| Décembre 2009 | ||||||||||
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l'Arnaqueuse
Jean Schlesser regarde sa toile avec fierté. Il se recule de deux pas, Ferme un œil puis se rapproche et colle son nez contre la peinture encore fraîche. Il tourne la tête et crache le mégot éteint qui pend de ses lèvres.
---Ouais ! Pas mal! Encore quelques retouches et c'est bon! Dit-il à haute voix, comme s'il voulait prendre à témoin son atelier minable et encombré. --- La vieille sera contente et c'est le principale! Ajoute-t-il. Elle est passionnée de peinture la vieille, surtout les impressionnistes et plus spécialement Pissarro. Cette modeste reproduction d'un bord de Seine, n'a qu'un but en fait: éviter l'expulsion. Les temps sont difficiles pour Jean. Deux mois sans vendre une seule toile, ça creuse les finances! A sec, complètement raide! Le peu d'argent qui lui reste passe dans l'achat de tubes de peinture, de toiles... et aussi d'alcool. Trois mois de retard dans le paiement du loyer, ça fait beaucoup, surtout que la vieille est à ses sous. Jean voulait baratiner la vieille, lui faire croire qu'il avait déniché une reproduction de Pissarro dans un de ces vides greniers qui fleurissent un peu partout en ce moment. Ensuite, il lui laisserait en gage pour le loyer impayé. Il avait peint de nombreuses reproductions de tableaux impressionnistes et était même devenu expert dans l'art de les vieillir artificiellement. Sa méthode : de l’huile très chaude et un sèche cheveux. Sans ses deux démons que sont les femmes et l'alcool, jean Schlesser serait aujourd'hui un peintre reconnu et riche . Mais, l'homme de talent qu'il était, s'est peu à peu métamorphosé en épave, une sorte d'éponge sans ambition. Le voici réduit, lui peintre de talent, à amadouer une vieille pour éviter la rue! A quarante deux ans! --- la vieille sera ravie! Dit-il tout seul! Elle est tellement folle de " Pissarro" ... Alors je lui en ferai cadeau et j'espère qu'en échange elle effacera un ou deux mois de loyer. Jean travaille à sa toile toute la semaine, il la peaufine, la bichonne, puis la fixe sur un vieux châssis à l'aide de clous piqués par la rouille et l'accroche au mur. --- Ouais, ouais, je l'ai bien réussi celle-ci! Dit-il. Puis, il regarde par la fenêtre; la vieille est là, elle arrose ses fleurs dans la petite cour intérieur. Tenant sa toile à bout de bras, il contemple une dernière fois son œuvre et la pose délicatement sur la table. D’un geste précis, il coupe une feuille de papier kraft, enveloppe sa peinture et sort de chez lui. --- Bonjours Madame Eugènie, regardez ce que j'ai trouvé, dit Jean. --- Fais voir! Dit la vieille. La vieille rentre chez elle avec le tableau, arrache le papier de ses mains maigres et noueuses. --- Non de Dieu! Un Pissarro! Ou qu't'as eu ça p'tit? --- Au vide grenier d'ourzie la ville! Vous vous rendez compte! Une sacrée bonne reproduction! La vieille sort ses lunettes de la poche de sa blouse, les pose sur la pointe de son nez et parcours le tableau de gauche à droite, comme une lecture. Quand elle a terminé, elle se retourne vers Jean. --- T'y connais rien, p'tit! C'est pas une reproduction ça, c'est un vrai Pissarro! Ma tête à couper! Dit la vieille. --- Vous êtes sûre? --- Eh! p'tit! Tu connais quelqu'un toi, qu'est capable de peindre comme ça! Non, crois-moi, c'est un vrai! --- Vrai ou faux, moi je m'en fiche, j'aime pas Pissarro, dit Jean. Tenez, je vous le donne contre deux mois de loyer, Vous êtres pas perdante? La vieille détend son bras comme droit un ressort, et ouvre sa main. --- Allez p'tit, tape là... et marcher conclu! --- J'ai votre parole? --- Tape j'te dis! Jean tape dans la main de la vieille qui pose aussitôt le tableau sur le buffet envahi de bibelots. Elle se plante devant. --- Bon Dieu qu'il est beau! A soixante quinze ans, je viens de faire l'acquisition de ma vie! Et toi p'tit, tu viens de faire la plus grosse conne..rie... de ta vie! T'as pas idée de ce que ça vaut un Pissarro! --- Maintenant, faut me faire un papier pour le loyer, dit Jean. La vieille sort un bloc-notes bleu tout écorné, arrache une feuille à la hâte et écrit: "Je m'engage à loger Monsieur Jean Schlesser gratuitement et toute ma vie durante. En contre partie, Monsieur Schlesser me donne un tableau signé Pissarro qui représente les bords de Seine avec des arbres sur la droite." --- Maintenant que j'ai le papier signé, je peux vous le dire Madame Eugènie... --- Tu peux m' dire quoi? Que tu viens d' faire la plus grosse conn...rie... de ta vie p'tit? --- Non Madame Eugénie, je veux vous dire que c'est moi qui ai peint ce tableau, c'est pas Pissarro! --- Espèce de p'tit salo...Sors d'ici tout de suite! J'veux plus te voir! J'vais aller à la police, tu vas voir! Rends-moi ce papier ! La vieille garde le tableau et Jean Schlesser le papier et il sort de chez elle, contrarié mais heureux de pouvoir occuper le logement aussi longtemps que la vieille vivra. Pour fêter l'événement, il se verse quatre ou cinq whisky en suivant, tourne en rond en regardant ses toiles qui tapissent ses quatre murs, et sort en ville. Il rentre tard, ivre comme d'habitude. Une semaine s'est écoulée, la vieille n'adresse plus la parole à Jean et le climat est tendu. Ils s'ignorent totalement, comme un vieux couple en chamaille. Ce mardi matin, Jean traverse la petite cour et se rend à la boulangerie acheter son pain. Quand il revient, la vieille l'attend. Elle se tient debout, bien droite dans son tablier bleu à pois blanc. --- P'tit, Faut qu'on s'parle, ça peut pas durer, aller vient, entre! J' te fais chauffer un café! C'est bien la première fois que la vieille me parle comme ça, se dit Jean, bizarre! La discussion commence par des banalités, la vieille se montre subitement intéressée par la peinture de Jean, elle qui habituellement le traite de "barbouilleur". Finalement, elle en vient à évoquer le véritable motif de ce brusque changement d'attitude. --- Tu sais p'tit, j'ai pensé un truc: nous deux, faut qu'on fasse des affaires! --- Ah! Et quelles genres d'affaires? Dit Jean étonné de la proposition. --- P'tit, tu peins comme un dieux, t'as d'l'or dans les pattes et t'en sais même rien! Ton Pissarro? Faut un vrai spécialiste pour s'apercevoir que c'est une reproduction. Alors voilà ce qu'on va faire: Tu sais que dans mon grenier j'ai plus de cent toiles, la plupart sont des vieilles croûtes sans aucune valeur. C'est mon mari qui les a achetées. A chaque fois qu'il m'en ramenait une à la maison, il me disait: " Tu vois cette toile, Eugènie " ? Eh bien un jour elle vaudra une fortune!" Mais le pauvre a englouti tout l'argent du ménage et toutes ces toiles ne valent rien! Ton Pissarro, je vais le monter au grenier, le mettre parmi les miennes... Eh! Tu m'écoutes? Fin août. Il fait chaud, une foule compacte se bouscule dans les allées étroites du vide grenier. Ca sent le vieux et la sueur. Jean prospecte. Pas les objets, non, lui ce qu'il recherche c'est les amateurs de tableaux. Il s'est posté près d'un brocanteur qui expose de vieilles croûtes, il y en a de tous les genres, mais elles ont toutes un point commun: la laideur et le mauvais goût. Jean feint s'intéresser à ses toiles quand quelques grosses gouttes martèlent le sol. --- Manquait plus que la flotte! dit le brocanteur en levant la tête vers l'épais nuage qui s'avance. En quelques secondes, les gouttes tombent drues et une pluie torrentielle frappe le sol dans un vacarme épouvantable. Le brocanteur ouvre les deux portes de sa camionnette et s'empresse de mettre ses toiles à l'abri. --- Un coup de main? Demande Jean. --- C'est pas de refus! Cette put.... de flotte va mouiller toutes mes toiles! Jean et le brocanteur s'activent sous la pluie battante. --- On range que les peintures, dit l'homme, le reste ça séchera! Le brocanteur remercie Jean et l'invite à s'abriter avec lui à l'arrière du fourgon. --- Si ce temps-là continue, on va rien faire, dit le brocanteur. --- Les affaires marchent bien en ce moment? Demande Jean. --- C'est pas terrible, dit le brocanteur, après les vacances, les gens sont fauchés et la rentrée des classes, ça coûte cher! --- Tiens! Au fait, vous qui vendez des tableaux, je connais un vieille qu'a des toiles plein son grenier! Je suis certain qu'elle s'en débarrasserais pour pas cher, ça vous intéresse? --- Eh comment que ça m'intéresse! C'est où? --- N'y allez pas seul, la vieille à ses têtes, je vous y conduirai. Le lendemain, Jean se rend chez le brocanteur et le conduit chez la vieille. Après de rapides présentations, elle ouvre la porte qui donne accès au grenier. Arrivé en haut de l'escaliers, l’homme s’immobilise, écarquille ses yeux et pousse un " Oh ! ". Le grenier est rempli de tableaux de toutes dimensions, il y en a partout, un vrai bric-à-brac. --- J'ai jamais vu ça! Il y en a combien? Crie le brocanteur pour que la vieille entende. --- J'en sais rien et je m'en fou, répond la vieille, vous savez, les tableaux.... C'est mon mari que ça intéressait. Le brocanteur regarde chaque toile avec attention, dès qu'une semble l'intéresser, il l'examine de près sous la fenêtre de toit et la met de côté. Jean regarde le brocanteur avec intérêt, il attend la réaction de l’homme à la vue du Pissarro. En bas des marches, la vieille lève la tête à s’en tordre le cou. Notre homme a trouvé le Pissarro, il colle son nez sur la signature. Ca y est, se dit Jean, il l'a trouvé! Le brocanteur tourne le Pissarro dans tous les sens, s'attarde sur certaines partie, puis le tient d'une main bras tendu. Il le pose, le reprend et l'incline pour le mettre à contre-jour, puis son inspection terminée, il le pose très délicatement sur un vieux meuble démantibulé. --- Vous trouvez votre bonheur? Demande Jean, Il y en a hein! Je vous l'avais dit? --- Je m'en suis mis quelques uns de côté, dit le brocanteur, j'espère que la dame ne va pas me les vendre trop cher! --- Vous en faites pas pour le prix, j’en fait mon affaire, dit Jean. Le brocanteur passe en revue toutes les toiles du grenier. Une heure plus tard, il redescend tenant à la main cinq toiles, dont le "Pissarro" bien sûr. Puis, lui et Jean se rendent dans la cuisine où la vieille prépare un café. --- je vois que vous avez trouvé, dit la vieille. Faites voir un peu! La vieille regarde chaque toile que le brocanteur lui montre. --- Celle-là, cent balles; celle-là, cent balle aussi, celle-là pareille, même prix. Le brocanteur affiche un large sourire... jusqu'au "Pissarro" --- Ah non! Dit le vieille devant le pissarro, celle-là je la vends pas, c'est un souvenir de ma grand mère. La toile ne me plaît pas tellement, mais vous savez ce que c'est... Un souvenirs on s'y attache. --- Et si je vous donne cent mille francs! Dit le brocanteur, comprenant que la vieille en était restée aux anciens francs. --- Non! C’est trop cher pour vous, vous n'avez pas les moyens, dit la vieille. Il faudrait me donner... dix millions pour que je la vende. Le brocanteur réfléchit, ça fait quand même quinze mille euros! Un Pissarro à ce prix-là, c'est donné, se dit-il, mais si c'est un faux... Catastrophe. Alors il reprend la toile, scrute la signature avec une grande minutie, passe son indexe sur la peinture. La vieille le regarde, épie tous ses gestes et attitudes et lance son va-tout, comme pour achever sa proie. --- Ca vient de famille, dit la vieille, c'est le père d'un ami de ma grand mère qui l'a peinte, je sais même qu'il s'appelait... Attendez... Ca va me revenir, il s'appelait Camille, paraît qu'il a peint beaucoup. Entendant le prénom " Camille ",Le brocanteur sent son cœur s'emballer. Pas de doute, c'est bien un "Pissarro"! La fortune à coup sûr, se dit-il, l'affaire de ma vie. Faut pas que je laisse passer ça... Mais quinze mille euros! Non la vieille est trop gourmande. --- Cette toile me plaît beaucoup et je suis prêt à monter jusqu'à huit millions, mais pas plus. --- Vous avez dit:" huit millions"? --- Oui, mais pas un sous de plus! --- D'accord, dit la vieille, mais je veux du liquide. --- Vous l'aurez, je reviens demain avec l'argent, dit le brocanteur. Le lendemain, le brocanteur revient, il balance un attaché case à l’extrémité de sa main droite. --- J'ai l'argent, dit-il, ça fait: douze mille euros! --- Ca fait même un peu plus, dit la vieille mais bon, marcher conclu. Le brocanteur repart tout joyeux avec son Pissarro et les quatre autres toiles sans valeur. --- T'as vu P'tit? Qu'est-ce que t'en penses de mon idée? Quatre millions chacun! Et tu sais ce qu'on va faire du fric? On va acheter des bijoux qu'on placera dans un coffre à la banque. Tu sais un coffre qu'on n'ouvre qu'avec deux clefs. Une chacun. Ca te paraît correcte? --- Ouais, c'est honnête, dit Jean. Convaincu que l’idée de la vieille est géniale, Jean à commencé un autre "Pissarro". Une semaine plus tard, le tableau est terminé. Il procède de la même manière, contacte un autre brocanteur, et empochent cinq milles euros. Les semaines passent, maintenant Jean peint des "Sisley". Les faux "Pissaro", faut mieux arrêter, des bruits circulent dans le milieux, la petite escroquerie continue, mais avec d'autre signatures. Encouragé par des affaires qui rapportent, Jean a même délaissé la bouteille, pour un temps. Il peint toute la journée, jusque tard le soir. Les bijoux accumulés représentent une petite fortune. Jean a une confiance limité dans l'honnêteté de la vieille, mais comme il faut être deux pour ouvrir le coffre, il est confiant. L'hiver se termine, les arbustes de printemps commencent à fleurir, et déjà les premiers vides greniers font leur apparition. La vieille et Jean ont optimisé leur petite entreprise crapuleuse. Chaque après-midi, Jean conduit la vieille en ville, elle s’est découvert une nouvelle passion, elle collectionne des bijoux sans valeur, à peu près les même que ceux qu’elle place à la banque, mais c’est du toc. Jean trouve ça bizarre, mais enfin… Elle fait ce qu’elle veut ! Nous sommes en avril, 15 heures trente, Jean rentre de prospection, il a noué le contacte avec des acheteurs potentiels américain et la bonne humeur se lit sur son visage. La vieille est dans sa cour, elle balaye le trottoir en brique qui longe le mur de sa maison. Dès qu'elle aperçoit Jean, elle l'interpelle. --- P'tit! On a un problème, j'ai eu la visite des gendarmes. --- Et qu'est-ce qu'ils veulent? Demande Jean. --- Ils te cherchent, un acheteur a porté plainte pour "escroquerie" et ils disent qu'ils sont sur ta trace depuis deux mois. Ils disent aussi que tu risques plusieurs années de prison et une forte amende. Ils vont revenir te chercher demain, ils ont dit. Il faut que tu te sauves au plus vite, sinon, tu vas te retrouver en tôle. --- Ca alors! Comment ils ont pu savoir ?Je vais filer, mais je ne partirais pas sans la moitié des bijoux. --- Bien sûr P'tit, t'auras la moitié, comme convenu, on va même aller à la banque tout de suite et on fera le partage. La vieille et Jean se rendent à la banque et retirent le coffret à bijoux, ainsi que les factures correspondantes. --- Moi, je vais faire le partage en me servant des factures, dit la vieille, comme ça on aura chacun la même somme. --- OK, dit Jean, pendant ce temps, moi je prends quelques bagage et dans un quart d'heure… Chao! Je ne vais pas attendre les poulets! --- C'est mon avis aussi, dit la vieille, ils avaient l'air drôlement intéressés. Jean bourre à la hâte un sac de voyage, traverse la petite cour pour la dernière fois et rentre chez la vieille. Sur la petite table encombrée, elle a fait deux tas. --- Tu choisis, tu prends le tas que tu veux, ils ont exactement la même valeur, j'ai regardé les factures. Jean regarde les deux tas. Apparemment tout est là, mais avec la vieille faut se méfier. --- Je prends celui-ci! Dit jean. La vieille va chercher une grande enveloppe et met les bijoux dedans --- T'as des sous pour le voyage? Demande la vieille. Tu vas aller où au fait? --- Je n'en sais rien, dit Jean, vous avez une idée? --- En tout cas, faut pas rester en Europe, le plus sûr c'est le Brésil, là-bas tu risques rien, tu vends tes bijoux et t'es peinard. Le plus urgent, c'est de quitter la France au plus vite, avant que les poulets ne donnent ton signalement aux frontières. Faut qu't'ailles en Belgique, de là tu prends l'avion pour Rio, crois-moi, c'est le mieux. --- J’te demande si t'as des sous? Répète la vieille. --- J'ai mille euros, dit Jean. --- T'as pas assez! Tiens prend ça, dit la vieille, ça te fera deux milles, comme ça, t'en auras assez pour l'avion. Jean en a le souffle coupé! Jamais la vieille ne s'est montrée aussi généreuse. "Je l'ai peut-être mal jugée, se dit-il, elle me laisse le choix des bijoux, puis elle me donne de l'argent! A l'avenir, j'éviterai de porter un jugement hâtif sur les gens, c'est dans les situations difficiles que l'on se rend compte de leur valeur. Rio est en vue, l'airbus commence les manœuvres d'atterrissage, le ciel est dégagé et le pain de sucre se découpe sur les hauts immeubles de la mégalopole. Jean arrive au terme de son voyage, pendant le vol, il n'a pas arrêté de ruminer. " Eh si les douanes découvrent les bijoux " ?se dit-il. Puis il pense à la vieille : " une arnaqueuse certes, mais au grand cœur. Me faire cadeau de mille euro, comme ça"! Mais c'est surtout l'avenir qui préoccupe Jean. Il a fait son planning: "En premier, je vends les bijoux. Pas au premier venu, non je fais plusieurs bijouteries. Ensuite, je loue un appart assez grand pour me faire un atelier. Je me mets à peindre sérieusement, je me fais connaître, j'expose! Whoua! Une nouvelle vie" ! Il y a bien longtemps que Jean n'a pas connu un tel enthousiasme. "La roue tourne pour moi, se dit-il, et du bon côté! Fini les galères de fin de mois!" Jean a pris une chambre dans un hôtel de la périphérie, pas question de dilapider. Le lendemain matin, après une mauvaise nuit de sommeil, il se rend dans le centre de Rio et arpente la rue où sont présentes les plus grandes bijouteries de la ville. Pas facile quand on vient ici pour la première fois, il y a du monde partout et ça vous tourne la tête. Une grande bijouterie lui inspire confiance et après quelques hésitations, il se dirige vers la grande porte dorée. Une hôtesse au corps de rêve l'aborde en anglais. --- Vous parlez français? Demande Jean qui n'a aucune envie de faire de la gymnastique linguistique matinale. La jeune femme appelle une collègue. --- Bonjour Monsieur, bienvenue dans notre établissement, que puis-je faire pour vous? --- J'ai un lot de bijoux de grande valeur à vendre, dit Jean, je peux vous les montrer? --- Mais bien sûr, dit la jeune femme suivez-moi. Jean suit l'employée jusque dans les sous-sols du magasin. Sur la droite, une vingtaine de personnes travaille, la tête baissée sur un ouvrage qui semble minuscule. A gauche, un bureau tout en verre où un homme rondouillard classe du courrier. L'hôtesse frappe, l'homme fait signe d'entrer. La jeune femme donne quelques explications en portugais et l'homme tend la main. --- Vous voulez bien montrer ... Jean plonge sa main dans sa sacoche, sort la grosse enveloppe grise et la pose sur le bureau. --- Voilà, dit-il. L'homme ouvre l'enveloppe, étale précautionneusement les bijoux sur son bureau, pose un collier dans sa main et le soupèse. Il le repose et fait de même avec une grosse bague. Il reste pensif, ne dit rien, rassemble la totalité des bijoux et les remet dans l'enveloppe. Puis, il se lève de son fauteuil, quitte son bureau et dépose l'enveloppe sur l'établi d'un ouvrier. Celui-ci ajuste son microscope et examine chacune des pièces, quelques secondes, pas plus. Arrivé à la dernière, l'ouvrier prononce quelques mots en portugais et remet les bijoux dans l'enveloppe. Jean est inquiet, l’air interrogatif il se tourne vers l'hôtesse. --- Désolée...Monsieur mais vos bijoux n'ont aucune valeur. L'homme rend l'enveloppe à Jean qui la fourre dans sa sacoche. --- C'est la vieille! Cette saleté m'a roulé! Dit-il à voix haute. --- Vous dites, Monsieur? Demande l'hôtesse. --- Non rien! Je me suis fait avoir, comment j'ai pu... Je comprends maintenant pourquoi elle m'a donné mille euros, pour que je quitte la France! Cette vieille garce m'a fait choisir entre deux tas de faux bijoux! Et son manège en ville l’après-midi ? Quel C.O.N. je fais ! Me voilà bien maintenant... --- Vous désirez autre chose, Monsieur? Demande l'hôtesse. --- Oui, je veux qu'on me foute la paix! BOKAY
Mes écrits et dessins : http://bokay.over-blog.org/
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