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Jeudi 21 septembre 2006

Les Fauchard et(N°2)… (Le départ en vacances)


Les Fauchard, c’est nous. Je veux dire : mes parents, ma grande sœur et moi. Ah ! J’allais oublier grand-mère, et biscuit notre petit chien. Mes parents tiennent une épicerie à Paris, rue du Cherche Midi.

Les Duchemin, c’est eux. La boucherie juste en face. Il y a le patron, tout le monde l’appelle « Duchemin », même sa femme. Ensuite, il y a la patronne, entre nous on l’appelle « La mère Duchemin ». Ils ont deux jumeaux de treize ans, des intrépides, pas une journée sans qu’ils se prennent une volée.

______________________________


Aujourd’hui, c’est le grand jour : départ en vacances pour la Bretagne, avec les Duchemin, bien sûr!

On s’est tous levés très tôt, à six heures du mat la maison connaît déjà une animation digne des grands jours. Mon père cherche partout ses cartes routières, et son épuisette pliante, ma sœur bourre un deuxième sac de vêtements et de chaussures, Grand-mère est dans les jambes de tout le monde et ma mère crie plus fort que les autres réunis pour se faire entendre. Moi, j’ai trouvé la planque, pour pas être embêté et bousculé, je me suis installé dans la voiture. Je suis comme au cinéma.

Sur le trottoir d’en face, c’est le même film, y’a que les acteurs qui changent. Duchemin fait aller ses bras comme un héron qui veut prendre son envol.

--- Quatre valises ! Plus les sacs ! Où voulez-vous que je mette tout ça ! dit Duchemin.

--- T’as la galerie ! dit la mère Duchemin.

--- C’est pour mettre mes affaires de pêche et les vélos des jumeaux, dit Duchemin. Au faite, où ils sont ses deux-là ? Je sens qu’ils vont s’en prendre une avant de partir !

--- T’énerve pas comme ça! dit la mère Duchemin, t’es toujours après eux ! C’est quand même de braves petits !

Moi, je les vois les braves petits, ils en font des bonnes, comme d’habitude. Ils sonnent à chaques portes cochère et déguerpissent à toutes jambes dés que la concierge se montre.

Comme il reste des bagages sur le trottoir, mon père installe sa galerie.

--- Eh ! Gamin ! Viens me donner un coup de main, tu vas monter sur la galerie, toi t’es pas lourd, tu passeras la corde bien dans les poignées des valises et des sacs.

Je grimpe sur la galerie et suis les recommandations de mon père.

A présent, tout est chargé. Ah zut! Papa a oublié les perruches de grand-mère sur le trottoir. Pas grave, je les monte sur la galerie et les fixe avec la corde pour que ça tienne. Mon père revient, tire sur la corde et fait plusieurs nœuds.

--- Faut pas avoir peur de serrer, dit-il, j’ai pas envie d’en perdre la moitié en route.

--- Voilà, nous on est prêt, dit mon père, je vais aller voir où en sont les Duchemin.

--- Vous avez réussi à tout mettre, vous ? dit Duchemin en voyant mon père arriver. Ben, vous avez de la chance !

Moi, les Duchemin ils me font marrer !

Je sais bien que c’est les vacances et qu’on est en pleine canicule, mais quand même ! Voir Duchemin en short et chemisette à fleurs à sept heures du matin, ca porte à rire! Quant à la mère Duchemin, là c’est franchement délire ! Elle s’est affublée d’une petite robe jaune à gros motifs oranger. En plus elle lui arrive juste au-dessus des genoux ! Et les genoux de la mère Duchemin… En l’apercevant ainsi, mon père a balancé sa tête lentement de gauche à droite et il a dit : « Je sens que c’est pas encore cette année qu’on va passer inaperçu. »

A huit heures trente, les Fauchard et les Duchemin sont prêt, un petit coup de klaxonne et on part. Moi, je me mets à l’arrière, derrière mon père, comme ça je vois le compteur de vitesses. Au milieu, c’est grand-mère et de l’autre côté, ma sœur avec ‘Biscuit’ sur ses genoux. Bien sûr, les Duchemin partent devant.

Finalement, nous n’allons pas dans la location que mon père avait trouvée à Saint-Cast à un prix intéressant. « C’est pas une location pour des commerçants comme nous »! Avait dit la mère Duchemin. Ensuite, elle avait ouvert un catalogue et mis son doigt sous une annonce : «  Magnifique location à cents mètres de la mer ».

Regardez-moi cette villa, ça c’est une location qui a de la classe ! Et en plus elle est encore moins cher que la vôtre ».

Ma mère avait fait : « oh ! »

Mon père avait haussé les épaules et avait répondu : «  Comme vous voulez » !

On quitte Paris doucement car ça bouchonne. Duchemin est juste devant nous, voilà deux fois qu’il passe son bras par la fenêtre et l’agite en direction d’un automobiliste qui arrive à sa gauche. Il hurle.

--- Eh ! t’as pas priorité ! où qu’t’as eu ton permis !

Mon père est plus calme, c’est plutôt ma mère qui cause, elle arrête pas de ronchonner.

--- Tu te rends compte à quelle heure on va arriver en Bretagne à cette vitesse !

--- Tu sais bien que c’est tous les ans la même chose, répond mon père.

--- Quand même ! Y’a de plus en plus de voitures ! dit ma mère, dans quelques années, on ne pourra plus rouler dans Paris.

--- Ah ! Tu serais bien avec Duchemin, toi, toujours à râler !

--- Moi, je dis ça, c’est surtout pour maman, à son âge !

Moi, j’aime pas les disputes, et comme je sens que ça monte, je demande à papa d’allumer l’autoradio, puisque nous en avons un.

Je dis merci à Gilbert Bécaud, grâce à lui, la discussion s’interrompt.

--- Eux, ils ont pas de radio, leur voiture elle est moins bien que la nôtre ! Hein papa. 

--- Dis jamais ça gamin, tu vas bousiller nos vacances!

--- Moi, ce que j’aime pas à leur voiture, dit ma mère, c’est la couleur. Noir ! Comme un corbillard ! Tu trouves pas que ça fait deuil ?

Maintenant, nous avons Paris derrière nous, la circulation est encore chargée, mais ça roule. On suit Duchemin, les jumeaux ont l’air de faire un de ces souks à l’arrière ! Je parie qu’ils vont s’en prendre une au premier arrêt. Chez nous, c’est calme, surtout grand-mère, pour une fois, elle ne ronchonne pas. Mon père, il dit qu’elle est sourde comme un pot, c’est peut-être pour ça ? Biscuit est sage aussi, il est sur les genoux de ma sœur et ne bouge pas un poil.

--- Je crois que Duchemin, il a un problème avec sa voiture, dit mon père. On dirait qu’il est crevé, sa voiture penche d’un côté. Tiens ! Là il y a un parking, je vais lui faire des appels de phares pour qu’il s’arrête.

--- C’est vrai, t’as raison, dit ma mère, ça penche drôlement du côté de la mère Duchemin!

Duchemin et mon père s’arrêtent et tout le monde descend des voitures

--- Votre voiture elle penche, dit mon père, vous seriez pas crevé ?

--- Crevé ! Répond Duchemin, étonné. ( Comme si la voiture de Duchemin elle pouvait crever ?)

Ils regardent ensemble les quatre roues, rien d’anormal. Alors, ils s’accroupissent tous les deux derrière la voiture, penchent la tête, se déplacent, se relèvent … non, la voiture ne penche pas.

--- De quel côté qu’elle penchait ? Demande Duchemin.

--- Du côté de Janine, dit mon père, et il ajoute imprudemment, c’est peut-être qu’elle est trop chargée d’un côté ?

--- Vous allez quand même pas dire que c’est moi qui la fait pencher ? dit la mère Duchemin.

Mon père essaie de se rattraper.

--- Non, je veux dire que les bagages sont plus lourds d’un côté, dit mon père.

N’empêche ! Ma sœur a le sourire aux lèvres, ma mère joue l’hypocrite avec un : « Oh, quelle idée Arlette ! » Moi, je me retourne et pouffe de rire. Comme d’habitude, Grand-mère qui ne comprend rien à la situation tente de donner son avis.

--- Il a pas de roue de secours, Duchemin ? dit elle.

--- T’as encore rien pigé maman, il est pas crevé !

--- Misère ! dit Grand-mère, on a oublié mes perruches, faut qu’on retourne !

--- Mais non, belle maman, dit mon père, je les ai vues, elles sont sûrement dans le coffre.

--- Qu’est-ce que vous dites, Maurice ? Vous avez mis mes perruches dans le coffre de la voiture ! Mais elles vont mourir étouffées !

--- Oh non ! Grand-mère, y’a pas de danger qu’elles s’étouffent, dis-je, elles sont sur la galerie.

--- Comment !Qu’est-ce que t’as fait gamin ? T’as mis mes perruches sur le toit de la voiture ! Mais c’est criminel ! Faut me les descendre tout de suite.

Moi, je croyais bien faire en les mettant sur le toit, les perruches, ça aime l’air. En tout cas, ça ne plaît pas à Grand-mère. Je grimpe donc sur le toit, je descends la cage et la lui donne.

--- Quelle horreur ! dit Grand-mère, mes pauvres petites, elles ont perdu la moitié de leurs plumes !

--- Faut pas exagérer, dit mon père, et puis… des plumes ça repousse.

Ca y est, ça se gâte, c’est reparti, la guerre est déclarée entre mon père et grand-mère. Tout ça à cause des perruches.

--- Puisque c’est comme ça, je ne monte plus avec vous, je continue dans la voiture des Duchemin, dit Grand-mère. Puis elle ajoute : « Qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens »! Voilà ! Bon je vais faire une petite commission dans le bois, je reviens et je repars avec Duchemin.

--- On est à peine partis que ta mère commence à me les briser, dit mon père. On aurait mieux fait de la laisser à Paris ; les voyages, c’est plus de son âge !

Duchemin a levé le capot de sa voiture et met sa main contre le moteur.

--- Vous avez vu Maurice ! dit Duchemin, ça chauffe même pas ! Une sacrée mécanique !

--- Oui, dit mon père, mais moi, je vais repartir, il faut que je m’arrête pour faire le plein, vous me rattraperez.

Nous voilà donc repartis en laissant grand-mère aux Duchemin. C’est pas marrant, mon père et ma mère se font la gueule et ma sœur est plongée dans un magazine. Les jumeaux, eux ils ont de la chance, ils sont jamais tout seuls.

Mon père s’arrête pour mettre de l’essence, il commence à faire chaud alors je bois un grand verre de limonade.

--- Papa ! Regarde ! Les Duchemin qui nous dépassent. Ils vont vite.

Les jumeaux se bagarrent à l’arrière, ils font un tel bazar ! Quand je pense que grand-mère est avec eux, la pauvre, je la plains !

--- Arrête-toi, Maurice ! On va récupérer maman, dit ma mère.

Mon père fait un appel de phares à Duchemin qui se gare dans l’herbe, sur le bas-côté. Mon père se met juste derrière et maman descend.

--- On va reprendre grand-mère, dit-elle à Duchemin.

--- Grand-mère ? Mais elle est pas avec nous ?

--- Comment ! dit ma mère, elle est où alors ? Maurice ! On a oublié Grand-mère !

Je suis certain que mon père s’est retenu pour ne pas dire : « c’est pas une grosse perte » ! Mais, il s’est retenu.

--- On a perdu grand-mère ! On a perdu grand-mère chantent les jumeaux en cœur.

--- Vous, la ferme ! dit Duchemin, je vous en retourne une !

--- Monte, gamin ! On retourne chercher grand-mère, dit mon père.

--- Tu crois qu’on va la retrouver Papa ?

--- Oh, pour ça je ne me fais pas de souci, y’a pas de risque qu’on la kidnappe. Et puis, ta grand-mère en a vu d’autres, mais ce que je sais, c’est qu’elle va pas être de bonne humeur !

--- C’est de la faute des Duchemin, Papa, pourquoi ils l’ont pas prise dans leur voiture ?

--- Si ta grand-mère n’a rien dit, comment qu’ils pouvaient deviner ?

Papa profite que maman n’est pas là pour pousser la voiture au maximum, le compteur marque cent trente !

--- Papa ! Regarde, c’est Grand-mère !

Grand-mère est plantée sur le bord de la route, un foulard sur sa tête et sa cage à la main. Dès qu’elle aperçoit notre voiture, elle agite sa main comme un métronome.

--- Ca, je ne suis pas prêt de l’oublier Maurice! Me laisser ici, en pleine campagne ,toute seule et en plein soleil! Une heure de plus et j’étais rôti comme un poulet !

--- Tas eu chaud Mamie ? dis-je,

--- Mon pauvre gamin, ton père m’aura tout fait…

Mon père ne relève pas, mais il y a des moments, grand-mère, elle est vraiment insupportable.


Le voyage se poursuit, Grand–mère est de nouveau avec nous et la tension n’est pas encore retombé. A midi, on fait une pause. Maman avait préparé des sandwichs au jambon et au saucisson pour tout le monde. Mon père veut ouvrir sa bouteille de vin et Duchemin la sienne. Résultat, ils ouvrent les deux bouteilles. Duchemin, il dit : « Quand on mange, on peut boire, ça éponge ». La mère Duchemin et ma Mère ne sont pas du même avis.

--- Si je ne peux même pas boire un verre en vacances ! dit Duchemin.

--- Quand on conduit, faut avoir les idées claires, dit ma mère.

--- Mais j’ai les idées claires, Janine !

--- Quand on a les idées claires, on oublie pas maman au bord de la route, dit ma mère !

Comme il y a encore pas mal de route à faire, on ne traîne pas trop. Duchemin est bien rouge, surtout son nez. Mon père fixe la route d’une façon bizarre comme s’il était myope. Grand-mère a mis sa cage sur ses genoux, elle contemple ses perruches et dit : « Mes pauvres petites » ! Biscuit, assis sur les genoux de ma sœur, semble apprécier le paysage.

Dans la voiture, il fait une chaleur épouvantable. Les quatre vitres sont ouvertes. Devant nous, la voiture de Duchemin penche toujours autant. Les jumeaux ont trouvé un nouveau jeu, ils font des pieds de nez et tirent la langue à chaque voiture qu’ils croisent.

Nous roulons tout l’après-midi, sans presque nous arrêter et en soirée, nous approchons du but.

--- Ca y est on est en Bretagne! dit mon père, en nous faisant remarquer le panneau : « La Bretagne vous souhaite la bienvenue » !

--- J’espère que Duchemin il va pas tourner deux heures avant de trouver la location, comme l’année dernière. Dit ma mère.

--- Duchemin, il sait pas lire une carte et il veut toujours rouler devant, dit mon père, c’est à chaque fois pareil.

On tourne un peu dans la campagne, Duchemin s’arrête et demande sa route à une personne qui semble être de la région. On roule encore un quart d’heure et on s’arrête. Tout le monde descend de voiture.

Face à nous, une superbe villa ! Monsieur et Madame Loarec, est-il écrit sur la boite aux lettres. C’est bien là ! La mère Duchemin a un sourire jusqu’aux oreilles et reste en extase devant la villa.

--- Tu te rends compte de la belle location, Duchemin ! dit-elle à son mari.

Effectivement, c’est une magnifique demeure, mais une chose me semble étrange, où est la mer ? On devrait la voir, la mère Duchemin avait dit : « la location est à cent mètres de la mer !

--- Regarde ce portail en fer forgé, et tous ces hortensias, que c’est beau ! dit la mère Duchemin.

Une femme nous a vu, elle se dirige vers nous, ouvre le portail et nous demande si nous avons fait bon voyage et si nous n’avons pas eu trop chaud. La mère Duchemin s’avance en se tortillant dans sa petite robe ridicule.

--- Ce fut un excellent voyage, dit la mère Duchemin.

--- Sauf qu’on avait perdu grand-mère, dit l’un des jumeaux.

--- Tu vas la fermer ! On t’a pas sonné, dit Duchemin.

--- Vous verrez, vous allez vous plaire dans votre location, dit la femme, nous l’avons refaite l’an dernier.

--- Oh ! Mais cette villa nous convient parfaitement, dit la mère Duchemin, cela correspond à notre standing de vie, nous sommes d’importants commerçants parisiens.

--- Je ne comprends pas ? dit la femme. Vous dites ? Quelle villa ?

La femme ouvre le portail.

--- Je sors ma voiture et vous me suivrez jusqu’à votre location, dit la femme, ce n’est pas très loin.

--- Mais ! je ne comprends rien ! dit la mère Duchemin, je croyais que la location c’était ici ?

--- Ah non ! dit la femme en souriant, votre location c’est au bord de la mer !

--- Mais où avais-je la tête ? dit la mère Duchemin.

La femme part devant, Duchemin suit derrière et mon père ferme la marche. Nous parcourons quatre à cinq kilomètres sur une route de campagne, puis nous bifurquons dans un chemin de terre. Les trois voitures soulèvent un nuage de poussière énorme. Ca secoue de plus en plus et de hautes herbes bordent le bas-côté. Sans prévenir, les voitures s’immobilisent, avec la poussière on n’y voit rien mais deux espèces de baraquements délabrés se découpent sur l’horizon. Nous descendons de voiture.

--- Nous sommes perdus ? Demande la mère Duchemin.

--- Non ! Répond la femme d’un air étonné, c’est votre location, regardez comme c’est rustique, comme ça sent bon la campagne !

--- Vous n’allez pas dire que c’est ça notre location ! dit la mère Duchemin. C’est pas une maison ça, c’est une cabane.

--- Mais vous avez tout le confort, madame. Nous avons même l’électricité depuis l’an dernier.

--- Et la mer ? Sur votre annonce, c’est écrit que la mer se trouve à cent mètres.

--- Mais la mer est à cent mètres, madame, suivez-moi.

Nous enjambons des broussailles garnies de piquants, passons à côté de trous remplis d’une eau sale et puante et enfin nous apercevons la mer.

--- Mais c’est pas une plage, c’est de la boue ! dit la mère Duchemin.

--- J’ai écrit à cent mètres de la mer, pas de la plage ! Vous ne pensez quand même pas avoir une location à cent mètres de la plage à ce prix-là ? Si vous vouliez une belle plage avec beaucoup de monde, fallait aller à Saint-Cast. Mais vous verrez, ici vous serez au calme. Et en plus, vous ne serez pas seuls, demain j’ai une famille qui s’installe dans la maison d’à côté.

Biscuit revient dans un état épouvantable, le pauvre s’est enfoncé dans la boue jusqu’au cou. Ma sœur n’est pas contente, elle dit qu’il faut le nettoyer et que la pauvre bête aurait pu disparaître dans cette vase noirâtre.

La femme exige la totalité de l’argent de la location et repart.

--- Vous vous rendez compte, Janine ! dit la mère Duchemin, On ne pourra jamais loger ici !

--- Tous comptes fait, dit Duchemin, on aurait peut-être mieux fait de prendre la location de Maurice à Saint-Cast ?

( à suivre)


Mes écrits et dessins : http://bokay.over-blog.org/
















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Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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Jeudi 15 décembre 2005


Les Fauchard et les Duchemin. N°1 (La 203)


Les Fauchard, c’est nous. Je veux dire : mes parents, ma grande sœur et moi. Ah ! J’allais oublier grand-mère, et biscuit notre petit chien. Mes parents tiennent une épicerie à Paris, rue du Cherche Midi.

Les Duchemin, c’est eux. La boucherie juste en face. Il y a le patron, tout le monde l’appelle « Duchemin », même sa femme. Ensuite, il y a la patronne, entre nous on l’appelle « La mère Duchemin ». Ils ont deux jumeaux de treize ans, des intrépides, pas une journée sans qu’ils se prennent une volée.


Les Duchemin sont nos meilleurs amis, enfin surtout en début de soirée, avant qu’ils ne parlent la politique. Dès qu’ils abordent ce sujet, s’en est terminé du calme à la maison. Mon père et Duchemin se chamaillent comme des chiffonniers. Pas étonnant, mon père est socialiste et Duchemin franchement à droite. Mais le lendemain, quand ils se retrouvent au café, tout est oublié, ils sont à nouveau les meilleurs amis du monde. Comme dit mon père : c’est pas parce qu’on est ami qu’il faut être d’accord sur tout, chacun ses idées !

Moi, j’ai toujours connu ça, des disputes pour un rien et toujours ensemble. Surtout au moment des vacances. Partir en vacances sans les Duchemin ? C’est même pas envisageable. Pour mon père et pour Duchemin, les vacances c’est avant tout un terrain de compétition et dans tous les domaines, la pêche, les boules le vélo, la belote. Par exemple :

--- Partez avant, dit Duchemin, avec votre petite voiture… Je vous aurai vite rattrapé

Ou bien :

--- Dommage que vous ratiez autant de boules, on aurait pu gagner le concours, dit mon père…

Et c’est comme ça sans arrêt. Ce que je ne comprends pas non plus, c’est qu’ils se connaissent depuis si longtemps et qu’ils se vouvoient toujours. C’est vrai qu’à dix ans, on ne comprend pas tout du monde des adultes.


Fin juin 1958.

Dernière journée d’école, mes parents commencent à préparer les valises pour les vacances. Cette année, on va en Bretagne, et pas n’importe où, au bord de la mer. C’est mon père qui a trouvé la location. Une affaire ! Moitié moins cher que celle que proposait Duchemin. Moi, je crois que les Duchemin ont plus d’argent que nous et ils le font voir, surtout la mère Duchemin. Avec ses nouvelles robes et ses bijoux, elle nargue souvent maman et moi j’aime pas ça. Maman ne dit rien, mais ma sœur Marie la remet en place, elle trouve toujours la faille. L’autre jour, elle a dit: Quelle belle robe madame Duchemin ! Dommage qu’elle vous serre autant… Et ces maudis magasins ! C’est toujours le même problème avec les grandes tailles ! Madame Duchemin à un problème de poids, on peut même dire un gros problème de poids, mais elle refuse de l’avouer. Je suis juste un peu forte, dit-elle.

Duchemin lui, c’est sa bagnole. Ah ! Il l’aime sa bagnole, chaque dimanche matin, à dix heures tapantes, Duchemin sort son tuyau puis lave et astique sa bagnole. Ensuite, il vient à la maison et invite mon père à admirer son œuvre. Mon père le suit et fait semblant d’être épaté, l’affaire est sérieuse, ça se termine toujours devant une bonne bouteille de rosé (du rosé qu’il a acheté chez nous en plus). Côté voiture, cette année, c’est l’apothéose, Duchemin attend une voiture neuve pour partir en vacances ; Une Peugeot « 203 »! Il va la chercher demain au garage. Le pire, c’est qu’avec notre petite « Dauphine », nous on va avoir l’air de minables.(J’allais dire comme d’habitude !)

Avant de partir en vacances, il faut faire l’inventaire de l’épicerie. Tout le monde s’y met : moi, ma sœur, et même grand-mère.

A quatre pattes sous les présentoirs, je compte les litres de vin, de bière et de limonade. Mon père, perché sur un escabeau compte les boites de conserves. Soudain, il tourne la tête en direction de la rue, tend son cou et se fige dans cette position, comme s’il était bloqué de la colonne vertébrale.

--- Gamin ! Dit-il, ça y est, Duchemin il a sa nouvelle Bagnole ! Elle est bleu !

Je me précipite pour voir ça, mais mon père m’arrête.

--- Te montre pas ! Laisse-le venir de lui-même.

Toute la famille Duchemin se réunit autour de la nouvelle voiture. La mère Duchemin se redresse, tire sur son chemisier pour se donner de l’importance et caresse les chromes du bout des doigts. Les Jumeaux ouvrent les portes et s’engouffrent à l’intérieur, ils cafouillent à tout. Duchemin lui, a soulevé le capot, agite ses bras en tous sens et se lance dans des explications techniques devant la mère Duchemin qui ne comprend rien mais opine bêtement. Soudain, Duchemin lève la tête en direction de l’épicerie, traverse la rue d’un pas décidé et pousse la porte du magasin.

--- Fauchard ! Dit-il de sa voix forte, ça y est j’ai ma nouvelle voiture ! Venez voir, un vrai bijou !

Mon père joue l’ignorant.

--- Vous l’avez ? Déjà !

Mon père appelle ma mère et ma sœur qui sont dans la réserve et nous voilà tous autour de la fameuse voiture. Nous sommes là comme une bande de badauds autour d’un camelot.

--- Regardez le moteur, dit Duchemin, ça c’est de la mécanique. Ca grimpe toutes les côtes ! Et la carrosserie, vous avez vu ? C’est pas de la tôle de Dauphine, c’est du costaud. Et tous les sièges en cuir !Vous vous rendez compte, alors que je ne l’avais même pas demandé !

--- Ah ! Faut reconnaître, c’est une belle voiture, dit mon père, mais ça ne consomme pas trop ?

--- Une 203 ? Y’a pas plus économique. C’est forcé, le moteur est tellement puissant qu’on a pas besoin de le pousser comme les petites voitures. Et ils m’ont mis la radio et même des garnitures en bois !Gratuitement, sans rien payer en plus ! Vous voulez l’essayer ?

--- C’est pas de refus, dit mon père.

Avant de partir, Duchemin fait le tour de sa voiture et donne de grands coups de pieds dans les quatre pneus. Moi, j’ai jamais compris pourquoi les automobilistes donnent toujours des coups de pieds dans leurs pneus ?

--- Félicitations ! Dit ma sœur d’un air volontairement pompeux, vous avez la plus belle voiture du quartier !

--- Mesdames à vous l’honneur, dit Duchemin en ouvrant une portière arrière.

---- Aller les jumeaux ! Sortez de là, vous allez réussir à me bousiller quelque chose !

--- Qu’est-ce qu’on est bien assis ! Dit la mère Duchemin… comme dans un fauteuil !

--- Il y a une petite place pour moi ? Demande ma sœur.

--- Mais bien sûr ! Répond la mère Duchemin en comprimant ma mère au maximum contre la portière, on est pas si grosse…

--- Et moi Papa, je peux venir ?

--- Mais oui mon garçon ! Dit Duchemin, t’as qu’à monter à l’avant.

Et nous voilà partis. Duchemin tient le volant du bout des doigts, se dresse droit comme un i et prend un air de notable. Moi, perché sur les genoux de mon Père, je suis le mieux placé et drôlement fière.

--- C’est pas de la bagnole ça ? Dit Duchemin en faisant ronfler le moteur. Peugeot, c’est quand même quelque chose ! C’est de la mécanique. C’est ça qui vous faudrait Maurice ! Votre Dauphine commence à être fatiguée.

Moi, c’est la première fois que je monte dans une voiture neuve, je suis épaté. Je jette un coup d’œil à l’arrière, ma sœur est comprimée comme une sardine en boite. C’est forcé, la mère Duchemin elle prend la place de deux personnes.

--- Regardez Maurice !Dit Duchemin les deux mains crispées sur le volant, Je vais griller la Simca Aronde au feu rouge !

Duchemin écrase le champignon, la voiture pousse un hurlement comme un avion qui décolle, puis toussotte, ralentit et s’arrête.

--- Ah ! Mer…de ! Dit Duchemin, qu’est-ce qui s’passe ? Une voiture neuve !

--- T’as quand même pas cassé le moteur ? Dit la mère Duchemin.

--- Tais-toi Arlette, t’y connais rien en voiture ! Un moteur pareil ! Enfin !

Duchemin actionne le démarreur à plusieurs reprises, rien à faire. Je regarde mon père, un léger sourire se lit sur son visage et il me fait un clin d’œil. Ma sœur a mis sa main devant sa bouche pour cacher son fou rire. Moi, je me tourne vers Duchemin et lui demande naïvement :

--- Elle marche plus ?

--- Mais si mon garçon !C’est pas grave, ça arrive.

--- Moi, ça ne m’est jamais arrivé avec ma Dauphine, dit mon père.

--- Bougez pas, dit Duchemin, il y a un petit garage là-bas, je vais demander à un mécano…

--- Vous vous rendez compte Janine, une voiture qu’on vient d’acheter et qu’est même pas encore payée ! Dit la mère Duchemin. Enfin, je veux dire, pas fini de payer !

Duchemin revient avec un mécano.

--- Soulevez le capot, dit le mécanicien.

--- Vous voyez quelque chose ? Demande Duchemin.

--- Eh ! Attendez que je regarde, minute, c’est compliqué ces bagnoles-là !

--- Elle est toute neuve, elle sort du garage ! Y’a de l’abus ! Dit Duchemin.

--- Qu’est-ce que vous mettez comme essence ? Demande le mécano.

--- Ah ! Moi j’en ai pas encore mis, dit Duchemin, je vous dis, elle sort du garage.

--- Et vous n’avez pas vérifié s’il y avait de l’essence ?

--- Ben…Non, dit Duchemin, je croyais…

--- Alors, vous êtes tout simplement en panne d’essence.

Là, mon père ne réussit pas à se retenir, il part à rire et ne s’arrête plus. Ma sœur et moi faisons de même. Mais ma mère elle, n’ose pas rire au nez de la mère Duchemin qui est furieuse.

Dix minutes plus tard, Duchemin revient, un bidon d’essence à la main. Il est rouge de colère.

--- Ah, mais je vais leur dire ce que je pense au garage Peugeot ! Ils vont m’entendre ! Une voiture que j’ai payée comptant ! Avec le réservoir vide !

Duchemin fait quelques tours de démarreur dans le vide, puis la voiture repart. Mais il est vexé notre boucher ! Il ne parle plus, il bougonne entre ses dents. Il vient d’être touché au plus profond de sa fierté, la journée commençait pourtant bien…

--- Mais on va quand même l’arroser cette bagnole ! Dit Duchemin en descendant de sa voiture. Venez Maurice, j’ai du champagne au frais.

Nous passons tous dans la boucherie, beurk ! Ca pue la viande !

--- Passez dans le salon, dit la mère Duchemin, installez-vous.

La mère Duchemin, consciente du ridicule de la panne d’essence fait le maximum pour se rattraper, elle sort les petits gâteaux au beurre et les dispose dans deux soucoupes en cristal. Duchemin lui, dresse les verres à champagne sur la table et explique à mon père l’art et la manière d’ouvrir une bouteille de champagne.

Pas possible ! Il nous prend pour des arriérés !

La bouteille ouverte, Duchemin interpelle mon père et pointe son doigt sur l’étiquette.

--- Regardez Maurice ! Cordon bleu. C’est pas du bon ça !

Mon père ne dit rien, il a une sacrée patience ! Quand je pense que c’est lui qui lui a conseillé cette marque ! Mais bon ! C’est comme ça que le couple d’amis fonctionne, avec une logique bien à eux, mais tout de même singulière.

Duchemin a des défauts, comme tout le monde, mais il faut lui reconnaître une grande qualité, il est généreux. La mère Duchemin aussi est généreuse, mais autrement, à force de faire ses grands gestes, son chemisier s’est ouvert et ses gros lolos sont à moitié découverts. Moi, j’en profite pour me rincer l’œil, pensez ! J’en ai jamais vu d’aussi gros.

--- Je lève mon verre en l’honneur de notre nouvelle voiture, dit Duchemin.

Tout le monde trinque avec tout le monde. Duchemin, piqué au vif par la stupide panne cherche à être rassuré.

--- Dites-moi franchement Maurice, ma nouvelle voiture, qu’est-ce que vous en pensez ?

Mais mon père n’a pas le temps de répondre ; on sonne à la porte de la boucherie.

--- Qu’est-ce qu’ils veulent, on est fermé ! Dit la mère Duchemin, ils savent pas lire !

après un « veuillez m’excuser ! » Elle se dirige vers la porte de la boucherie.

C’est le patron du garage Peugeot, en personne.

--- Monsieur Duchemin dit-il, je voulais vous voir, on a un problème.

--- Ah ! Oui, je sais dit Duchemin, c’est à cause de l’essence ! Vous en faites pas, j’ai fait le plein. Ah ! quelle peur on a eu…

--- Non, c’est pas ça, on s’est trompé à la livraison de votre voiture, celle-ci n’est pas pour vous, je vous ai amené la vôtre et je vais reprendre celle-ci.

Curiosité oblige, tout le monde sort du salon et se précipite dans la rue pour voir la « vraie » voiture de Duchemin. La couleur est différente, où plutôt elle n’en a pas, elle est noire.

--- T’as acheté une voiture noire, Duchemin ! Dit sa femme.

--- C’est ce qui se fait en ce moment, dit Duchemin, c’est à la mode.

--- La mode ! Et les sièges ! Ils sont même pas en cuir, à celle-ci ?

--- Avec les sièges en cuir, ça faisait trop cher, Arlette, je ne suis pas Crésus !

--- Maintenant, on se retrouve avec une voiture quelconque, comme les ouvriers ! Celle-ci n’a même pas de chrome! Dit la mère Duchemin.

--- Moi, je trouve que noir, ça fait corbillard, dit ma mère.

--- Tu vois ! Janine aussi elle trouve que c’est triste du noir. Dit la mère Duchemin.

Duchemin lève le capot de sa voiture.

--- C’est le même moteur, celle-ci ? Demande Duchemin au garagiste.

--- Ah non ! Le moteur est moins puissant, Regardez, il est bien plus petit.

Il n’y a aucun doute, cette voiture ne plaît pas aux Duchemin, elle est trop ordinaire. Mon père ne dit rien, j’ai l’impression qu’il mijote quelque chose. Rien qu’à voir son regard fixe et le léger plissement de ses lèvres, je suis certain qu’il va se passer quelque chose, mais quoi ? Inutile de le questionner, il ne dira rien.

--- Maintenant, il faut que je livre la «  203 luxe » à son propriétaire, dit le garagiste.

--- Moi, je peux vous aider, dit Duchemin, Paris vous savez, je connais. Quand j’étais apprentis, j’ai fait des livraisons un peu partout.

Le garagiste sort un imprimé de son porte-documents et lit.

--- Cette voiture est à livrer à monsieur… Fauchard Maurice, vous connaissez ?

La mère Duchemin passe subitement par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ses yeux s’agrandissent, ses sourcils se relèvent. Puis, elle regarde ma mère et arrondit sa bouche pour sortir un »félicitations » !

Quant à Duchemin, il vitupère le garage Peugeot, dit qu’il s’est fait avoir, les traite de voleurs et d’escrocs.

Mon père qui a gardé le plus grand calme se retourne vers Duchemin

--- C’est mon tour maintenant, tous à la maison ! J’arrose ma nouvelle voiture

Après quelques instants, il ajoute :

--- Au fait Duchemin, merci pour le plein d’essence !


BOKAY



 

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Dimanche 4 décembre 2005

   

                                                                                       photo BOKAY

                             DEBUT D'APRES-MIDI A PARIS RIVE DROITE

    

 


 

 

 

 

 

 

                                                                                                       Photo BOKAY      

        RUE MONTORGUEIL

            

 


 

    

 

                                                                                                                       Photo BOKAY   

                            Palais Royal Colonnes de Burenne

 

 


 

 


                                                                                                    Photo BOKAY   

                                            LE  GRAND PALAIS  

 

 


 

 

                                                                                                            Photo BOKAY   

                                               LE PONT ALEXANDRE III

 

 


 

 

                                                                                      Photo BOKAY  

                         VUE DE MONTMARTRE

 


 

 

 

 

                                                                                        Photo BOKAY   

                                MAGASIN LE PRINTEMPS

 

 


 

 

 

 

                                                                                                    Photo BOKAY   

                                MAGASIN GALERIES LAFAYETTE

 

 


 

 

 

 

                                                                                                                  Photo BOKAY   

               PLACE DUTERTRE  A MONTMARTRE

 

 


 

 

  

                                                                                     Photo BOKAY   

                                               LA TOUR EIFFEL  

 

 


 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 4 décembre 2005

   

                                          QUELQUES UNES DE MES PEINTURES

  

N°1 Margot

 


 

    

N°2  trois femmes (40cm x 30 cm) toile R

 


 

   

                    N°3 femmes  et parapluies (40 cm x 30 cm)    toile  R 

 


 

             

                 

        N°4 NUES  ( 33cm x 24 cm) toile  cat:40  

 


 

   

       N°5 Egyptienne (  46cm x 38 cm) toile cat: 60

 


 

  

N° 6 Bateaux ( 33cm x 24 cm) toile    R

 


 

   

N°7  montagne et rochers (30cm x 24 cm)  toile cat:40  

 


 

           

N°8  maison toit bleu(24cm  x19cm) toile  cat:3

    

N°9 roseaux  (24cm x 19 cm)   toile cat:30

 


 

                                 

N°10 boudha (30cm x 24 cm)     toile    cat:40 

 


     CERTAINES DE MES TOILES SONT DISPONIBLES. POUR TOUT RENSEIGNEMENT , CONTACTEZ-MOI      jjb80300@hotmail.com

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Dimanche 4 décembre 2005

  

             N°11 Femme au bouquet (30cm x 24cm) toiles   cat:40

        N°12  coquelicots ( 24cm x 19 cm)  toile  cat:30

 

     N°13 Château et arbres (24cm x 19cm) toile  cat:30

     N°14  Deux voiliers( 24cm x 19) toile  cat:30

    N°15  château (24cm x 19cm) toile cat:30

               N°16  Tête de profile( 24cm x 19cm)  toile  cat:30

      N°17 bouquet de fleurs( 24cm x 19cm)  toile R

           N°18 bord de mer (24cm x 19cm)  toile cat:30

     N°19   pont blanc (24cm x 19cm)  toile  cat:30

   N°20 jardin et kiosque (33cm x 24cm)  toile  cat:40

  N°21 Femmes en rouge( 30cm x 24cm)  toile cat:40

     N°22 Falaises ( 30cm x 24cm) toile cat: 40

 N°23 Notre dame de Paris( 24cm x 19cm)   toile cat:30

       N°24 Coquelicots ( 24x19)  carton toilé  cat:20

 

 

    CERTAINES DE MES TOILES SONT DISPONIBLES. POUR TOUT RENSEIGNEMENT , CONTACTEZ-MOI      jjb80300@hotmail.com

 

 

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Mardi 15 novembre 2005

 

                                l'Arnaqueuse

 

Jean Schlesser regarde sa toile avec fierté. Il se recule de deux pas, Ferme un œil puis se rapproche et colle son nez contre la peinture encore fraîche. Il tourne la tête et crache le mégot éteint qui pend de ses lèvres.

---Ouais ! Pas mal! Encore quelques retouches et c'est bon! Dit-il à haute voix, comme s'il voulait prendre à témoin son atelier minable et encombré.

--- La vieille sera contente et c'est le principale! Ajoute-t-il.

Elle est passionnée de peinture la vieille, surtout les impressionnistes et plus spécialement Pissarro. Cette modeste reproduction d'un bord de Seine, n'a qu'un but en fait: éviter l'expulsion. Les temps sont difficiles pour Jean. Deux mois sans vendre une seule toile, ça creuse les finances! A sec, complètement raide! Le peu d'argent qui lui reste passe dans l'achat de tubes de peinture, de toiles... et aussi d'alcool. Trois mois de retard dans le paiement du loyer, ça fait beaucoup, surtout que la vieille est à ses sous. Jean voulait baratiner la vieille, lui faire croire qu'il avait déniché une reproduction de Pissarro dans un de ces vides greniers qui fleurissent un peu partout en ce moment. Ensuite, il lui laisserait en gage pour le loyer impayé. Il avait peint de nombreuses reproductions de tableaux impressionnistes et était même devenu expert dans l'art de les vieillir artificiellement. Sa méthode : de l’huile très chaude et un sèche cheveux. Sans ses deux démons que sont les femmes et l'alcool, jean Schlesser serait aujourd'hui un peintre reconnu et riche . Mais, l'homme de talent qu'il était, s'est peu à peu métamorphosé en épave, une sorte d'éponge sans ambition. Le voici réduit, lui peintre de talent, à amadouer une vieille pour éviter la rue! A quarante deux ans!

--- la vieille sera ravie! Dit-il tout seul! Elle est tellement folle de " Pissarro" ... Alors je lui en ferai cadeau et j'espère qu'en échange elle effacera un ou deux mois de loyer.

Jean travaille à sa toile toute la semaine, il la peaufine, la bichonne, puis la fixe sur un vieux châssis à l'aide de clous piqués par la rouille et l'accroche au mur.

--- Ouais, ouais, je l'ai bien réussi celle-ci! Dit-il.

Puis, il regarde par la fenêtre; la vieille est là, elle arrose ses fleurs dans la petite cour intérieur. Tenant sa toile à bout de bras, il contemple une dernière fois son œuvre et la pose délicatement sur la table. D’un geste précis, il coupe une feuille de papier kraft, enveloppe sa peinture et sort de chez lui.

--- Bonjours Madame Eugènie, regardez ce que j'ai trouvé, dit Jean.

--- Fais voir! Dit la vieille.

La vieille rentre chez elle avec le tableau, arrache le papier de ses mains maigres et noueuses.

--- Non de Dieu! Un Pissarro! Ou qu't'as eu ça p'tit?

--- Au vide grenier d'ourzie la ville! Vous vous rendez compte! Une sacrée bonne reproduction!

La vieille sort ses lunettes de la poche de sa blouse, les pose sur la pointe de son nez et parcours le tableau de gauche à droite, comme une lecture. Quand elle a terminé, elle se retourne vers Jean.

--- T'y connais rien, p'tit! C'est pas une reproduction ça, c'est un vrai Pissarro! Ma tête à couper! Dit la vieille.

--- Vous êtes sûre?

--- Eh! p'tit! Tu connais quelqu'un toi, qu'est capable de peindre comme ça! Non, crois-moi, c'est un vrai!

--- Vrai ou faux, moi je m'en fiche, j'aime pas Pissarro, dit Jean. Tenez, je vous le donne contre deux mois de loyer, Vous êtres pas perdante?

La vieille détend son bras comme droit un ressort, et ouvre sa main.

--- Allez p'tit, tape là... et marcher conclu!

--- J'ai votre parole?

--- Tape j'te dis!

Jean tape dans la main de la vieille qui pose aussitôt le tableau sur le buffet envahi de bibelots. Elle se plante devant.

--- Bon Dieu qu'il est beau! A soixante quinze ans, je viens de faire l'acquisition de ma vie! Et toi p'tit, tu viens de faire la plus grosse conne..rie... de ta vie! T'as pas idée de ce que ça vaut un Pissarro!

--- Maintenant, faut me faire un papier pour le loyer, dit Jean.

La vieille sort un bloc-notes bleu tout écorné, arrache une feuille à la hâte et écrit:

"Je m'engage à loger Monsieur Jean Schlesser gratuitement et toute ma vie durante. En contre partie, Monsieur Schlesser me donne un tableau signé Pissarro qui représente les bords de Seine avec des arbres sur la droite."

--- Maintenant que j'ai le papier signé, je peux vous le dire Madame Eugènie...

--- Tu peux m' dire quoi? Que tu viens d' faire la plus grosse conn...rie... de ta vie p'tit?

--- Non Madame Eugénie, je veux vous dire que c'est moi qui ai peint ce tableau, c'est pas Pissarro!

--- Espèce de p'tit salo...Sors d'ici tout de suite! J'veux plus te voir! J'vais aller à la police, tu vas voir! Rends-moi ce papier !

La vieille garde le tableau et Jean Schlesser le papier et il sort de chez elle, contrarié mais heureux de pouvoir occuper le logement aussi longtemps que la vieille vivra. Pour fêter l'événement, il se verse quatre ou cinq whisky en suivant, tourne en rond en regardant ses toiles qui tapissent ses quatre murs, et sort en ville. Il rentre tard, ivre comme d'habitude.

Une semaine s'est écoulée, la vieille n'adresse plus la parole à Jean et le climat est tendu. Ils s'ignorent totalement, comme un vieux couple en chamaille.

Ce mardi matin, Jean traverse la petite cour et se rend à la boulangerie acheter son pain. Quand il revient, la vieille l'attend. Elle se tient debout, bien droite dans son tablier bleu à pois blanc.

--- P'tit, Faut qu'on s'parle, ça peut pas durer, aller vient, entre! J' te fais chauffer un café!

C'est bien la première fois que la vieille me parle comme ça, se dit Jean, bizarre!

La discussion commence par des banalités, la vieille se montre subitement intéressée par la peinture de Jean, elle qui habituellement le traite de "barbouilleur". Finalement, elle en vient à évoquer le véritable motif de ce brusque changement d'attitude.

--- Tu sais p'tit, j'ai pensé un truc: nous deux, faut qu'on fasse des affaires!

--- Ah! Et quelles genres d'affaires? Dit Jean étonné de la proposition.

 

--- P'tit, tu peins comme un dieux, t'as d'l'or dans les pattes et t'en sais même rien! Ton Pissarro? Faut un vrai spécialiste pour s'apercevoir que c'est une reproduction. Alors voilà ce qu'on va faire: Tu sais que dans mon grenier j'ai plus de cent toiles, la plupart sont des vieilles croûtes sans aucune valeur. C'est mon mari qui les a achetées. A chaque fois qu'il m'en ramenait une à la maison, il me disait: " Tu vois cette toile, Eugènie " ? Eh bien un jour elle vaudra une fortune!" Mais le pauvre a englouti tout l'argent du ménage et toutes ces toiles ne valent rien!

Ton Pissarro, je vais le monter au grenier, le mettre parmi les miennes...

Eh! Tu m'écoutes?

 

Fin août. Il fait chaud, une foule compacte se bouscule dans les allées étroites du vide grenier. Ca sent le vieux et la sueur. Jean prospecte. Pas les objets, non, lui ce qu'il recherche c'est les amateurs de tableaux. Il s'est posté près d'un brocanteur qui expose de vieilles croûtes, il y en a de tous les genres, mais elles ont toutes un point commun: la laideur et le mauvais goût. Jean feint s'intéresser à ses toiles quand quelques grosses gouttes martèlent le sol.

--- Manquait plus que la flotte! dit le brocanteur en levant la tête vers l'épais nuage qui s'avance.

En quelques secondes, les gouttes tombent drues et une pluie torrentielle frappe le sol dans un vacarme épouvantable. Le brocanteur ouvre les deux portes de sa camionnette et s'empresse de mettre ses toiles à l'abri.

--- Un coup de main? Demande Jean.

--- C'est pas de refus! Cette put.... de flotte va mouiller toutes mes toiles!

Jean et le brocanteur s'activent sous la pluie battante.

--- On range que les peintures, dit l'homme, le reste ça séchera!

Le brocanteur remercie Jean et l'invite à s'abriter avec lui à l'arrière du fourgon.

--- Si ce temps-là continue, on va rien faire, dit le brocanteur.

--- Les affaires marchent bien en ce moment? Demande Jean.

--- C'est pas terrible, dit le brocanteur, après les vacances, les gens sont fauchés et la rentrée des classes, ça coûte cher!

--- Tiens! Au fait, vous qui vendez des tableaux, je connais un vieille qu'a des toiles plein son grenier! Je suis certain qu'elle s'en débarrasserais pour pas cher, ça vous intéresse?

--- Eh comment que ça m'intéresse! C'est où?

--- N'y allez pas seul, la vieille à ses têtes, je vous y conduirai.

 

Le lendemain, Jean se rend chez le brocanteur et le conduit chez la vieille. Après de rapides présentations, elle ouvre la porte qui donne accès au grenier. Arrivé en haut de l'escaliers, l’homme s’immobilise, écarquille ses yeux et pousse un " Oh ! ". Le grenier est rempli de tableaux de toutes dimensions, il y en a partout, un vrai bric-à-brac.

--- J'ai jamais vu ça! Il y en a combien? Crie le brocanteur pour que la vieille entende.

--- J'en sais rien et je m'en fou, répond la vieille, vous savez, les tableaux.... C'est mon mari que ça intéressait.

Le brocanteur regarde chaque toile avec attention, dès qu'une semble l'intéresser, il l'examine de près sous la fenêtre de toit et la met de côté. Jean regarde le brocanteur avec intérêt, il attend la réaction de l’homme à la vue du Pissarro. En bas des marches, la vieille lève la tête à s’en tordre le cou. Notre homme a trouvé le Pissarro, il colle son nez sur la signature. Ca y est, se dit Jean, il l'a trouvé!

Le brocanteur tourne le Pissarro dans tous les sens, s'attarde sur certaines partie, puis le tient d'une main bras tendu. Il le pose, le reprend et l'incline pour le mettre à contre-jour, puis son inspection terminée, il le pose très délicatement sur un vieux meuble démantibulé.

--- Vous trouvez votre bonheur? Demande Jean, Il y en a hein! Je vous l'avais dit?

--- Je m'en suis mis quelques uns de côté, dit le brocanteur, j'espère que la dame ne va pas me les vendre trop cher!

--- Vous en faites pas pour le prix, j’en fait mon affaire, dit Jean.

Le brocanteur passe en revue toutes les toiles du grenier. Une heure plus tard, il redescend tenant à la main cinq toiles, dont le "Pissarro" bien sûr. Puis, lui et Jean se rendent dans la cuisine où la vieille prépare un café.

--- je vois que vous avez trouvé, dit la vieille. Faites voir un peu!

La vieille regarde chaque toile que le brocanteur lui montre.

--- Celle-là, cent balles; celle-là, cent balle aussi, celle-là pareille, même prix.

Le brocanteur affiche un large sourire... jusqu'au "Pissarro"

--- Ah non! Dit le vieille devant le pissarro, celle-là je la vends pas, c'est un souvenir de ma grand mère. La toile ne me plaît pas tellement, mais vous savez ce que c'est... Un souvenirs on s'y attache.

--- Et si je vous donne cent mille francs! Dit le brocanteur, comprenant que la vieille en était restée aux anciens francs.

--- Non! C’est trop cher pour vous, vous n'avez pas les moyens, dit la vieille. Il faudrait me donner... dix millions pour que je la vende.

Le brocanteur réfléchit, ça fait quand même quinze mille euros! Un Pissarro à ce prix-là, c'est donné, se dit-il, mais si c'est un faux... Catastrophe. Alors il reprend la toile, scrute la signature avec une grande minutie, passe son indexe sur la peinture. La vieille le regarde, épie tous ses gestes et attitudes et lance son va-tout, comme pour achever sa proie.

--- Ca vient de famille, dit la vieille, c'est le père d'un ami de ma grand mère qui l'a peinte, je sais même qu'il s'appelait... Attendez... Ca va me revenir, il s'appelait Camille, paraît qu'il a peint beaucoup.

Entendant le prénom " Camille ",Le brocanteur sent son cœur s'emballer. Pas de doute, c'est bien un "Pissarro"! La fortune à coup sûr, se dit-il, l'affaire de ma vie. Faut pas que je laisse passer ça... Mais quinze mille euros! Non la vieille est trop gourmande.

--- Cette toile me plaît beaucoup et je suis prêt à monter jusqu'à huit millions, mais pas plus.

--- Vous avez dit:" huit millions"?

--- Oui, mais pas un sous de plus!

--- D'accord, dit la vieille, mais je veux du liquide.

--- Vous l'aurez, je reviens demain avec l'argent, dit le brocanteur.

 

Le lendemain, le brocanteur revient, il balance un attaché case à l’extrémité de sa main droite.

--- J'ai l'argent, dit-il, ça fait: douze mille euros!

--- Ca fait même un peu plus, dit la vieille mais bon, marcher conclu.

Le brocanteur repart tout joyeux avec son Pissarro et les quatre autres toiles sans valeur.

--- T'as vu P'tit? Qu'est-ce que t'en penses de mon idée? Quatre millions chacun! Et tu sais ce qu'on va faire du fric? On va acheter des bijoux qu'on placera dans un coffre à la banque. Tu sais un coffre qu'on n'ouvre qu'avec deux clefs. Une chacun. Ca te paraît correcte?

--- Ouais, c'est honnête, dit Jean.

Convaincu que l’idée de la vieille est géniale, Jean à commencé un autre "Pissarro".

Une semaine plus tard, le tableau est terminé. Il procède de la même manière, contacte un autre brocanteur, et empochent cinq milles euros.

Les semaines passent, maintenant Jean peint des "Sisley". Les faux "Pissaro", faut mieux arrêter, des bruits circulent dans le milieux, la petite escroquerie continue, mais avec d'autre signatures. Encouragé par des affaires qui rapportent, Jean a même délaissé la bouteille, pour un temps. Il peint toute la journée, jusque tard le soir. Les bijoux accumulés représentent une petite fortune. Jean a une confiance limité dans l'honnêteté de la vieille, mais comme il faut être deux pour ouvrir le coffre, il est confiant.

L'hiver se termine, les arbustes de printemps commencent à fleurir, et déjà les premiers vides greniers font leur apparition. La vieille et Jean ont optimisé leur petite entreprise crapuleuse. Chaque après-midi, Jean conduit la vieille en ville, elle s’est découvert une nouvelle passion, elle collectionne des bijoux sans valeur, à peu près les même que ceux qu’elle place à la banque, mais c’est du toc. Jean trouve ça bizarre, mais enfin… Elle fait ce qu’elle veut !

 

Nous sommes en avril, 15 heures trente, Jean rentre de prospection, il a noué le contacte avec des acheteurs potentiels américain et la bonne humeur se lit sur son visage. La vieille est dans sa cour, elle balaye le trottoir en brique qui longe le mur de sa maison. Dès qu'elle aperçoit Jean, elle l'interpelle.

 

--- P'tit! On a un problème, j'ai eu la visite des gendarmes.

--- Et qu'est-ce qu'ils veulent? Demande Jean.

--- Ils te cherchent, un acheteur a porté plainte pour "escroquerie" et ils disent qu'ils sont sur ta trace depuis deux mois. Ils disent aussi que tu risques plusieurs années de prison et une forte amende. Ils vont revenir te chercher demain, ils ont dit. Il faut que tu te sauves au plus vite, sinon, tu vas te retrouver en tôle.

--- Ca alors! Comment ils ont pu savoir ?Je vais filer, mais je ne partirais pas sans la moitié des bijoux.

--- Bien sûr P'tit, t'auras la moitié, comme convenu, on va même aller à la banque tout de suite et on fera le partage.

La vieille et Jean se rendent à la banque et retirent le coffret à bijoux, ainsi que les factures correspondantes.

--- Moi, je vais faire le partage en me servant des factures, dit la vieille, comme ça on aura chacun la même somme.

--- OK, dit Jean, pendant ce temps, moi je prends quelques bagage et dans un quart d'heure… Chao! Je ne vais pas attendre les poulets!

--- C'est mon avis aussi, dit la vieille, ils avaient l'air drôlement intéressés.

Jean bourre à la hâte un sac de voyage, traverse la petite cour pour la dernière fois et rentre chez la vieille. Sur la petite table encombrée, elle a fait deux tas.

--- Tu choisis, tu prends le tas que tu veux, ils ont exactement la même valeur, j'ai regardé les factures.

Jean regarde les deux tas. Apparemment tout est là, mais avec la vieille faut se méfier.

--- Je prends celui-ci! Dit jean.

La vieille va chercher une grande enveloppe et met les bijoux dedans

--- T'as des sous pour le voyage? Demande la vieille. Tu vas aller où au fait?

--- Je n'en sais rien, dit Jean, vous avez une idée?

--- En tout cas, faut pas rester en Europe, le plus sûr c'est le Brésil, là-bas tu risques rien, tu vends tes bijoux et t'es peinard. Le plus urgent, c'est de quitter la France au plus vite, avant que les poulets ne donnent ton signalement aux frontières. Faut qu't'ailles en Belgique, de là tu prends l'avion pour Rio, crois-moi, c'est le mieux.

--- J’te demande si t'as des sous? Répète la vieille.

--- J'ai mille euros, dit Jean.

--- T'as pas assez! Tiens prend ça, dit la vieille, ça te fera deux milles, comme ça, t'en auras assez pour l'avion.

Jean en a le souffle coupé! Jamais la vieille ne s'est montrée aussi généreuse. "Je l'ai peut-être mal jugée, se dit-il, elle me laisse le choix des bijoux, puis elle me donne de l'argent! A l'avenir, j'éviterai de porter un jugement hâtif sur les gens, c'est dans les situations difficiles que l'on se rend compte de leur valeur.

Rio est en vue, l'airbus commence les manœuvres d'atterrissage, le ciel est dégagé et le pain de sucre se découpe sur les hauts immeubles de la mégalopole. Jean arrive au terme de son voyage, pendant le vol, il n'a pas arrêté de ruminer. " Eh si les douanes découvrent les bijoux " ?se dit-il. Puis il pense à la vieille : "  une arnaqueuse certes, mais au grand cœur. Me faire cadeau de mille euro, comme ça"!

Mais c'est surtout l'avenir qui préoccupe Jean. Il a fait son planning: "En premier, je vends les bijoux. Pas au premier venu, non je fais plusieurs bijouteries. Ensuite, je loue un appart assez grand pour me faire un atelier. Je me mets à peindre sérieusement, je me fais connaître, j'expose! Whoua! Une nouvelle vie" ! Il y a bien longtemps que Jean n'a pas connu un tel enthousiasme. "La roue tourne pour moi, se dit-il, et du bon côté! Fini les galères de fin de mois!"

 

Jean a pris une chambre dans un hôtel de la périphérie, pas question de dilapider. Le lendemain matin, après une mauvaise nuit de sommeil, il se rend dans le centre de Rio et arpente la rue où sont présentes les plus grandes bijouteries de la ville. Pas facile quand on vient ici pour la première fois, il y a du monde partout et ça vous tourne la tête. Une grande bijouterie lui inspire confiance et après quelques hésitations, il se dirige vers la grande porte dorée. Une hôtesse au corps de rêve l'aborde en anglais.

--- Vous parlez français? Demande Jean qui n'a aucune envie de faire de la gymnastique linguistique matinale.

La jeune femme appelle une collègue.

--- Bonjour Monsieur, bienvenue dans notre établissement, que puis-je faire pour vous?

--- J'ai un lot de bijoux de grande valeur à vendre, dit Jean, je peux vous les montrer?

--- Mais bien sûr, dit la jeune femme suivez-moi.

Jean suit l'employée jusque dans les sous-sols du magasin. Sur la droite, une vingtaine de personnes travaille, la tête baissée sur un ouvrage qui semble minuscule. A gauche, un bureau tout en verre où un homme rondouillard classe du courrier. L'hôtesse frappe, l'homme fait signe d'entrer.

La jeune femme donne quelques explications en portugais et l'homme tend la main.

--- Vous voulez bien montrer ...

Jean plonge sa main dans sa sacoche, sort la grosse enveloppe grise et la pose sur le bureau.

--- Voilà, dit-il.

L'homme ouvre l'enveloppe, étale précautionneusement les bijoux sur son bureau, pose un collier dans sa main et le soupèse. Il le repose et fait de même avec une grosse bague. Il reste pensif, ne dit rien, rassemble la totalité des bijoux et les remet dans l'enveloppe. Puis, il se lève de son fauteuil, quitte son bureau et dépose l'enveloppe sur l'établi d'un ouvrier. Celui-ci ajuste son microscope et examine chacune des pièces, quelques secondes, pas plus. Arrivé à la dernière, l'ouvrier prononce quelques mots en portugais et remet les bijoux dans l'enveloppe. Jean est inquiet, l’air interrogatif il se tourne vers l'hôtesse.

--- Désolée...Monsieur mais vos bijoux n'ont aucune valeur.

L'homme rend l'enveloppe à Jean qui la fourre dans sa sacoche.

--- C'est la vieille! Cette saleté m'a roulé! Dit-il à voix haute.

--- Vous dites, Monsieur? Demande l'hôtesse.

--- Non rien! Je me suis fait avoir, comment j'ai pu... Je comprends maintenant pourquoi elle m'a donné mille euros, pour que je quitte la France! Cette vieille garce m'a fait choisir entre deux tas de faux bijoux! Et son manège en ville l’après-midi ? Quel C.O.N. je fais ! Me voilà bien maintenant...

--- Vous désirez autre chose, Monsieur? Demande l'hôtesse.

--- Oui, je veux qu'on me foute la paix!

BOKAY

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Vendredi 11 novembre 2005

                               la fête foraine

 

Chaque premier dimanche de Février, la petite ville de Chamincourt connaît une animation exceptionnelle; c'est jour de fête. Les manèges et stands prennent possession de la grande place et de la rue principale. De tous côtés, des musiques à la mode hurlent et se chevauchent. Le froid et le vent glacial qui sévit en cette journée hivernale ne découragent pas les habitants de la région. Ils s'y retrouvent nombreux, tous chaudement vêtus et décidés à passer un agréable moment. Dès le début d'après-midi, les jeunes se précipitent dans les autos tamponnantes, tandis que les petits, sous le regard émerveillés de leurs parents, tournent et se dressent pour décrocher le fameux pompon. Ne perdant pas de temps, les plus gourmands, ont déjà le nez tout collant de barbe à papa.

Laure, quatorze ans, habite une coquette maison à la sortie du village. Ce dimanche, elle ne traîne pas à table, elle a hâte de retrouver ses copines. Un passage obligé dans la salle de bain, un coup d’œil dans la glace pour vérifier tenue, maquillage, coiffure et en route...

--- J'y vais M'man!

--- Rentre pas trop tard, tu sais ce que ton père a dit! Et prend pas froid!

--- Promis m'man, à ce soir!

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des

manèges. Les musiques fortes, les rires et les cris donnent à cette petite fête locale un accent joyeux et agréable. Laure est heureuse, elle se dirige vers les autos, monte sur le plancher surélevé qui entoure la piste et balaie la foule d'un regard circulaire, à la recherche de quelques copines. Hélas, les groupes de garçons et filles se sont déjà formés et Laure se retrouve seule. Elle se dirige alors vers un autre manège, une grande roue verticale équipée de petites cabines multicolores. Elle se place près d'une imposante baffle qui crache une musique de mauvaise qualité. De l'autre côté, près de l'autre baffle, un homme se tient debout et regarde les personnes qui montent et descendent des cabines. Il est corpulent, très grand, plutôt mal habillé et le cou enroulé dans un horrible cache-nez rouge. Le type d’individus, solitaire ou marginalisé et que l'on reconnaît à l’allure gauche et à l’accoutrement bizarre. l'homme semble appartenir à cette catégorie; il la regarde. La première fois, elle n'y prête pas garde, mais le surprenant une deuxième puis une troisième fois, elle s'interroge.

" Qu'est-ce qu'il me veut, ce type"? Se dit-elle. Laure n'aime pas son regard, "encore un vicieux", pense-t-elle.

Elle a l'impression qu'il la déshabille des yeux. Puis, elle se ravise, se dit qu'elle s'inquiète peut-être pour rien, que la fête est à tout le monde. La grande roue s'arrête, Marion, une copine du collège descend de la cabine.

--- Salut, Laure! t'es toute seule?

--- Oui, je devais prendre Anaïs, mais elle est malade.

--- Moi, je suis seule aussi, dit Marion, tu viens faire un tour d'auto?

Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti...

Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti...

La musique est forte, il faut presque crier pour se faire entendre. Les deux copines s'éclatent à fond, elles prennent plaisir à tamponner deux garçons du collège qui ricanent bêtement. Laure fonce sur eux, mais plus rapides les garçons réussissent à s'échapper et Laure vient cogner sa voiture contre le rebord de la piste. Elle tourne plusieurs fois le volant, mais la voiture ne bouge pas, elle est bloquée. Un homme, debout sur le bord de la piste, se baisse et la dégage avec force. Alors que Laure relève la tête pour le remercier, un cache-nez rouge glisse sur le capot de l'auto, c'est l'homme de la grande roue. Il regarde Laure, esquisse un léger sourire, détourne la tête et part.

--- Encore lui! Lance Laure.

Marion ne réagit pas et la voiture repart. Les garçons reviennent droit devant et percutent les filles de front.

--- Mais ils sont c.o.n.s! Dit Marion, ça fait mal! Il y en a marre! Viens, Laure on s'arrache!

Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu.

Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu.

--- Tu cherches quelqu'un? Demande Marion.

--- Oh! Non, je croyais avoir vu un copain.

 

--- Ca te dit, un tour de chenille? Dit Marion, paraît que c'est super!

--- Pourquoi pas! OK!

Le soleil a disparu derrière les hautes maisons bourgeoises qui entourent la place et le vent du Nord se renforce et glace les visages. Les deux filles pressent le pas pour se réchauffer. Passant devant un stand de tir, elles remarquent Bob, un garçon un peu grassouillet et pas trop futé, Marion le connaît bien, elle lui fait souvent des farces. Il a enfoncé son bonnet de laine bleu sur sa tête. La tentation est trop forte ! Marion tend son bras, arrache le bonnet et les deux filles déguerpissent à toutes jambes. Le temps que Bob réagisse, les deux filles ont disparu dans la foule compacte.

--- Tu lui rends pas? Demande Laure, il va avoir froid.

--- Bah! Un gros comme lui, ça n'a jamais froid, dit Marion, je lui rendrai demain au collège. Viens! On va aux chenilles.

Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants.

Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants.

--- Ouah! C’est génial! Dit Marion en agitant le bonnet de Bob… Et cet abruti qui se les gèle!

--- Fait attention, tu vas l'accroch...

Laure n'a pas le temps de finir sa phrase, le bonnet de Bob s' accroche à un morceau de plastique. Au tour suivant, Marion veut le récupérer, mais le bonnet n'y est plus.

--- Il est pas perdu, dit Marion, il est tombé à terre, on le récupérera en partant.

Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.

Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.

--- Ca devrait se voir une couleur pareille! Dit Marion. Il peut pas être loin!

Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu.

Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu.

--- C'est ça que vous cherchez? Mademoiselle.

Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.

Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.

--- Je vous ai fait peur? Dit-il l'air étonné.

--- Non! Non! Merci monsieur.

L'homme s'éloigne, se perd dans la foule et Laure reste debout, tenant ce ridicule bonnet bleu à la main.

--- Ah! Tu l'as retrouvé! Demande Marion, où il était?

--- Là!

--- T'en fait une tête! Tu me fais la gueule ?

--- Non!

--- Oh !Je vois bien que tu me fais la gueule ! Si s’est ça, j’ me casse! Dit Marion.

Laure se retrouve seule à nouveau, et cet homme qui l'intrigue. En plus, ça tombe mal, elle a remarqué qu'un beau gars, plus âgé qu'elle la suit et semble s'intéresser à elle.

"S’il n’y avait cet homme qui me suit partout, j’amorcerais une conversation avec ce beau mec, se dit-elle, peut-être même qu'il m'aurait dragué? Qui sait? Je fais plus que mon âge" .

Elle baisse la tête et regrette que son anorak fermé cache sa poitrine.

"Oui, j'ai quatorze ans, mais j'en fais bien quinze, seize peut-être ?

Puis, apercevant quelques copines du collège, Laure se joint à elles. Le groupe la rassure,

"Comme cela, si l'homme m'importune, je ne serai pas seule", se dit-elle

Par contre, pour le beau garçon, cela contrarie ses plans. C'est la première fois qu'un garçon de cet âge s'intéresse à elle.

" Il est très beau! Si je pouvais le draguer, se dit-elle, mes copines en seraient malades de jalousie".

Mais l'homme au cache nez rouge gêne considérablement la réalisation de son projet. Elle a l'impression qu'il la suit partout, qu'il épie ses moindres gestes. Justement, il est encore derrière elle!

" Je le maudis ce type ! Et en plus il m'inquiète.

La nuit est tombée, l'homme au cache-nez rouge a disparu. Ouf ! Quel soulagement pour Laure? D'ailleurs que faisait-il sur cette fête? Quant au beau gars, il vient encore de la regarder et de lui sourire, elle sent son petit cœur s'affoler et elle lui répond par un léger sourire. Déjà dix-neuf heures, le petit groupe de copines se réduit, elles ne sont plus que trois. Laure se regarde dans le reflet d'une vitrine, ses cheveux sont tout défaits, de la main elle les arrange grossièrement, en pensant à ce beau jeune homme, bien sûr. Mais, derrière elle à quelques mètres, l'imposante stature de l'homme au cache-nez rouge! Encore lui! Pour la première fois, Laure prend vraiment peur.

"Quel dommage que je n'ai pas pu aborder ce beau gars plus tôt, se dit-elle ! Lui au moins, il m'aurait défendu "!

Le froid est de plus en plus vif et bientôt Laure va rentrer, seule, évidemment; Ses deux autres copines habitent le centre ville. Ce qu'elle appréhende le plus, c'est le passage de ces ruelles, sorte de coupe-gorge moyenâgeuse. Mais, il faut bien rentrer...

Laure regarde autour d'elle, Il n'est pas là!

C'est le moment se dit-elle, j'y vais.

La première petite ruelle est bien éclairée et plusieurs personnes marchent par petits groupes, c'est rassurant. Par précaution, Laure presse le pas. Personne ne la suis.

" Je ne serais pas un peu parano? Se dit-elle. Je suis jolie! Après tout, c'est normal que les hommes me regardent, on dit que certains aiment les jeunes filles!

Tout en marchant, Laure essaie de se rassurer. La deuxième ruelle est déserte et les lampadaires ne sont pas tous allumés. Elle sent sa poitrine se serrer, la panique s'empare d'elle, elle se prépare à courir. Mais, subitement, devant elle, le beau gars sort d'une ruelle transversale et l'interpelle.

--- Eh! pourquoi tu cours comme ça, t'as peur? dit-il

--- Ah! c'est vous! Vous m'avez surpris, j'ai eu peur.

--- C'est vrai que c'est pas prudent une belle fille comme toi, toute seule.

Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle!

Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle!

"Quelle heureux hasard" se dit-elle ?

--- Tu veux que je te raccompagne? Demande le jeune homme.

--- Si vous voulez, dit Laure émue.

--- Si ça ne te dérange pas, je peux même te prendre par le cou, par ce temps, on aura plus chaud.

--- Si vous voulez, dit Laure, surprise mais ravie de la proposition.

--- Tu sais, t'es drôlement jolie, dit le jeune homme.

La ruelle tourne à angle droit, aucune lumière, l'obscurité est presque totale. Le jeune homme parle de la fêtes, dit des banalités et tient des propos décousus. Laure l’écoute et rie, mais soudain d’un geste brutal et inattendu, le jeune homme saisit Laure par la tête, l'appuie contre le mur et tente de l'embrasser.

--- Eh! Doucement dit Laure! Je ne vous connais même pas.

--- Ca c'est pas grave dit le jeune homme on va faire connaissance.

Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau.

Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau.

--- Tu vas être bien gentille dit-il, sinon je te balafre le visage. Et tu cries pas!

--- Non! Laissez-moi, je ne veux pas!

--- T'as pas compris? T'as pas le choix ma belle, aller laisse-toi faire.

Laure tente de se débattre, mais que faire sous la menace de d’un couteau?

--- Baisse ton pantalon! Aller, vite!

Le jeune homme pose la lame de son couteau à plat sur le front de Laure. Laure ressent l'acier glacé sur sa peau. Le jeune homme s'énerve, s'excite, et ne se contrôle plus. Il pose son couteau sur le sol, soulève violemment le pull-over de Laure et s’acharne sur son pantalon avec fougue.

--- Laissez-moi, ou j'appelle "au secours" dit Laure.

--- La ferme petite salope, ou je te plante!

Le jeune homme est comme fou, il tire de toutes ses forces sur le pantalon de Laure. Décuplant ses forces Laure résiste, le repousse, le frappe. Mais vite, le combat devient inégal, après quelques minutes de lutte, le jeune homme reprend le dessus. Laure est à bout de force, ses membres ne répondent plus et elle trouve à peine la force de crier. Elle réalise alors qu'elle n’échappera pas à cette brute, ce malade. Elle est arrivée au bout du possible, elle relâche tous ses muscles et se laisse choir sur le ciment glacé.

Le jeune homme se positionne sur Laure, baisse la fermeture éclair de son pantalon, s'immobilise une ou deux secondes, puis…un bruit sec et lourd raisonne dans le porche. L’agresseur tombe sur Laure comme une masse. Il ne bouge plus.

--- Je vais te soigner moi! Espèce d'ordure!

La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.

La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.

--- Prends ça! Espèce de salop! Dit l'homme de sa voix puissante.

Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure.

Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure.

"C'est l'homme au cache-nez rouge"!

Cet homme qu'elle croyait menaçant venait de la sortir des griffes de ce violeur. La pauvre fille est complètement perdue, ses nerfs lâchent, elle tremble et sanglote tout en remettant ses vêtements.

--- Ca va aller? Demande l'homme, puis il ajoute: je crois que je suis arrivé à temps!

Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.

Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.

--- Ca c'est en plus, tu sais pourquoi? Dit-il.

L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

--- Venez! Je vais vous raccompagner chez vous, dit l'homme, avec cette ordure, c'est plus prudent!

--- Heureusement que vous êtes arrivé! Quelques minutes de plus...

Le vent glacial souffle dans la ruelle, Laure marche à côté de l'homme, elle a remonté le col de son anorak et s'efforce de contenir ses derniers sanglots.

--- Je ne voudrais pas que mes parents....

--- Inspirez profondément, dit l'homme, ça apaise.

--- Je vous dois vraiment beaucoup, quelle chance que vous n'étiez pas loin!

--- Ce n'est pas de la chance, dit l'homme.

--- Mais pour quelle raison vouliez-vous me protéger? Je ne vous connais pas!

--- J’ai tout de suite remarqué la façon dont ce salop te regardait. J'ai une fille de ton âge qui a été victime de cette ordure, l’année dernière, dans les mêmes conditions, quand j'ai compris que tu serais sa prochaine victime, je ne pouvais pas le laisser faire.

BOKAY

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti... Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu. Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants. Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu. Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle! Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau. La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure. Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

 

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti... Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu. Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants. Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu. Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle! Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau. La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure. Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

 

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Mercredi 12 octobre 2005

 

                                         quelques uns de mes dessins

 

                               

                          

                         

                           

 


 

DESSIN REALISE AVEC PAINT

                              

     

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Dimanche 9 octobre 2005
    

 

 

                                    CAUCHEMAR D’ARIEL

 

Les rayons du soleil traversent les persiennes et se projettent sur le mur de la chambre en lignes parallèles. C’est un dimanche d'hiver, un vent glacial siffle contre la fenêtre. Je me lève, regarde machinalement par la fenêtre, les voitures sont recouvertes d’une fine couche de givre, c’est l’hiver. Je prends une douche, je m'habille chaudement et descends acheter du pain et quelques croissants. C’est mon habitude ou plutôt notre habitude car chaque dimanche j’invite Ariel, ma voisine de palier à partager le petit déjeuner avec moi. C’est l’occasion de rompre notre solitude. Elle, me raconte ce qu’a été sa semaine à l’université, ses copines, ses profs et moi je lui fais un résumé de la mienne au journal ou je m’occupe de la rubrique des faits divers.

Je prends mon portable, compose son numéro et laisse sonner… J’insiste…Personne ne répond. Ce n’est pas son habitude ! Je sors sur le palier et frappe à sa porte, aucune réponse ! Je pose ma main sur ma poignée de porte pour rentrer chez moi quand j’entends une personne descendre l’escalier, c’est Sonia, la voisine du dessus.

--- Bonjour Dann, Tu cherches Ariel ?

--- Oui, chaque dimanche nous prenons le petit déjeuné ensemble, mais aujourd’hui elle ne semble pas être là, c’est curieux, elle ne m’a rien dit.

--- Je ne l’ai pas vu de la semaine, dit Sonia, elle s’est comme volatilisée. Je t’explique…

--- Mais entre Sonia ! Dis-je, ne reste pas sur le palier.

Je la prie de s’asseoir, lui offre une tasse de café et elle commence :

--- Mardi matin, Ariel vient me voir, elle me demande si elle peut utiliser mon ordinateur car le sien a un problème. Je lui dis que cela ne me dérange aucunement et lui demande simplement de bien tirer la porte en partant. Quand je suis rentré chez moi, vers 18 heures, la porte de mon appartement était ouverte mais Ariel n'était pas là. Je suis allé chez elle, personne, j’ai essayé de l’appeler sur son portable, pas de réponse. Elle était comme volatilisée. J’avais justement l'intention de te demander si tu avais de ses nouvelles.

--- Non ! Je ne l’ai pas vue de la semaine ! Lui dis-je, Je sais qu’elle fréquente une nouvelle boite du quartier latin, elle y est allée samedi dernier.

--- Tu veux parler du " New World " dit Sonia ?

--- Exactement, cette boite ne me plaît pas du tout, beaucoup de bruits circulent à son sujet, des histoires de drogue et de prostitution, rien de bien.

--- Et tu vois un rapport avec sa disparition ? Demande Sonia.

--- Je ne sais pas, je cherche une explication

--- Elle a peut-être eu un coup de blues et est retournée quelque temps chez ses parents, dit Sonia.

--- Possible.

--- Je te quitte, dit Sonia, je vais jusqu’à la boulangerie, tu me tiens au courant !

Sonia partie, je tourne en rond dans mon appart et J’avale mon troisième café quand on frappa à ma porte.

--- Police ! Ouvrez s'il vous plaît.

--- J’ouvre la porte et me retrouve face à face avec deux policiers en uniforme et un troisième en civile.

--- Excusez-nous monsieur, connaissez-vous mademoiselle Sonia Morin qui habite à l'étage au-dessus ? Demande l'homme en civil.

--- Bien sur que je la connais, c’est une gentille fille

--- Mademoiselle Morin a été victime d'un kidnapping et nous menons notre enquête nous d’identifier son ou ses ravisseurs. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois demande l'homme en civil ?

--- Je lui ai parlée il y a environ dix minutes, dis-je.

--- Vous faites erreur Monsieur, les parents de cette jeune fille ont fait l'objet d'une demande de rançon ce matin, vous n’avez pas pu la voir il y a dix minutes.

--- J’en suis certain, dis-je, nous parlions ensemble juste avant votre arrivé elle va revenir, elle est allée à la boulangerie. Mais par contre, une jeune personne semble avoir disparu, c'est Ariel Delatour, ma voisine de palier. Sonia et moi ne l’avons pas vu depuis une semaine.

Sonia monte les escaliers une baguette sous le bras en mâchonnant un croûton de pain. Voyant les policiers sur le palier, elle pense immédiatement qu’ils sont là pour Ariel.

--- Vous savez qu’on vous recherche, mademoiselle ? Dit le capitaine en civil.

--- On me recherche moi, dit Sonia, je ne comprends rien à ce que vous dites.

--- Vos parents habitent bien à Renne, et votre père et le patron d'une grande entreprise de la région ?

--- Oui, oui, c'est exact, dit Sonia, mais où voulez-vous en venir ?

--- Vos parents ont reçu une demande de rançon dit le Capitaine.

--- Mais c'est absurde, je n'ai jamais été kidnappé, dit Sonia.

--- C’est étrange, dit le Capitaine….Mais nous n'allons pas continuer à discuter ici, je vous demanderais de vous rendre au commissariat dés que vous serez prêt. Et... Vous aussi dit le capitaine en levant les yeux vers moi.

Sonia et moi avons passé notre dimanche après-midi au commissariat. Un lieutenant a tapé un rapport d’une dizaine de pages et nous nous sommes retrouvés chez moi.

--- Mes parents ont eus la peur de leur vie dit Sonia. Et Ariel, tu penses qu'elle a été kidnappée à ma place ?

--- C'est probable, dis-je, les ravisseurs sont venus chez toi et ne te connaissant pas ils ont pris Ariel à ta place.

--- Ce qui est important, c'est de savoir si les ravisseurs vont libérer Ariel quand ils se seront rendu compte de leur méprise, dit Sonia.

l’attitude de Sonia me semble étrange : elle tourne la tête… s’apprête à dire quelque chose mais ne dit rien… Je doute de sa sincérité quand elle dit tout ignorer des fréquentations d’Ariel car je sais qu’elles sortent souvent ensemble. Je tente un coup de bluff.

--- Maintenant, tu arrêtes ton cinéma et tu me dis ce que tu sais. Depuis le début, je vois que tu me caches quelque chose. Qu’est-ce que tu sais ? Où est Ariel ?

--- Ne s’attendant pas à une telle réaction de ma part, Sonia se sent déstabilisée, devient rouge, baisse la tête et murmure :

--- Oui, c'est vrai, je ne t'ai pas tout dit, mais je suis aussi inquiète que toi pour Ariel. C’est au sujet du "New World", je t'ai menti. Je connais très bien cette boîte, j'y vais souvent et je pense qu'elle a un rapport avec la disparition d'Ariel. Tu as remarqué au commissariat le lieutenant assez grand vêtu d'une veste en cuir foncée ?

--- Oui, dis-je, je vois qui tu veux dire.

--- Il se fait appeler Tony, il est toujours fourré au "New World" dit Sonia. Une fois il m'a offert un verre, il s'est assis à ma table et nous avons discuté longtemps. Il se prétendait sociologue. Nous nous sommes revus et à chaque fois il me posait des tas de questions. Sur mes copines étudiantes, sur mes relations, sur la profession de mes parents etc... Il me disait que c'était pour son métier car en ce moment il écrivait un livre sur "les jeunes et le monde étudiant". Je l'ai cru. Jusqu'à cet après-midi, j’ignorais qu'en réalité il était inspecteur de police. J’ai été surprise de le trouver là, et lui, semblait encore plus surpris que moi. De plus, il a fait semblant ne pas me connaître et il m'a vouvoyé, il semblait gêné. Tu trouves normal qu'un inspecteur soit toujours dans cette boîte à fouiner ?

J’écoute Sonia avec attention car j’en suis sûr, il se passe des choses étranges au "New World". Une idée me traverse l’esprit : prendre contacte avec Luc, mon collègue qui a écrit un article sur le sujet et a eu les milles ennuis. Luc ne refuserait pas, mais le sujet était délicat. Qu’est-ce que je risque ? Je peux essayer ? Je décroche mon téléphone et appelle Luc. Je lui raconte toute l’histoire, Luc m'écoute jusqu'à la fin sans m'interrompre, laissant seulement entendre un hem! Hem! De temps en temps. Lorsque j’eus terminé, Luc laissa échapper:

--- T'es dans la merde Dann ! Le " New World ", c’est une couverture pour un vaste réseau de drogue et de prostitution. T'es chez toi, Dann ?

--- Oui, je suis chez moi.

--- Bouges pas j'arrive, dit Luc.

Vingt minutes plus tard on frappe à la porte, je vais ouvrir. C’est Luc.

--- Il faut agir vite, dit Luc, je connais la planque du " New World ", avec un peu de chance ton amie y est peut-être encore. Faut pas compter sur la police, Tony va tout faire foirer, c’est un pourri. Il explique vaguement comment il compte procéder et propose de s’y rendre au plus vite. Luc s’adresse à Sonia :

--- Je préfère que vous rester ici ! Dit-il, c’est trop dangereux pour une femme !

--- Il n’en est pas question rétorque Sonia, je vais avec vous !

Luc regarde Sonia fixement, le souffle coupé par ce bout de femme qui

Semble lui tenir tête puis se tourne vers moi et dit :

--- Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

--- On fait que je vais avec vous dit Sonia.

Sonia va chercher des habits chauds, nous descendons tous les trois et montons dans la voiture de Luc.

Tony et la bande du New World "possédaient une maison près de Saint-mûre sur Loire à cent trente kilomètres de Paris. La maison était une ancienne ferme située sur le bord de la Loire, On y accédait par un chemin empierré qui longeait le fleuve Elle était bâtie en pierres de pays et était entourée d’un mur de près de deux mètres de haut qui la mettait à l’abri des regards indiscrets. Au bout du jardin qui ne faisait pas plus d’une vingtaine de mètres, coulait la Loire, qui à cet endroit était assez profonde et permettait à de petites embarcations d’accoster. Luc avait entendu parler de cette maison et c’était même rendu sur place à plusieurs reprises. S’ils détiennent encore Sonia pensa Luc il y a de fortes chances pour que se soit ici car personne ne soupçonne cette maison et ses occupants d’être un lieu de rencontre et de trafique. Pendant son enquête, Luc, se faisant passer pour un agent immobilier avait discrètement interrogé les voisins. Ce sont de braves gens, une bande de copains qui travaillent dans une banque à Paris et qui viennent pêcher le week-end lui a-t-on répondu. La couverture était parfaite, et c’est tout à fait par hasard, que Luc a découvert l’existence de cette maison qui en réalité est utilisé comme plaque tournante d’un trafique de drogue et parfois de prostitution. Luc avait découvert leur stratégie. La drogue n’arrivait jamais à la maison par le petit chemin, mais était toujours acheminée par le bateau de pêche qui prenait livraison en face sur l’autre berge. Luc ne savait pas exactement ce qui se passait dans la maison mais à son avis, la marchandise repartait de la même façon, sur ou plutôt sous la petite barque. Pour obtenir ces observations, Luc effectua un travail colossal pendant trois mois, prenant d’énormes risques, se cachant sous divers déguisements, passant des nuits entières avec des jumelles à infra-rouge…Fais un reportage le plus complet possible lui avait demandé le rédacteur en chef et il ajouta : " Ca va être de la dynamite ton truc, alors " mets le paquet ". En fait de dynamite, rien, pas le moindre article. Cette pilule-là, Luc ne l’a pas encore avalée. Un jour, le rédacteur en chef et le patron du journal le convoquent. Vous avez fait un travail formidable sur cette affaire lui dit le patron, mais pour des raisons que je ne puis vous expliquer, vous devez arrêter tout et immédiatement. Croyez bien que j’en suis navré mais je ne puis vous donner aucune explication. Luc n’en saura pas plus. Il essaya bien de questionner son rédacteur en chef, mais sans succès. Mon coup de téléphone de avait réactivé sa curiosité. Luc, compris de suite l’opportunité qui se présentait : il y avait enquête de police, de nombreux journaux allaient s’intéresser à la disparition de Sonia et il serait impossible d’étouffer l’affaire. Luc sentait l’opportunité d’une revanche. La circulation était fluide sur l’autoroute, les lumières de l’agglomération parisienne semblaient s’éteindre à mesure qu’on s’éloignait. Par moment, quelques flocons de neige venaient mourir sur le par brise. La nuit était noire, impénétrable. Dehors il devait faire très froid. Le silence qui régnait dans la voiture devenait pesant, presque insupportable. J’avais une quantité de question à poser à Luc, mais je me taisais. Pour détendre l’atmosphère, je me penche vers Sonia et dis : 

--- T’as bien fait de te couvrir chaudement, il fait une température sibérienne.

Mais le silence se réinstalle aussitôt. En d’autres circonstances, Luc aurait mit la radio, elle marchait presque en permanence habituellement. Mais il cogite. Il s’était immédiatement proposé de nous aider et nous avait embarqué, Sonia et moi dans une aventure peu banale et périlleuse sans trop réfléchir, sans se rendre compte qu’il mettait nos vies et peut-être celle d’Ariel en danger. La voiture quitte l’autoroute…

La neige tombe de nouveau, mais ne s’accroche pas sur la route, le vent la souffle sur les bas-côtés. La nationale est déserte, aucune autre voiture, aucune lumière. L’activité fébrile de la ville avait disparue en moins d’une heure. Nous sommes, à présent, dans un autre monde, celui que les Parisiens appellent : ’’la province’’. Luc s’arrêta à un croisement, regarde les panneaux indicateurs et sans dire un mot s’engagea sur une petite route sinueuse et en mauvais état. Le vent souffle plus fort et la neige tombe presque horizontalement. Enfin Luc dénie prononcer une parole :

--- "  Nous sommes presque arrivés, dit-il en s’engageant dans un chemin à peine praticable. Après quelques kilomètres, Luc arrête la voiture près d’un petit bois. Il semble bien connaître les lieux car il n’y a de la place que pour une seule voiture.

Luc coupe le moteur, puis les phares.

--- Maintenant, je vous explique, dit-il.

Il explique son plan…

La maison qui sert de repaire à la bande du " New World " se trouve à environ un kilomètre à travers champs. Luc qui connaît les lieux avance le premier, mais la nuit est noire et nous progressons lentement. Le vent nous glace le visage et des clôtures de fils barbelés freinent notre progression. Arrivés à une haie, Luc s’arrête et nous indique la maison.

--- A partir de maintenant, prudence dit-il, ne vous faites pas repérer, on regarde, rien de plus.

La première mission était uniquement de l’observation. Luc a un sens inné du commandement, il donne des ordres comme l’aurait fait un capitaine à ses soldats, ce qui a pour avantage de se sentir en confiance et d’ôter toute tentative d’initiative. La maison forme une masse plus sombre dans ce ciel d’ébène. Elle est clôturée par un mur de plus de deux mètres de hauteur dont un endroit est dégradé. Luc et moi pénétrons dans la propriété tandis que Sonia reste à l’extérieur pour prévenir d’un éventuel danger. Luc marche le premier, longe le mur de pierres, pose ses pieds avec précaution de peur de trébucher sur un quelconque obstacle. Un massif d’arbustes qui cache la maison représente en endroit idéal pour s’approcher sans se faire repairer. Luc et moi traversons les arbustes en écartant précautionneusement les branches qui, agissent comme un ressort et viennent cingler nos visages gelés. Repoussant une dernière branche de conifère, nous nous retrouvons à seulement quelques mètres de la maison. La porte d’entrée et deux fenêtres projettent une faible lumière qui éclaire quelque peu la cour. Nous nous tournons l’un vers l’autre, la faible lueur éclaire à peine nos visages. Pour ne pas traverser la petite cour éclairée, nous longeons le massif d’arbustes avant de revenir le long de la maison.

--- Inutile de s’approcher à deux, dit Luc, restes ici, moi je vais jeter un œil par la fenêtre. Je me cale contre le mur d’un petit appentis pour me protéger du vent glacé. De cet endroit, je peux aussi suivre la progression de Luc qui avance doucement le long du mur de la maison. Les fenêtres n’ont ni volet ni rideau. Luc s’arrête à une des deux fenêtres éclairées, avance prudemment sa tête et découvre une grande pièce. A l’intérieur, deux hommes regardent la télévision. On retransmet le match de foot "France-Pays-bas " et tous les amateurs français de ballon rond sont devant leurs écrans. Les deux hommes sont affalés chacun dans un large fauteuil. Des canettes de bière vides et pleines envahissent une petite table. Ils semblent faire quelques commentaires à propos du match. L’un d’eux se lève, se dirige vers le poêle à charbon, soulève puis repose le couvercle. Il prend deux canettes dans le frigo, d’une seule main et en tend une à son compagnon. Celui-ci la saisit sans détourner les yeux de la télé, arrache la capsule d’un coup de mâchoire, reste quelques secondes immobile avant de se dresser brutalement de son fauteuil, les deux bras en l’air et arborant un large sourire. Les deux hommes se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, Luc pense que c’est sûrement pas être la fête pour les Hollandais. Luc avait déjà vu ces hommes, des sortes de brutes à tout faire avec peu de cervelle. Ils n’étaient pas ici par hasard. Leur univers c’est plutôt les piaules crasseuses et les bars enfumés. Maintenant, ils se parlent, mais impossible de comprendre ce qu’ils se disent. Le plus petit demanda quelque chose à son compagnon qui s’engage aussitôt dans le couloir. Il revient deux minutes plus tard, fait oui de la tête, comme pour dire : " tout va bien ". Caché derrière mon appentis je vois la lumière s’allumer dans la pièce qui est tout près de moi. Comme les autres fenêtres, celle-ci n’a ni volet ni rideau. Je m’approche et distingue nettement l’homme qui entre. La chambre est plutôt petite, meublée d’une armoire et de deux lits, l’homme se penche sur le premier lit, scrute quelques secondes, puis se penche vers le second lit, se dirige vers la porte et éteint la lumière. Je n’étais pas assez près pour voir le visage des personnes se trouvant dans ces deux lits, mais à en juger par les habits jetés sur le couvre-lit, il s’agissait de vêtements féminins.

Sonia est toujours le long du mur en pierres, la tête enfoncée dans le col de son manteau. Elle s’est enroulé la tête dans son écharpe, faisant ainsi face au vent du nord et à la neige qui tombe en petits flocons serrés. Elle n’a rien remarqué de particulier, la nuit est noire et glacée, l’unique bruit qui parvient jusqu’à elle est le sifflement du vent dans les arbres. Le froid est si intense que, de peur de s’engourdir, elle marche de long en large contre le mur pour tenter de se réchauffer un peu. Elle passe sa tête à l’endroit où le mur est éboulé, pour écouter si Luc et Dann n’arrivaient pas. Non, personne, elle commence à s’inquiéter. Luc est toujours derrière la fenêtre. A l’intérieur de la maison, le plus petit des deux hommes téléphone sur son portable, l’autre s’amuse à rechercher des stations radio sur un gros transistor, on entend même la musique de l’extérieur. Le petit repose son portable sur la table et va fouiner dans le frigo. Il en sort une bouteille qui ressemble à du champagne, peut-être veulent-ils arroser la victoire de la France en foot ? Luc se dit qu’il n’est pas utile de rester plus longtemps, il est littéralement gelé. Nous revenons et il me fait part de ce qu’il a observé. Nous envisageons un plan d’action comportant le minimum de risque. De mon appentis, j’ai vu la chambre et les deux lits, ce que Luc ignorait jusqu’à présent.

--- On retourne, dit Luc. On va aller retrouver Sonia, elle doit commencer à s’inquiéter.

Sonia fait toujours le guet près du mur, je lui raconte ce que j’ai vu. 

---  Parmi les vêtements, tu n’as pas vu une robe avec des motifs rouges demande Sonia ? 

--- Si, si dis-je, il y a un vêtement avec du rouge.

--- C’est justement la robe que portait Ariel quand elle est venue chez moi, le jour de

sa disparition.

--- Qu’est-ce qu’on fait, on va la chercher ?  Demande Sonia.

--- Eh ! Pas de précipitation dit Luc, tu sais à qui tu as à faire ? Ces gars-là, ne sont pas des enfants de cœur.

 --- Alors, on ne fait, rien, dit Sonia ? 

Luc réfléchit à la façon de procéder pour sortir Ariel de cette maison. Après cinq minutes de réflexion dans le froid et le visage balayé par ce maudit vent, Luc lance soudain :

--- J’ai une idée. Allons à la voiture, je vous expliquerais.

Nous repartons tous trois à la voiture, retraversons le champ glacé en évitant les barbelés, les trous et les racines d’arbres qui sortent du sol. La neige fine tombe plus fort et recouvre le sol. Sonia arrache son anorak dans un barbelé, Je trébuche contre des racines d’arbre et me retrouve allongé dans la neige. Arrivés à la voiture, je dévisse le bouchon de réservoir et siphonne du gasoil dans un bidon. Je m’y reprends à plusieurs fois, recrachant le carburant infect avec dégoût jusqu’à ce que le siphon fonctionne. J’en retire un plein bidon. Nous laissons Sonia dans la voiture et nous repartons à travers champs, portant le bidon de gasoil à tour de rôle.

Luc a remarqué un bâtiment en bois à gauche de la maison. Son accès ne présente pas de difficulté car à cet endroit, le mur ne fait pas plus d’un mètre cinquante de hauteur. Le plan de Luc était de mettre le feu au bâtiment et d’appeler les pompiers et la gendarmerie. Une fois ceux-ci sur place, il serait facile de secourir les deux filles qui se trouvent à l’intérieur. J’escalade le mur dégradé le premier, Luc me tend le bidon de gasoil à bout de bras et passe par-dessus le mur à son tour. Nous examinons le bâtiment qui jadis devait servir à entreposer du matériel agricole. Il sers aussi de garage car il y a une grosse voiture de garée à l’intérieur. Il est difficile de se rendre compte de ce qu’il y a dans ce bâtiment, car la nuit est noire et la lumière provenant de la maison est trop faible pour permettre de distinguer quoi que se soit. Hors de question également d’allumer une allumette ou un briquet pour y voir plus clair. A tâtons, je découvre dans un coin du bâtiment un amas d’objets en bois, idéale pour répandre de l’essence et mettre le feu. Nous nous mettons d’accord pour déclencher deux incendies simultanément, l’un dans le coin ou il y a du bois, le deuxième, ce sera la voiture. Prêt à passer à l’action, un bruit attire notre attention : C’est une voiture qui s’approche.

--- J’espère que ce n’est pas Sonia dit Luc, t’as entendu, je lui ai bien donner l’ordre d’attendre, de ne pas bouger avant notre coup de téléphone ? .

--- Ecoute ! Ce n’est pas le bruit de ta voiture ! C’est une voiture plus puissante. Le chemin est en mauvais état et la voiture roule lentement. Arrivée devant le portail de la maison, elle s’arrête, un homme descend de la voiture, ouvre le portail dont le grincement déchire la nuit. Entre le portail et le bâtiment où nous nous trouvons, il y a à peine une dizaine de mètres. La voiture s’avance dans la petite court et s’arrête tout près de la porte d’entrée. L’homme qui est au volant coupe le moteur, éteint les phares et descend à son tour. La porte de la maison s’ouvre sans que les hommes se donnent la peine de frapper. Les deux occupants sortent, serrent la main aux arrivants qui pénètrent aussitôt dans la maison. Pour Luc, il y a changement de programme. Les hommes peuvent partir en voiture et peut-être avec les filles s’ils se jugent menacés par l’incendie. Luc se dit qu’il fallait couper leur retraite en immobilisant leur véhicule. Le moyen le plus sûr était de crever les pneus de leur voiture. Il enfonce sa main dans la poche de son anorak pour vérifier que son couteau est bien là, puis le dos courbé, s’avance doucement vers la grosse voiture. Il s’arrête quelques secondes pour s’assurer que tout était O.K et sort la lame de son cran d’arrêt. Le petit déclic du couteau lui semble faire un vacarme d’enfer. Il lève la tête en direction de la pièce éclairée, mais tout était calme, alors il enfonce la fine lame dans le flan des deux pneus côté chauffeur. Un sifflement se fait entendre, un peu fort, mais pas suffisamment pour être entendu de la maison. La neige glacée balaye le visage de Luc, il s’essuie les yeux d’un revers de main et retourne sous le bâtiment. Bravo ! Lui dis-je t’as réussi, ils ne se sont aperçus de rien. Ne perdons pas de temps dit Luc en versant la moitié du gasoil sur la voiture. Il me donne le reste et je le répands là où il y a des planches. Je fais rouler la molette de mon briquet trois ou quatre fois avant que celui-ci ne s’allume puis avance avec précaution la flamme en direction de la nappe de gasoil. Le feu prend aussitôt, et déjà des flammes de deux mètres de haut s’élèvent, éclairant tout le hangar. A ce moment précis, Luc craque une allumette et la jette sur le capot de la voiture. Une flamme encore plus haute s’élève jusqu’à la toiture du bâtiment. Nous partons en courant et sortons par le portail qui était resté ouvert. Nous longeons le mur et allons nous positionner à l’endroit de la brèche par laquelle nous étions rentrés. De là, il est impossible de nous voir et nous pouvons vérifier que l’incendie se déroule comme prévu. Le bâtiment dont la charpente devait être très sèche brûle avec vigueur et Luc dit que le moment est venu d’appeler les pompiers et la gendarmerie en précisant que dans cette maison deux jeunes filles sont retenues contre leur gré. Les quatre hommes se sont probablement aperçus de l’incendie. Les flammes montent toujours plus haut, on entend le bois crépiter et des tuiles tomber sur le sol. De la voiture, à moins d’un kilomètre, Sonia contemple le spectacle, une petite tache rouge qui grossit et s’élève dans le ciel en direction de la maison. Ils ont réussi la première partie de leur plan se dit-elle. Elle attend le signal de Luc pour quitter le chemin qui peu à peu se recouvre de neige. Nous entendons un bruit de moteur, c’est la voiture dont Luc a crevé deux pneus. Dès qu’ils s’aperçoivent du sabotage des pneus, les hommes se mettent à jurer si fort que nous les entendons se disputer, ils sont en désaccord sur ce qu’il faut faire. " Partons ", dit l’un d’eux. " Faut pas laisser les filles ", dit un autre. Le bâtiment est entièrement la proie des flammes. Des volutes de fumée noire provenant de la combustion des pneus se gonflent devant la masse rouge-vif des flammes et s’élèvent lentement vers le ciel. Une vingtaine de mètres séparant les deux édifices, le bâtiment en feu ne représente pas une menace pour la maison. L’odeur de caoutchouc brûlé prend à la gorge et des brindilles enflammées s’envolent haut dans le ciel. Il n’y a toujours pas de lumière dans la chambre des deux filles. Elles ont certainement été droguées, sinon le bruit des tuiles tombant les unes sur les autres les auraient réveillées. Dans le lointain, on entend les véhicules des pompiers, ils seront là dans quelques minutes. Luc et moi, avons décidé de ne pas nous montrer, notre présence sur les lieus de l’incendie aurait semblé suspecte aux gendarmes. Luc passe un coup de téléphone à Sonia pour la rassurer et lui dire de ne pas bouger. Le premier camion de pompier arrive en même temps que le fourgon de la gendarmerie. Luc et moi, nous nous sommes cachés dans le massif d’arbustes où nous étions tout à l’heure. De cet emplacement, nous pouvons voir ce qui se passe dans la cour sans être vu. Les pompiers s’affairent à dérouler les tuyaux d’arrosage pendant que les gendarmes investissent la maison. La chambre ou se trouvent les deux filles s’éclaire et des gendarmes pénètrent à l’intérieur. Je suis confiant, je me dis que le cauchemar prend fin, Ariel sera sauvée, mon cœur battait à tout rompre, mais je ne pouvais pas prendre le risque d’aller la voir. Je la verrais demain. Rien en ce qui concerne les quatre hommes, ils ont disparu ou ils se sont cachés. Nous quittons notre poste d’observation car les gendarmes commencent à effectuer des recherches dans la cour. Luc me regarde, souriant et heureux d’avoir accompli une noble action.

Sonia et moi rentrons vers trois heures du matin dans nos apparts, mais je ne réussis pas à s’endormir avant cinq heures. Vers neuf heures trente, un coup de téléphone me réveille. C’est le commissariat de quartier qui m’appelle pour me dire que mademoiselle Ariel Delatour a été retrouvée saine et sauve grâce à l’excellent travail des services de police. Elle rentrerait chez elle dans la matinée. Dix minutes plus tard, Sonia frappe à la porte de mon appart, elle a reçu le même coup de téléphone du commissariat. Ils manquent pas d’air avec leur "excellent travail…? "

--- Pour être franche dit Sonia, je n’aime pas ton copain Luc, mais je reconnais qu’il à fait du beau travail, sans lui, nous n’aurions jamais retrouvé Ariel et je n’ose pas imaginer ce qu’elle serait devenue sans notre intervention.

--- Luc est comme ça, froid, rigide mais terriblement efficace

Sonia remonte dans son appart et moi, je fais un peu de rangement et téléphone à mon patron pour m’excuser de son absence sans lui donner trop de détails. Vers onze heures, on frappe à la porte, je m’empresse d’aller ouvrir. C’est Ariel. Elle est là, devant moi, je la trouve plus belle que jamais, mes yeux se baignent dans les siens, nous nous sourions, sans prononcer aucune parole. Je referme la porte, nos bras s’ouvrent lentement puis se refermèrent comme un étau, nos bouches se rencontrent et nous restons ainsi, un long moment… une éternité. Tu ne peux savoir comme je t’aime, dit Ariel, mais je n’ai jamais pu t’en parler, je croyais que pour toi je ne serais jamais qu’une amie. C’est ce que tu étais au début de notre rencontre dis-je, mais depuis quelque temps, je ne pense plus qu’à toi, alors quand j’ai appris ta disparition, tu comprends que j’étais fou d’inquiétude. Et tu n’as pas cherché à me retrouver interrogea Ariel ? Nous parlerons de cela demain, tu veux bien ! j’appelle mon patron pour lui dire que je ne viendrais pas aujourd’hui, Je débranche mes téléphones et me retourne vers Ariel.

--- Si tu le veux, cette journée est pour nous deux ? 

Le policier véreux qui se faisait appeler Tony est arrêté, les quatre hommes de la maison ainsi que toute la bande du " New World " se sont rendus sans résistance. Luc a écrit un article à sensations dans son journal et eut droit aux félicitations de son directeur et de son patron de presse qui se demandent encore comment il a fait pour obtenir toutes ces informations. C’est top secret et gravé à jamais dans sa mémoire.

BOKAY

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Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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Samedi 8 octobre 2005

                        fortune et illusions

 A sa retraite, Appolinaire s'est installé au Crotoy, une petite ville situé au Nord de la baie de Somme. Marin de haute mer, il a navigué sur tous les océans du globe, indifféremment sur des bateaux de commerce ou de pêche, selon l'opportunité du moment. C'est un brave homme, mais une réputation lui colle à la peau; il est "radin". Pas économe, ni regardant à la dépense, mais "radin comme pas un"! Une avarice maladive. Ce n'est pas par hasard qu'il a choisi de s’installer dans cette petite ville, mais pour une raison bien particulière. En effet, la plage du Crotoy est réputée pour l'abondance et la qualité de ses coques. A marées basses, la mer se retire très loin, si loin qu'elle semble disparaître de l'horizon et se mélanger avec le ciel. Pour Appolinaire, ces coquillages, omniprésents, représentent une véritable fortune. De la nourriture de qualité près de chez lui et surtout gratuite! Ainsi, chaque jour que la marée le permet, Appolinaire prend le chemin de la plage, un seau en plastic dans une main et une petite fourche dans l'autre.

Ce jeudi matin, un jour comme les autres, il se rend à la plage. Le ciel est gris en cette fin septembre et un léger crachin donne une note automnale à l'immense plage. La mer est pratiquement absente, elle s'est reculée très loin, laissant une multitude de petites mares peu profondes dont le fond est tapissé de coquillages. Les yeux vissés sur le précieux butin, Appolinaire choisit et ramasse les plus belles. La position courbée lui fait mal au dos, il se redresse et balaie la plage d'un mouvement de tête. Soudain, une masse noire, posée sur le sable, attire son regard. Il s'en approche: "Bon sang, mais c'est une valise"! Se dit-il. Une valise noire! Pas une valise de voyage, non! Une petite valise comme celles qu’utilisent les hommes d'affaires et que l'on appelle "attaché case". Il essaie de l'ouvrir, mais la petite serrure résiste! " Toi je t'aurai à la maison"! Dit-il, puis il regarde son seau:" Bah! Ca me suffit pour un repas, faut que je voie ce que cette valise renferme". Il remonte la plage d'une traite, serrant bien la valise contre son corps, emprunte de petites rues pour éviter toute rencontre curieuse et rentre chez lui. Sa maison est située un peu à l'écart de la ville, c'est une vieille bâtisse au crépi blanc et écaillé avec un petit jardin sur le devant. Les fenêtres et volets sont peints de couleur bleu. Appolinaire referme la porte à clef, rapproche la table de la fenêtre et pose délicatement la valise dessus. Il examine la fermeture et essaie de l'ouvrir à l'aide d'une petite clef passe partout, puis d'un ciseau pointu. Mais rien n'y fait, elle résiste, alors il emploie la manière forte; de grosses tenailles aux mâchoires coupantes qui sectionnent net la serrure récalcitrante. Anxieux et impatiens, Appolinaire soulève le dessus de la valise: "Bon dieu, des billets"! Ce qu'il voit dépasse l'imagination, son cœur s'emballe, sa respiration marque un temps d'arrêt et ses gros yeux globuleux s'arrondissent: La valise est pleine de billets de banque! Des dollars en plus! Jamais Appolinaire n'a vu autant d'argent. Il jette un coup d’œil rapide par la fenêtre au cas ou quelqu'un le regarderait; on ne sait jamais? Non, personne, mais par précaution, il décide de fermer ses volets, "compter tout cet argent va me prendre du temps et je ne veux pas être dérangé" se dit-il. Tant pis j'allumerai la lumière, pour une fois! Il s'assoit à la table, d'un geste rapide et sec il pousse les divers objets qui l'encombrent et sort la première liasse de la valise. Il commence à compter. "Je vais faire des tas de dix", se dit-il. Il mouille bien ses doigts tous les deux ou trois billets, au cas où certains seraient collés. Mais bientôt la table est remplie de petits tas de dix, alors il va chercher une grande planche, la pose à cheval entre la table et l'évier, mais celle-ci est rapidement recouverte de billets à son tour. Il reste encore deux grosses liasses à compter, mais il ne sait où aligner tous ces paquets de dix? Il les mettrait bien à terre, mais cela ne ce fait pas, mettre des billets à même le sol! Une idée lui vient: il prend dix paquets de dix et en fait un paquet de cent. Cela revient au même pour tout le monde, mais pas pour Appolinaire, ainsi réunis en grosses piles de cent, il a l'impression d'avoir moins d'argent. Le bonheur qu'il ressent à la vue et surtout au touché de tous ces billets est d'une telle intensité qu'il en oubli même de manger. Le soir tombe et Appolinaire n'a pas encore compté tous ses billets, mais pas question de laisser tout cet argent ainsi sur la table, toute la nuit! Alors, il les remet tous dans la valise, la referme solidement à l'aide d'une grosse ficelle et la place dans son lit, juste sous son oreiller.

 

Le lendemain, Appolinaire se lève tôt. Il a de l'ouvrage! Il doit recompter tous ses billets, faire une évaluation de sa fortune et être certain de la somme. A midi, c'est chose faite, il a compté 99859 dollars. "Dommage que je n'atteigne pas les 100000," se dit-il, dommage! Il a remis les billets dans la valise, a posé celle-ci sur la table, ouverte bien sûr, et contemple son trésor. Son imagination n'a jamais été aussi fertile qu'aujourd'hui, il imagine ce qu'il pourrait faire avec cette somme. En premier, lui vient l'idée d'acheter de la terre. " Avec la terre, pas de risque, se dit-il, ça ne s’abîme pas, ça ne brûle pas et ça garde toujours sa valeur. Oui, mais j'aurai plus mon argent", et il tend sa main, soulève un billet d'une liasse et le froisse légèrement. Il jouit du doux contact de ses doigts avec le précieux papier. " Ou alors, je le mets à la banque", se dit-il. Mais il se ravise, Appolinaire n'a jamais eu confiance aux banques. "Tous des voleurs"! Avait-il coutume de dire. "Et si j'achetais une maison? Je pourrais la louer, ça me rapporterait". Mais le problème, c'est le notaire! " Je ne vais quand même pas donner une partie de mon argent à un notaire! Ah non! Ca pas question! Appolinaire a choisi, il gardera son argent chez lui, avec lui. "Comme cela, dit-il si un jour j'en ai besoin, je l'aurai". A présent, il lui faut trouver une cachette, pensez donc une somme pareille, et si quelqu'un se doutait...Finalement, il se détermine pour le grenier. Il place la valise en dessous d'une pile de vieux vêtement de marin et quitte sa maison, le seau en plastic d'une main, une petite fourche de l'autre. Les coques sont belles et nombreuses, mais Appolinaire a son esprit ailleurs, à la maison dans son grenier. Subitement, un sentiment de panique l'envahit: "et si sa maison brûlait? La valise ne résisterait pas et à dieu les dollars! Et si des rat ou des souris attaquaient la valise avec leur dents! Non, ;e dit-il, je ne suis pas prudent, je dois garder ma valise avec moi! C'est plus sûr"!

Depuis plus d'un mois maintenant, Appolinaire emmène sa valise partout où il va. Pour ne pas éveiller les soupçons, il la met dans un sac de plastic aux poignées solides. Et même pour aller ramasser ses coques! "Il faut être prudent de nos jours", dit-il.

Ce vendredi, il fait froid, Appolinaire se rend sur la plage, il faut bien manger! La mer remonte, vite, mais son seau n'est pas plein. Comme il est seul à des centaines de mètres à la ronde, il a posé son sac plastic contenant la valise sur le sable. Soudain, il pousse un cri: "un porte monnaie"! Il est ouvert et des pièces sont éparpillées sur le sable. Il se met à genoux et commence la précieuse récolte. Elles sont dispersées sur plusieurs mètres carrés et, pas question d'en laisser! Tout son esprit accaparé par cette extraordinaire trouvaille, Appolinaire perd la notion du temps. Lorsqu'il se rend compte que l’eau lui arrive aux chevilles, il pense à sa valise et tourne la tête dans sa direction. Diable! Elle n'y est plus! le sac plastic nage à la surface de l'eau, mais la valise a disparu, emportée par le courant de la marée montante. Affolé, il court à droite, puis à gauche, puis devant, mais aucune trace de la valise. Pendant ce temps, la mer monte toujours et l'oblige à reculer. Il a de l'eau jusqu'à la ceinture, mais il ne renonce pas, ses yeux scrutent inlassablement le mouvement des vagues dans l'espoir de la voir flotter. La mer monte encore, mais Appolinaire ne renonce pas, il reste là, ses yeux balayant la mer sans cesse. Puis, la nuit tombe, on y voit plus rien, Appolinaire, se résigne et rentre. Découragé et en colère contre lui-même, il ne dort pas de la nuit, il ne pense qu'à ses billets, il les imagine, il les voit, là, devant lui! Appolinaire va-t-il se résigner? Non, chaque jour il se lève tôt et arpente la plage de long en large jusqu'à la nuit tombée...à la recherche de sa valise. Et il recommence le lendemain, et tous les jours suivants.

Appolinaire ne lit pas le journal, pensez? à ce prix. C'est pourtant dommage car il aurait pu lire ceci dans le journal local, trois jours après la disparition de sa valise:

Un homme à trouvé une valise noire sur la plage du Crotoy, elle contenait plusieurs liasses de billets, des dollars. Après vérification à la banque, il s'avère que se sont de vulgaires copies utilisées lors du tournage d'un film le mois dernier et que la marée a emporté.

BOKAY

Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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