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Mardi 28 août 2007


Double vieN° 9 (la piscine)


Une semaine s'est écoulée depuis la décès de Serine. Le plus dûr a été la cérémonie funèbre. Il y avait peu de monde, Max, son mari, n'a pas eu l'autorisation d'assister à l'enterrement. l'assassina de Sérine m'a fuchu un coup terrible! Comme si on m'avait arraché une partie de moi-même! Heureusement, Myriam est là! Elle me soutient du mieux qu'elle peut, et surtout, elle me secoue. J'ai ce terrible penchant à me laisser aller lorsque les choses vont mal et de me complaire dans ma peine. Mais avec Myriam, pas question! Son dynamisme remue et secoue tout ce qui gravit autour d'elle.

C'est pas mon habitude de faire des cadeaux, mais pour remercier Myriam, je lui achette un petit truc: un T-shirt que j'ai repairé rue de Rivoli. Le soir, je rentre à mon appart, mon petit cadeau sous le bras. Myriam est là, elle m'ouvre la porte et sans même prêter attention au paquet paquet que je tiens, elle me saute au cou.

--- Tu peux pas savoir comme je suis heureuse! Dit-elle. C'est formidable!

Moi, je reste perplexe! Elle n'a donc jamais reçu de cadeau? et elle continue:

--- Oui, c'est formidable! j'ai une nouvelle extraordinaire, hypersuper à t'annoncer!

--- Eh ben! Dis... Si c'est si bien que ça!

--- Ma mère a viré ce fainéant, ce salop de Loïc! C'est pas une bonne nouvelle?

--- Si, si! Dis-je, c'est une bonne nouvelle, mais je ne me sens pas vraiment concerné, ce Loïc, moi je ne le connaissais pas.

--- Puisque je te dis que c'est une ordure! Ce salop, il voulait me sauter, mais plutôt crever que de coucher avec l'ami de ma mère! Et en plus, c'était un fainéant de la pire espèce... C'est pour moi?

--- Oui, j'ai trouvé cette petite chose, regarde, si ça te plaît pas, j'irai le changer...

--- Whoua! C'est super! T'as bon goût! Je vais le passer.

C'est vrai que ça lui va bien, elle est ravissante! Ce n'est qu'une petite chose, mais visiblement, ça lui fait plaisir!

--- Demain, moi aussi, je te fais une surprise, dit Myriam.

--- Ah, et c'est quoi? dis-je.

--- Idiot! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise! juste une précision, faut pas te lever tard.

Bien que ce soit dimanche, je me lève assez tôt, surprise oblige. Myriam vient me retrouver dans la cuisine et nous déjeunons ensemble.

--- Maintenant que Loïc est parti de chez vous, qu'est-ce que tu vas décider? Tu retournes vivre avec ta mère ou tu...

--- Eh! T'en as marre de moi, toi aussi tu veux me virer?

--- Non Myriam, je ne dis pas ça pour que tu partes, c'est tout le contraire, c'est parce que j'ai peur que tu partes. j'ai pas envie de me retrouver tout seul chaque soir.

--- T'as qu'à te trouver une femme... Oh excuse-moi, ça m'a échappé, j'avais déjà oublié.

--- C'est pas grave... Et ta surprise!

--- Ce matin, je vais à la piscine, dit Myriam et tu viens avec moi. Tu m'as bien dit que tu adorais nager?

--- Oui, c'est possible, en tout cas j'aime la piscine mais en ce moment, j'ai pas trop le goût.

--- Justement, dit Myriam, ça va te changer les idées.

Pour faire plaisir à Myriam, je l'accompagne à la piscine. Nous arrivons les premiers, le bassin pour nous deux.

--- Aller! Vient! On va voir si t'es en forme, dit-elle.

--- Ca m'étonnerais que tu me battes, dis-je. Tiens! Si tu arrive avant moi, je te paie la pizzeria à midi! OK?

Je me donne à fond mais le manque d'exercice se fait sentir et je vois Myriam qui me prend un mètre, puis deux! Je suis un peu déçu, mais malgré la cuissante défaite, j'ai l'impression d'avoir rajeuni de quinze ans.

--- Alors t'es rouillé? faut venir plus souvent! Dit Myriam.

Nous sortons de l'eau, je me dirige vers le plongeoire et Myriam me suit.

--- Bouge pas, fait voir! dit-elle. T'as une tache marron sur la hanche! exactement comme moi et au même endroit!

--- Certainement que ta mère en a une aussi, dis-je.

--- Non, elle n'en a pas!

--- Alors, c'est ton père, en général, ces trucs c'est héréditaires, et on est pas les seuls, il y a une quantité de gens qui ont des taches sur la peau.

--- Mon père, je le connais pas! Comment veux-tu que je sache? Elle m'a juste dit, une fois qu'elle était en colère:" pas étonnant que tu sois aussi têtu, t'as été fabriquée en Bretagne! C'est tout ce que je sais. Avec ça?

Comme promis, j'emmène Myriam à la pizzéria. Moi, j'ai pas trop envie, mais chose promise....Depuis hier, c'est à dire depuis qu'elle sait que sa mère à viré Loïc, je la sens plus heureuse. Pendant le repas, Elle me parle surtout de sa mère. Elle lui trouve beaucoup de qualités.

--- Je sais que c'est pour moi qu'elle travaille la nuit, à cause du salaire. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais rencontré un type bien! Elle a dû être vachement jolie quand elle étais jeune! Et même maintenant, il y en a des hommes qui lui tourne autour! Quand je lui pose la question, elle me répond immanquablement:" le seul homme que j'ai aimé, c'est ton père".

Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existence. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.

--- Je crève de faim, dit-elle, je me fais une omelette aux herbes, t'en veux une aussi?

--- C'est pas de refus, moi aussi j'ai un petit creux. Tu m'as pas repondu, ta mère veut pas que tu rentres à la maison?

--- Mais si elle veut bien! Elle m'a dit:" tu fais comme tu veux, du moment que tu ne fais pas de conneries et que tu travailles". En fait, je crois qu'elle culpabilise, la liberté qu'elle m'a laissée l'arrangeait, ça lui permettait de passer plus de temps avec Loïc. Maintenant, avec le recul elle craint que je lui jette à la figure comme un reproche. Enfin, c'est ce que je crois!

Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.

--- Tu veux en faire un palasse de mon appart! T'a invité Chirac à Manger?

--- Non, dit-elle, pas Chirac, mais on a de la visite.

--- Et je peux savoir qui?

--- Oui, si tu me promets de ne pas me crier? Dit-elle.

--- Un ami?

--- Non, j'ai invité ma mère à manger... Ce soir.

Ca ne me dérange pas qu'elle invite sa mère, depuis le temps qu'elle me parle d'elle! Mais aujourd'hui, ça ne m'arrange pas, après cette journée mouvementée, j'ai envie d'être tranquille. Comme pour se faire pardonner, elle me dit de m'asseoir et me prépare un punch. Bien calé dans mon fauteuil, j'examine mon nouveau portable quand la sonnette de la porte retentit.

--- C'est ma mère, dit Myriam, bouge pas je vais ouvrir.

Fin du 9° épisode.



Double vie N° 10 FIN


Myriam ouvre la porte. Par politesse et respect pour sa mère, je me lève de mon fauteuil.

---Bonjour M'man! Dit Myriam en sautant au cou de sa mère, je te présente Alex.

Je regarde la maman de Myriam, une jolie femme, taille moyenne et cheveux châtain. Mais les traits de son visage et son regard m'interpellent. Elle aussi, me regarde avec une certaine insistance, j'en suis presque gêné...

--- Excusez-moi, dit-elle j'ai l'impression de vous avoir déjà...Alex! Alex! Non, pas possible!

--- Lise? Tu es la mère de Myriam? Ca fait dix ou... non, plus, au moins douze ans qu'on s'est perdu de vu?

--- Non, plus, bientôt dix-sept! Le temps passe si vite! C'est donc chez toi qu'habite Myriam!

--- Oui, je lui prête le petit appart, à côté... Mais, assieds-toi. Quelle surprise!! Se retrouver après toutes ces années! Tu te souviens?

--- Oh Oui, je me souviens, comment pourrais-je oublier?

La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.

--- Tu vis donc seule à présent? Dis-je

--- Oui, dit-elle, je me suis séparé de mon ami "Loïc" et Myriam préfère rester chez toi pour l'instant... C'est ce qu'elle m'a dit.

--- T'as bien fait de le virer ce fainéant, dit Myriam!

--- En tout cas, félicitations, tu as une jolie fille, dis-je. Elle t'a raconté notre rencontre au commissariat?

--- Oui, je sais tout, Myriam me dit tout.

Le portable de Myriam sonne.

--- excusez-moi, dit-elle, c'est un copain.

Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.

--- Seize ans qu'on s'est quitté! Tu ne veux pas dire que Myriam...

--- Si !Et oui, Alex! Myriam est ta fille, ça ne fait aucun doute.

Cette révélation me fait l'effet d'un coup de massue sur la tête! Je me sens chavirer, abattu, anéanti et reste sans voix. Je ne sais même pas si je suis heureux ou en colère? En tout cas, je suis furieux que Lise me l'ait caché. Comment va-t-elle justifier son comportement? Mais Lise ne dit rien, elle semble éviter mon regard, je la sens gênée. Elle sait qu'elle va devoir affronter mes questions.

--- Et pourquoi ne m' as-tu rien dit?

--- Je pensais que c’était mieux. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais j'étais jeune. Je me rends compte que j'ai commis une erreur, mais que puis-je faire à présent? Ressasser le passé ne sert à rien.

--- Et Myriam, que lui as-tu dit de son père?

--- Rien. L'idée qu'elle se fait de son père est un assemblage de souvenirs que j'ai gardé de toi, mais rien de précis. Je me demande comment elle va le prendre quand elle apprendra la vérité? J'appréhende sa réaction.

--- Moi aussi je l'appréhende, dis-je, les choses auraient étés si simples si tu m'en avais parlé, on l'aurait élevé ensemble... Quel gâchis!

--- Justement, dit-elle, si j'ai agi de la sorte, c'est pour ne pas gâcher ta vie. Je me sentais responsable de ce cette grossesse et je voulais en assumer seule les conséquences.

--- Nous sommes responsables tous les deux, dis-je, moi autant que toi

Myriam revient dans le salon et nous mettons un terme à notre discussion.

--- Oh! Vous discutez bien tous les deux!, Dit Myriam... Vous vous connaissez depuis longtemps?

--- Oui, dit Lise nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons passé des vacances ensemble, en Bretagne.

--- Décidément, la Bretagne ça te réussit! Dit Myriam. C'est pas là que tu avais rencontré mon père... Tu sais m'man, j'ai eu de la chance de rencontrer Alex, quelquefois on s’engueule, mais je crois que sans lui, je m’ennuierais ou alors, je ferais des bêtises.

--- J'ai rencontré Alex en Bretagne il y a dix-sept ans, dit Lise.

--- Ah! il devait être mignon à cette époque! Dit Myriam en me regardant.

--- Pourquoi? Tu me trouves moche Aujourd'hui? Dis-je.

--- Mais? J'y pense! Dit Myriam, tu pourrais être mon père alors?

Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe.

--- Ben, alors! J'ai dit une connerie? Dit Myriam. Qu'est-ce que vous avez tous les deux? Vous me cachez quelque chose?

Myriam nous regarde à tour de rôle. Ses yeux cherchent une réponse, l'expression de son visage devient grave, se fige et nous écrasent. Notre silence répond à la question qui lui brûle les lèvres.

--- Oui! Dit Lise, Alex est ton père!

Jamais Je n'ai vu Myriam avec de tels yeux. J’ai l'impression d'avoir une étrangère en face de moi. Pendant quelques secondes elle reste de marbre, puis les commissures de ses lèvres se relèvent lentement, son visage s’illumine, ses yeux pétillent et un immense sourire envahit son visage. Alors, d'un bond, elle s'élance et plonge dans mes bras. Elle se cale dans le creux de mon épaule et éclate en sanglots.

--- J'ai un père! J'y crois pas, je rêve! Toute ma vie je t'ai attendu. Mais tu es là! Tu ne peux savoir comme je suis heureuse, je suis comme tout le monde maintenant, j'ai un père! Mais depuis combien de temps sais-tu que je suis ta fille?

--- Oh! Depuis très peu de temps, cinq minutes tout au plus, je n'en reviens pas non plus! J'ai une fille! Allez, champagne!

Je vais chercher une bouteille et je pose trois coupes sur la table de salon. Myriam ne maîtrise plus ses émotions, elle pleure et rit en même temps avant de disparaître dans les bras de sa mère. Cette émotion extrême s'évacue peu à peu dans les larmes qui coulent sur nos joues. Que d'événements en une journée! Comment la vie peut-elle réserver de pareilles surprises alors qu'on se croit installé dans une éternelle routine! Moi aussi, je me sens heureux, je m'y étais attaché à cette gamine! j'étais déjà un peu son père adoptif. Un jour, elle m'a même dit: " c'est con la vie"! Surpris, je lui ai demandé: "pourquoi"? Parce que je suis trop jeune pour être ta femme et je ne peux pas être ta fille" m'a-t-elle répondu! Ce jour-là, elle m'avait vraiment touché.

--- Aller! on passe à table, dit Myriam. Pour la première fois de ma vie, j'invite mon père à manger! On est comme une vraie famille! Je peux t'appeler Papa?


trois semaines plus tard. En octobre

Nous profitons des derniers beaux jours pour faire une promenade au parc, tous les trois. Les arbres se dépouillent de leurs parures automnales et les feuilles mordorées virevoltent, puis tourbillonnent sur le sol. Nous sommes assis sur un banc, juste en face d’un bassin. Le soleil se faufile entre les arbres partiellement dénudés et lance de longues ombres sur les pelouses tachées. Près de nous, des gamins ramassent des marrons et les lancent en direction du bassin. Ils visent un petit bateau qu'ils font naviguer sur l'eau, entre les feuilles mortes et les brindilles. Est-ce cela le bonheur? Autour du bassin, une petite fille promène son bébé dans son landau. Lise et moi la regardons. Nous avons certainement la même pensée: dans cette enfant, nous imaginons Myriam petite. Tout ce bonheur perdu à jamais... toutes ces joies que nous aurions pu partagées ensemble.

--- Tu te souviens, Lise de ce petit café à Carnac où nous prenions toujours notre café, comment s'appelait-il déjà?

--- Il s'appelait: "Chez Myriam".

Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.

--- Eh! Eh! dit Myriam, je vous y prends vous deux!

--- Et tu n'es pas au bout de tes surprises, ma fille, à partir de demain, nous habitons ensemble, tous les trois, dit Lise.

--- Bientôt, vous parlerez mariage à ce rythme! Qu'est-ce que vous voulez comme cadeau de noce? Demande ironiquement Myriam.

--- Oh! Ca, nous l'avons déjà, dis-je, notre cadeau c'est toi.

http://bokay.over-blog.org/ BOKAY



Double vieN° 9 (la piscine)


Une semaine s'est écoulée depuis la décès de Serine. Le plus dûr a été la cérémonie funèbre. Il y avait peu de monde, Max, son mari, n'a pas eu l'autorisation d'assister à l'enterrement. l'assassina de Sérine m'a fuchu un coup terrible! Comme si on m'avait arraché une partie de moi-même! Heureusement, Myriam est là! Elle me soutient du mieux qu'elle peut, et surtout, elle me secoue. J'ai ce terrible penchant à me laisser aller lorsque les choses vont mal et de me complaire dans ma peine. Mais avec Myriam, pas question! Son dynamisme remue et secoue tout ce qui gravit autour d'elle.

C'est pas mon habitude de faire des cadeaux, mais pour remercier Myriam, je lui achette un petit truc: un T-shirt que j'ai repairé rue de Rivoli. Le soir, je rentre à mon appart, mon petit cadeau sous le bras. Myriam est là, elle m'ouvre la porte et sans même prêter attention au paquet paquet que je tiens, elle me saute au cou.

--- Tu peux pas savoir comme je suis heureuse! Dit-elle. C'est formidable!

Moi, je reste perplexe! Elle n'a donc jamais reçu de cadeau? et elle continue:

--- Oui, c'est formidable! j'ai une nouvelle extraordinaire, hypersuper à t'annoncer!

--- Eh ben! Dis... Si c'est si bien que ça!

--- Ma mère a viré ce fainéant, ce salop de Loïc! C'est pas une bonne nouvelle?

--- Si, si! Dis-je, c'est une bonne nouvelle, mais je ne me sens pas vraiment concerné, ce Loïc, moi je ne le connaissais pas.

--- Puisque je te dis que c'est une ordure! Ce salop, il voulait me sauter, mais plutôt crever que de coucher avec l'ami de ma mère! Et en plus, c'était un fainéant de la pire espèce... C'est pour moi?

--- Oui, j'ai trouvé cette petite chose, regarde, si ça te plaît pas, j'irai le changer...

--- Whoua! C'est super! T'as bon goût! Je vais le passer.

C'est vrai que ça lui va bien, elle est ravissante! Ce n'est qu'une petite chose, mais visiblement, ça lui fait plaisir!

--- Demain, moi aussi, je te fais une surprise, dit Myriam.

--- Ah, et c'est quoi? dis-je.

--- Idiot! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise! juste une précision, faut pas te lever tard.

Bien que ce soit dimanche, je me lève assez tôt, surprise oblige. Myriam vient me retrouver dans la cuisine et nous déjeunons ensemble.

--- Maintenant que Loïc est parti de chez vous, qu'est-ce que tu vas décider? Tu retournes vivre avec ta mère ou tu...

--- Eh! T'en as marre de moi, toi aussi tu veux me virer?

--- Non Myriam, je ne dis pas ça pour que tu partes, c'est tout le contraire, c'est parce que j'ai peur que tu partes. j'ai pas envie de me retrouver tout seul chaque soir.

--- T'as qu'à te trouver une femme... Oh excuse-moi, ça m'a échappé, j'avais déjà oublié.

--- C'est pas grave... Et ta surprise!

--- Ce matin, je vais à la piscine, dit Myriam et tu viens avec moi. Tu m'as bien dit que tu adorais nager?

--- Oui, c'est possible, en tout cas j'aime la piscine mais en ce moment, j'ai pas trop le goût.

--- Justement, dit Myriam, ça va te changer les idées.

Pour faire plaisir à Myriam, je l'accompagne à la piscine. Nous arrivons les premiers, le bassin pour nous deux.

--- Aller! Vient! On va voir si t'es en forme, dit-elle.

--- Ca m'étonnerais que tu me battes, dis-je. Tiens! Si tu arrive avant moi, je te paie la pizzeria à midi! OK?

Je me donne à fond mais le manque d'exercice se fait sentir et je vois Myriam qui me prend un mètre, puis deux! Je suis un peu déçu, mais malgré la cuissante défaite, j'ai l'impression d'avoir rajeuni de quinze ans.

--- Alors t'es rouillé? faut venir plus souvent! Dit Myriam.

Nous sortons de l'eau, je me dirige vers le plongeoire et Myriam me suit.

--- Bouge pas, fait voir! dit-elle. T'as une tache marron sur la hanche! exactement comme moi et au même endroit!

--- Certainement que ta mère en a une aussi, dis-je.

--- Non, elle n'en a pas!

--- Alors, c'est ton père, en général, ces trucs c'est héréditaires, et on est pas les seuls, il y a une quantité de gens qui ont des taches sur la peau.

--- Mon père, je le connais pas! Comment veux-tu que je sache? Elle m'a juste dit, une fois qu'elle était en colère:" pas étonnant que tu sois aussi têtu, t'as été fabriquée en Bretagne! C'est tout ce que je sais. Avec ça?

Comme promis, j'emmène Myriam à la pizzéria. Moi, j'ai pas trop envie, mais chose promise....Depuis hier, c'est à dire depuis qu'elle sait que sa mère à viré Loïc, je la sens plus heureuse. Pendant le repas, Elle me parle surtout de sa mère. Elle lui trouve beaucoup de qualités.

--- Je sais que c'est pour moi qu'elle travaille la nuit, à cause du salaire. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais rencontré un type bien! Elle a dû être vachement jolie quand elle étais jeune! Et même maintenant, il y en a des hommes qui lui tourne autour! Quand je lui pose la question, elle me répond immanquablement:" le seul homme que j'ai aimé, c'est ton père".

Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existence. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.

--- Je crève de faim, dit-elle, je me fais une omelette aux herbes, t'en veux une aussi?

--- C'est pas de refus, moi aussi j'ai un petit creux. Tu m'as pas repondu, ta mère veut pas que tu rentres à la maison?

--- Mais si elle veut bien! Elle m'a dit:" tu fais comme tu veux, du moment que tu ne fais pas de conneries et que tu travailles". En fait, je crois qu'elle culpabilise, la liberté qu'elle m'a laissée l'arrangeait, ça lui permettait de passer plus de temps avec Loïc. Maintenant, avec le recul elle craint que je lui jette à la figure comme un reproche. Enfin, c'est ce que je crois!

Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.

--- Tu veux en faire un palasse de mon appart! T'a invité Chirac à Manger?

--- Non, dit-elle, pas Chirac, mais on a de la visite.

--- Et je peux savoir qui?

--- Oui, si tu me promets de ne pas me crier? Dit-elle.

--- Un ami?

--- Non, j'ai invité ma mère à manger... Ce soir.

Ca ne me dérange pas qu'elle invite sa mère, depuis le temps qu'elle me parle d'elle! Mais aujourd'hui, ça ne m'arrange pas, après cette journée mouvementée, j'ai envie d'être tranquille. Comme pour se faire pardonner, elle me dit de m'asseoir et me prépare un punch. Bien calé dans mon fauteuil, j'examine mon nouveau portable quand la sonnette de la porte retentit.

--- C'est ma mère, dit Myriam, bouge pas je vais ouvrir.

Fin du 9° épisode.



Double vie N° 10 FIN


Myriam ouvre la porte. Par politesse et respect pour sa mère, je me lève de mon fauteuil.

---Bonjour M'man! Dit Myriam en sautant au cou de sa mère, je te présente Alex.

Je regarde la maman de Myriam, une jolie femme, taille moyenne et cheveux châtain. Mais les traits de son visage et son regard m'interpellent. Elle aussi, me regarde avec une certaine insistance, j'en suis presque gêné...

--- Excusez-moi, dit-elle j'ai l'impression de vous avoir déjà...Alex! Alex! Non, pas possible!

--- Lise? Tu es la mère de Myriam? Ca fait dix ou... non, plus, au moins douze ans qu'on s'est perdu de vu?

--- Non, plus, bientôt dix-sept! Le temps passe si vite! C'est donc chez toi qu'habite Myriam!

--- Oui, je lui prête le petit appart, à côté... Mais, assieds-toi. Quelle surprise!! Se retrouver après toutes ces années! Tu te souviens?

--- Oh Oui, je me souviens, comment pourrais-je oublier?

La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.

--- Tu vis donc seule à présent? Dis-je

--- Oui, dit-elle, je me suis séparé de mon ami "Loïc" et Myriam préfère rester chez toi pour l'instant... C'est ce qu'elle m'a dit.

--- T'as bien fait de le virer ce fainéant, dit Myriam!

--- En tout cas, félicitations, tu as une jolie fille, dis-je. Elle t'a raconté notre rencontre au commissariat?

--- Oui, je sais tout, Myriam me dit tout.

Le portable de Myriam sonne.

--- excusez-moi, dit-elle, c'est un copain.

Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.

--- Seize ans qu'on s'est quitté! Tu ne veux pas dire que Myriam...

--- Si !Et oui, Alex! Myriam est ta fille, ça ne fait aucun doute.

Cette révélation me fait l'effet d'un coup de massue sur la tête! Je me sens chavirer, abattu, anéanti et reste sans voix. Je ne sais même pas si je suis heureux ou en colère? En tout cas, je suis furieux que Lise me l'ait caché. Comment va-t-elle justifier son comportement? Mais Lise ne dit rien, elle semble éviter mon regard, je la sens gênée. Elle sait qu'elle va devoir affronter mes questions.

--- Et pourquoi ne m' as-tu rien dit?

--- Je pensais que c’était mieux. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais j'étais jeune. Je me rends compte que j'ai commis une erreur, mais que puis-je faire à présent? Ressasser le passé ne sert à rien.

--- Et Myriam, que lui as-tu dit de son père?

--- Rien. L'idée qu'elle se fait de son père est un assemblage de souvenirs que j'ai gardé de toi, mais rien de précis. Je me demande comment elle va le prendre quand elle apprendra la vérité? J'appréhende sa réaction.

--- Moi aussi je l'appréhende, dis-je, les choses auraient étés si simples si tu m'en avais parlé, on l'aurait élevé ensemble... Quel gâchis!

--- Justement, dit-elle, si j'ai agi de la sorte, c'est pour ne pas gâcher ta vie. Je me sentais responsable de ce cette grossesse et je voulais en assumer seule les conséquences.

--- Nous sommes responsables tous les deux, dis-je, moi autant que toi

Par BOKAY - Publié dans : ESSAI
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