BIENVENUE











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Le Joueur J’avais une femme et des enfants Je prospérais dans les affaires. Tous les ans vacances à Tétouan Et les Noëls aux sports d’hivers. Mais ma passion c’était le jeu Toujours plus fort était la mise. Dans les bas-fonds je descendais Les grosses dettes s’accumulaient. Je délaissais travail, maison Tout au profit de ma passion. Mais le jeu c’était ma raison C’était mon Dieu, c’était ma loi. Un jour ma femme à bout de nerf Se retrouvant dans la misère Avec enfants et sans le sou Me laissa là, moi pauvre fou Oui ma passion c’était le jeu Pour elle j’ai menti et volé. Car le jeu ronge les joueurs Comme une vermine et en douceur Me suivez pas dans ma galère Son port d’attache est en enfer. BOKAY
photo BOKAY
L’Automne
Depuis longtemps on a rangé
Sandales, shorts et tenue d’été.
Voici l’automne qui s’installe
Les feuilles d’or tombent en rafale.
Le vent balaye et déshabille
Les arbres roux et les brindilles.
De gros nuages ardoise et gris
Roulent sur les toits avec mépris.
Je sens rôder sur mon poème
Comme une odeur de chrysanthèmes.
Les cimetières sont décorés
Les croix les stèles sont astiquées.
Et dans ma chambre sous les toits
Je crie ton nom je pense à toi.
De ton corps chaud et romantique
Mon cœur aussi est nostalgique.
Je rêve encore à notre été
A ton corps nu et parfumé.
Te souviens-tu de nos balades
Il faisait chaud sous les arcades.
Là sur un banc tout isolé,
Des amoureux se sont posé.
En les voyant je pense à nous
A notre amour nos rêves fous.
Le vent me glace il pleut des feuilles
C’est le décor d’un jour de deuil.
Mes baskets glissent et je trébuche
Je monte mon col sors ma capuche.
Je rentre triste à la maison
Le cœur rongé par cette passion
Je n’ai pas l’âme à travailler
Je n’ai envie que de t’aimer.
Le photographe et le mannequin
Avec art et maîtrise
Il multiplie les prises.
Il t’installe et te shoot
Pour enrichir ton book
Il dompte et capture
Ton corps à l’état pure
Il connaît le dessin
De tes hanches de tes seins
Il adoucit les ombres
Qui courent sur ta main
Il capte la lumière
Qui glisse sur tes reins
Une pose romantique
Un flash Un déclic
Te voici capturée
Prisonnière comblée
Puis, une courte pause
et tu reprends la pose
Tu te prends pour Claudia
Estelle, Adriana.
Déjà tu imagines
Couvertures magazines
Plateaux, ciné, télé
C’est ton droit de rêver…
Bouche à Bush
Il était une fois Au pays des libertés Un cynique illuminé Qui, la bouteille déposée Entreprit de gouverner. Se fit élire président Pour combattre les méchants. Aidé par un attentat Toute sa force déploya. Puis combat un concurrent Le pire tyran du moment, Envoya toute son armée Délivrer les opprimés. Mais le triste illuminé Se montra aussi tyran Que le dictateur présent. Et c’est tout tâché du sang De milliers de combattants Qu’il repartit pour Quatre ans. Mais comment peut-il se faire Que son peuple puisse se taire ? Sont-ils tous devenus fous Au pays des libertés ? Quand je pense au précédant Qu’on livra nu à Satan Pour un moment d’égarement une faiblesse un accident Je m’dis qu’il faut l’r’animer Et lui faire du bouche à Bush Pour l’ram’ner à la raison Et ses Boys à la maison Rien n’y fait, je perds mon temps La raison est autrement Il paraît qu’c’est un complot Car là-bas l’or coule à flot.
Planète 3000
Avec un arbre qui se meurt Avec un enfant qui a peur Avec les loups et les moutons Et les méchants et les tontons Avec les hommes et leurs caresses Les politiques et leurs promesses Avec les riches et leurs cagnottes Qu’ils cachent de peur qu’on leur grignote. Avec la terre qui se dérobe Avec les fleuves qui débordent Avec le vent qui vous envole Les toits les tôles et les bagnoles Avec la terre qui engloutit Vallées forêts et paradis. Mais nos enfants demandent des comptes On s’cache on pleure et on a honte Pour les regrets il est trop tard On a mangé même leur part
Adieu amour
J’ai pris deux billets pour ce soir
On joue ma vie en blanc et noir
Au cinéma de mon quartier
Où j’ai appris à t’embrasser
Fini les plans et les projets
Les ratures et les premiers jets
Engonce-toi dans ton fauteuil
Ce sera comme un jour de deuil.
Au début tu n’étais pas là,
De pellicule en petits pas
Nos deux chemins vont se croiser
Nos jeunes cœurs s’entrelacer.
Dessus les toits, la lune est rose
Et toi tu jettes tes premières proses
Sur une feuille griffonnée
Que j’ai plaisir à déchiffrer.
Sortant des cours il faisait noir
Les néons jouaient dans le soir.
Et mon regard sur ton visage
Comme une photo de première page.
Entre nous t’as mis un espace
Mais je m’efface, lui laisse la place
Vivre sans toi est-ce possible ?
Adieu amour je veux mourir
BOKAY
La Tapineuse Elle marche dans la rue Son p’tit sac à la main Sourit aux inconnus Leur montre le chemin Etoile sous la pluie. Elle travaille la nuit Jusqu’au petit matin Promet le paradis Dans son corps en satin Etoile dans la nuit. Elle n’a pas d’instruction Diplôme ou référence Seule la prostitution Assure son existence Etoile un peu ternie. Ses joies, sa revanche, C’est son petit gamin Qu’a même pas la peau blanche Comme disent les gens biens Etoile pour demain. Mais un jour ça pétera Elle prendra son gamin Partira pour les States Retrouver son frangin Il est dans les affaires Car il lui a écrit. Elle est partie là-bas Le gamin à son bras Pour vivre en attendant refit quelques passages. Mais vite le trottoir Au début provisoire Transforma en cauchemar Le rêve dérisoire Amérique ou Paris Quelle est la différence ?
le temps suspendu
Quand le soleil fière éclabousse,
Ton joli corps et ta frimousse.
Quand le jardin est inondé
Par les parfums d’un bel été.
Quand les enfants jouent sur la plage,
Ballons, râteaux et coquillages.
Quand une pluie fine tache de rosée,
Toiles d’araignées, reines des prés.
Quand le matin mes mains caressent,
Ton corps, tes seins avec adresse.
Quand la mort même, est condamnée,
C’est que le temps s’est arrêté.
L’INCONNUE DU TRAIN
Cyril laissa tomber à terre le mégot qui pendait à l’extrémité de ses lèvres, le recouvrit de la pointe de sa chaussure et le réduisit en miette. Puis, il leva la tête vers le quai et scruta de chaque côté. Les derniers passagers atteignaient la sortie, tous légèrement vêtus à cause de la chaleur torride. Je ne la vois pas, se dit Cyril ? C’est étrange, Elle devrait être là ! Doucement, le train se remit en mouvement et le quai se vida. Des yeux, Cyril refit le tour de la gare, s’attardant à chaque endroit pouvant la dissimuler, mais en vain, elle n’était pas là ! Il arpenta la gare en tous sens, jeta un œil au dehors puis regarda une dernière fois sur le Quai. Claire ne viendra pas ! Comment aurait-il pu la manquer dans cette petite gare de province ? Vidé et las, le regard absent, il se laissa tomber lourdement sur un banc. Pour quelle raison ne m’a-t-elle pas prévenu, se demande Cyril ? Il sortit son portable de sa poche et se prépara à composer le numéro de Claire lorsqu’une jeune fille s’approcha de lui et l’interpella.
--- Pardon ! Dit-elle vous êtes Cyril ? --- Oui, c’est moi ! --- j’ai un message à vous transmettre de la part de ‘Claire’, nous avons voyagé dans le même compartiment depuis Paris. Nous avons rapidement sympathisé, elle m’a fait votre description et m’a chargée de vous dire qu’elle ne viendrait pas et qu’il était inutile de l’appeler, que c’était fini. Elle ne m’a donné aucune autre explication. Arrivé à Lyon, elle m’a dit : moi, je descends là, au revoir. Voilà, je vous ai tout dit. Cyril reçut une douche cinglante, glacée et inattendue ! Collé à ce banc de bois, incapable de se relever, le visage de Claire lui apparut, il imagina son sourire, sa façon de remettre ses cheveux à l’arrière, sa démarche. Non, ce n’est pas possible ! Nous nous aimons trop! Pratiquement jamais une dispute ! Je ne comprends rien et j’exige une explication, dit-il à haute voix. --- C’est inutile, dit la jeune fille elle m’a bien précisé : c’est inutile qu’il m’appelle, c’est fini ! --- Elle a rencontrée quelqu’un ? C’est ça ? Oui c’est ça et elle vous l’a dit, vous savez ! --- Je ne sais rien dit la jeune fille, pendant tout le trajet, nous avons parlé uniquement de cinéma, Claire était comme moi, elle adorait le cinéma. Enfin, je veux dire qu’elle est cinéphile. Cyril écoutait mais ne comprenait rien, ‘ Claire était comme moi’ ? Pourquoi parle-t-elle au passé ? Décidément, tout s’embrouille ! --- Vous avez l’air désemparé, dit la jeune fille, venez je vous offre un verre, nous allons parler un peu, faut vous changer les idées… Enfin, si vous voulez. --- Oui, dit Cyril, cela ne peut pas me faire de mal, mais je ne veux pas abuser de votre gentillesse. --- A propos, je m’appelle Laura, dit la jeune fille. Cyril et Laura s’installèrent à l’intérieur d’un petit café, il y faisait moins chaud. Lui commanda une Chimay, elle un Perrier. --- Elle est bien fraîche, dit-il pour briser le silence. Puis, laissant passer quelques secondes il enchaîne : vous comprenez ça ! Vous ? --- On peut se dire ’’tu’’, nous avons à peu près le même âge, dit Laura, non, je ne comprends pas, peut-être que ses sentiments pour vous ne sont pas sincères ? --- Mais on s’adore! Cyril laissait parler Laura, elle lui racontait sa première année de fac, ses vacances en Croatie l’année dernière, ses cours de théâtre. Il lui fit remarquer que Claire aussi faisait du théâtre. N’y tenant plus, Cyril sortit son portable, je dois l’appeler, dit-il, il le faut ! La sonnerie retentit plusieurs fois, le silence qui suivit devint de plus en plus pénible, jusqu’à devenir insupportable. Répond ! Mais répond enfin ! Dit-il à haute voix dans le café. Quelques clients se retournent vers lui. Cyril renouvela son appel. En vain ! --- Je vais rentrer, dit Cyril. J’ai ma voiture, tu veux que je te dépose quelque part ? --- Si ça ne te dérange pas, tu peux me laisser à mon hôtel, j’envisage de rester ici une semaine. Ils échangèrent leurs numéros de portable et se séparèrent. Cyril ne rentra pas directement à la villa, il quitta la ville, s’engagea dans un petit chemin, trouva une place à l’ombre et s’arrêta. Il posa ses deux bras sur le volant, recula le siège et laissa tomber lourdement sa tête. Je dois faire le point, se dit-il. Claire ne veut plus me voir et refuse même de me parler ! C’est insensé ! Et il imagina divers scenari tous plus improbables les uns que les autres. Il était près de vingt heures quand Cyril rentra à la villa. Ses parents, assis dans le canapé en rotin, semblaient attendre, ou plutôt l’attendre. L’expression de leur visage était tendue et figée. Un événement malheureux c’était produit, il pensa de suite à son grand-père, malade en phase terminale, Cyril l’aimait beaucoup. --- C’est grand-père ? Dit Cyril, c’est fini ? --- Non ! Dit la maman de Cyril, il est arrivé quelque chose à Claire. --- A claire ? --- Oui mon garçon, sa mère nous a averti que Claire se trouvait à l’hôpital après une tentative de suicide. Elle a tenté de se suicider en se jetant hors du train. Elle a plusieurs fractures. --- Claire se suicider ? Mais enfin maman, c’est pas sérieux ! Tu la connais, toujours gaie, une plaisanterie en réserve ! --- Justement mon garçon, nous disions avec ton père que les personnes que l’on voit toujours gaies, sont souvent de grands dépressifs ! Cyril n’y croyait pas, c’était un garçon de caractère. Un caractère que des circonstances particulières avaient formées et développées. Il s’était forgé une force mentale qui prenait racines dans sa maladie. Pendant plus d’une année, il luta contre une mort quasi programmée. Il en réchappa à force de volonté, s’accrochant à la vie comme l’alpiniste à sa corde. C’est ainsi qu’il apprit à connaître les limites de ses ressources tant mentales que physiques. Cyril se savait rescapé, les extraordinaires progrès de la médecine l’avaient sauvés et c’est pour cette raison qu’après son bac, il décida de faire médecine. Il était à présent en cinquième année, ce qui donnait une certaine crédibilité à son jugement, du moins le pense-t-il, car il ne partageait pas du tout l’opinion de ses parents. Claire, dépressive ? Allons donc ! Quelle idée, se dit Cyril. --- On l’a retrouvé sur le bord de la voie ferrée, une centaine de kilomètre avant Lyon, dit sa mère. Cyril se remémora les paroles de Laura : Elle est descendue à Lyon ! Si Laura n’a pas menti, Claire n’a pas pu sauter du train cent kilomètres avant Lyon ! Cyril se pose aussi des questions à propos d’un autre détail, Laura avait dit : " elle adorait le cinéma. " Cela lui parut étrange qu’elle parle de Claire au passé. Je dois revoir Laura se dit Cyril, son témoignage est important pour moi. Il l’appela sur son portable et lui dit que Claire avait voulu se suicider en se jetant du train et qu’elle avait quelques fractures. Laura avait répondu qu’elle l’attendait dans le hall de l’hôtel. Cyril gara sa voiture presque devant l’hôtel et pénétra à l’intérieur comme convenu. Laura n’y étant pas, il demanda au réceptionniste, celui-ci lui répondit que la jeune fille était partie précipitamment sans donner de raison. Cyril trouva ce comportement étrange. Partir ? Mais pourquoi et pour aller ou ? Et si elle avait décidé de repartir, de reprendre le train ? Cyril se rendit à la gare le plus vite qu’il put. Laura était là, assise sur le banc où ils étaient cet après-midi, à la même place. Voyant Cyril, elle sursauta, son visage trahit l’étonnement. Pendant une fraction de seconde, Cyril crut qu’elle allait partir en courant tant son étonnamment était grand, mais non, elle ne bougea pas du banc. --- Pourquoi es-tu partie comme ça, tu devais m’attendre dans le hall de l’hôtel ? Dit Cyril. Laura ouvrit son sac à main, en sortit une lettre et la donna à Cyril. --- Toutes les réponses à tes questions sont dans cette lettre, dit Laura. Je te demande une seule chose c’est de l’ouvrir après mon départ. Elle prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer, puis à sangloter. De plus en plus fort. --- Pardonne-moi, pardonne-moi… Laura leva une dernière fois ses yeux mouillés vers Cyril, se dirigea vers le quai, emprunta le passage souterrain et disparut. Le train entrait en gare quand elle arriva sur le quai et Cyril ne pouvait la voir, il ne la reverrait plus jamais. Mon cher Cyril, Mon grand AMOUR, Je viens de rentrer à l’hôtel et dans cette lettre je vais te dire ce que je n’ose t’avouer. Je connais Claire depuis deux ans, nous faisons du théâtre ensemble et nous ne nous aimons pas. La première fois que tu es venu la chercher, tu ne m’as pas remarquée, j’étais habillée en paysanne pour les besoins de la pièce. Mais moi, je t’ai vu et dans la seconde même, j’ai ressenti comme un violent courant dans tout mon être, j’étais paralysée. Tu avais le visage de l’homme dont j’étais amoureuse dans mes rêves, je t’ai reconnu immédiatement. Depuis ce jour, je passe mes jours et mes nuits à ne penser qu’à toi. Chaque soir, quand tu venais chercher Claire, je t’attendais, je n’étais là que pour toi. Je te voulais à tout prix ! C’est alors que j’ai imaginé de voyager avec Claire, de la jeter hors du train et d’entrer en contacte avec toi pour que tu comprennes que c’est moi qui t’aime, que nous sommes faits l’un pour l’autre. Mais si tu lis cette lettre, c’est que mon plan a échoué, que Laura n’est pas morte et je vais donc mettre en place mon plan de substitution : mon propre suicide ! C’est moi qui vais sauter du train lorsqu’il sera en pleine vitesse. Tu dois me comprendre, je ne peux envisager de vivre sans toi. Pardonne-moi, toi mon unique et seul grand amour, si je t’ai fait du mal, mais personne ne t’aimeras jamais comme je t’ai aimé. Ta Laura qui t’a aimé comme personne d’autre ne t’aimera. Laura BOKAY
La rivière rouge
Enfant, je passais mes vacances près d’une immense forêt qui s’étendait par delà la Belgique, cette région s’appelle ’’Les Ardennes’’. Nous formions une petite bande de cinq copains dont l’un nommé Lucas, était simple d’esprit. Nous profitions de ses faibles facultés pour nous livrer à des jeux à caractère douteux. C’est ainsi que l’un d’entre nous inventa le jeu du ’’mort’’. Il subtilisa le fusil de chasse de son père ainsi qu’une vingtaine de cartouches dont il enleva délicatement les plombs. Il expliqua à Lucas qu’il n’y avait aucun risque et que l’on pouvait jouer à la guerre sans danger avec la sensation de tirer de vraies balles. Nous prîmes le fusil chacun à notre tour. Le dernier à tirer était Lucas et nous lui avions réservé une surprise. Je devais simuler le mort, tomber en faisant semblant d’agoniser et laisser du sang couler de ma bouche qui en fait n’était autre que du jus de betterave rouge. Les autres devaient se précipiter sur moi et constater qu’effectivement, une vraie balle m’avait mortellement touché. Nous fûmes tellement persuasifs que Lucas, croyant m’avoir tué partit se cacher dans la forêt pour échapper disait-il, aux gendarmes et à la prison. Mais Lucas ne revenait pas et nous l’avons recherché jusqu’à la nuit sans succès. Les jours suivant la gendarmerie, avertie des conséquences de notre mauvaise plaisanterie entreprit des recherches qui ne donnèrent aucun résultat. Lucas avait complètement disparu.
L’année suivante, revenant en vacances au même endroit, je demandais des nouvelles de Lucas. On me répondit qu’on ne l’avait jamais revu. Certains prétendaient qu’il était mort, d’autres disaient qu’il s’était installé de l’autre côté de la frontière en Belgique. Mais cette année-là, j’avais trouvé une nouvelle occupation : j’allais à la rivière pour attraper des truites à la main. Je plongeais ma main le plus loin possible sous les grosses pierres puis immobilisais et saisissais l’imprudente qui s’y réfugiait.
Un jour qu’il faisait lourd et orageux, je remontais la rivière en amont, toujours plus loin ! Jamais je ne m’étais aventuré aussi profondément dans cette forêt, jamais je n’avais vu ces énormes rochers qui se positionnent de chaque côté de la rivière. J’avais déjà attrapé quatre truites et je continuais à visiter méticuleusement chaque pierre quand je sentis quelques grosses gouttes d’eau sur ma main suivis d’un violent coup de tonnerre. Je me suis relevé et en quelques secondes l’eau se mit à tomber en trombe dans un vacarme infernal ! Je me suis précipité vers le premier abri, un rocher qui semblait s’enfoncer comme une grotte. Mes yeux s’étant habitués à la demie obscurité, j’avançais vers le fond car une tache bleue attirait mon attention. C’était une grosse veste d’hiver mais il y avait aussi d’autres vêtements, des chaussures, des gants et bien d’autres choses. Brusquement, mes yeux se posèrent sur un T-shirt jaune et rouge. Je le reconnus immédiatement, c’était celui que portait Lucas l’année dernière quand il a disparu. Continuant ma prospection, je découvris une sorte de matelas fait de feuilles de fougères et de bruyère. J’étais de plus en plus persuadé que j’avais découvert la cachette de Lucas.
La pluie tombait avec moins d’intensité, je me tenais légèrement à l’intérieur de la grotte, invisible de l’extérieur lorsque j’entendis des craquements de brindilles et de feuilles. Je m’avançai hors de la grotte pour voir ce qui se passait quand tout à coup, je vis en face de moi Lucas, il portait de vêtements en haillon, une longue chevelure sale et noueuse, une barbe clairsemée et tenait un fusil à la main. Dès qu’il m’aperçut, son corps se raidi et il se mit à crier :
--- Au secours, au secours ! Au fantôme
--- Mais non dis-je, ne crains rien Lucas, c’est moi ton copain !
--- Non ! C’est pas toi, je t’ai tué, c’est ton fantôme ! Au secours !
Lucas partit à toute jambe en suivant la rivière qui à cette saison laissait une bande de sable de chaque côté.
--- Attends Lucas ! Ne part pas, je vais t’expliquer… !
Mais Lucas courait de plus belle et me refusant de le laisser ainsi dans sa folie, je me suis mis à courir derrière lui. La poursuite semblait interminable, il était habitué à courir dans de telles conditions et je peinais à garder la distance. Soudain, une petite colline rocheuse se dressa devant moi ! La rivière s’arrêtait net, où plutôt, elle sortait de cette sorte de caverne d’environ un mètre de hauteur. Lucas s’y était introduit, je l’avais vu se baisser puis disparaître. Je me suis mis au bord et j’ai crié :
--- Lucas ! Lucas, reviens, c’est moi ton copain !
Mais Lucas ne donnait aucune réponse. J’ai recommencé à crier mais sans succès, Lucas ne voulait pas répondre. Il s’obstinait à ne pas répondre. Je pris le parti d’attendre et je me suis assis sur un rocher……
Un coup de fusil raisonna de l’intérieur, j’ai crier :
--- Lucas ! Lucas ! Lucas !
Lucas ne répondit pas, il ne répondra plus jamais, la rivière se colora, la pluie se remit à tomber, le tonnerre à gronder. La rivière devint rouge vif, son débit augmenta, doubla, tripla puis ce fut un déferlement se rempli d’un immense flot rouge sang que venait fouetter une pluie d’une extraordinaire d’intensité. Une multitude d’éclaires jaunes et bleues déchirait la forêt, le ciel s’obscurcit jusqu’à devenir pareil à la nuit. Puis, peu à peu les forces se calmèrent, la rivière reprit son cours et sa couleur normale, le ciel retrouva ses nuages d’orages, la pluie cessa de tomber et je retrouvai ma lucidité.
BOKAY
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