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Double vieN° 9 (la piscine) Une semaine s'est écoulée depuis la décès de Serine. Le plus dûr a été la cérémonie funèbre. Il y avait peu de monde, Max, son mari, n'a pas eu l'autorisation d'assister à l'enterrement. l'assassina de Sérine m'a fuchu un coup terrible! Comme si on m'avait arraché une partie de moi-même! Heureusement, Myriam est là! Elle me soutient du mieux qu'elle peut, et surtout, elle me secoue. J'ai ce terrible penchant à me laisser aller lorsque les choses vont mal et de me complaire dans ma peine. Mais avec Myriam, pas question! Son dynamisne remue et secoue tout ce qui gravit autour d'elle.
C'est pas mon habitude de faire des cadeaux, mais pour remercier Myriam, je lui achette un petit truc: un T-shirt que j'ai repairé rue de Rivoli. Le soir, je rentre à mon appart, mon petit cadeau sous le bras. Myriam est là, elle m'ouvre la porte et sans même prêter attention au paquet paquet que je tiens, elle me saute au cou. --- Tu peux pas savoir comme je suis heureuse! Dit-elle. C'est formidable! Moi, je reste perplexe! Elle n'a donc jamais reçu de cadeau? et elle continue: --- Oui, c'est formidable! j'ai une nouvelle extraordinaire, hypersuper à t'annoncer! --- Eh ben! Dis... Si c'est si bien que ça! --- Ma mère a viré ce fénéant, ce salop de Loïc! C'est pas une bonne nouvelle? --- Si, si! Dis-je, c'est une bonne nouvelle, mais je ne me sens pas vraiment concerné, ce Loïc, moi je ne le connaissais pas. --- Puisque je te dis que c'est une ordure! Ce salop, il voulait me sauter, mais plutôt crever que de coucher avec l'ami de ma mère! Et en plus, c'était un fénéant de la pire espèce... C'est pour moi? --- Oui, j'ai trouvé cette petite chose, regarde, si ça te plaît pas, j'irai le changer... --- Whoua! C'est super! T'as bon goût! Je vais le passer. C'est vrai que ça lui va bien, elle est ravissante! Ce n'est qu'une petite chose, mais visiblement, ça lui fait plaisir! --- Demain, moi aussi, je te fais une surprise, dit Myriam. --- Ah, et c'est quoi? dis-je. --- Idiot! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise! juste une précision, faut pas te lever tard. Bien que ce soit dimanche, je me lève assez tôt, surprise oblige. Myriam vient me retrouver dans la cuisine et nous déjeunons ensemble. --- Maintenant que Loïc est parti de chez vous, qu'est-ce que tu vas décider? Tu retournes vivre avec ta mère ou tu... --- Eh! T'en as marre de moi, toi aussi tu veux me virer? --- Non Myriam, je ne dis pas ça pour que tu partes, c'est tout le contraire, c'est parce que j'ai peur que tu partes. j'ai pas envie de me retrouver tout seul chaque soir. --- T'as qu'à te trouver une femme... Oh excuse-moi, ça m'a échappé, j'avais déjà oublié. --- C'est pas grave... Et ta surprise! --- Ce matin, je vais à la piscine, dit Myriam et tu viens avec moi. Tu m'as bien dit que tu adorais nager? --- Oui, c'est possible, en tout cas j'aime la piscine mais en ce moment, j'ai pas trop le goût. --- Justement, dit Myriam, ça va te changer les idées. Pour faire plaisir à Myriam, je l'accompagne à la piscine. Nous arrivons les premiers, le bassin pour nous deux. --- Aller! Vient! On va voir si t'es en forme, dit-elle. --- Ca m'étonnerais que tu me battes, dis-je. Tiens! Si tu arrive avant moi, je te paie la pizzeria à midi! OK? Je me donne à fond mais le manque d'exercice se fait sentir et je vois Myriam qui me prend un mètre, puis deux! Je suis un peu déçu, mais malgré la cuissante défaite, j'ai l'impression d'avoir rajeuni de quinze ans. --- Alors t'es rouillé? faut venir plus souvent! Dit Myriam.
Nous sortons de l'eau, je me dirige vers le plongeoire et Myriam me suit. --- Bouge pas, fait voir! dit-elle. T'as une tache marron sur la hanche! exactement comme moi et au même endroit! --- Certainement que ta mère en a une aussi, dis-je. --- Non, elle n'en a pas! --- Alors, c'est ton père, en général, ces trucs c'est héréditaires, et on est pas les seuls, il y a une quantité de gens qui ont des taches sur la peau. --- Mon père, je le connais pas! Comment veux-tu que je sache? Elle m'a juste dit, une fois qu'elle était en colère:" pas étonnant que tu sois aussi têtu, t'as été fabriquée en Bretagne! C'est tout ce que je sais. Avec ça? Comme promis, j'emmène Myriam à la pizzéria. Moi, j'ai pas trop envie, mais chose promise....Depuis hier, c'est à dire depuis qu'elle sait que sa mère à viré Loïc, je la sens plus heureuse. Pendant le repas, Elle me parle surtout de sa mère. Elle lui trouve beaucoup de qualités. --- Je sais que c'est pour moi qu'elle travaille la nuit, à cause du salaire. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais rencontré un type bien! Elle a dû être vachement jolie quand elle étais jeune! Et même maintenant, il y en a des hommes qui lui tourne autour! Quand je lui pose la question, elle me répond immanquablement:" le seul homme que j'ai aimé, c'est ton père". Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existance. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine. --- Je crève de faim, dit-elle, je me fais une omelette aux herbes, t'en veux une aussi? --- C'est pas de refus, moi aussi j'ai un petit creux. Tu m'as pas repondu, ta mère veut pas que tu rentres à la maison? --- Mais si elle veut bien! Elle m'a dit:" tu fais comme tu veux, du moment que tu ne fais pas de conneries et que tu travailles". En fait, je crois qu'elle culpabilise, la liberté qu'elle m'a laissée l'arrangeait, ça lui permettait de passer plus de temps avec Loïc. Maintenant, avec le recul elle craint que je lui jette à la figure comme un reproche. Enfin, c'est ce que je crois! Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais. --- Tu veux en faire un palasse de mon appart! T'a invité Chirac à Manger? --- Non, dit-elle, pas Chirac, mais on a de la visite. --- Et je peux savoir qui? --- Oui, si tu me promets de ne pas me crier? Dit-elle. --- Un ami? --- Non, j'ai invité ma mère à manger... Ce soir. Ca ne me dérange pas qu'elle invite sa mère, depuis le temps qu'elle me parle d'elle! Mais aujourd'hui, ça ne m'arrange pas, après cette journée mouvementée, j'ai envie d'être tranquille. Comme pour se faire pardonner, elle me dit de m'asseoir et me prépare un punch. Bien calé dans mon fauteuil, j'examine mon nouveau portable quand la sonnette de la porte retentit. --- C'est ma mère, dit Myriam, bouge pas je vais ouvrir. Fin du 9° épisode. Double vie N° 10 FIN Myriam ouvre la porte. Par politesse et respect pour sa mère, je me lève de mon fauteuil. ---Bonjour M'man! Dit Myriam en sautant au cou de sa mère, je te présente Alex.
Je regarde la maman de Myriam, une jolie femme, taille moyenne et cheveux châtain. Mais les traits de son visage et son regard m'interpellent. Elle aussi, me regarde avec une certaine insistance, j'en suis presque gêné...
--- Excusez-moi, dit-elle j'ai l'impression de vous avoir déjà...Alex! Alex! Non, pas possible!
--- Lise? Tu es la mère de Myriam? Ca fait dix ou... non, plus, au moins douze ans qu'on s'est perdu de vu?
--- Non, plus, bientôt dix-sept! Le temps passe si vite! C'est donc chez toi qu'habite Myriam!
--- Oui, je lui prête le petit appart, à côté... Mais, assieds-toi. Quelle surprise!! Se retrouver après toutes ces années! Tu te souviens?
--- Oh Oui, je me souviens, comment pourrais-je oublier?
La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.
La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.
--- Tu vis donc seule à présent? Dis-je
--- Oui, dit-elle, je me suis séparé de mon ami "Loïc" et Myriam préfère rester chez toi pour l'instant... C'est ce qu'elle m'a dit.
--- T'as bien fait de le virer ce fainéant, dit Myriam!
--- En tout cas, félicitations, tu as une jolie fille, dis-je. Elle t'a raconté notre rencontre au commissariat?
--- Oui, je sais tout, Myriam me dit tout.
Le portable de Myriam sonne.
Le portable de Myriam sonne.--- excusez-moi, dit-elle, c'est un copain.
Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.
Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.--- Seize ans qu'on s'est quitté! Tu ne veux pas dire que Myriam...
--- Si !Et oui, Alex! Myriam est ta fille, ça ne fait aucun doute.
Cette révélation me fait l'effet d'un coup de massue sur la tête! Je me sens chavirer, abattu, anéanti et reste sans voix. Je ne sais même pas si je suis heureux ou en colère? En tout cas, je suis furieux que Lise me l'ait caché. Comment va-t-elle justifier son comportement? Mais Lise ne dit rien, elle semble éviter mon regard, je la sens gênée. Elle sait qu'elle va devoir affronter mes questions.
--- Et pourquoi ne m' as-tu rien dit?
--- Je pensais que c’était mieux. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais j'étais jeune. Je me rends compte que j'ai commis une erreur, mais que puis-je faire à présent? Ressasser le passé ne sert à rien.
--- Et Myriam, que lui as-tu dit de son père?
--- Rien. L'idée qu'elle se fait de son père est un assemblage de souvenirs que j'ai gardé de toi, mais rien de précis. Je me demande comment elle va le prendre quand elle apprendra la vérité? J'appréhende sa réaction.
--- Moi aussi je l'appréhende, dis-je, les choses auraient étés si simples si tu m'en avais parlé, on l'aurait élevé ensemble... Quel gâchis!
--- Justement, dit-elle, si j'ai agi de la sorte, c'est pour ne pas gâcher ta vie. Je me sentais responsable de ce cette grossesse et je voulais en assumer seule les conséquences.
--- Nous sommes responsables tous les deux, dis-je, moi autant que toi
Myriam revient dans le salon et nous mettons un terme à notre discussion.
--- Oh! Vous discutez bien tous les deux!, Dit Myriam... Vous vous connaissez depuis longtemps?
--- Oui, dit Lise nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons passé des vacances ensemble, en Bretagne.
--- Décidément, la Bretagne ça te réussit! Dit Myriam. C'est pas là que tu avais rencontré mon père... Tu sais m'man, j'ai eu de la chance de rencontrer Alex, quelquefois on s’engueule, mais je crois que sans lui, je m’ennuierais ou alors, je ferais des bêtises.
--- J'ai rencontré Alex en Bretagne il y a dix-sept ans, dit Lise.
--- Ah! il devait être mignon à cette époque! Dit Myriam en me regardant.
--- Pourquoi? Tu me trouves moche Aujourd'hui? Dis-je.
--- Mais? J'y pense! Dit Myriam, tu pourrais être mon père alors?
Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe.
Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe.
--- Ben, alors! J'ai dit une connerie? Dit Myriam. Qu'est-ce que vous avez tous les deux? Vous me cachez quelque chose?
Myriam nous regarde à tour de rôle. Ses yeux cherchent une réponse, l'expression de son visage devient grave, se fige et nous écrasent. Notre silence répond à la question qui lui brûle les lèvres.
--- Oui! Dit Lise, Alex est ton père!
Jamais Je n'ai vu Myriam avec de tels yeux. J’ai l'impression d'avoir une étrangère en face de moi. Pendant quelques secondes elle reste de marbre, puis les commissures de ses lèvres se relèvent lentement, son visage s’illumine, ses yeux pétillent et un immense sourire envahit son visage. Alors, d'un bond, elle s'élance et plonge dans mes bras. Elle se cale dans le creux de mon épaule et éclate en sanglots.
--- J'ai un père! J'y crois pas, je rêve! Toute ma vie je t'ai attendu. Mais tu es là! Tu ne peux savoir comme je suis heureuse, je suis comme tout le monde maintenant, j'ai un père! Mais depuis combien de temps sais-tu que je suis ta fille?
--- Oh! Depuis très peu de temps, cinq minutes tout au plus, je n'en reviens pas non plus! J'ai une fille! Allez, champagne!
Je vais chercher une bouteille et je pose trois coupes sur la table de salon. Myriam ne maîtrise plus ses émotions, elle pleure et rit en même temps avant de disparaître dans les bras de sa mère. Cette émotion extrême s'évacue peu à peu dans les larmes qui coulent sur nos joues. Que d'événements en une journée! Comment la vie peut-elle réserver de pareilles surprises alors qu'on se croit installé dans une éternelle routine! Moi aussi, je me sens heureux, je m'y étais attaché à cette gamine! j'étais déjà un peu son père adoptif. Un jour, elle m'a même dit: " c'est con la vie"! Surpris, je lui ai demandé: "pourquoi"? Parce que je suis trop jeune pour être ta femme et je ne peux pas être ta fille" m'a-t-elle répondu! Ce jour-là, elle m'avait vraiment touché.
--- Aller! on passe à table, dit Myriam. Pour la première fois de ma vie, j'invite mon père à manger! On est comme une vraie famille! Je peux t'appeler Papa?
trois semaines plus tard. En octobre
trois semaines plus tard. En octobreNous profitons des derniers beaux jours pour faire une promenade au parc, tous les trois. Les arbres se dépouillent de leurs parures automnales et les feuilles mordorées virevoltent, puis tourbillonnent sur le sol. Nous sommes assis sur un banc, juste en face d’un bassin. Le soleil se faufile entre les arbres partiellement dénudés et lance de longues ombres sur les pelouses tachées. Près de nous, des gamins ramassent des marrons et les lancent en direction du bassin. Ils visent un petit bateau qu'ils font naviguer sur l'eau, entre les feuilles mortes et les brindilles. Est-ce cela le bonheur? Autour du bassin, une petite fille promène son bébé dans son landau. Lise et moi la regardons. Nous avons certainement la même pensée: dans cette enfant, nous imaginons Myriam petite. Tout ce bonheur perdu à jamais... toutes ces joies que nous aurions pu partagées ensemble.
--- Tu te souviens, Lise de ce petit café à Carnac où nous prenions toujours notre café, comment s'appelait-il déjà?
--- Il s'appelait: "Chez Myriam".
Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.
Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.--- Eh! Eh! dit Myriam, je vous y prends vous deux!
--- Et tu n'es pas au bout de tes surprises, ma fille, à partir de demain, nous habitons ensemble, tous les trois, dit Lise.
--- Bientôt, vous parlerez mariage à ce rythme! Qu'est-ce que vous voulez comme cadeau de noce? Demande ironiquement Myriam.
--- Oh! ca, nous l'avons déjà, dis-je, notre cadeau c'est toi.
Quelques commentaires reçus sur ce texte
http://bokay.over-blog.org/ BOKAY
http://bokay.over-blog.org/ BOKAY
Bravos!
J'aime bien... ludo
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Je n'écris pas un long commentaire parce que je trépigne d'impatience : j'avais oublié que c'était si riche !! Bon, désolée, mais 'faut que j'aille voir la suite ...
Pitchy
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Une jolie fin, sans surprise mais belle "happy end" ! ^_^
C'est vrai que vu le début de ton oeuvre, on n'aurait jamais pu se douter que cela se tournerait ainsi ! Mais tout s'est enchaîné avec logique !
Réussi ! J'ai apprécié de la lire et je crois que tu peux être fier de toi !! ^-ptitange23
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J'aime bcp ton personnage principal ! Je m'y suis attachée tout au long de l'histoire... C'est triste de le quitter !:'( Tu arrives à le faire réagir de façon très humaine et simple, j'apprécie bcp !
Sinon cette histoire est moins intriguante que les autres mais c'était obligé !! Il fallait vraiment que tu mettes tout ça en place !
J'attends la fin maintenant....... ^
ptitange23
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_-Ouah ! La fin m'a faite un choc ! Je ne m'attendais pas à sa mort ! J'ai même pensé que c'était une erreur mais ça, je le verrais après ! ^^
Jenny a fait de bonnes remarques, je n'ai rien à ajouter !
J'ai bien aimé, c'était très intéressant.. et je pense qu'il n'a pas parlé de son ancien amour en vain... Etait-ce la mère de Myriam ?? ^^
(Je ne me rappelle plus de leur différence d'âge... )
Cet épisode ne résout rien mais ouvre plein d'autres opportunités et questions... Voyons la suite !!
ptitange 23
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Posté le: 21/08/05-12:31 Sujet du message:
J'adoreeeeeee !!!!!!!! ^_^
Mais pkoi elle peint son portrait ???????
lol
Bref, qq remarques qui sont probablement des fautes d'inattention :
"alors qu’il prenait sa douche, il me crie : Myriam ! Tu peux me passer un drap de bain, j’ai oublié d’en prendre un. Je vais donc chercher un drap de bain "
Même si elle parle, tu devrais mettre les dialogues entre guillemets.
"elle m’a répondu : « c’est comme tu veux, mais moi je préfère rester avec toi, si ça ne te dérange pas évidemment. J’ai répondu que ça ne me dérangeait pas. Alors, elle est restée. "
T'as omis de fermer les guillemets.
" En fait, elle n’utilise son petit appart que pour dormir ; je n’aime pas la solitude ! Dit-elle."
Guillemets... ^-^ (oui, je sais, je suis chiante !!)
Je crois que c'est tout.. (Tu peux commencer à respirer !)
Je trouve ton histoire très intéressante et je te tire mon chapeau !
J'adore ton style, ta façon d'écrire ( qu'on comprend aisément ) et l'histoire !! Bravo !!! ^o^
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| et oui !!!Moi j'ai lu les 6 premiers ,qui se lisent très facilement grâce à Bokay !! cours vite les lire !! :-) bisous jennifer |
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| et oui !!!Moi j'ai lu les 6 premiers ,qui se lisent très facilement grâce à Bokay !! cours vite les lire !! :-) bisous jennifer |
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| Posté le: 14/06/05-11:31 Sujet du message: | |
| J'avoue, moi aussi je suis toute turlupinée... Mais qu'est-ce donc qui va bien pouvoir se passer... | |
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| Posté le: 29/04/05-13:53 Sujet du message: | |
| ah non! je ne suis pas d'accord du tout! tu t'arrêtes à un super moment! JE RECLAME UNE TROISIEME PARTIE RAPIDEMENT!!!!! attention, je peux être dangereuse quand je m'énerve... bises énervées de la ptite pitchy ps: tu te demandes si j'ai aimé ta nouvelle? bah évidemment! mais ça m'a super frustrée que tu t'arrêtes là! |
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| Posté le: 20/05/05-16:48 Sujet du message: | |
| Aïe, Aïe, Aïe, dans quelle situation tu as mis notre pauvre héros! Je le plains d'en être arrivé là mais j'aimerai vraiment savoir comment il va se sortir de tout ça! Serine est vraiment une peste! Bon... je t'embrasse... attristée... gros bisous... La Ptite Pitchy |
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| Posté le: 20/05/05-18:08 Sujet du message: | |
| Excellent ! Je trouve cet nouvelle meilleure que sa précédente ! Très bien tournée et crédible ! J'ai aimé cette image :" sa torche qui dévale l’escalier en projetant une cascade de lumière. ien tournée et crédible !" Et il y a des erreurs de frappes mais c'est pas méchant ! Continues !!! ^_^ |
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| Posté le: 21/05/05-12:59 Sujet du message: | |
| ça devient de plus en plus compliqué! à chaque chapitre je me dis que j'en saurais plus la prochaine fois alors qu'en fait c'est tout le contraire! En tout cas j'aime toujours autant... et j'attends la suite. je t'embrasse ----------------------------------------------------------------------------------------- |
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| Posté le: 16/05/05-07:04 Sujet du message: | |
| Bokay, une mini remarque : je suis d'accord avec ptitange23 pour le bouquin!! ça aurait été VACHEMENT mieux dans un cahier avec une espèce de petit dessin, tu vois? 'fin... c'est mon avis ;) Sinon, j'ai adoré! Je suis une fan de "Double vie"! A quand la fin tant attendue? |
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| Posté le: 16/05/05-23:42 Sujet du message: | |
| Moi je trouve l'ouverture de Max un peu étonnante, qu'il raconte sa vie cmme ça, mais bon d'un côté il ny a pas d'autre moyen pour l'histoire. Je suis d'accord avec ptitange et pitchy pour le livre. Mais sinon c'est toujours aussi passionnant. Franchement bravo Bokay pour ton originalité! gros bisous |
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| Posté le: 16/05/05-06:58 Sujet du message: | |
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| BOKAY! Dans mon bureau, maintenant! "- ça ne va pas du tout en ce moment! vous vous arrêtez toujours au moment crucial (c'est peut-être pour qu'on lise la suite... rires)." Bon, j'attends la suite avec une impatience sans égale et je ne serai pas satisfaite tant que tu ne l'auras pas envoyé. Au fait, tu veux faire combien de parties??? Serine est méchante alors? snif snif :( gros bisous de la ptite pitchy |
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| Posté le: 30/04/05-10:57 Sujet du message: | |
| Je ne m'attendais pas à ce que ton histoire prenne une telle tournure mais je ne suis pas déçue. C'est très intéressant et j'aime bcp ta façon de décrire les sentiments ! On le vit vraiment avec lui ! Bravo !! :) | |
| Posté le: 16/05/05-23:33 Sujet du message: | |
| j'ai du retard mais ne t'inquiète pas, je suis toujours! cet épisode est particulièrement intriguant. Je cours lire le prochain! (c'est ça l'avantage de lire les épisodes avec du retard, on a la suite directement ;) | |
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| Posté le: 15/05/05-17:27 Sujet du message: | |
| couc j'ai mieux aimé cette partie ! c plus rythmé et on entre vraiment dans le vif du sujet !! héhé. tout cela est très réaliste, le passage "intime" est bien vu. "Je passe ma main sous son T-shirt, je sens le contact de ses seins, enfin ! " ah le coquin !! il n'attendait donc que ça ? ah les hommes..hihi à un moment donné j'ai cru que Serine était en fait un homme, ce qui aurait expliqué qu'elle se cache. et alors le travestissement aurait été d deux côtés ! mais la vrai raison est plus réaliste et plus crédible, une fois de plus ! |
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| Posté le: 16/05/05-23:22 Sujet du message: | |
| Moi aussi j'étais persuadée que Serine était en fait un homme et que donc, ils avaient tous les deux étaient bernés. Va savoir pourquoi j'ai cru ça! | |
Le prince et la princesse.
Il était une fois une princesse qui habitait dans un château magnifique.
Un jour le père de la princesse lui dit que Caroline devait aller à un bal avec un prince qu'elle connaissait bien. Le papa lui a dit qu'elle doit danser avec le prince Daniel. Un jour un bal fut arriver un samedi soir il rencontra le prince et dansa toute la soirée.
Margot, 7 ans
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Sourire
Sourire c'est pour rire c'est pour sentir le délir. lire écrire c'est pour partir au paradis. Ecrire un poème pour celle qu'on aime. Margot 7 ans
Dans les sous-sols de Mars N°1 (SF)
Par le vaste hublot, Pavel regarde la planète rouge se rapprocher à grande vitesse. Les reliefs se dessinent sur un ciel noirâtre parsemé d'une multitude d'étoile. Jamais Pavel n'a rien vu d'aussi beau. Le spectacle est surréaliste. Manuellement, il dirige La lente décélération qui doit permettre au vaisseau Kornakov de se poser en douceur sur le sol martien. L’équipage est composé de cinq membres, des hommes, tous russes bien sûr. La tension est extrême et le silence absolu. Chaque équipier effectue la tâche qui lui est impartie avec une grande application. En ce début de vingt et unième siècle, c’est la première mission habitée vers Mars. Toute la Russie assiste en directe à l’événement, des téléprojecteurs géants ont été installés dans la plus part des grandes villes. Le monde entier attend le premier pas de l’homme sur Mars ! Plus de trente ans après qu’il ait posé le pied sur la lune.
Voilà du moins la version officielle, car la réalité est différente, une première mission habité a été envoyée sur la planète rouge il y a plus de trente ans ! Dans les années soixante dix, un vaisseau Soviétique se posa sur Mars après un voyage de six mois. Se posa ou s’écrasa, car le vaisseau devint muet au moment précis ou il toucha la planète rouge. Exception faite des techniciens et ingénieurs russes, personne ne sut rien de cet événement. Les Russes attendaient la réussite de l’opération pour annoncer au monde leur exploit. Malheureusement, ce fut un échec et on ne parla jamais plus de cette mission ni des trois hommes qui la composaient. Pour Pavel, cet événement fut une tragédie car un des trois membres de l’équipage, Ivan, était son propre père, précisément lui, qui le premier devait poser le pied sur Mars. Est-ce cet événement qui décida Pavel à devenir cosmonaute et à suivre les traces de son père ? Probablement car il ambitionne d’être le premier homme à poser le pied sur Mars ! Je veux associer mon père à cet exploie, disait -il, c’est lui qui nous a ouvert la voie ! Pavel allume les rétrofusées, le vaisseau décélère brusquement et les hommes, surpris, se cognent contre les parois de l’habitacle. La zone ‘d’atterrissage’ se dessine nettement. L’endroit est plat, lisse et conforme à ce qu’avaient prévu les ingénieurs. Le vaisseau descend lentement, se stabilise à quelques mètres du sol et les rétrofusées soufflent un nuage de poussière rougeâtre noyant le vaisseau dans une quasi obscurité. Puis, un choc brutal et le vaisseau touche le sol. Les cinq cosmonautes éclatent de joie et s’embrassent, l'émotion est immense. Pavel pense à son père, disparu il y a plus de trente ans alors qu’il effectuait la même manœuvre. Mais le spectacle se fait attendre, les hublots ne laissent voir qu’un tourbillon de poussière opaque, rien du paysage martien. L'équipage établie la première liaison et dans quinze minutes, la terre recevra les images de l’ ‘atterrissage’, l’homme aura relevé un nouveau défi. Pavel rejoindra Neil Amstrong dans les livres d’histoire du monde entier. A présent, les hommes effectuent les analyses de précautions et établissent la liaison avec la terre. Pavel et leonov enfilent leurs combinaisons martiennes, leur mission est de sortir du vaisseau et de faire quelques pas sur la planète rouge. Pour la première fois depuis six mois, ils ressentent les effets de la pesanteur, Certes, ils pèsent moins que sur terre mais leurs muscles se sont atrophiés. leurs mouvements sont saccadés et imprécis. L’épaisse poussière s'est reposer sur le sol et les hommes découvrent progressivement le paysage martien. En premier, se sont les montagnes qui se profilent, arides, nues, sorties d’un décore irréel où l’homme n’est pas invité. Puis le soleil surprend, il est petit et positionné au-dessus d'une plaine caillouteuse qui semble ne jamais finir. Pavel et Leonov sont prêts, ils désactivent les différents verrous et poussent la lourde porte. Un escalier métallique d’une dizaine de marches se déploie et s’enfoncent de quelques centimètres dans le sol. Pavel descend le premier, un drapeau russe dans une main. Il pose le pied sur le sol, se retourne en direction de la caméra et salut la terre entière en agitant le drapeau russe. Puis il essaie quelques pas, sa lourde combinaison l’oblige à marcher par saccades, il sonde le sol afin d’y planter le drapeau qu’il agite fièrement. Après plusieurs tentatives, le piquet métallique s’enfonce dans le sol, le drapeau russe flotte sur Mars ! Puis, Pavel marche, d'un pas ésitant, doucement, Leonov le suit. Les deux hommes marchent côte à côte, ils sont les premiers humains à fouler cette planète et à contempler ce paysage surréaliste. Voilà trois sols que le vaisseau Kornakov s’est posé sur la planète rouge. L’exploration de la zone environnante a commencée. Une des missions première est de localiser le vaisseau que l’Union Soviétique a envoyé dans les années soixante dix et qui probablement s’est écrasé au contacte du sol provoquant la mort des trois cosmonautes, dont Ivan, le père de Pavel. Aujourd’hui, Pavel et leonov se sont aventurés plus loin, ils sont sur le point de faire demi-tour lorsque leonov s’immobilise, comme pétrifié. --- Pavel ! Dit-il, regarde ! Il tend son bras en direction d’un énorme rocher qui cache partiellement le vaisseau qu’ils recherchent. --- Bon Dieu ! Mais c’est le vaisseau de mon père ! Dit Pavel en pressant le pas. Le vaisseau est là, à une centaine de mètres, il est légèrement incliné sur le côté mais semble en parfait état. Les deux hommes s’approchent et en font le tour. Les battements du cœur de Pavel s’accélèrent, il imagine son père, là, mort dans ce vaisseau depuis plus de trente ans ! Et dans quel état va-t-il trouver son corps ? Leonov saisit la poignée de la porte et tire, au hasard, plus pas réflexe. Surprise ! La porte s’ouvre : elle n’est pas verrouillée de l’intérieur. Leonov avance doucement sa tête à l’intérieur du vaisseau. --- Personne ! Il n’y a personne à l’intérieur, dit Leonov. --- T’en est sûr ! Mais c’est impossible ! Dit Pavel en se précipitant dans le petit habitacle. Pavel n’en croit pas ses yeux, personne, et où sont les cadavres ? Tout est propre et bien rangé. On a l’impression que les occupants viennent de quitter le vaisseau et vont revenir d’un moment à l’autre. --- Ils ne sont pas morts lors de l’‘atterrissage’, dit Leonov! Non! Non seulement ils seraient encore à l’intérieur, mais en plus, la porte serait verrouillée ! --- Tu veux dire qu’ils sont morts sur Mars ? Dit Pavel en imaginant les souffrances de son père. --- C'est sûr, dit Leonov, ils sont morts. Toute vie est impossible sur cette planète, température trop basse, très peu d’oxygène, pas de nourriture, pas d’eau liquide… Nous devons entreprendre des recherches, leurs corps est très certainement encore visibles. Mais pour l’heure, il faut rentrer au vaisseau, il nous reste une heure d’oxygène. Pavel et leonov rendent compte de ce qu’ils ont vu à leurs trois coéquipiers. Au début, ceux-ci pensent à une farce et rient à gorge déployée, mais quand ils réalisent que les deux hommes disent la vérité, leurs visages deviennent graves et le commandant de vaisseau déclare prioritaire la recherche des trois corps. Le lendemain, Pavel et leonov quittent le vaisseau de bonne heure, ils se sont fixé un périmètre à explorer. Les ordres sont formels, il faut absolument retrouver les corps et les faire disparaître. Chacun en connaît la raison : les corps de cosmonautes soviétiques ne doivent en aucun cas être retrouvés par les astronautes américains ! En effet, eux aussi doivent se poser sur la planète rouge dans quelques jours et à une dizaine de kilomètres seulement du vaisseau russe. Pavel et leonov marchent côte à côte, le soleil se lève, tout petit entre deux montagnes aux sommets arrondies. La température extérieure est de moins quarante et le vent est presque inexistant. La recherche commence le long de falaises abruptes hautes de plus de cent mètres. Les cavités sont nombreuses et une visite minutieuse de chacune d’elle s’impose. --- T’as vu ça ! Dit leonov en désignant une cavité, elle est immense ! Les deux hommes pénètrent ensemble dans ce qu’on peut appeler une vaste grotte. La cavité principale s’étend sur plus de deux cents mètres de long et quarante de large. Leurs torches puissantes mettent en évidence une multitude de cavités aux formes et dimensions variables. --- Cette roche est un gruyère géant ! Dit Pavel, il faudrait plusieurs jours pour l’explorer. --- Oui, si ton père et ses compagnons se sont réfugiés ici, ce ne sera pas facile de retrouver leurs corps, dit Leonov. Pavel explore la grande salle et remarque qu’un conduit étroit, assez large pour permettre le passage d’une personne s’enfonce dans la roche. Il s’y engagent le premier, Leonov le suit. Après une vingtaine de mètres, Pavel heurte un objet léger, il dirige sa torche vers le sol et éclaire l’objet. --- Leonov ! Regarde ça ! On dirait un appareil de mesure ! --- En effet, c’est un appareil de mesure qu’emportaient les cosmonautes dans les années soixante dix, dit Leonov. --- Cela prouve qu’ils sont venus ici ! Dit Pavel, il faut continuer les recherches ! La galerie continue et descend, en forte pente à présent, elle est large par endroit, puis étroite et sinueuse plus loin. Jetant un coup d’œil sur son analyseur personnel, Pavel remarque que la température augmente à mesure qu’ils descendent et que le pourcentage d’oxygène augmente également, dans les mêmes proportions. --- Tu comprends ça toi ? Demande Pavel à son compagnon. --- Non, dit Leonov, je n’ai jamais eu connaissance de ce phénomène, je sais comme tout le monde que l’oxygène entre pour 0,3 pour cent dans l’atmosphère de Mars, mais j’ignorais que ce taux variait autant. Après une centaine de mètres, les deux hommes s'arrêtent à nouveau et consultent les données de l'analyseur. --- Regarde ! Le taux monte toujours, nous en sommes à 4 pour cent à présent ! Et la température est de +2° ! Les deux astronomes doute de la fiabilité de l’analyseur, mais celui de Leonov donne exactement les mêmes indications. La galerie descend toujours, elle est plus large à présent et d’autres galeries partent de chaques côtés. Leonov regarde encore une fois l'analyseur, celui-ci indique que le pourcentage d’oxygène et la température sont suffisants pour vivre sans combinaison et sans les bouteilles d’oxygène. --- C’est incroyable ! Dit Leonov, qu’est-ce qu’on fait ? Et si on coupait notre oxygène, inutile de la gaspiller ! Pavel prend la décision, ils poursuivront l’exploration en respirant l’air ambiant. Après quelques minutes d’accoutumance, les deux hommes ont l’impression d’explorer une grotte de notre planète. Mais Pavel s’arrête brusquement, il éteint sa torche et demande à Leonov de faire de même. --- Tu ne vois pas comme une petite lumière bleuté là-bas au loin ? Dit Pavel. --- Bon dieu ! Faut aller voir, dit Leonov. Qu’est-ce que ça peut être ? Les deux cosmonautes pressent le pas en direction de cette petite source lumineuse. --- C'est inouï ! Dit Leonov, c’est une sorte de lichen ou de mousse ! Et elle est lumineuse ! --- Oui, mais tu as vu là-bas, dit Pavel, il en a d’autres et elles diffusent même une légère lumière. Ivre de leur découverte, les deux hommes poursuivent leur exploration, les lichens sont de plus en plus dense, ils recouvrent des pans entiers de rochers et la lumière qu’ils diffusent éclaire les galeries. --- Tu entends ? Dit leonov, on dirait de l’eau qui coule ? Je vais voir, tu m’attends ici ? --- D’accord, dit Pavel, va voir, je t’attends. Leonov part seul, guidé par le bruit. Il essaie différentes galeries, certaines sont sans issues, alors il revient sur ses pas et essaie une autre galerie. Soudain, le bruit devient plus net et s’intensifie. La petite galerie dans laquelle il se trouve débouche sur une immense salle. Il dirige sa torche en direction du bruit, écarquille ses yeux pour mieux voir: de l'eau ! Elle tombe en cascade! Afin d’en être certain, il s’approche... aucun doute, c’est de l’eau! Elle se déverse dans une cavité d’une vingtaine de mètres longs puis s’enfonce dans la roche. De chaque côté de la petite chute d’eau, le lichen est très épais et diffuse une intense lumière. Leonov regarde le spectacle, C'est impensable, se dit-il, il y a de l'eau sous la surface de Mars! Mais l’eau qui tombe en cascade masque un autre bruit: des pas tout proches. Surpris, Leonov sursaute et se retourne. Ce qu’il voit dépasse l’imagination : Pavel ! Oui, c’est bien Pavel qui est devant lui, mais pas le Pavel qu’il vient de quitter, celui qui est devant lui ne porte pas de combinaison spatiale et est habillé de vêtements bizarres et vieillis. Pétrifié, Leonov regarde son compagnon, il le reconnaît à peine, il a l’impression que plusieurs années se sont écoulées en une fraction de seconde. Il se souvient des livres de science fiction de son enfance ou l’on parlait de voyages dans le temps. Cela existe donc ? Ou alors suis-je la proie d’hallucinations ? Peut-être une ivresse provoquée par un excès d’oxygène ? --- Qui êtes-vous demande l’homme? --- Mais enfin Pavel ! C’est moi, Leonov, tu ne me reconnais pas ? Fin de la première partie.
Dans les sous-sols de Mars N°2 (SF) --- Je ne suis pas Pavel, je m’appelle Ivan ? Dit l’homme ! Je suis ici depuis plus de trente ans.
--- Ivan ! Vous voulez dire que vous êtes Ivan, le père de Pavel ? Mais c’est impossible, vous seriez plus vieux ! Vous paraissez avoir le même âge que votre fils --- Ah ça, c’est autre chose, je vous expliquerai. Alors ainsi, vous êtes revenu sur Mars ! Et vous êtes seul ? --- Non, je suis avec Pavel, votre fils… Il est resté en arrière dans la grande galerie. --- Comment? mon fils Pavel est avec vous? Quand je l'ai quitté, il avait trois ans. Tenez, regardez! J'ai toujours sa photo avec moi. Inquiet de ne pas voir son ami revenir, Pavel s’aventure à son tour dans la galerie, guidé lui aussi par ce bruit de ruissellement. Il s'engage dans différentes galeries, espérant rencontrer son ami, puis poussé par la curiosité, il s'aventure toujours plus loin. Lorsqu’il se décide à faire demi-tour, il regarde les différents passages, ne sait lequel prendre; il réalise qu'il s'est égaré. Alors, il prend une forte respiration, place ses mains en porte-voix et crie de toutes ses forces : " Leonov " ! La voix de Pavel raisonne dans les galeries et renvoient des échos saccadés. Mais son compagnon ne répond pas! Pavel recommence, de toute la puissance de ses cordes vocales! A se faire mal! Puis, espérant une réponse, il retient sa respiration et tend l'oreille. Un silence inquiétant plombe les galeries. Il reste une dernière solution, il sort son téléphone cellulaire et essaie de contacter son ami. Mais des rochers de dizaines, voir de centaines de mètres d'épaisseur séparent les deux appareils. toute tentative est vaine! Pavel se sent piégé au centre d'un Labyrinthe géant où tout lui est étranger. Là, où les lichens diffusent une légère lumière, Pavel coupe sa torche, ses yeux se sont habitués à ce peu de clarté et il est inutile qu’il gaspille ses piles. Les galeries descendent continuellement et la température augmente, l'analyseur affiche 20°. Sur les rochers, la végétation se diversifie, à côté des lichens, poussent de petites fougères à la lumière turquoise. Pavel éclaire une large crevasse qui abrite une mousse brillante, lorsque sont attention est attirée par une forme ronde et blanche. La chose est posée en équilibre sur une fissure . Pavel tend la main et s'en saisit. C'est léger, régulier et de la grosseur d'une balle de tennis. Pavel regarde l'objet, le secoue, le soupèse, il semble fragile. --- Mais c'est un œuf! Dit Pavel à voix haute. Un œuf! ici, dans les entrailles de cette planète inhospitalière où l'on croyait toute forme de vie impossible! Mais quelque soit l'importance de la découverte, Pavel doit avant tout retrouver son compagnon, alors il lève le bras pour replacer l’œuf là où il était, monte sur une pierre, perd l'équilibre et glisse . Il se rattrape à la paroi rocheuse, mais lâche l’œuf qui tombe à terre et se brise. --- Vous dites que Pavel est resté en arrière, seul? Demande Ivan. --- Oui, il m'attend, dit Leonov, nous avons entendu un bruit de chute d'eau et je suis venu voir seul, Pavel m'attend dans la grande galerie. --- Dans la grande galerie! Mais c'est de la folie! il n'y a pas une minute à perdre, il faut le retrouver avant que les "Vitris" ne s’aperçoivent de sa présence, ils vont le dévorer! --- Les Vitris? --- Oui, se sont de sales bestioles carnivores, il y en a une quantité par ici. Vous vous souvenez par où vous êtes venus? Leonov revient sur ses pas accompagné d'Ivan. Après plusieurs tentatives, il retrouve l'endroit précis où Pavel et lui se sont séparés. Personne! Pavel n'est plus là. --- Je ne comprends pas dit Leonov, il m'a dit qu'il m'attendait ici! Il est peut-être pas loin? --- Ecoutez! Dit Ivan, vous entendez ses grincements? Ce sont des Vitris, ils cherchent de la nourriture. --- Mais nous? Dit Leonov, ils ne vont pas nous attaquer? --- Aucun risque avec ça! Dit Ivan, brandissant la torche qu'il tient dans sa main droite. Ces Bestioles ne supportent pas la lumière. --- Alors, Pavel ne craint rien, dit Leonov, il a sa torche! --- Si, dit Ivan, le problème, c'est que Pavel ignore que ces bestioles ne supportent pas la lumière. --- Ca ressemble à quoi un Vitris? Demande Leonov. --- Un peu à une mante religieuse ou à une sauterelle, mais ça mesure un mètre de haut et ça possède deux rangées de dents aussi coupantes que des couteaux. En plus, c'est laid, rose, presque blanc et ça bave sans arrêt. Ils sont d'une incroyable férocité, ils se mangent même entre eux... Je vous en dirai davantage plus tard, dans l'immédiat, il faut retrouver mon fils. Leonov regarde la torche d'Ivan, elle éclaire à plus de cent mètres! Comment une torche dont les piles ont plus de trente ans peut encore fonctionner, se dit-il? Tout ça n'a pas de sens! Et Ivan qui semble du même âge que son fils! Mais les événements présents le ramènent vite à des considérations plus pratiques. La vie de Pavel est en danger, il faut le retrouver et vite! Leonov et Ivan explorent quelques galeries, mais pas la moindre trace de Pavel. --- Il est probablement plus bas, dit Ivan. Peut-être à la "grande fosse"? C'est là que convergent de nombreuses galeries. Les deux hommes empruntent un passage sinueux et étroit. L'un, de sa torche, balaie la parois de droite, l'autre celle de gauche. Des bouquets de lichen poussent le long de crevasses humides et diffusent une légère lumière. Des grincements de plus en plus forts se font entendre. --- Vous entendez? Ce sont les Vitris, dit Ivan. Ils sont réunis dans "la grande fosse". Ce bruit augmente d'intensité jusqu'à devenir insupportable. Leonov grimace, Ivan a dit " La grande fosse"! Comme ça, comme s'il s'agissait d'un lieu banal. Mais ce que voit Leonov ne peut être comparé à rien de ce qui existe sur terre: une fosse d'une centaine de mètres de diamètre, peut-être deux cent mètres de profondeur, dont le fond grouille de ces bestioles monstrueuses et hideuse qu'Ivan appelle des "Vitris". Dire qu'elles sont affreuses et horribles ne donne qu'une vague idée de la réalité. Ce n'est pas tant leur forme générale qui surprend, sortes de sauterelles géantes, mais l'impression que ces créatures sont génétiquement instables, elles semblent toutes difformes et dégagent une puanteur insoutenable. Les lichens qui tapissent les parois du gouffre donnent à ces créature une couleur verdâtres et luisante. --- Cela ressemble à un gigantesque seau dont le fond grouille de larves, dit Leonov. --- Bah! Moi, j'y fais plus attention, dit Ivan, je les côtoie depuis si longtemps... Ivan et Leonov font le tour du gouffre, s'avancent de quelques mètres dans chaques passages ou galeries permettant le passage d'une personne. Ils crient: "Pavel"! Aussi fort qu'ils le peuvent, mais ne reçoivent aucune réponse. Leonov regarde sa montre. --- Nos coéquipiers doivent se faire du souci pour nous, dit-il, à cette heure, nous devrions être de retour au vaisseau... Ah! s'ils savaient... Ivan s'engage d'une vingtaine de mètres dans une étroite galerie, son oreille accoutumée aux faibles bruits l'avertit de la présence de Vitris. Mais ce bruit, Ivan le connaît, c'est celui que font les Vitris quand ils ont trouvé de la nourriture. --- Leonov! Venez! Il se passe quelque chose d'anormal dans ce passage. Les Vitris ont peut-être repairé la présence de Pavel, il faut faire vite, très vite! Pavel dirige sa torche vers le sol, en se brisant, l’œuf a libéré une forme grisâtre qui se meut avec lenteur. Mais le plus surprenant, c'est l'odeur infecte que dégage cet embryon. Une odeur si horrible que Pavel ne peut se retenir et vide le contenu de son estomac sur la roche poreuse et sur ses bottes. Puis, de ses gros gants il pince son nez et se baisse pour observer cette chose de près. Il distingue deux longues pattes et une tête en formation. Cette chose représente-t-elle un danger? Pavel n'en a aucune idée mais il la laisse là, à terre, et continue sa progression. " Faut que je remonte"! Se dit-il, je suis bien trop bas. Il trouve une galerie montante, s'y engage, mais s'arrête brusquement surpris par un bruit qu'il prend pour un grincement. " Merde! Se dit-il voilà que j'ai des hallucinations auditives". Mais les bruits reviennent, faibles au début, puis de plus en plus fort. Comme des centaines de portes qui grinceraient toutes en même temps. "Aucun doute! Se dit Pavel en dirigeant sa torche le plus loin possible, ces grincements proviennent du fond de la galerie". Après une courte hésitation, pressentant un quelconque danger, Pavel fait demi-tour. Il passe devant l'embryon, celui-ci bouge encore et il continue, aussi vite que le permet son imposante combinaison . Maintenant, les grincements sont tout proches, de plus en plus forts et nets. Pavel se retourne et dirige sa torche en direction des grincements. "Non! J'hallucine! c'est pas possible, maintenant je vois des bêtes monstrueuses, là agglutinées autour de l'embryon posé sur le sol" --- Pavel! Pavel! Tu es là? Dit une voix dans la galerie. Pavel réalise qu'il perd la raison, ce qu'il voit et entend ne sont qu'illusions, phénomènes bien connu des personnes parcourant les déserts. Pavel! Pavel! Est-ce que tu m'entends? Par réflexe, Pavel répond aux voix qu'il entend --- Oui! Je suis là, c'est toi Leonov? Ou alors, j'entends de voix? --- Il est là! Dit Leonov, il a répondu, mais il dit des trucs bizarres. Ivan et Leonov dirigent leurs torches en direction de Pavel. Celui-ci les regarde, il semble effrayé et perdu. Leonov le saisit par le bras, tandis qu'Ivan fait fuir les Vitris avec sa torche. --- Vient, Pavel! Faut pas rester ici, c'est dangereux, ces bestioles vont nous dévorer! Dit Leonov. Pavel se retourne vers Ivan, le regarde et crie: --- Leonov! Je deviens fou, maintenant je vois mon double, mon propre fantôme! Fin du 2° épisode
Comme un oiseau tombé à terre,
Un bateau soûl perdu en mer,
L’orphelin cherche, son père, sa mère.
Belle question, riche en mystère.
Beaucoup d’amour lui manquera,
Dans cette jungle il n’aura pas,
Une Maman qui tend ses bras,
Et l’affection de son Papa.
Avec son cœur il imagine,
Celle qui connaît ses origines,
Artiste, princesse, femme magazine,
Reine des studios en bas résine.
Et son Papa, il est sûrement,
Notaire, Docteur ou Président,
Rien n’est trop beau pour cet absent,
Qui ignore tout de cet enfant !
Et dans sa tête comme un bouillon,
Mijoteront mille questions.
Pourquoi Maman cet abandon,
Etais-je vraiment sans solution ?
J’aurais joué avec Papa,
Au foot, aux boules, au jeu de l’oie.
Il serait resté près de moi,
Les jours de blues quand il fait froid.
A toi Maman, j’en fait promesse,
j’aurais inondé de caresses,
Ton univers plein de tendresse,
Avec amour, délicatesse.
Vous êtes peut-être déjà partis,
Dans l’autre monde, au paradis,
Mon cœur de vous n’est pas guéri,
Je vous aim’rai toute ma vie.
Sourire de printemps
Après de longs mois de sommeil,
De léthargie de mise en veille,
Comme un volcan, une explosion,
La vie partout fait irruption.
Sous les pêchers, les forsythias,
Des rubans d’or, par-ci, par-là.
Jacinthes bleus au doux parfum
Inondent prés, bois et jardins.
Là-bas tout près du cagibi,
Un merle noir à fait son nid.
Perchée en haut du vieux sapin,
Deux tourterelles font des câlins.
Sur une fleur d’églantine,
Un papillon gaiement butine.
Et les bourdons d’exécuter,
Un vrai Béjart sophistiqué.
Là sur un banc entre deux houx,
Des amoureux font des bisous,
Pendant que d’autres sont allongés,
Sur la pelouse ensoleillée.
Rue de Rivoli Je presse le pas rue d’Rivoli, Une pluie froide me transit. Sur le trottoir dansent les couleurs, Des confetti de néon pleurent. Sur les murs du Louvre endormi, Coulent des larmes de poésies. Je laisse les gouttes me gifler, Je n’ai pas l’ temps de m’abriter. Le temps presse et je me hâte, J’ai rendez-vous sous les arcades. Avec une fée une princesse, Une sirène du Loch Ness. Que ce passe-t-il elle n’est pas là ? C’est bien ma faute ça m’apprendra D’avoir séduit trop belle pour moi, D’avoir choisi part de Roi.
LA COULEUR DE L’AMOUR
Les étudiants se poussent, se bousculent, certains crient leur joie pendant que d’autres s’effondrent en larmes. Les résultats sont affichés sur de petits panneaux, par ordre alphabétique. Je bouscule deux filles qui pleurent bruyamment, l’une d’elles me refile un coup de coude dans l’estomac en me traitant de connard… Enfin, je trouve le bon tableau, je descends la liste des yeux quand… Wouha ! Je l’ai ! Je lève les bras en l’air en signe de victoire et je répète : Je l’ai ! Wouha !J’ai mon bac ! Je me mets à l’écart, sors mon portable et annonce la nouvelle à ma mère. Je la sens aussi heureuse que le jour de la naissance de mon petit frère, elle pleure de joie et ça me fait chaud au cœur. Pourtant, les études ça me gonfle ! Enfin ! Ca fait plaisir à mes parents et comme j’ambitionne une carrière de journaliste, j’ai pas d’autres alternatives. Je rentre à la maison, tout souriant, ma mère me saute au cou et mon père me félicite.
--- Pour ta réussite au bac, ta mère et moi, on a pensé te faire un cadeau, dit mon père, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
Je les regarde l’air ébahi ; les cadeaux, c’est pas dans leurs habitudes ! Avec l’effet de surprise j’allais répondre : rien ! Mais je me ravise et réfléchis quelques secondes.
--- Un voyage en Afrique, dis-je. Oui ! Ca me ferait vraiment plaisir de connaître l’Afrique, par exemple là où tu es aller papa, à Abidjan.
Depuis le temps que mon père nous bassine avec ses souvenirs d’Afrique ! A chaque réunion de famille, à chaque fois qu’on parle de l’Afrique à la télé ! Comme ça, je connaîtrai un peu, j’aurai l’air moins … !
--- Oui, c’est ça qui me ferait vraiment plaisir ! Dis-je.
Mon père interroge ma mère du regard, je vois leurs yeux qui brillent et l’amorce d’un sourire. Ma mère donne son approbation d’un signe de la tête.
--- C’est d’accord, dit mon père, je vais contacter Bernard, il va te trouver un hôtel convenable ou autre chose, on verra bien…
Bernard habite la Côte d’Ivoire depuis vingt trois ans. Mon père et lui, avaient quitté la France pour ‘ l’aventure africaine’ à la fin de leur service militaire. Après deux années passées à Abidjan, mon père est rentré en France mais Bernard est resté au pays, il a épousé une Ivoirienne et créé une société d’importation d’appareils ménager. Quand Bernard vient à Paris, il ne manque jamais de venir nous rendre visite. Lui et mon père sont restés de grands amis, Ils passent des heures ensemble à raconter leur jeunesse, les packs de bières sur la table du salon.
Mercredi.
J’écoute de la musique dans ma chambre quand mon père frappe à ma porte.
--- Tout est réglé, tu pars demain ! Dit-il, le visage égayé d’un large sourire. Bernard a insisté pour que tu t’installes chez lui, il dit que sa maison est immense et qu’il n’est pas question que tu ailles à l’hôtel. Il a même ajouté que ses enfants se font une joie de te faire découvrir leur pays.
Jeudi.
Dix heures trente, l’Airbus d’Air France se pose sur l’aéroport Houphouët-Boigny. Je suis attendu par Guillaume, le fils de Bernard. Il est à peu près de mon âge, de corpulence plutôt fine et semble joviale et dynamique. Il me parle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le temps est nuageux, mais il fait déjà chaud
--- T’occupe pas tes bagages, dit Guillaume, le chauffeur de taxi s’en charge.
Guillaume est bavard. Pendant le trajet, il me pose une quantité de questions et ne peut s’empêcher de commenter chaque endroit que nous traversons. Nous roulons à l’extérieur de la ville, la circulation est dense et ça klaxonne de partout. Par moment, on aperçoit la mer, la capitale économique s’éloigne et nous nous engageons dans une route étroite bordée de grands arbres. De chaques côtés, de magnifiques villas attirent mon attention ! Moi qui me croyais dans un pays sous-développé ! Encore une idée reçue qui tombe. Le taxi ralentit et emprunte une toute petite allée très ombragée.
--- Ici, c’est chez nous ! Dit Guillaume, c’est notre maison.
L’allée est droite, le sol de couleur rouge et les arbres de chaques côtés sont immenses. Les murs blancs de la villa se découpent sur un ciel couleur ardoise. Ce décor me rappelle les contes qui ont meublé l’imaginaire de mon enfance. Tout me semble féerique. Le taxi s’arrête aux pieds des marches de la grande porte d’entrée, juste entre deux palmiers.
--- Viens ! Dit Guillaume, je vais te présenter à ma famille.
Je le suis, il m’entraîne dans le salon. Je reconnais immédiatement sa sœur, un foulard aux couleurs chatoyantes cache en partie ses longs cheveux ébène. Elle porte un jeans délavé et un T-shirt blanc. Elle m’accueille avec un franc sourire et me prie de m’asseoir. Métisse comme Guillaume, elle est d’une beauté à couper le souffle !
--- Je m’appelle Sabrina dit-elle. Bienvenue chez nous !
Sa Mère arrive, suivie d’une jeune fille portant un plateau avec des rafraîchissements et des fruits. Je me sens un peu mal à l’aise, je ne suis pas habitué à autant de luxe. Malia, la mère de Guillaume et de Sabrina est impressionnante, au premier regard, on devine une personne de caractère. Je sais par mon père qu’elle a une quarantaine d’années, elle est encore très séduisante et ne fait pas son âge.
Sa Mère arrive, suivie d’une jeune fille portant un plateau avec des rafraîchissements et des fruits. Je me sens un peu mal à l’aise, je ne suis pas habitué à autant de luxe. Malia, la mère de Guillaume et de Sabrina est impressionnante, au premier regard, on devine une personne de caractère. Je sais par mon père qu’elle a une quarantaine d’années, elle est encore très séduisante et ne fait pas son âge.--- C’est donc toi le fils de Jean-Marc ? Dit Malia, j’ai bien connu ton père tu sais…mon marri et lui formaient un sacré duo.
La discussion s’installe et s’anime dans une atmosphère simple et chaleureuse, je me sens vite à l’aise, j’ai l’impression d’avoir découvert une nouvelle famille. Après le repas, Guillaume vient vers moi.
--- T’es d’accord pour faire un tour ? Me dit-il en me désignant le pick up rouge garé près d’une énorme touffe de bambou.
--- OK, dis-je, j’ai hâte de découvrir votre pays, on part quand tu veux.
Sabrina s’installe au volant, je m’assieds sur le siège avant, Guillaume à l’arrière, et nous partons. La route est en mauvaise état et l’imposant véhicule saute à chaque trou. De plus, la clim est hors d’usage et nous roulons toutes vitres baissées.
--- Putain de poussière ! Dit Guillaume.
--- On parle pas comme ça ! Répond Sabrina.
--- Bah ! Ca n’a pas d’importance, dis-je.
La conversation s’engage, je leur fais part du dépaysement que je ressens en Afrique et ils me posent des questions sur Paris. Je regarde Sabrina, son foulard et ses cheveux bouclés ondulent et volent au vent, son profile se découpe sur le défilement de la végétation. Je l’observe, elle me fait penser à une photo de dépliant touristique. A intervalle irrégulier la mer se montre, comme un puzzle, elle est tranquille et semble écrasée sous le soleil. A l’horizon, de gros bateaux aux couleurs pastel paraissent immobiles. Je me laisse aller à la rêverie lorsque soudain, Sabrina donne un coup de volant à droite et s’engage dans un petit chemin en forte pente qui conduit à la mer. De chaques côtés, des habitations précaires, faites de bois et de tôles, sont disposées au hasard. Des enfants courent en tout sens. Sabrina arrête le pick up près d’un amoncellement de grosses pierres noires et lisses. Nous descendons.
--- Allez ! Tous à l’eau dit Guillaume !
La mer est à trois cents mètres, nous enfilons nos maillots de bain et nous courons en direction des vagues. L’eau est chaude, c’est agréable. Guillaume fend les vagues de son corps fin et élancé, Sabrina m’attrape, m’entraîne dans les vagues et me projette dans le prochain rouleau. A mon tour, je la saisis et la balance de toutes mes forces dans le bouillon d’écume. Et nous recommençons, encore et encore jusqu’à épuisement.
--- On remonte ? Dit Guillaume, vous n’avez pas soif ?
Je sors de l’eau et courre vers la voiture. Après quelques mètres, je me rends compte que je tiens toujours la main de Sabrina, je la regarde, elle me sourit mais ne lâche pas ma main. Nous atteignons le Pick up, une ribambelle de gamins déguerpit du plateau arrière à notre arrivée. Le sable est brûlant, nous nous installons à l’ombre, sous de petits palmiers. Sabrina s’allonge tout près de moi, sa peau brune aux reflets ambrés tranche avec la mienne. Elle se tourne vers moi, se met sur son côté, sa main ouverte soutenant sa tête. Je lui fais face dans la même position et nous parlons, études, musiques, cinéma, bref un peu de tout entrecoupées d’éclats de rires. Tout en parlant, je lui prends la main et nous parlons et rions encore.
--- Et si on allait ailleurs ? Dit Guillaume en se relevant.
--- OK dit Sabrina, je vous emmène dans ‘mon petit paradis’. Vous allez découvrir la plus belle vue de toute la côte d’Ivoire
Sabrina n’a pas exagéré, cet endroit est d’une rare beauté. Au premier plan, des palmiers qui descendent vers la mer, puis cette eau turquoise rayée d’une multitude de traînées d’écume d’un blanc pur. C’est magnifique.
Quand nous rentrons à la villa, il fait nuit. Bernard, confortablement installé dans son fauteuil, lit le journal. Il m’accueille très chaleureusement et me demande mon impression sur cette première journée. Il va chercher un pack de bière au frigo, en ouvre deux, pose le reste sur la table et commence à me raconter son arrivée en Côte d’Ivoire avec mon père. J’ai l’impression d’avoir pris la place de mon père. Toutes leurs histoires, je les connais, je les ai entendues mainte et mainte fois, mais par politesse, je simule l’étonnement et l’émerveillement. Malia me sauve de cette situation.
--- Laisse un peu ce garçon tranquille, dit-elle, tu vois pas que tu le fatigues ! Allez, passez à table.
Après le repas, Guillaume suggère une sortie en boite. Sabrina vient aussi, c’est vrai que c’est elle qui conduit alors…
C’est un petit local entièrement décoré de bois et de filets de pèche. L’ambiance est sympathique, j’ai l’impression que tout le monde se connaît. j’ai dansé avec Sabrina toute la soirée, uniquement avec elle. Jamais je ne me suis senti aussi bien avec une fille et en aussi peu de temps. J’en ai la tête toute retournée. Quand, vers deux heures du matin, nous rentrons à la villa, je tiens Sabrina par le cou, je nage en plein bonheur!
Guillaume pénètre le premier dans la maison, Il y a encore de la lumière à l’intérieur. Je le suis et m’engage dans le vaste salon en serrant Sabrina tout contre moi. Malia n’est pas couchée, elle regarde la télévision. A peine nous a-t-elle vu, Sabrina et moi, qu’elle nous lance un regard féroce et s’adresse à sa fille sur un ton autoritaire, presque méchant.
--- Vient, faut que je te parle ! Dit-elle à sa fille.
Je reste avec Guillaume et je lui demande ce qui ce passe.
--- J’en sais rien, dit-il, j’ai jamais vu ma mère dans cet état.
Je monte dans ma chambre et me mets au lit rapidement. Je ne comprends pas l’attitude de Malia ! Est-ce parce que je tenais sa fille par le cou ? Mais enfin, Sabrina à vingt ans ! Je me dis que c’est peut-être dans leurs coutumes ? Je passe une très mauvaise nuit.
Le lendemain matin, au petit déjeuné, l’ambiance est crispée.
--- Alors les jeunes ! Vous avez passé une bonne soirée ? Demande Bernard.
Il n’obtient qu’un vague " wouai " et tente de briser le silence par quelques banalités, puis quitte la table. Je comprends de moins en moins ? Sabrina mange tête baissée comme si elle était honteuse ou punie, Guillaume ouvre enfin la bouche.
--- T’en fait une tête Sab ? C’est parce qu’on est rentré trop tard hier soir, maman a crié ?
--- Non, dit Sabrina, c’est pour autre chose, mais je ne peux rien dire, c’est entre maman et moi.
--- Ah, vous en faites des mystères, vous les femmes ! Dit Guillaume.
Je n’ose pas intervenir, mais j’ai l’impression d’être directement lié à ce brusque changement d’attitude. Pourquoi ils me font la gueule aujourd’hui alors qu’hier ils m’accueillaient très chaleureusement ? Je veux en avoir le cœur net. Je rejoins Sabrina qui prend l’air dans le jardin.
--- Qu’est-ce qui se passe Sabrina ? Hier tout allait bien, et aujourd’hui, vous faites tous la gueule ?
--- Ma mère ne veut pas que tu me prennes par le cou comme ça ! Elle m’a dit qu’elle m’interdisait absolument d’avoir une relation avec toi.
--- Elle t’as dit ça ! Elle est quand même pas raciste ! Elle aime pas les blancs ?
--- Mais non, elle n’est pas raciste du tout, d’habitude elle ne me demande même pas qui sont mes copains, je ne comprends pas son attitude.
--- C’est dommage, dis-je, je ressens pour toi une attirance que j’arrive pas à expliquer. Jamais je ne me suis senti aussi bien qu’hier !
--- C’est étrange, dit-elle, je ressens la même chose. j’ai l’impression de t’avoir toujours connu, que nous nous connaissons depuis l’enfance… Et ma mère qui nous interdit de sortir ensemble ! De quel droit ! C’est elle qui est responsable si je ne suis rien ! Non rien ! Je ne suis ni africaine, ni européenne, ni noir, ni blanche, et cette peau à la couleur bizarre, d’un blanc sale ou d’un noir délavé !
--- Sabrina ! Tu délires ! Jamais je n’ai vu une peau aussi belle que la tienne ! Ta peau a la couleur de l’amour ! Tu es le fruit de deux êtres qui se sont aimés malgré toutes leurs différences.
--- Alors pourquoi cette interdiction ? Dit Sabrina. Comment ma mère peut-elle m’interdire d’entretenir une relation avec un Français alors qu’elle en a épousé un et qui lui a donné deux enfants ?
Je suis révolté par l’attitude de Malia dont la première conséquence est de renforcer l’attirance que nous éprouvons l’un pour l’autre. En effet, sa prise de position extrême aboutit au résultat inverse à celui qu’elle espérait. Ce refus catégorique de sa part ne fait que renforcer notre attirance. Je suis décidé à voir Malia et à lui demander des explications ! Elle doit me les donner.
La situation se présente dans la matinée, Malia est seule dans le salon. Je lui demande si elle m’autorise à lui poser une question.
--- Ah ! j’attendais cette question, dit Malia. Je suppose que Sabrina t’as parlé ?
--- Oui, elle m’a parlé. Mais ni Sabrina ni moi ne comprenons ce qui motive votre décision !
--- Je comprends que vous soyez choqués tous les deux, mais je ne reviendrais pas sur ma décision.
Je sens la colère monter en moi et j’interroge Malia sur un ton ferme, presque agressif.
--- Je ne suis pas assez bien pour votre fille ? Ou alors vous préférez qu’elle épouse un africain ?
--- Non, calme-toi, dit-elle, c’est simplement pour des raisons personnelles.
--- Mais Sabrina à vingt ans, elle a le droit de choisir avec qui elle veut sortir !
--- Avec qui elle veut, mais pas avec toi ! C’est impossible.
Malia en a dit trop ou pas assez, maintenant elle doit justifier ses propos.
--- Tu n’as pas une idée ? Dit-elle. Tu ne vois pas à quoi je fais allusion ?
--- Non ! Je ne vois pas, dis-je étonné.
Malia me regarde fixement, l’expression de son visage change, son regard se fige.
--- Je vais te confier un secret, dit-elle, mais tu me jures de ne le dire à personne. Sabrina est ta sœur ! Enfin ta demi sœur si tu préfères. Sabrina a été conçu au moment où j’ai quitté ton père pour Bernard. Tu comprends maintenant ? Je ne l’ai jamais dit à personne. Tu es le seul à savoir, même Bernard ne sait pas.
Quelle douche froide ! J’ai une sœur ! j’ai une sœur depuis toujours et je l’apprends seulement maintenant, à dix-huit ans ! Et en plus, Malia m’interdit de lui dire que je suis son frère ! Tout ça me tombe d’un coup. Moi qui étais venu ici pour passer deux ou trois semaines tranquilles, je suis servi !
Je promets à Malia de ne rien dire à personne, mais ses propos ne m’ont pas totalement convaincu. Comment est-elle certaine que Sabrina est la fille de mon père ? Bernard aussi peut être son père. J’aborde de nouveau le sujet avec Malia. A présent, elle semble moins certaine, je l’ai amené à se poser des questions, j’ai soulevé un doute et je la sens tourmenté. Elle enfouit sa tête dans ses mains, la relève en grimaçant, puis se redresse d’un air décidé.
--- Tu as raison, me dit-elle, cette incertitude me tourmente et me ronge, je dois savoir, je dois m’arranger pour faire pratiquer un test, mais à leur insu naturellement.
--- Oui, ce serait une décision courageuse dis-je, mais comment allez-vous procéder ?
--- Oh ! Rien de plus simple, dit-elle, je vais dire à Sabrina que vous et elle devez faire un test pour rechercher le virus du sida. Pour Bernard, je dirais qu’il a l’air fatigué et qu’une prise de sang est indispensable. Après, je m’arrangerai avec le patron du labo, c’est un ami.
Impatient de connaître la vérité, je décide de poursuivre mon séjour en côte d’Ivoire... Je ne sais pas encore si J’aime Sabrina, c’est trop tôt pour le dire, mais je ressens une très forte attirance pour elle, ça j’en suis sûr. Comment dois-je la regarder ? Comme ma sœur ou différemment ? La réponse à cette question dépendrait donc du résultat des tests ? Tout cela est surréaliste ! Malia me dit qu’il faut deux à trois jours pour avoir les résultats.
En attendant, j’ai trouvé à m’occuper, je fais de la photo. Je me lève tôt le matin et parts à Abidjan avec Bernard. Je parcoure la ville en tous sens, je vais dans les endroits les plus retirés et je mitraille. Les rues, les marchés, les gens, tout me passionne. Cette ville renferme un véritable trésor pour qui aime la photo. Le soir, je me rends à l’entrepôt et je reviens avec Bernard.
Aujourd’hui, je reste à la villa, Malia attend les résultats des tests qu’elle a demandés. Nous sommes les seuls à connaître le véritable motif de ces analyses.
Guillaume et Sabrina sont partis avec des amis, moi je reste à la villa avec Malia. Pour tuer le temps, Malia me raconte ses années de jeunesse avec mon père, Bernard et la bande de copains. La sonnerie du téléphone vient interrompre le récit de ses souvenirs. Malia se lève d’un bon, décroche.
--- Oui, c’est moi, dit-elle…
Moi, je suis tendu comme je ne l’ai jamais été. Tout mon corps s’est brusquement figé, paralysé. Malia reste sereine, son visage ne trahit aucune expression.
--- Je vous remercie, madame ! Dit-elle, au revoir.
Malia repose le combiné
--- Non, Sabrina n’est pas ta sœur, dit-elle simplement.
Je saute de joie, je prends Malia dans mes bras et lui dis combien je suis heureux. Elle sourit, mais rien de plus. Je pense qu’elle ressent une certaine gène de n’avoir pas su avec certitude qui est le père de sa fille. A présent, l’image de Sabrina m’apparaît, comme une photo, là, devant moi, autour de moi, dans mon esprit, partout. Et je vois les portes de l’amour s’ouvrir en grand. Nous avons donc le droit de nous aimer ! j’ai du mal à y croire.
--- Je vais appeler Sabrina sur son portable et je lui dirais qu’elle peut se tranquilliser, que ni elle ni toi n’êtes séropositif, dit Malia.
Une heure plus tard, Sabrina rentre avec Guillaume, elle saute du Pick-up et court dans mes bras.
--- C’est merveilleux, dit-elle, mais comment ma mère a-t-elle pu penser que tu pouvais être porteur du virus ?
--- Ah ! Les Mères tu sais, elles sont toutes pareilles, elles s’imaginent toujours le pire pour leurs enfants.
Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de s’inscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sœur, quelques jours après, je découvre l’amour ! Jamais je n’ai passé de vacances aussi tourmentés !
Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de s’inscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sœur, quelques jours après, je découvre l’amour ! Jamais je n’ai passé de vacances aussi tourmentés !Mon séjour s’achève, je pensais rester une quinzaine de jours, il y a plus d’un mois que je suis ici et je n’ai aucune envie de partir. Sabrina va me manquer terriblement, nous avons décidé de laisser passer quelques semaines, voir quelques mois et de faire le point ensuite. Tout cela est arrivé tellement vite. Le taxi descend mes bagages devant l’aéroport d’Abidjan, Sabrina essaie de rester gaie et s’efforce de ne pas pleurer. Elle a insisté pour porter un de mes bagages, c’est un peu comme si on partait ensemble, dit-elle. Guillaume ne nous a pas accompagné : " Je vous laisse tous les deux, a-t-il dit, cette journée est à vous seul ". Sabrina a mis sa robe rouge, celle que je préfère car je trouve qu’elle met en valeur la couleur ambrée de sa peau.
--- Maintenant, j’en suis certain, dis-je, ta peau à vraiment la couleur de l’amour.
c’est la dernière phrase que j’ai prononcée.
Rentré à Paris, mon père me demande mon impression sur l’Afrique.
--- T’as certainement passé un séjour au calme, dit mon père, l’Afrique c’est pas comme ici et à la longue, on finit par s’ennuyer !
BOKAY
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Sauvé par l’amour.
Yannick visitait les distributeurs automatiques comme d’autres se rendent au bureau. Une affaire bien au point, minutieusement huilée et des proies sélectionnées : de vielles personnes ou des femmes peu alertes. Il en " visitait " un à deux par semaine, juste assez pour se payer cette saleté de drogue dont il était devenu dépendant. La réussite de sa petite affaire crapuleuse reposait sur une organisation stricte où rien n’était laissé au hasard, le temps, la fréquentation des lieux ou l’itinéraire à prendre avec le butin. Tout cela fonctionnait si bien qu’il était entré dans une sorte de routine, certain de l’infaillibilité de sa technique.
Ce mardi matin, le temps est idéal, une pluie fine pousse les gens à s’activer, à faire juste le nécessaire. Agacés par les gouttes qui ruissellent sur leurs visages, ils sont peu attentifs au monde extérieur et deviennent alors des proies vulnérables. Posté quelque peu en retrait d’une porte cochère, Yannick fixe le distributeur de billets distant d’une vingtaine de mètres. Pour banaliser sa présence il a ouvert son parapluie. La rue est calme, une vielle dame marche, un énorme Berger allemand à ses côtés. Devant elle, un homme d’un certain âge, vêtu correctement s’approche du distributeur, sort sa carte et compose son code. Yannick attend qu’il prenne le premier billet et compte dans sa tête, il sait que sur cette machine, un billet tombe toutes les quatre secondes. L’homme a retiré six billets. C’est pas terrible se dit Yannick, mais il a un besoin urgent d’argent et il s’en contentera. D’un air naturel, Il referme son parapluie, regarde de chaque côté de la rue, colle la semelle de sa chaussure gauche sur l’angle de la marche et pose une main en appui sur le mur. L’homme tient encore son portefeuille à la main quand Yannick se détend comme un ressort en direction du distributeur. Il l’atteint en quelques secondes et bouscule l’homme qui, sous l’effet de surprise, tombe à terre. Yannick lui arrache violemment son portefeuille et s’enfuit aussi vite qu’il le peut. L’homme reste à terre et se met à crier de toutes ses forces :
---Samiiiik ".
Fidèle à son habitude, Yannick ne se retourne pas et ne cherche pas à savoir qui est ce "Samik ". Chaque seconde compte. Il accélère et s’engage dans une ruelle. Il se sent poursuivi, accélère encore et se faufile entre les passants, les bousculants au passage. Mais son poursuivant gagne du terrain et fini par le rattraper, il ouvre alors toute grande son énorme gueule et plante ses crocs pointus dans le mollet de Yannick. La douleur est intense, Yannick a envie de hurler, il tombe, se relève aussitôt et reprend sa fuite. Mais le molosse ne lui laisse aucun répit et se jette à nouveau sur sa jambe. Le pantalon de Yannick est déchiré et le sang commence à couler. Il tente un violent coup de pied en direction de l’animal, mais la bête le saisit par la cheville et refuse de lâcher prise. Alors Yannick, utilisant toute la force de son bras gauche lui administre un coup de point en pleine gueule. L’animal lâche prise, Yannick en profite pour s’élancer en direction du boulevard où La circulation est fluide. Sentant les crocs de l’animal frôler sa peau, il s’élance pour traverser le boulevard au milieu de des véhicules. Une voiture réussit à l’éviter mais une camionnette de livraison le percute de plein fouet. La puissance du choc projette Yannick à quelques mètre et il retombe le dos sur le rebord d’une plaque d’égouts. Quand il se réveille à l’hôpital, Yannick ne sent plus ses jambes.
Paraplégique à vingt-deux ans ! Toute une vie dans un fauteuil roulant ! Pour Yannick, Le monde s’est éteint, ce mardi !
--- J’aurais mieux fait d’y rester ! Plutôt crever que de vivre comme un légume dit-il, un sexe qui ne me sert plus qu’a pisser et deux morceaux de bois en guise de guibolles !
Yannick n’avait rien qui le prédestinait à la délinquance et à la drogue. Elevé dans une famille bourgeoise, l’argent ne fut jamais un problème pour lui. Son père est concessionnaire du garage BMW de la ville. Une entreprise réputée pour engranger de confortables bénéfices. Le parcours de Yannick et sa lente décadence n’est pas un mystère pour son père qui a assisté impuissant et maladroit à l’emprise de la drogue sur son fils. Cette lente descente aux enfers a commencé il y a deux ans quand Yannick demanda à son père de le prendre au garage pendant les vacances. Ca tombait bien, il manquait un représentant. De plus, ça faisait bien pour le garage. Un fils à Papa qui demande à bosser ! C’est pas courant. Le job plaisait à Yannick, aucun problème jusqu’au jour où il pris rendez-vous avec un certain monsieur Jérôme. L’homme était jeune, très élégant, dynamique et désirait remplacer sa BMW pourtant récente par le tout dernier modèle de la série. Pas de souci pour le payement avait dit Jérôme, moi je paye cash et en liquide. Yannick lui avait obtenu exactement ce qu’il désirait et pour le remercier, Jérôme l’invita au restaurant. La soirée se prolongea dans un établissement privé où pour la première fois Yannick se vit offrir un peu de " rêve " gratuitement. Yannick revit Jérôme plusieurs fois, il repris de la drogue et l’accoutumance s’installa, toujours un peu plus, toujours un peu plus loin. Ensuite, Yannick ne revit plus Jérôme que rarement, c’est un petit revendeur qui l’approvisionnait.
Trois mois que Yannick est hospitalisé, ses jambes restent désespérément inertes et le sevrage est un calvaire. Il reste cependant, un léger espoir, ce sont les paroles du professeur qui le suit, mais quelle fiabilité accorder à de tels propos quand les faits ne montrent aucune amélioration ? Plusieurs méthodes de stimulations ont été tentées sans le moindre résultat.
Ce lundi, Yannick est dans sa chambre, il s’évade dans un livre de Cizia Zike lorsque la porte s’ouvre. Une jeune infirmière qu’il ne connaît pas entre.
--- Bonjour ! Vous êtes… Yannick ?
--- Bonjour ! Oui c’est moi, vous venez me chercher pour me faire des misères au moins ?
--- Non, rassurez-vous, dit-elle, le professeur Leroy désire vous parler, je vous conduis à lui.
La nouvelle infirmière dit s’appeler Elsa, elle conduit Yannick dans le bureau du professeur.
--- J’ai bien examiné votre cas, dit le professeur, votre paralysie n’est peut-être pas définitive. J’ai un collègue chirurgien qui serait d’accord pour tenter une opération, je voulais vous en informer car la décision incombe à vous seul.
--- J’ai perdu tout espoir de remarcher un jour, Docteur. Tout ce que vous avez essayé sur moi n’a donné aucun résultat, alors vous savez, maintenant j’en ai marre ! Crever ou finir ma vie dans ce fauteuil, quelle différence ?
--- Je ne vous demande pas une réponse tout de suite, dit le professeur, réfléchissez à cela calmement, parlez-en à vos parents.
Elsa reconduit Yannick à sa chambre. Ca l’agace qu’on le conduise comme un gosse, il est près à exploser.
--- Je suis capable de retourner à ma chambre tout seul ! Lance-t-il à l’infirmière sur un air de reproche !
--- Je vous accompagne, ce sont les ordres, dit Elsa.
--- Vous l’avez entendu ? Ils me prennent pour qui, pour un cobaye ? Une nouvelle intervention, pour quoi faire ? Ils ont déjà tout essayé sur moi.
Yannick arrive à sa chambre, Elsa le suit.
--- Ils font tous chier ! Dit-il, j’en ai marre de cette vie, vous pouvez pas me laisser crever dans ce putain de fauteuil !
--- Dites pas ça, dit Elsa, vous êtes jeune, vous pouvez vous épanouir dans une vie différente, mais une vie agréable quand même. Et puis cette opération, que vous a proposé le professeur ? Il faut garder espoir !
Assise sur une chaise, Elsa se met à parler d’elle. Elle aussi a eu son lot de malheur, un père qui se tue dans un accident de la route quand elle avait quinze ans, une mère absente à cause de son travail. Elle a obtenu son diplôme d’infirmière il y a deux ans, cet établissement est son deuxième poste. Elsa parle calmement, un léger sourire en coin de lèvre agrémente ses paroles.
Le lendemain, quand Elsa pénètre dans la chambre de Yannick, elle a changé de coiffure. Yannick le remarque.
--- Oh ! Vous êtes observateur, dit Elsa, ici personne ne l’a vu, vous êtes le seul à me le dire.
--- Cette nouvelle coiffure vous va très bien et je suis sincère, dans mon état, on ne peut être que sincère, j’ai abandonné toute idée de séduction.
--- dommage !
--- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
--- Je veux dire que c’est dommage car vous êtes séduisant.
--- Séduisant en fauteuil ! Vous ne m’avez seulement jamais vu debout ! Je ne pourrai plus jamais faire l’amour à une femme et vous dite que je suis séduisant !
--- Ca n’empêche pas d’être séduisant ! Dit Elsa. Et qui vous dit que vous ne retrouverez pas l’usage de vos jambes si l’opération réussit ?
--- Ne me parlez plus d’opération, dit Yannick ça me donne des idées, je me fais un cinéma et je me retrouve à chaque fois cloué sur ce fauteuil. C’est encore pire.
--- Réfléchissez-y quand même, dit Elsa en quittant la chambre
Elsa avait pris l’habitude de venir une dizaine de minutes chaque jour avec Yannick, ils parlaient de tout, il était devenu peu à peu son confident. Des liens invisibles s’étaient tissés jour après jour. Elsa avait pris une place si importante dans la vie de Yannick qu’il en était arrivé à redouter le jeudi, le jour de repos d’Elsa. Cette journée lui semblait interminable, heureusement qu’il y avait la piscine, comme il adore l’eau, ça compensait un peu. Adolescent, Yannick aimait écrire, sur ses vacances ou ses voyages ou encore ses aventures amoureuses. Un jour, l’idée lui vint d’écrire un poème à Elsa. Il lui donna et il remarqua que ses yeux se brouillaient en le lisant.
--- Tu ne peux savoir comme cela me fait plaisir, dit Elsa.
Elle se pencha pour l’embrasser en guise de remerciement, mais, pour la première fois, leurs lèvres se touchèrent et un long baisé s’en suivit. Yannick regarda Elsa, oui il la regarda, car auparavant il ne faisait que la voir. Conscient de la barrière qui les séparait, il s’interdisait de la regarder. Tout allait trop vite, Elsa avait pris trop de place dans sa vie, sa pauvre vie d’infirme. Alors, il se plaisait à rêver d’amour, avec Elsa bien sûr. Il s’imaginait quantités de scenari mais toujours ce maudit fauteuil en travers !
La vie de l’établissement était calme et Elsa, son travail terminé, restait souvent avec Yannick. Ils parlaient d’un peu de tout, se tenant la main et abordant mille sujets. Mais un sujet revenait constamment, l’opération qu’avait proposée le professeur.
--- Tu te rends compte, si ça réussissait, dit Elsa,
--- Et si, comme les autres fois, c’était un échec ! Tu imagines les conséquences ?
Elsa ne répondit pas, laissa passer un long silence, pris les mains de Yannick et le regarda dans les yeux.
--- Je vais te dire quelque chose dit-elle, mais promets-moi de ne pas te fâcher.
--- Promis,
--- J’ai pris rendez-vous avec le chirurgien demain matin pour ton opération.
--- Tu as fais ça ? Sans m’en parler.
--- Si je t’en avais parlé, tu aurais refusé, alors j’ai pris l’initiative.
La perspective de vivre sur ses jambes et d’avoir une vie sexuelle normale rendit Yannick quelque peu euphorique ! Quel que soit le résultat de l’opération, je ne te laisserai pas, avait dit Elsa, mais Yannick se refusait à offrir à son amie une vie qu’il qualifiais de " vie au rabais ".
Jeudi dix-huit heures, Yannick regagne sa chambre, il dort encore. Elsa est à ses côtés, elle pense sans cesse à ce qu’a dit le chirurgien : l’opération s’est bien passée, enfin j’espère. C’est ce " j’espère " qui la tourmente. L’attente est longue, un papillon bat des ailes contre la fenêtre de la chambre, lui aussi est prisonnier. Elsa fixe le goutte à goutte, puis le visage de Yannick, mais instinctivement, c’est sur les jambes de Yannick que se posent ses yeux.
Vingt heures, Yannick se réveille. Il regarde autour de lui, Elsa est là, elle lui sourit.
--- J’ai mal dit-il, tu peux demander un calmant ?
--- Ne bouge pas dit Elsa, je dois prévenir le médecin dès ton réveil.
Le médecin soulève le drap, laissant apparaître les jambes atrophiées de Yannick. Il sort un objet pointu de sa poche et tapote la jambe de Yannick à différents endroits.
--- Aïe ! Crie Yannick, mais vous me faite mal !
Yannick n’a même pas réalisé que c’est sa jambe qui lui fait mal. Le visage d’Elsa s’illumine suivi d’un large sourire du Médecin.
--- Ca a marché dit Elsa ! Tu te rends compte, tes jambes réagissent à la douleur ! C’est formidable ! Extraordinaire ! Elsa se penche sur Yannick et colle sa tête contre la sienne, leur joie était innommable.
Après deux semaines de rééducation, Yannick quitte l’établissement. Il passe sa première nuit avec Elsa. Il découvre que marcher tout simplement dans la rue et avoir des relations avec son amie avait pour lui un goût de paradis. Mais de vrai paradis, pas celui de poudre qui l’entraînait dans les profondeurs de la misère humaine. La vie avait une toute autre couleur !
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Sarah et Simon
Paris, été 1943. C’est un bel après-midi, le soleil entre dans l’appartement par deux grandes fenêtres. Ma mère est assise près de la fenêtre, elle fait de la couture et ma grande sœur est plongée dans un nouveau roman. Moi, je rassemble tous mes soldats car aujourd’hui, c’est la grande bataille, les Sudistes se préparent à résister aux Nordistes. J’ai récupéré un carton, je l’ai découpé pour en faire une forteresse et je suis prêt, la grande bataille va commencer. Notre père n’est pas avec nous, ma mère dit qu’il est parti en province chercher une maison à louer pour nous mettre à l’abri. Ah ! Je dois vous dire, nous ne sommes pas des gens comme les autres, nous sommes Juifs. C’est à dire que nous avons le droit de sortir mais à condition de porter une étoile jaune bien visible sur nos vêtements. Maman en a cousu une sur tous nos vêtements, elle dit que si on n’en a pas, on peut aller en prison, alors je fais bien attention. Elle dit aussi qu’il faut toujours être prêt à s’enfuir ou à se cacher. A l’école, j’ai qu’un copain, c’est parce qu’il est juif comme moi, les autres ne nous parlent pas. Maman prend bien soin de nous, elle nous achète du chocolat, des gâteaux et des bonbons, elle dit qu’elle les a au marché noir, mais moi, je ne l’ai jamais vu ce marché. Un jour, papa nous a même ramené des oranges, elles étaient très juteuses. Je ne sais pas pourquoi, mais aujourd’hui Maman est nerveuse, elle regarde par la fenêtre sans arrêt, elle se penche et regarde tout au bout de la rue, de chaque côté. J’ai commencé ma bataille, tous mes soldats sont alignés et prêts pour le combat quand Maman qui est penchée à sa fenêtre, se relève brusquement et nous crie : --- " allez vous cacher ! " Nous avons une cachette, c’est papa qui nous l’a aménagée. Elle n’est pas située dans l’appartement, mais sur le palier, dans le placard du compteur d’eau. Nous courrons tous les deux embrasser Maman, je ne sais pas pourquoi, mais elle me serre tellement fort que je lui dis : --- " Arrête Maman, tu vas m’étouffer ! " Ma grande sœur aussi, elle la serre très fort, puis elle nous dit d’aller vite nous cacher, de ne pas faire de bruit et elle ajoute : tu obéiras bien à ta sœur. Je ne veux pas lui faire de la peine, elle a l’air triste et apeuré alors je dis : " oui Maman ", et nous partons nous cacher sur le palier. Comme je suis le plus petit, je rentre le premier et me fourre dans le fond, il fait tout noir. Ma sœur Sarah, me dit de ne pas faire de bruit et de ne pas parler. C’est pas facile de ne pas parler à dix ans, surtout que je lui parle tout bas à l’oreille, elle exagère, personne ne peut m’entendre. Sarah fait comme papa a dit, elle a bien remis la planche devant nous, comme ça, si quelqu’un regarde, il ne nous verra pas. On entend des pas dans l’escalier, ils font beaucoup de bruit, à mon avis il y a quatre ou cinq personnes. Sarah me prend dans ses bras, me serre fort et me chuchote…chuuute faut pas parler. La situation doit être grave aujourd’hui, tout le monde me serre très fort. Les hommes frappent chez nous, comme ma mère ne vient pas tout de suite, ils tapent très fort, peut-être même avec les pieds. Je ne comprends pas pourquoi ils viennent chez nous, Maman ne fait de mal à personne et elle met toujours son étoile jaune quand elle sort. J’entends la porte qui s’ouvre et les hommes qui rentrent dans l’appartement, je tremble de peur. Qu’est-ce qu’ils veulent encore à maman, ils sont déjà venus la semaine dernière. J’entends un homme qui crie : --- " Où sont vos enfants ? " Je n’entends pas ce que Maman répond. Un des hommes a demandé : --- " Tu as regardé partout ? " l’autre a répondu : --- " Oui, j’ai tout fouillé, ils ne sont pas là ! " J’entends qu’ils emmènent Maman, où l’emmènent-ils ? C’est drôle, Maman et Papa disent que c’est les Allemands qui sont méchants avec nous, mais j’ai bien écouté, c’est pas des Allemands, c’est tous des Français. Je les entends descendre l’escalier. Le bruit de leurs pas s’estompe et le silence revient. Je demande à Sarah s’ils sont partis. Elle me dit qu’il faut encore attendre un peu et ensuite on sortira. Des personnes tirent de l’eau dans l’immeuble, car ça fait un bruit de casserole et ça raisonne dans notre cachette. Je dis à Sarah que Papa a eu une sacrée bonne idée de nous faire une cachette ici. Mais Sarah pleure. Je ne comprends pas pourquoi, elle a peut-être peur que Maman rentre tard ? Elle me dit que ce n’est pas la peine de rester plus longtemps, qu’on peut sortir. Je remarque que les hommes n’ont pas refermé la porte de notre appartement et que Maman ne nous a pas laissé un petit mot comme d’habitude pour dire où elle est. Sarah me dit que je dois préparer des affaires et les mettre dans un sac car nous allons partir. Je ne comprends plus rien, elle n’attend pas que Maman rentre ? Elle me dit de ne pas poser de question et qu’à partir de maintenant, je ne m’appelle plus Simon Gerstein mais Jean Leblanc et elle, Françoise Leblanc. Je trouve ça bizarre qu’on change de nom, mais Maman a dit que je dois obéir à ma sœur. On doit partir pour longtemps car Sarah emporte à manger dans son sac et en met aussi dans le mien. Elle va dans la cuisine, je la suis, elle monte sur une chaise et descend une boite métallique de la plus haute étagère. Elle l’ouvre devant moi, la boite contient des billets de banque et deux cartes d’identités avec nos nouveaux noms. Comme elle me voit étonné, elle me dit que c’est maman qui les a mis là pour nous au cas où nous devrions partir. Sarah cache l’argent dans ses vêtements, met les cartes d’identités dans une poche, laisse la boite vide et me dit que nous devons quitter la maison pour nous rendre chez des amis à Nantes. Je m’inquiète au sujet de Maman et demande à Sarah si elle rentre ce soir. Sarah me dit : " Non ", c’est pour cette raison que nous devons partir. Avec ma sœur Sarah, je n’ai pas peur, elle est grande, elle a quinze ans, mais sans Maman, c’est triste. En descendant l’escalier de notre immeuble, la dame du premier entrebâille sa porte et nous dit tout bas, comme si personne ne devait entendre : " Soyez prudent les enfants, bonne chance ! " Puis elle referme sa porte. Je fais remarquer à Sarah qu’elle est gentille la dame du premier, quand elle me voit, elle me donne toujours un carré de chocolat. Dans la rue, j’ai peur et je suis fière en même temps car c’est la première fois que je sors sans mon étoile jaune, alors je me sens comme tout le monde. Sarah me l’a bien dit, personne ne doit savoir que nous sommes juifs. Je demande à Sarah où on va et elle me répond que nous allons marcher jusqu’à la gare, et après, nous verrons. Pour ne pas trop souffrir de la chaleur, nous marchons à l’ombre. Il faut faire attention, à chaque croisement, ma sœur passe furtivement la tête pour s’assurer qu’il n’y a pas de d’Allemand ou de policier, puis elle me fait un signe de la main et j’y vais. Dans la rue, j’ai l’impression que tous les gens nous regardent alors j’essaie de me faire encore plus petit pour ne pas me faire remarquer. Nous traversons un jardin, des enfants de mon âge jouent au ballon, je les regarde avec envie, car moi aussi je voudrais bien jouer au ballon. Comme Sarah me voit intéressé, elle me dit qu’on va s’arrêter ici un moment pour manger un morceau de pain, il y a un banc juste devant et je suis bien placé pour suivre le match. A un moment, le ballon atterrit dans mes pieds, je le ramasse et d’un coup de pied bien ajusté, le renvois au garçon qui me fait signe. Me voyant shooter avec autant de précision, Sarah me regarde et me sourit, ça me fait plaisir. Soudain, Sarah se penche pour voir entre les arbustes, relève la tête, me tire par la main et me dit : --- Viens vite ! Prends ton sac, il y a des Allemands là-bas ! Je lui obéis, et nous quittons le jardin. C’est dommage, je n’ai pas vu la fin du match, j’ai tout juste fini de manger ma pomme. Nous arrivons en face d’un marché de fruits et légumes. Ma sœur me dit que nous allons le traverser car il y a encore du monde et nous passerons inaperçu. Beaucoup de gens cherchent de la nourriture abîmée parmi les cageots vides laissés par les marchants. Je me dis que jamais Maman ne ferait ça, ramasser des fruits et des légumes à moitiés pourris. Pourtant, j’ai bien regardé, aucune de ces personnes ne portent d’étoiles jaunes. C’est peut-être parce qu’on est plus riche qu’on nous oblige à porter une étoile, pour que les autres personnes sachent que nous avons ce qu’il faut, qu’il ne faut rien nous donner. Tout en marchant, je pense à tout ça et j’arrête pas de trébucher sur les pavés disjoints qui ressortent. Ma sœur me dit de faire attention, qu’on arrive à la gare Montparnasse et que près des gares, il y a beaucoup d’Allemands et de police. Soudain d’un geste vif elle me tire par le bras et m’entraîne sous une large porte cochère. --- Viens par ici, on va se cacher, dit-elle. L’immeuble est sale et sent mauvais. Des chats qui se battent pour des restes de nourriture se sauvent à notre arrivée. La cour est encombrée de pièces de vélos, de vieilles portes posées contre le mur et même d’un matelas tout éventré dont les ressorts dépassent. On va voir si on peut se cacher ici, dit Sarah. Elle m’entraîne de l’autre côté de la cour, ouvre une porte branlante dont les carreaux sont cassés et met son doigt devant sa bouche pour m’avertir de ne pas parler. La pièce semble inhabitée, très sale, encombrée de vieilles affaires et de détritus qui dégagent une odeur pestilentielle. --- On va s’arranger une place propre et on s’installera ici jusqu'à la nuit, dit Sara. J’ai encore jamais vu un endroit aussi sale et répugnant, même chez madame Machard, qui habite au rez-de-chaussée, c’est pas aussi sale. Au fond de cette grande pièce, il y a une porte qui ouvre sur une sorte de cagibi. Il est peu encombré et ma sœur dit que c’est là que nous allons nous cacher jusqu’à la nuit. Je l’aide à enlever ce qui traîne sur le sol, récupère une caisse en bois pour nous asseoir et nous posons nos affaires. Il doit y avoir des gens qui habitent ici car on entend des enfants jouer dans la cour. Ma sœur me dit de ne pas me montrer car personne ne doit savoir que nous sommes ici. Je suis en plein sommeil et quand Sarah me réveille, je rêve que des hommes s’amusent à tirer au fusil dans les étoiles. --- C’est l’heure, dit-elle, il faut y aller ! Nous sommes dans le noir absolu et c’est à tâtons que nous récupérons nos sacs. En traversant la grande pièce, je trébuche sur des ordures et tombe sur de vieilles pièces de métal. Ma sœur me demande si je me suis fait mal, je réponds non pour la rassurer mais ma main saigne, j’en suis sûr car je l’ai portée à ma bouche et j’ai senti le goût si particulier du sang. Nous traversons la cour, un homme dort sous le grand porche, on le distingue grâce à la lumière du réverbère de la rue. Je pose mes pieds délicatement sur les pavés pour ne pas le réveiller et nous pénétrons dans la rue. Elle est déserte et le silence est angoissant. Nous passons sur le côté de la gare et nous longeons les voies jusqu’à ce que nous atteignions les trains. Sarah regarde les écriteaux qui se trouvent sur les wagons. Après avoir regardé une dizaine de trains, nous en trouvons un qui va à Nantes. Sarah essaie d’ouvrir une des portes du wagon, mais renonce à cause du bruit épouvantable que font les roulettes sur le rail métallique. Elle en essaie une dizaine et finit par en trouver une qui s’ouvre presque en silence. Sarah me soulève et je pénètre le premier à l’intérieur du wagon. Je m’avance prudemment car je n’y vois rien, je constate seulement que le wagon est presque vide mais je n’arrive pas à voir jusqu’au fond. Je tends ma main à Sarah pour l’aider à monter et nous refermons la porte. A tâtons dans le noir, nous partons explorer le fond du wagon. Je prends mes pieds dans des barres de métal et tombe sur une masse molle et informe, ce sont des sacs de jute. Ils contiennent quelque chose comme de la poudre ou de la farine. Ma sœur, qui explore l’autre côté du wagon, découvre de gros cartons, qui contiennent du tissu ou des vêtements. Je retourne avec elle et ouvre un carton de vêtements avec mon petit couteau de poche. A mon avis, cela ressemble à des vestes et des pantalons, tous bien pliés et qui sentent le neuf. Je vide la moitié du carton à terre et l’étale pour en faire un matelas de fortune car je suis fatigué et j’ai sommeil. Quelques minutes plus tard, je m’endors. Je me réveille en sursaut, tourne la tête de tous côtés et découvre avec stupeur l’univers qui m’entoure,. --- Sarah, tu es là ? Ou on est ? --- Calme-toi Simon ! On est dans un train, on voyage vers Nantes. Tu te souviens ? --- Ah ! Oui, je me souviens… Le train roule lentement et le soleil se faufile entre les planches disjointes du wagon. Sarah est à mes côtés, elle déballe des cartons contenant des habits de femmes, robes, chemisiers, pulls. Elle prend une robe bleue à fleurs, la pose contre elle et me demande ce que j’en pense. Moi, je n’y connais rien en habits de filles alors, pour lui faire plaisir, je lui dis que ça lui va bien. --- Si elle me va, je la garde, dit-elle. --- Mais c’est pas bien de voler ! lui dis-je, si Maman savait… --- Et tu crois que c’est bien ce qu’on nous fait ? On est obligé de voyager caché dans un train de marchandise ! Et Maman, pourquoi ils l’ont enlevé ? Tu crois que c’est normal. Alors moi, je prends cette robe, c’est pas normal, mais je la prends. S’ils me rendent Maman, je rends la robe. Qu’est-ce que tu en penses ? --- Je ne sais pas, tu as peut-être raison, mais voler c’est pas bien ! La porte du wagon qui ferme mal me permet de regarder le paysage qui se déroule devant moi, des maisons de plus en plus hautes indiquent qu’on se rapproche d’une grande ville. Je demande à Sarah : --- On approche d’une ville, c’est Nantes --- T’as vu à quelle vitesse on roule, ce train ne va plus vite qu’une tortue ! --- On sera quand même arrivés ce soir ? --- Non ! Dit Sarah, à cette vitesse si tout va bien, on mettra deux ou trois jours. Je n’ai guère envie de rester deux ou trois jours dans ce wagon. Qu’est-ce que je vais faire tout ce temps ? J’aurais dû emmener mes soldats, j’aurais fait une vraie bataille. Tiens, qu’est-ce qui se passe, le train s’arrête ! Je regarde par le jour de la porte…Là-bas au loin, le quai est plein de monde ! Il y a des hommes, des femmes et des enfants, mais aucun n’a de bagage. Ils sont entourés de soldats allemands qui tiennent leurs fusils à la main. On ne voit pas très bien, mais je crois qu’ils portent tous une étoile jaune. Ce sont donc des Juifs, comme nous. Un train arrive sur le quai, juste devant eux, les Allemands les font reculer, puis le train s’immobilise. Un soldat crie des ordres en allemand, les gens forment des colonnes face aux portes et commencent à monter. J’en vois qui ne veulent pas monter, mais les soldats leur donnent des coups de crosses dans le dos et ils font comme les autres. Ils sont méchants, ils tapent très fort, c’est pas bien de traiter les gens ainsi, je me demande ce qu’ils ont fait de mal. Sarah me dit que c’est uniquement parce qu'ils sont Juifs et qu’ils les emmènent en Allemagne pour les faire travailler. C’est peut-être là-bas qu’ils vont emmener Maman ! Si c’est ça, je me demande combien de temps ils vont la garder, parce que moi sans Maman je vais m’ennuyer. Pour mieux voir, j’ai ouvert la porte du wagon et j’ai passé ma tête mais Sarah me dit que ce n’est pas prudent, qu’on pourrait nous voir, alors je l’ai refermée. Nous commençons à avoir faim, Sarah ouvre son sac, coupe des tartines avec le pain qui reste et les recouvre de confiture. C’est de la confiture de prunes, elle est très bonne. Le train redémarre en faisant de fortes secousses mais roule très lentement. Tous les gens qui étaient sous la surveillance des Allemands sont montés dans le train et les soldats se tiennent sur le quai debout, le fusil à la main et face au train. Ils sont postés, un tous les quatre à cinq mètres. J’ai refermé la porte au maximum car nous passons tout près d’eux. Je me dis que s’ils nous attrapent, ils nous mettront aussi dans ce train pour aller travailler en Allemagne. Je réfléchis au travail qu’ils pourraient me faire faire mais je ne sais pas car avec Maman je n’ai jamais travaillé. Le train ralentit encore puis s’arrête, juste devant la gare. Pour effacer les preuves de notre présence, nous remettons en place tout ce que nous avons dérangé et nous nous aménageons un espace tout au fond derrière les sacs de farine. Nous sommes restés cachés, recroquevillés ainsi pendant plusieurs heures. Le train était toujours arrêté et la chaleur insupportable. Las de cette position, Sarah dit que nous devons acheter de la nourriture car si le voyage est très long nous risquons d’avoir faim. Je tire sur la grande porte du wagon et nous quittons notre cachette. La gare est très animée, le quai encombré de personnes embarrassées de bagages hétéroclites. Le train qui contenait tous ces gens montés de forces dans les wagons est parti. Tout semble normal et Sarah me dit que c’est le moment de quitter notre cachette pour aller acheter à manger. Nous prenons nos sacs et descendons du wagon avec précaution. Mélangés à une foule composée de toutes sortes de gens, personne ne fait attention à nous. Un train entre en gare enrobé d’un nuage de fumée qui envahit tout le quai. La bousculade est générale et nous en profitons pour nous diriger vers l’intérieur de la gare. Les gens nous poussent, nous heurtent avec leurs gros sacs. Sarah me dit que nous allons sortir de la gare et chercher une boulangerie et une épicerie. Ca fait du bien de se retrouver en plein air, j’en avais plus que marre de ce wagon. Sarah achète des provisions et nous rentrons dans la gare à nouveau. Par chance, il y a de la place de libres sur un banc, je demande à Sarah si on ne peut pas s’asseoir quelques minutes avant de reprendre notre place dans le wagon. Elle hésite et fini par accepter. Nous nous asseyions à côté d’un homme assez âgé accompagné d’un chien. Il tire son sac à lui pour nous faire de la place et, voyant que je regarde son chien, il me dit : --- Il s’appelle Sim, c’est un berger allemand, mais pas pure race. Le chien vient vers moi, pose ses pattes sur mes genoux et me lèche, moi, sans réfléchir je réponds : --- C’est drôle, c’est comme mon prénom, je m’appelle Simon. Réalisant aussitôt Que j’avais commis une grosse erreur, je rectifie de suite et ajoute : --- Non, je me suis trompé, je m’appelle Jean, Jean Leblanc. --- Tu sais plus ton nom ? Me dit l’homme. --- Si, si j’ai pas fait attention, mais il est beau votre chien, il est drôlement gentil. --- Ca dépend avec qui, en tout cas, il est gentil avec les enfants qui sont en fuites, Comme vous, hein ? --- On est pas en fuite Monsieur, lui dis-je, on attend notre maman ! --- Un conseil les enfants, ne restez pas ici, il y a des allemands, il faut partir ! A peine a-t-il terminer sa phrase qu’une patrouille de militaires allemands pénètre dans la gare. Après une rapide inspection de la tête, les militaires s’avancent en direction de notre banc. --- Papiers ! Demande l’un des militaires en jetant un regard suspicieux sur l’homme. --- Je n’en ai pas dit-il, je les ai perdus… Il y a longtemps. --- Alors suivez-nous, dit un autre sur ton agressif. --- Et mon chien, je ne peux pas le laisser là ? Dit l’homme. --- Pas de chien, que vous ! Dit le militaire. C’est les ordres ! Les soldats embarquent l’homme qui se débat et répète sans cesse qu’il ne veut pas partir sans son chien. Je tremble de peur, ces soldats me paraissent encore plus féroces que je ne l’imaginais. --- Et vous les enfants, vous êtes tout seuls ? Vous avez des papiers ? Demande un Soldat. --- Oui, dit Sarah en sortant les deux cartes d’identités de sa poche. Mais le soldat n’a pas le temps de vérifier nos papiers, car à cet instant l’homme réussit à s’enfuir et tous les soldats partent à sa poursuite. Aller ! Dit Sarah me tirant violemment par le bras, il faut partir. J’entends deux coups de fusil à l’extérieur de la gare… Difficilement repérable grâce à notre petite taille, la foule nous cache et nous aspire rapidement. Nous nous faufilons dans cette marée humaine et retraversons les voies. Notre train est toujours là, un peu à l’écart des autres, en plein soleil. Nous devons quitter la foule et retourner à notre wagon sans nous faire remarquer. Mais non ! Personne ne fait attention à nous ! Les gens ont suffisamment à faire avec eux-mêmes sans s’occuper des autres ! Arrivés à notre wagon, je grimpe et tire de toutes mes forces sur la lourde porte, puis j’aide Sarah à monter et nous refermons la porte, laissant juste une dizaine de centimètres de jour. A l’intérieur il fait une chaleur épouvantable, je regarde Sarah, mes jambes et mes mains tremblent. C’est la peur me dit-elle en me prenant dans ses bras. C’est vrai que j’ai eu très peur, mon cœur bat à toute vitesse. Je déballe un carton de vêtements pour me confectionner une couchette et m’allonge dessus. Ma sœur est affalée sur un gros carton, elle a le regard vide et pensif. Nous restons ainsi une demi-heure quand soudain, un aboiement nous fait sursauter ! Je tire doucement la porte du wagon et reconnais le chien, c’est Sim ! Ses pattes avants sur le rebord du wagon, il me regarde tristement. Il a certainement perdu son maître, emmené ou tué par les soldats. Sarah me dit qu’il ne faut pas le laisser là devant le train qu’il pourrait nous faire repairer. Elle descend du wagon et soulève le chien pour l’aider à monter avec nous. Le pauvre chien se sent perdue, il me lèche et pause ses pattes sur mon épaule. Puis, je passe mon bras autour de son cou et le renverse sur le matelas que je me suis confectionné. Il se roule sur moi et nous jouons comme des fous, comme s’il me connaissait depuis toujours. --- Tu as faim ? Dit Sarah en s’adressant au chien. Sim émet un léger grognement et Sarah ouvre le sac rempli de provisions. Elle en sort une sorte de saucisson médiocre, en coupe quelques rondelles qu’elle place dans une tranche de pain et le donne à Sim. Il l’avale presque d’un coup. L’arrivée de Sim a stoppé net mes tremblements. Je me demande ce que Sarah compte faire avec ce chien ? Il a l’air drôlement gentil ! Sarah lui redonne à manger car il à l’air d’avoir très faim. Je demande à Sarah si Sim peut venir avec nous jusqu'à Nantes, mais elle dit que c’est déjà gentil que des amis nous hébergent et que nous ne pouvons pas arriver avec un chien. Elle a peut-être raison, mais je me demande où il va aller ? Soudain, Sim se lève d’un bond, se dirige vers la porte et grogne. A-t-il entendu un bruit ou senti une personne ? Tout d’un coup, il se met à aboyer avec force devant la porte. Je regarde et je vois un homme habillé en bleu de travail et portant une casquette de toile, bleu également. Il tire la porte du wagon, mais Sim aboie de plus belle. --- Un chien ! Un chien dans le train ! On aura tout vu ici ! Dit l’homme L’ouvrier, comprenant que ce chien faisait beaucoup de bruit mais n’était pas méchant, grimpa dans le wagon. A la vu de tous ces cartons ouverts, il poussa un cri : --- C’est toi qui a déménagé tous ces cartons, dit-il en s’adressant à Sim ? t’es sûr que tu es tout seul ? Je me suis caché tout au fond du wagon, derrière les sacs de farine et je respire profondément dans les bras de Sarah. L’homme fouille partout, je l’entends, il bouge des cartons. Maintenant, il vient vers nous, regarde dans notre direction mais ne nous voit pas. Il retourne et s’apprête à quitter le wagon quand Sim arrive comme une tornade et se jette tout contre moi. L’homme trouvant cela bizarre revient et nous découvre. --- Qu’est-ce que vous faites ici ? Demande l’homme, c’est vous qui avez retournez tous ces cartons, petits bons à rien ! Sortez un peu que je vous vois ! --- Ne dites rien Monsieur, dit Sarah, nous allons tout ranger. Nous voulons juste aller à Nantes mais nous n’avons pas d’argent. --- Mais tu es grande toi, dit-il a Sarah, quel âge tu as ? --- J’ai quinze ans monsieur et mon petit frère a dix ans. --- Nous allons ranger tout ça, dit l’homme, toi le gamin, tu arranges les sacs de farine comme il faut et tu bouges pas d’ici, moi et ta sœur on va ranger les cartons. J’ai pas beaucoup à ranger, alors je m’adosse contre un sac, Sim à mes côtés tout contre ma jambe. Pendant ce temps, Sarah et l’homme s’occupent des cartons. Je les entends parler, mais je n’y vais pas, l’homme m’a dit que je devais rester ici. Ils parlent de plus en plus fort et ne semblent pas d’accord. J’entends même ma sœur qui se fâche, elle dit : --- Non, non je ne veux pas ! Je ne veux pas ! --- Mais laisse-toi faire, dit l’homme, je ne te ferai pas mal ! --- Non ! Arrêtez ! Je ne veux pas, dit ma sœur avec force. J’entends des bruits de cartons qui dégringolent puis soudain, une claque ! Elle raisonne dans le wagon et il s’ensuit un lourd silence. Il n’a quand même pas frappé Sarah ? --- Simon ! Simon ! Vient me défendre, Crie Sarah. Je traverse le wagon en courant et vois l’homme sur Sarah qui se débat et hurle. L’homme essaye de mettre sa main devant la bouche de Sarah pour l’empêcher de crier mais Sarah en profite pour le mordre. Fou de rage, l’homme lève son poing en l’air et s’apprête à l’envoyer de toutes ses forces dans le visage de Sarah. Je pense qu’il va la tuer, je dois faire quelque chose, mais quoi ? Soudain, je repense à ces barres de fer, contre lesquelles je m’étais cogné dans le noir à la gare Montparnasse. Sim lance sa tête en avant et se met à aboyer. L’homme ne fait pas attention à moi, il tient toujours son bras levé, alors je me saisis d’une des barres, la soulève à deux mains et frappe l’homme de toutes mes forces. L’homme reçoit la barre métallique en pleine tête, son corps vacille de gauche à droite et vient retomber sur le planché du wagon. Sarah se relève, elle est presque complètement déshabillée, ses cheveux sont tout ébouriffés et son visage est plein de colère. Je ne l’ai jamais vu avec un visage aussi méchant et menaçant. Elle jette un regard de mépris en direction de l’homme qui gît à terre. Le sang commence à couler de son crâne et il est toujours inconscient. --- Faut pas rester ici, dit Sarah, prenons nos affaires et partons ! J’aide Sarah à cacher l’homme derrière les cartons, nous rangeons rapidement ce qui traîne et, nos sacs à la main, nous quittons le wagon. Nous courrons vers l’arrière du train, Sim nous suit, nous choisissons un wagon au hasard et je monte le premier pour ouvrir la porte. Elle est dure et je dois utiliser toutes mes forces pour l’ouvrir. Sarah soulève Sim à hauteur du planché, nous pénétrons dans le wagon et nous repoussons la lourde porte. Enfin ! Dit Sarah heureusement que tu es venu, cet homme voulait abuser de moi. Je ne comprends pas tous ce qu’elle dit ma sœur, mais je sais que cet homme voulait lui faire du mal. J’aurais voulu lui demander davantage d’explications, mais j’ai pensé que c’était pas le moment. Par exemple, c’est parce qu’on est juifs ? Ou parce qu’elle est une fille ? --- Tu crois qu’il est mort, Sarah ? Est-ce qu’ils vont me mettre en prison s’il est mort ? --- Non, dit Sarah, il est pas mort, je ne pense pas. --- J’ai tapé fort tu sais, de toutes mes forces regarde, j’ai pris la barre de fer à deux mains et j’ai visé sa tête. --- Et Sim, qu’est-ce qu’il a fait ? Demande Sarah. --- Il a aboyé très fort ! Tu l’as pas entendu ? --- Non, je me débattais. --- Et s’il se relève, l’homme, tu ne crois pas qu’il va nous retrouver, et peut-être essayer de nous tuer ? --- Non, il y a très peu de chance, dit Sarah, s’il se réveille maintenant, il ne va pas se mettre à ouvrir toutes les portes des wagons ? Il va plutôt penser que nous sommes partis. --- Et s’il passe à côté et que Sim se met à aboyer ? --- Allons Simon, te fais pas de souci. Ce wagon contient des grosses caisses en bois et des sacs de blé. La chaleur qui règne à l’intérieur est épouvantable et Sim respire bruyamment. Nous faisons un rapide inventaire du wagon et je couche deux sacs de blé pour en faire un matelas. Je m’allonge de tout mon long avec Sim contre moi. Ma sœur sort une bouteille d’eau, joint ses deux mains afin de former un récipient et me demande d’en verser doucement pour faire boire Sim, puis nous buvons à notre tour. Nous parlions de Maman quand le train se remit en route. Bercé par le bruit monotone des rails, je m’endors. --- Sarah ! Sarah ! Au secours ! un homme me poursuit pour me tuer ! --- Calmes-toi Simon ! Tu fais un cauchemar ! --- Où on est Sarah, il fait nuit ? --- Je ne sais pas, mais nous roulons depuis un moment ! Sim dort également, il fait beaucoup de bruit avec son nez. Je passe ma main sur son ventre pour le caresser mais il ne bouge pas. Sarah me dit qu’après un cauchemar il faut se rendormir alors je me serre contre Sim. La poussière dégagée par le blé me fait éternuer et je peine à me rendormir. La sirène d’un train qui nous croise me réveille, je me relève. Les rayons du soleil filtrent entre les planches disjointes du wagon et une petite fraîcheur matinale me saisit. Sarah prépare à manger pour Sim à même le plancher, il tend son cou et renifle. Je tire légèrement la lourde porte pour regarder le paysage. Nous sommes en pleine campagne et je ne vois que des prés et des vaches. --- On arrive bientôt Sarah ? --- C’est possible, le train ne s’est pas encore arrêter et Nantes ne doit pas être très loin. --- Sarah, j’ai faim ! --- Regarde, je t’ai préparé deux grosses tartines de pain avec de la confiture, ça te plaît ? --- Oui Sarah ! Une secousse, ma tartine de confiture se plaque contre mon nez et le train s’immobilise. Me voyant ainsi, Sarah rit, je remarque ses dents blanches briller dans la demi-obscurité du wagon. Je tire la lourde porte du wagon de quelques centimètres, et… --- Sarah ! Viens voir, nous sommes dans une grande ville ! Sarah tire la porte d’un demi-mètre et descend sur la voie. --- Nantes ! C’est Nantes ! Dit-elle, nous sommes arrivés Simon ! Nous prenons nos sacs, Sim nous bouscule, passe entre nos jambes et nous descendons du train. Nous longeons les wagons de marchandises et pénétrons dans la gare. Elle est pleine de monde et personne ne nous remarque. Sarah sort une feuille de papier pliée de sa poche, c’est l’adresse des amis chez qui nous devons nous rendre. Des taxis stationnent devant la gare, Sarah demande à l’un des chauffeurs s’il connaît la rue indiquée sur la feuille. L’homme se lance dans de longues explications, puis fait un schéma portant le nom des rues que nous devons prendre. Nous marchons pendant plus d’une heure, le sac sur les épaules et Sim qui nous suit toujours. Nous arrivons devant la maison de nos amis, stupéfait, je regarde plusieurs fois le numéro. C’est une grande villa entourée d’un mur en briques sur lequel est fixée une grille. Nous sonnons et une personne qui se présente comme l’employée de maison vient ouvrir. Sarah soulève le problème de Sim, l’employée dit que pour cela il faut voir Madame. Ces gens étaient vraiment gentils, nous sommes restés chez eux jusqu’à la fin de la guerre, nous allions à l’école et Tata, comme nous l’appelions, me faisait faire mes devoirs. Papa venait nous voir de temps en temps. Nous lui demandions des nouvelles de maman, mais à chaque fois, il nous disait qu’il n’en avait pas. Sim à été adopté de suite, c’est mon meilleur compagnon. Après la guerre, nous sommes rentrés à Paris avec papa et une énorme surprise nous attendait : maman était là, dans sa cuisine, elle nous avait préparé un délicieux repas. Elle nous expliqua que le jour où la milice est venue la chercher, une fusillade éclata dans la rue et, profitant de la panique, elle se rendit chez une amie qui la cacha pendant toute la guerre dans sa cave. Prudente, cette dame n’a confié le secret à personne. Ce jour-là, maman me serra si fort dans ses bras que crus un instant mourir étouffé. BOKAY Retrouvez mes écrits : http://bokay.over-blog.org/
Les sources chaudes
Laure leva la tête de son bureau et regarda par la fenêtre de sa chambre. La neige avait cessé de tomber. Elle referma son livre de philo, le déposa sur le coin de son bureau et observa le ciel. Des nuages isolés courraient au-dessus des sapins, mais rien de menaçant. Non il ne neigera plus ! Pensa Laure. Ses yeux fixèrent sa paire de patins à glace accrochés à une poutre de pin. La tentation était trop grande, comment rester ici alors que le lac est à un quart d’heure de marche ?
Laure s’habilla chaudement, balança ses patins par-dessus son épaule et descendit l’escalier. --- Tu t’en vas Laure ? Demanda sa mère. --- Oui, M’man, je vais patiner sur le lac, peut-être que Claire y est aussi ? --- Ne rentre pas trop tard, la nuit tombe vite en cette saison ! --- Promis, M’man. Laure marchait d’un bon pas sur le petit chemin qui mène au lac. A droite, une large haie d’arbustes recouverts de ronces et de lierres servait de refuge à une multitude d’oiseaux. A gauche, une forêt de sapins épaisse et sombre dont les longues branches s’avançaient sur le chemin. Arrivée au lac, Laure chaussa ses patins et se dirigea vers l’unique îlot qui émergeait au centre du lac. Sur cette île, une vieille cabane laissée à l’abandon était le centre de ralliement des patineurs qui avaient coutume d’y déposer leurs affaires et venaient s’y abriter lorsque le vent devenait insupportable. Laure déposa son sac qui contenait divers objets dont une petite collation et une dose de jus de fruit. Elle vérifia une dernière fois la bonne fixation de ses patins, boutonna son anorak jusqu’en haut et s’élança sur le lac. Ses patins projetaient de fines particules gelées arrachées à la glace. Laure aimait plus que tout cet univers de glace, ce vent cinglant qui vous transperce le visage, ce silence si fort qu’il en devient inquiétant. C’était son univers. C’était à chaque fois la même chose, après vingt minutes de patinage, Laure avait trop chaud. Elle s’arrêta pour desserrer son col et donner plus d’aisance à son cou. Elle descendit la fermeture éclair de son anorak, mais celle-ci se coinça dans son cache nez en remontant. Elle tira fortement, mais rien n’y fit, la fermeture restait bloquée. Laure décida de se rendre à la cabane, elle y serait au moins à l’abri du vent. Comme cette maudite fermeture résistait toujours, elle enleva son anorak à la façon d’un pull-over, le posa sur la table en bois et ainsi eut plus d’aisance pour la décoincer. Elle profita de cet arrêt pour manger une barre de céréales et ouvrir une boite de soda. Elle écarta la chaise de la table pour se relever et tourna instinctivement la tête en direction de l’unique petite fenêtre. C’est alors qu’elle poussa un cri qui raisonna dans la cabane. Son corps se raidi de tous ses membres et les battements de cœur s’accélérèrent. Elle avait vu une tête par l’unique petite fenêtre, une tête d’homme ! Il la regardait, il l’épiait. Pris de panique, Laure se précipita vers la porte, l’ouvrit d’un geste vif et, ses patins aux pieds, elle franchit les quelques mètres de terre ferme et s’élança sur le lac. L’homme, surpris de ce départ précipité mit quelques instants à réagir puis cria dans la direction de Laure : --- Mais revient ! Pourquoi tu te sauves ainsi, je t’ai fait peur ? Laure ne répondit pas, elle utilisait toutes ses forces pour mettre une distance entre cet homme et elle. Il n’avait peut-être pas de mauvaises intentions, mais ce comportement, cette façon d’épier avait quelque chose extrêmement désagréable et déplaisant, elle avait toujours en tête le soir où un inconnu l’avait importuné. Ce jour-là, il n’y avait aucun patineur sur le lac, elle était seule et elle avait eu très peur! --- Mais attend, dit l’homme, je veux te parler ! Et il se lança à la poursuite de Laure dans de larges mouvements, bien appliqués. L’homme était jeune, peut-être un jeune homme ? Il patinait de façon remarquable et semblait même plus rapide que Laure. Il réduisait la distance et criait d’un ton sec : --- Mais arrête-toi ! Je veux te parler ! Et l’homme gagnait toujours du terrain, la distance les séparant s’était réduite à une cinquantaine de mètres. Laure patinait de toutes ses forces, mais rien n’y faisait, l’homme se rapprochait. C’est à ce moment que Laure eut l’idée des sources chaudes. Tous les habitants de la région savaient que ces sources sont un véritable piège mortel pour la personne qui ignore leur emplacement. A cet endroit, la couche de glace n’a que de quelques centimètres. Le risque est signalé par un cercle de pneus usagés et un poteau surmonté d’un drapeau rouge avertit du danger. En fait, il n’y avait jamais eu d’accident de personne et seules des noyades d’animaux étaient à déplorer. Laure fonça droit en direction des sources, l’homme la suivait. Elle passa le plus près possible de la zone dangereuse puis bifurqua brusquement à angle droit. Pour la rattraper, l’homme coupa au court en passant par le centre des sources, mais sous son poids la fine couche de glace céda et l’homme s’enfonça dans un bruit effrayant. Laure s’arrêta et se retourna brusquement. --- Laure ! Laure ! Au secours ! Au secours ! Me laisse pas, faut que je te dise que tu … L’homme ne put terminer sa phrase et s’enfonça dans l’eau glacée du lac. Laure sentit une immense panique l’envahir, certes elle avait échappé à son poursuivant, mais les conséquences de sa décision prenaient une dimension tragique, monstrueuse. Pouvait-elle humainement regarder cet homme s’enfoncer dans l’eau glacée ! Le regarder se noyer sans réagir ? Représentait-il encore un danger pour elle ? Laure se saisit d’un des pneus et le lança en direction de l’homme qui se débattait dans l’eau. Le pneu termina sa course à deux mètres de lui et il tenta désespérément de s’en saisir. Laure se dirigea vers un autre pneu et le lança également dans la même direction. L’envoie fut plus précis, l’homme s’en saisir et réussit à maintenir sa tête hors de l’eau. --- Va chercher du secours ! Vite, je gèle ! Vite ! Dit l’homme en rassemblant ses forces. Laure courut jusqu’à la cabane où se trouvait son portable, elle composa le numéro des urgences. Batterie trop faible, presque à plat ! Laure ne voyait plus qu’une solution, courir jusqu’à la première maison. Elle ne pris même pas le temps de déchausser ses patins, elle se sentait capable de courir quelques centaines de mètres patins aux pieds. Epuisée, elle arriva à la première maison. Il y avait quelqu’un. Laure retourna au lac, patina jusqu’aux sources chaudes. Tout semblait calme, presque serein ! Mais ce calme était une torture, il signifiait que l’homme n’avait put survivre dans l’eau glacée. Pas une seule petite bulle d’air qui atteste de la présence d’un corps sous l’eau! C’est horrible qu’une vie s’achève ainsi, aussi calmement sans laisser la moindre trace ! Au loin, en entendit le bruit des sirènes. Enfin, les secours. Bien que la glace fut très épaisse, les véhicules de secours restèrent sur le bord du lac. Laure expliqua ce qui était arrivé, les hommes fixèrent le trou, une fine couche de glace se reformait déjà. --- Il n’y a plus grand chose à faire, mademoiselle, dit un des hommes. On va explorer le fond du lac, mais ce n’est même pas certain que l’on retrouve son corps. Ce lac est connu pour son épaisse couche de vase. Deux plongeurs se relayèrent jusqu’à la nuit mais sans succès. Les gendarmes venus sur place demandèrent à Laure de passer à la gendarmerie le lendemain. C’était logique, elle était la seule témoin de l’événement. Cette nuit-là, Laure dormit peu, elle commençait à réaliser l’horreur de cette décision, prise dans l’urgence. Le sentiment de culpabilité remplaça vite la satisfaction d’avoir échappé à un assassin. Après tout, l’homme ne la menaçait pas, il disait vouloir lui parler. Oui, que ça, lui parler. En fait la peur démesurée qui l’avait envahi provenait uniquement du comportement ‘étrange’ de cet homme. Elle essaya de se justifier, de se trouver de bonnes excuses, mais rien n’y fit, sa conscience ne l’acceptait pas. Et que voulait-il me dire ? Et comment savait-il mon nom alors que moi je ne l’ai jamais vu ? Non, Laure ne dormit pratiquement pas cette nuit-là, sa tête n’était qu’un enchevêtrement d’idées contradictoires. Le lendemain, Laure se présenta donc à la gendarmerie. Elle devait donner sa version. Ce serait certainement la version retenue puisqu’elle était la seule personne présente lors du drame. Le drame ? Après avoir pris la déposition de Laure, le gendarme observa une pose, croisa ses bras et s’adressa à Laure. --- Vous êtes certaine de ne pas avoir inventé toute cette Histoire ? Laure ne comprenait pas ! On la soupçonnait d’avoir inventer ce drame ! Dans quel but ? Ils la prenaient pour une folle, une simple d’esprit ? --- Mais enfin ! Dit Laure, je vous raconte ce que j’ai vu, rien de plus ! --- Le problème, dit le Gendarme, c’est que nous n’avons retrouvé aucune trace du corps de cet homme. Nous avons effectué de nouvelles recherches ce matin, pas la moindre trace de l’homme que vous prétendez avoir vu se noyer. Laure rentra chez elle fatiguée et vexée qu’on l’ait prise pour une menteuse. Un instant, elle se posa même des questions sur son état mental. Mais non, se dit-elle, je l’ai bien vu se noyer ! Très perturbée par cette aventure, Laure repris sa vie, la semaine à la Fac et le patinage pendant son temps libre. Déjà l’été s’annonçait, les vertes prairies avaient remplacé les immenses étendues de neige. Le souvenir de cette étrange histoire s’estompait. La vie reprenait un cours normal. Mais ce lundi matin, un petit désagrément vint perturber les habitudes de Laure ; sa voiture refusait désespérément de démarrer. Elle demanda à son père de la conduire à l’université. Bien sûr, il accepta et laissant son petit déjeuner, ils partirent sur le champs. La voiture roulait à vive allure et Laure fit remarquer à son père, qu’il prenait le risque d’une contravention ou d’un accident. --- Si je veux être à l’heure à mon travail, je dois me dépêcher ! répondit-il La route était sinueuse et étroite à cet endroit et ce que redoutait Laure se produisit ; un tracteur agricole déboucha d’un chemin de terre; le père de Laure donna un coup de volant sec pour l’éviter et la voiture partit à gauche dans le fossé puis fit quelques tonneaux dans les champs. La voiture s’immobilisa sur le toit, Laure s’extirpa du véhicule, en fit le tour pour aider son père. Elle poussa un cri d’horreur en le voyant le visage en sang. Une tôle déchirée avait provoqué plusieurs coupures au visage et au cou. Laure appela immédiatement les secours sur son portable et fit son possible pour réduire l’hémorragie en attendant. Quand les secours arrivèrent, le père de Laure avait perdu beaucoup de sang. --- Vous avez la carte de groupe sanguin de votre père ? demanda le médecin. --- Je regarde, dit Laure en tendant la main pour attraper la sacoche en cuir de son père. Laure regarda dans chaque compartiment de la sacoche et ne la trouvant pas, elle renversa tout son contenu dans l’herbe. C’est alors qu’une photo attira son attention. Elle représentait un jeune homme assis sur une plage. Elle regarda au recto : " souvenirs de vacances, Fabien ". Laure retourna la photo de nouveau, mais ce qu’elle vit dépassait imaginable. Elle en était certaine, c’était le visage de l’homme qui l’avait suivi au lac et qui s’était noyer ! Pas possible, se dit-elle ? Non, c’est pas possible. L’ambulance transporta Laure et son père à l’hôpital. Il avait perdu beaucoup de sang et fut transféré dans une unité de soins intensifs. Laure ne souffrait d’aucune blessure, seulement quelques bleus. Prévenu par sa fille, la mère de Laure arriva à l’hôpital une heure plus tard. --- Tu n’as rien, ma chérie ? demanda-t-elle à sa fille. --- Moi, je n’ai rien, mais Papa a perdu beaucoup de sang, on ne peut pas encore le voir. --- Tout ça c’est à cause de moi, dit Laure, Papa s’est dépêché pour arriver à l’heure à son travail et… --- Non ! coupa sa mère, c’est le destin, ça devait arriver, c’est tout. --- Et si les médecins n’arrivent pas à le sauver, maman. Je me le reprocherai toute ma vie ! La conversation s’arrêta car un médecin s’avançait pour donner des nouvelles. --- Soyez rassurées, dit-il, il est sauvé. Il a perdu beaucoup de sang, mais les blessures sont sans gravités et il n’a pas de fracture. Le troisième jour d’hospitalisation, Le père de Laure allait beaucoup mieux. Faut que je lui dise, se dit Laure, faut que je lui demande qui est ce ‘ Fabien’ ? Maintenant que nous sommes seules, c’est le moment. --- Papa, dit-elle, j’ai une question à te poser, qui est Fabien ? --- Fabien ? De quelle ‘ Fabien’ veux-tu parler ? --- De celui que tu as en photo ! --- Ah ! Tu as découvert une photo de Fabien ! Il resta un instant pensif puis tourna lentement sa tête vers Laure et lui demanda d’approcher. --- Fabien est ton demi-frère, dit-il calmement. De toute façon j’avait décidé de révéler à toi et à ta mère cette partie restée secrète de ma vie. Ou plus exactement, c’est Fabien qui devait te le dire, c’est pour cette raison qu’il était allé au lac, pour te parler et te dire qu’il était ton demi-frère. Il tenait à te le dire lui-même.
Il s’arrêta de parler subitement et mit sa tête dans ses mains.
--- J’ai pas été correcte avec vous, dit-il, j’aurai dû vous en parler plus tôt, j’ai été lâche, cent fois j’ai voulu vous en parler mais je n’en ai jamais eu le courage. Alors je repoussais toujours, toujours jusqu’au jour où Fabien me dit, Papa tu dois leur dire la vérité ! --- C’est affreux Papa ! Tu ne sais pas que Fabien s’est noyé dans le lac ? Et je me sens responsable de sa mort. J’ai tué mon frère ! Oui, c’est bien cela, je l’ai tué ! Je l’ai amené intentionnellement vers les sources chaudes, par peur ! Une peur sans fondement en fait. Une peur criminelle serait plus juste. J’ai noyé mon Frère… Un homme ouvrit doucement la porte de la chambre et pénétra sans que Laure ne se rende compte de sa présence. --- Laure ! Tu veux bien te retourner ! Laure se retourna, devant elle, debout, un jeune homme à l’allure sportive et dynamique souriait. --- Je te présente ton frère ! Fabien, dit le père de Laure. Oui, Fabien était bien vivant, s’aidant du pneu que lui avait lancé Laure, Fabien réussit à atteindre la couche de glace épaisse et se hissa hors de l’eau. C’est pour cette raison que les plongeurs ne trouvèrent pas de corps au fond du lac et que le gendarme pris Laure pour une fabulatrice. Laure et Fabien se regardèrent, immobiles. L’intensité de leur émotion se lisait sur leurs visages. Fabien fit un pas en avant, Laure également et ils se retrouvèrent dans les bras l’un de l’autre, prisonnier de leur émotion. --- Je ne sais comment m’excuser dit Laure, pour le lac ! Si j’avais su… --- N’en parlons plus dit Fabien, mais sait-tu, c’est la première fois que je te voyais et dans ta tenue de patineuse, je te trouvais magnifique. Ma sœur ! C’est ma sœur wouha ! ! Elle est canon ma frangine, me suis-je dit! Dès la première seconde, je t’avais adopté et tu m’avais plu. --- Et Maman ? Demanda Laure en se retournant vers son père, elle est au courant ? ca va lui faire un sacré coup ! --- C’est ce que je pensais aussi, mais quand je lui ai révélé ce que je considérais comme un secret, ta mère m’a répondu : " mon pauvre Pierre, il y a longtemps que je suis au courant… Fabien, prit Laure par la main. --- Viens Sœurette, je te paie un café… Nous avons tellement de choses à nous raconter…
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