau devint muet au moment précis ou il toucha la planète rouge. Exception faite des techniciens et ingénieurs russes, personne ne sut rien de cet événement. Les Russes attendaient la réussite de l’opération pour annoncer au monde leur exploit. Malheureusement, ce fut un échec et on ne parla jamais plus de cette mission ni des trois hommes qui la composaient. Pour Pavel, cet événement fut une tragédie car un des trois membres de l’équipage, Ivan, était son propre père, précisément lui, qui le premier devait poser le pied sur Mars. Est-ce cet événement qui décida Pavel à devenir cosmonaute et à suivre les traces de son père ? Probablement car il ambitionne d’être le premier homme à poser le pied sur Mars ! Je veux associer mon père à cet exploie, disait -il, c’est lui qui nous a ouvert la voie ! Pavel allume les rétrofusées, le vaisseau décélère brusquement et les hommes, surpris, se cognent contre les parois de l’habitacle. La zone ‘d’atterrissage’ se dessine nettement. L’endroit est plat, lisse et conforme à ce qu’avaient prévu les ingénieurs. Le vaisseau descend lentement, se stabilise à quelques mètres du sol et les rétrofusées soufflent un nuage de poussière rougeâtre noyant le vaisseau dans une quasi obscurité. Puis, un choc brutal et le vaisseau touche le sol. Les cinq cosmonautes éclatent de joie et s’embrassent, l'émotion est immense. Pavel pense à son père, disparu il y a plus de trente ans alors qu’il effectuait la même manœuvre. Mais le spectacle se fait attendre, les hublots ne laissent voir qu’un tourbillon de poussière opaque, rien du paysage martien. L'équipage établie la première liaison et dans quinze minutes, la terre recevra les images de l’ ‘atterrissage’, l’homme aura relevé un nouveau défi. Pavel rejoindra Neil Amstrong dans les livres d’histoire du monde entier. A présent, les hommes effectuent les analyses de précautions et établissent la liaison avec la terre. Pavel et leonov enfilent leurs combinaisons martiennes, leur mission est de sortir du vaisseau et de faire quelques pas sur la planète rouge. Pour la première fois depuis six mois, ils ressentent les effets de la pesanteur, Certes, ils pèsent moins que sur terre mais leurs muscles se sont atrophiés. leurs mouvements sont saccadés et imprécis. L’épaisse poussière s'est reposer sur le sol et les hommes découvrent progressivement le paysage martien. En premier, se sont les montagnes qui se profilent, arides, nues, sorties d’un décore irréel où l’homme n’est pas invité. Puis le soleil surprend, il est petit et positionné au-dessus d'une plaine caillouteuse qui semble ne jamais finir. Pavel et Leonov sont prêts, ils désactivent les différents verrous et poussent la lourde porte. Un escalier métallique d’une dizaine de marches se déploie et s’enfoncent de quelques centimètres dans le sol. Pavel descend le premier, un drapeau russe dans une main. Il pose le pied sur le sol, se retourne en direction de la caméra et salut la terre entière en agitant le drapeau russe. Puis il essaie quelques pas, sa lourde combinaison l’oblige à marcher par saccades, il sonde le sol afin d’y planter le drapeau qu’il agite fièrement. Après plusieurs tentatives, le piquet métallique s’enfonce dans le sol, le drapeau russe flotte sur Mars ! Puis, Pavel marche, d'un pas ésitant, doucement, Leonov le suit. Les deux hommes marchent côte à côte, ils sont les premiers humains à fouler cette planète et à contempler ce paysage surréaliste. Voilà trois sols que le vaisseau Kornakov s’est posé sur la planète rouge. L’exploration de la zone environnante a commencée. Une des missions première est de localiser le vaisseau que l’Union Soviétique a envoyé dans les années soixante dix et qui probablement s’est écrasé au contacte du sol provoquant la mort des trois cosmonautes, dont Ivan, le père de Pavel. Aujourd’hui, Pavel et leonov se sont aventurés plus loin, ils sont sur le point de faire demi-tour lorsque leonov s’immobilise, comme pétrifié. --- Pavel ! Dit-il, regarde ! Il tend son bras en direction d’un énorme rocher qui cache partiellement le vaisseau qu’ils recherchent. --- Bon Dieu ! Mais c’est le vaisseau de mon père ! Dit Pavel en pressant le pas. Le vaisseau est là, à une centaine de mètres, il est légèrement incliné sur le côté mais semble en parfait état. Les deux hommes s’approchent et en font le tour. Les battements du cœur de Pavel s’accélèrent, il imagine son père, là, mort dans ce vaisseau depuis plus de trente ans ! Et dans quel état va-t-il trouver son corps ? Leonov saisit la poignée de la porte et tire, au hasard, plus pas réflexe. Surprise ! La porte s’ouvre : elle n’est pas verrouillée de l’intérieur. Leonov avance doucement sa tête à l’intérieur du vaisseau. --- Personne ! Il n’y a personne à l’intérieur, dit Leonov. --- T’en est sûr ! Mais c’est impossible ! Dit Pavel en se précipitant dans le petit habitacle. Pavel n’en croit pas ses yeux, personne, et où sont les cadavres ? Tout est propre et bien rangé. On a l’impression que les occupants viennent de quitter le vaisseau et vont revenir d’un moment à l’autre. --- Ils ne sont pas morts lors de l’‘atterrissage’, dit Leonov! Non! Non seulement ils seraient encore à l’intérieur, mais en plus, la porte serait verrouillée ! --- Tu veux dire qu’ils sont morts sur Mars ? Dit Pavel en imaginant les souffrances de son père. --- C'est sûr, dit Leonov, ils sont morts. Toute vie est impossible sur cette planète, température trop basse, très peu d’oxygène, pas de nourriture, pas d’eau liquide… Nous devons entreprendre des recherches, leurs corps est très certainement encore visibles. Mais pour l’heure, il faut rentrer au vaisseau, il nous reste une heure d’oxygène. Pavel et leonov rendent compte de ce qu’ils ont vu à leurs trois coéquipiers. Au début, ceux-ci pensent à une farce et rient à gorge déployée, mais quand ils réalisent que les deux hommes disent la vérité, leurs visages deviennent graves et le commandant de vaisseau déclare prioritaire la recherche des trois corps. Le lendemain, Pavel et leonov quittent le vaisseau de bonne heure, ils se sont fixé un périmètre à explorer. Les ordres sont formels, il faut absolument retrouver les corps et les faire disparaître. Chacun en connaît la raison : les corps de cosmonautes soviétiques ne doivent en aucun cas être retrouvés par les astronautes américains ! En effet, eux aussi doivent se poser sur la planète rouge dans quelques jours et à une dizaine de kilomètres seulement du vaisseau russe. Pavel et leonov marchent côte à côte, le soleil se lève, tout petit entre deux montagnes aux sommets arrondies. La température extérieure est de moins quarante et le vent est presque inexistant. La recherche commence le long de falaises abruptes hautes de plus de cent mètres. Les cavités sont nombreuses et une visite minutieuse de chacune d’elle s’impose. --- T’as vu ça ! Dit leonov en désignant une cavité, elle est immense ! Les deux hommes pénètrent ensemble dans ce qu’on peut appeler une vaste grotte. La cavité principale s’étend sur plus de deux cents mètres de long et quarante de large. Leurs torches puissantes mettent en évidence une multitude de cavités aux formes et dimensions variables. --- Cette roche est un gruyère géant ! Dit Pavel, il faudrait plusieurs jours pour l’explorer. --- Oui, si ton père et ses compagnons se sont réfugiés ici, ce ne sera pas facile de retrouver leurs corps, dit Leonov. Pavel explore la grande salle et remarque qu’un conduit étroit, assez large pour permettre le passage d’une personne s’enfonce dans la roche. Il s’y engagent le premier, Leonov le suit. Après une vingtaine de mètres, Pavel heurte un objet léger, il dirige sa torche vers le sol et éclaire l’objet. --- Leonov ! Regarde ça ! On dirait un appareil de mesure ! --- En effet, c’est un appareil de mesure qu’emportaient les cosmonautes dans les années soixante dix, dit Leonov. --- Cela prouve qu’ils sont venus ici ! Dit Pavel, il faut continuer les recherches ! La galerie continue et descend, en forte pente à présent, elle est large par endroit, puis étroite et sinueuse plus loin. Jetant un coup d’œil sur son analyseur personnel, Pavel remarque que la température augmente à mesure qu’ils descendent et que le pourcentage d’oxygène augmente également, dans les mêmes proportions. --- Tu comprends ça toi ? Demande Pavel à son compagnon. --- Non, dit Leonov, je n’ai jamais eu connaissance de ce phénomène, je sais comme tout le monde que l’oxygène entre pour 0,3 pour cent dans l’atmosphère de Mars, mais j’ignorais que ce taux variait autant. Après une centaine de mètres, les deux hommes s'arrêtent à nouveau et consultent les données de l'analyseur. --- Regarde ! Le taux monte toujours, nous en sommes à 4 pour cent à présent ! Et la température est de +2° ! Les deux astronomes doute de la fiabilité de l’analyseur, mais celui de Leonov donne exactement les mêmes indications. La galerie descend toujours, elle est plus large à présent et d’autres galeries partent de chaques côtés. Leonov regarde encore une fois l'analyseur, celui-ci indique que le pourcentage d’oxygène et la température sont suffisants pour vivre sans combinaison et sans les bouteilles d’oxygène. --- C’est incroyable ! Dit Leonov, qu’est-ce qu’on fait ? Et si on coupait notre oxygène, inutile de la gaspiller ! Pavel prend la décision, ils poursuivront l’exploration en respirant l’air ambiant. Après quelques minutes d’accoutumance, les deux hommes ont l’impression d’explorer une grotte de notre planète. Mais Pavel s’arrête brusquement, il éteint sa torche et demande à Leonov de faire de même. --- Tu ne vois pas comme une petite lumière bleuté là-bas au loin ? Dit Pavel. --- Bon dieu ! Faut aller voir, dit Leonov. Qu’est-ce que ça peut être ? Les deux cosmonautes pressent le pas en direction de cette petite source lumineuse. --- C'est inouï ! Dit Leonov, c’est une sorte de lichen ou de mousse ! Et elle est lumineuse ! --- Oui, mais tu as vu là-bas, dit Pavel, il en a d’autres et elles diffusent même une légère lumière. Ivre de leur découverte, les deux hommes poursuivent leur exploration, les lichens sont de plus en plus dense, ils recouvrent des pans entiers de rochers et la lumière qu’ils diffusent éclaire les galeries. --- Tu entends ? Dit leonov, on dirait de l’eau qui coule ? Je vais voir, tu m’attends ici ? --- D’accord, dit Pavel, va voir, je t’attends. Leonov part seul, guidé par le bruit. Il essaie différentes galeries, certaines sont sans issues, alors il revient sur ses pas et essaie une autre galerie. Soudain, le bruit devient plus net et s’intensifie. La petite galerie dans laquelle il se trouve débouche sur une immense salle. Il dirige sa torche en direction du bruit, écarquille ses yeux pour mieux voir: de l'eau ! Elle tombe en cascade! Afin d’en être certain, il s’approche... aucun doute, c’est de l’eau! Elle se déverse dans une cavité d’une vingtaine de mètres longs puis s’enfonce dans la roche. De chaque côté de la petite chute d’eau, le lichen est très épais et diffuse une intense lumière. Leonov regarde le spectacle, C'est impensable, se dit-il, il y a de l'eau sous la surface de Mars! Mais l’eau qui tombe en cascade masque un autre bruit: des pas tout proches. Surpris, Leonov sursaute et se retourne. Ce qu’il voit dépasse l’imagination : Pavel ! Oui, c’est bien Pavel qui est devant lui, mais pas le Pavel qu’il vient de quitter, celui qui est devant lui ne porte pas de combinaison spatiale et est habillé de vêtements bizarres et vieillis. Pétrifié, Leonov regarde son compagnon, il le reconnaît à peine, il a l’impression que plusieurs années se sont écoulées en une fraction de seconde. Il se souvient des livres de science fiction de son enfance ou l’on parlait de voyages dans le temps. Cela existe donc ? Ou alors suis-je la proie d’hallucinations ? Peut-être une ivresse provoquée par un excès d’oxygène ? --- Qui êtes-vous demande l’homme? --- Mais enfin Pavel ! C’est moi, Leonov, tu ne me reconnais pas ? Fin de la première partie.
Dans les sous-sols de Mars N°2 (SF) --- Je ne suis pas Pavel, je m’appelle Ivan ? Dit l’homme ! Je suis ici depuis plus de trente ans.
--- Ivan ! Vous voulez dire que vous êtes Ivan, le père de Pavel ? Mais c’est impossible, vous seriez plus vieux ! Vous paraissez avoir le même âge que votre fils --- Ah ça, c’est autre chose, je vous expliquerai. Alors ainsi, vous êtes revenu sur Mars ! Et vous êtes seul ? --- Non, je suis avec Pavel, votre fils… Il est resté en arrière dans la grande galerie. --- Comment? mon fils Pavel est avec vous? Quand je l'ai quitté, il avait trois ans. Tenez, regardez! J'ai toujours sa photo avec moi. Inquiet de ne pas voir son ami revenir, Pavel s’aventure à son tour dans la galerie, guidé lui aussi par ce bruit de ruissellement. Il s'engage dans différentes galeries, espérant rencontrer son ami, puis poussé par la curiosité, il s'aventure toujours plus loin. Lorsqu’il se décide à faire demi-tour, il regarde les différents passages, ne sait lequel prendre; il réalise qu'il s'est égaré. Alors, il prend une forte respiration, place ses mains en porte-voix et crie de toutes ses forces : " Leonov " ! La voix de Pavel raisonne dans les galeries et renvoient des échos saccadés. Mais son compagnon ne répond pas! Pavel recommence, de toute la puissance de ses cordes vocales! A se faire mal! Puis, espérant une réponse, il retient sa respiration et tend l'oreille. Un silence inquiétant plombe les galeries. Il reste une dernière solution, il sort son téléphone cellulaire et essaie de contacter son ami. Mais des rochers de dizaines, voir de centaines de mètres d'épaisseur séparent les deux appareils. toute tentative est vaine! Pavel se sent piégé au centre d'un Labyrinthe géant où tout lui est étranger. Là, où les lichens diffusent une légère lumière, Pavel coupe sa torche, ses yeux se sont habitués à ce peu de clarté et il est inutile qu’il gaspille ses piles. Les galeries descendent continuellement et la température augmente, l'analyseur affiche 20°. Sur les rochers, la végétation se diversifie, à côté des lichens, poussent de petites fougères à la lumière turquoise. Pavel éclaire une large crevasse qui abrite une mousse brillante, lorsque sont attention est attirée par une forme ronde et blanche. La chose est posée en équilibre sur une fissure . Pavel tend la main et s'en saisit. C'est léger, régulier et de la grosseur d'une balle de tennis. Pavel regarde l'objet, le secoue, le soupèse, il semble fragile. --- Mais c'est un œuf! Dit Pavel à voix haute. Un œuf! ici, dans les entrailles de cette planète inhospitalière où l'on croyait toute forme de vie impossible! Mais quelque soit l'importance de la découverte, Pavel doit avant tout retrouver son compagnon, alors il lève le bras pour replacer l’œuf là où il était, monte sur une pierre, perd l'équilibre et glisse . Il se rattrape à la paroi rocheuse, mais lâche l’œuf qui tombe à terre et se brise. --- Vous dites que Pavel est resté en arrière, seul? Demande Ivan. --- Oui, il m'attend, dit Leonov, nous avons entendu un bruit de chute d'eau et je suis venu voir seul, Pavel m'attend dans la grande galerie. --- Dans la grande galerie! Mais c'est de la folie! il n'y a pas une minute à perdre, il faut le retrouver avant que les "Vitris" ne s’aperçoivent de sa présence, ils vont le dévorer! --- Les Vitris? --- Oui, se sont de sales bestioles carnivores, il y en a une quantité par ici. Vous vous souvenez par où vous êtes venus? Leonov revient sur ses pas accompagné d'Ivan. Après plusieurs tentatives, il retrouve l'endroit précis où Pavel et lui se sont séparés. Personne! Pavel n'est plus là. --- Je ne comprends pas dit Leonov, il m'a dit qu'il m'attendait ici! Il est peut-être pas loin? --- Ecoutez! Dit Ivan, vous entendez ses grincements? Ce sont des Vitris, ils cherchent de la nourriture. --- Mais nous? Dit Leonov, ils ne vont pas nous attaquer? --- Aucun risque avec ça! Dit Ivan, brandissant la torche qu'il tient dans sa main droite. Ces Bestioles ne supportent pas la lumière. --- Alors, Pavel ne craint rien, dit Leonov, il a sa torche! --- Si, dit Ivan, le problème, c'est que Pavel ignore que ces bestioles ne supportent pas la lumière. --- Ca ressemble à quoi un Vitris? Demande Leonov. --- Un peu à une mante religieuse ou à une sauterelle, mais ça mesure un mètre de haut et ça possède deux rangées de dents aussi coupantes que des couteaux. En plus, c'est laid, rose, presque blanc et ça bave sans arrêt. Ils sont d'une incroyable férocité, ils se mangent même entre eux... Je vous en dirai davantage plus tard, dans l'immédiat, il faut retrouver mon fils. Leonov regarde la torche d'Ivan, elle éclaire à plus de cent mètres! Comment une torche dont les piles ont plus de trente ans peut encore fonctionner, se dit-il? Tout ça n'a pas de sens! Et Ivan qui semble du même âge que son fils! Mais les événements présents le ramènent vite à des considérations plus pratiques. La vie de Pavel est en danger, il faut le retrouver et vite! Leonov et Ivan explorent quelques galeries, mais pas la moindre trace de Pavel. --- Il est probablement plus bas, dit Ivan. Peut-être à la "grande fosse"? C'est là que convergent de nombreuses galeries. Les deux hommes empruntent un passage sinueux et étroit. L'un, de sa torche, balaie la parois de droite, l'autre celle de gauche. Des bouquets de lichen poussent le long de crevasses humides et diffusent une légère lumière. Des grincements de plus en plus forts se font entendre. --- Vous entendez? Ce sont les Vitris, dit Ivan. Ils sont réunis dans "la grande fosse". Ce bruit augmente d'intensité jusqu'à devenir insupportable. Leonov grimace, Ivan a dit " La grande fosse"! Comme ça, comme s'il s'agissait d'un lieu banal. Mais ce que voit Leonov ne peut être comparé à rien de ce qui existe sur terre: une fosse d'une centaine de mètres de diamètre, peut-être deux cent mètres de profondeur, dont le fond grouille de ces bestioles monstrueuses et hideuse qu'Ivan appelle des "Vitris". Dire qu'elles sont affreuses et horribles ne donne qu'une vague idée de la réalité. Ce n'est pas tant leur forme générale qui surprend, sortes de sauterelles géantes, mais l'impression que ces créatures sont génétiquement instables, elles semblent toutes difformes et dégagent une puanteur insoutenable. Les lichens qui tapissent les parois du gouffre donnent à ces créature une couleur verdâtres et luisante. --- Cela ressemble à un gigantesque seau dont le fond grouille de larves, dit Leonov. --- Bah! Moi, j'y fais plus attention, dit Ivan, je les côtoie depuis si longtemps... Ivan et Leonov font le tour du gouffre, s'avancent de quelques mètres dans chaques passages ou galeries permettant le passage d'une personne. Ils crient: "Pavel"! Aussi fort qu'ils le peuvent, mais ne reçoivent aucune réponse. Leonov regarde sa montre. --- Nos coéquipiers doivent se faire du souci pour nous, dit-il, à cette heure, nous devrions être de retour au vaisseau... Ah! s'ils savaient... Ivan s'engage d'une vingtaine de mètres dans une étroite galerie, son oreille accoutumée aux faibles bruits l'avertit de la présence de Vitris. Mais ce bruit, Ivan le connaît, c'est celui que font les Vitris quand ils ont trouvé de la nourriture. --- Leonov! Venez! Il se passe quelque chose d'anormal dans ce passage. Les Vitris ont peut-être repairé la présence de Pavel, il faut faire vite, très vite! Pavel dirige sa torche vers le sol, en se brisant, l’œuf a libéré une forme grisâtre qui se meut avec lenteur. Mais le plus surprenant, c'est l'odeur infecte que dégage cet embryon. Une odeur si horrible que Pavel ne peut se retenir et vide le contenu de son estomac sur la roche poreuse et sur ses bottes. Puis, de ses gros gants il pince son nez et se baisse pour observer cette chose de près. Il distingue deux longues pattes et une tête en formation. Cette chose représente-t-elle un danger? Pavel n'en a aucune idée mais il la laisse là, à terre, et continue sa progression. " Faut que je remonte"! Se dit-il, je suis bien trop bas. Il trouve une galerie montante, s'y engage, mais s'arrête brusquement surpris par un bruit qu'il prend pour un grincement. " Merde! Se dit-il voilà que j'ai des hallucinations auditives". Mais les bruits reviennent, faibles au début, puis de plus en plus fort. Comme des centaines de portes qui grinceraient toutes en même temps. "Aucun doute! Se dit Pavel en dirigeant sa torche le plus loin possible, ces grincements proviennent du fond de la galerie". Après une courte hésitation, pressentant un quelconque danger, Pavel fait demi-tour. Il passe devant l'embryon, celui-ci bouge encore et il continue, aussi vite que le permet son imposante combinaison . Maintenant, les grincements sont tout proches, de plus en plus forts et nets. Pavel se retourne et dirige sa torche en direction des grincements. "Non! J'hallucine! c'est pas possible, maintenant je vois des bêtes monstrueuses, là agglutinées autour de l'embryon posé sur le sol" --- Pavel! Pavel! Tu es là? Dit une voix dans la galerie. Pavel réalise qu'il perd la raison, ce qu'il voit et entend ne sont qu'illusions, phénomènes bien connu des personnes parcourant les déserts. Pavel! Pavel! Est-ce que tu m'entends? Par réflexe, Pavel répond aux voix qu'il entend --- Oui! Je suis là, c'est toi Leonov? Ou alors, j'entends de voix? --- Il est là! Dit Leonov, il a répondu, mais il dit des trucs bizarres. Ivan et Leonov dirigent leurs torches en direction de Pavel. Celui-ci les regarde, il semble effrayé et perdu. Leonov le saisit par le bras, tandis qu'Ivan fait fuir les Vitris avec sa torche. --- Vient, Pavel! Faut pas rester ici, c'est dangereux, ces bestioles vont nous dévorer! Dit Leonov. Pavel se retourne vers Ivan, le regarde et crie: --- Leonov! Je deviens fou, maintenant je vois mon double, mon propre fantôme! Fin du 2° épisode
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