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Lundi 5 septembre 2005 1 05 /09 /2005 00:00

                                                                         

 

                                                                  Sarah et Simon

 

Paris, été 1943.

C’est un bel après-midi, le soleil entre dans l’appartement par deux grandes fenêtres. Ma mère est assise près de la fenêtre, elle fait de la couture et ma grande sœur est plongée dans un nouveau roman. Moi, je rassemble tous mes soldats car aujourd’hui, c’est la grande bataille, les Sudistes se préparent à résister aux Nordistes. J’ai récupéré un carton, je l’ai découpé pour en faire une forteresse et je suis prêt, la grande bataille va commencer. Notre père n’est pas avec nous, ma mère dit qu’il est parti en province chercher une maison à louer pour nous mettre à l’abri. Ah ! Je dois vous dire, nous ne sommes pas des gens comme les autres, nous sommes Juifs. C’est à dire que nous avons le droit de sortir mais à condition de porter une étoile jaune bien visible sur nos vêtements. Maman en a cousu une sur tous nos vêtements, elle dit que si on n’en a pas, on peut aller en prison, alors je fais bien attention. Elle dit aussi qu’il faut toujours être prêt à s’enfuir ou à se cacher. A l’école, j’ai qu’un copain, c’est parce qu’il est juif comme moi, les autres ne nous parlent pas. Maman prend bien soin de nous, elle nous achète du chocolat, des gâteaux et des bonbons, elle dit qu’elle les a au marché noir, mais moi, je ne l’ai jamais vu ce marché. Un jour, papa nous a même ramené des oranges, elles étaient très juteuses. Je ne sais pas pourquoi, mais aujourd’hui Maman est nerveuse, elle regarde par la fenêtre sans arrêt, elle se penche et regarde tout au bout de la rue, de chaque côté. J’ai commencé ma bataille, tous mes soldats sont alignés et prêts pour le combat quand Maman qui est penchée à sa fenêtre, se relève brusquement et nous crie :

--- " allez vous cacher ! "

Nous avons une cachette, c’est papa qui nous

l’a aménagée. Elle n’est pas située dans l’appartement, mais sur le palier, dans le placard du compteur d’eau. Nous courrons tous les deux embrasser Maman, je ne sais pas pourquoi, mais elle me serre tellement fort que je lui dis :

--- " Arrête Maman, tu vas m’étouffer ! "

Ma grande sœur aussi, elle la serre très fort, puis elle nous dit d’aller vite nous cacher, de ne pas faire de bruit et elle ajoute : tu obéiras bien à ta sœur. Je ne veux pas lui faire de la peine, elle a l’air triste et apeuré alors je dis : " oui Maman ", et nous partons nous cacher sur le palier. Comme je suis le plus petit, je rentre le premier et me fourre dans le fond, il fait tout noir. Ma sœur Sarah, me dit de ne pas faire de bruit et de ne pas parler. C’est pas facile de ne pas parler à dix ans, surtout que je lui parle tout bas à l’oreille, elle exagère, personne ne peut m’entendre. Sarah fait comme papa a dit, elle a bien remis la planche devant nous, comme ça, si quelqu’un regarde, il ne nous verra pas. On entend des pas dans l’escalier, ils font beaucoup de bruit, à mon avis il y a quatre ou cinq personnes. Sarah me prend dans ses bras, me serre fort et me chuchote…chuuute faut pas parler. La situation doit être grave aujourd’hui, tout le monde me serre très fort. Les hommes frappent chez nous, comme ma mère ne vient pas tout de suite, ils tapent très fort, peut-être même avec les pieds. Je ne comprends pas pourquoi ils viennent chez nous, Maman ne fait de mal à personne et elle met toujours son étoile jaune quand elle sort. J’entends la porte qui s’ouvre et les hommes qui rentrent dans l’appartement, je tremble de peur. Qu’est-ce qu’ils veulent encore à maman, ils sont déjà venus la semaine dernière. J’entends un homme qui crie :

--- " Où sont vos enfants ? "

Je n’entends pas ce que Maman répond. Un des hommes a demandé :

--- " Tu as regardé partout ? "

l’autre a répondu :

--- " Oui, j’ai tout fouillé, ils ne sont pas là ! "

J’entends qu’ils emmènent Maman, où l’emmènent-ils ? C’est drôle, Maman et Papa disent que c’est les Allemands qui sont méchants avec nous, mais j’ai bien écouté, c’est pas des Allemands, c’est tous des Français. Je les entends descendre l’escalier. Le bruit de leurs pas s’estompe et le silence revient. Je demande à Sarah s’ils sont partis. Elle me dit qu’il faut encore attendre un peu et ensuite on sortira. Des personnes tirent de l’eau dans l’immeuble, car ça fait un bruit de casserole et ça raisonne dans notre cachette. Je dis à Sarah que Papa a eu une sacrée bonne idée de nous faire une cachette ici. Mais Sarah pleure. Je ne comprends pas pourquoi, elle a peut-être peur que Maman rentre tard ? Elle me dit que ce n’est pas la peine de rester plus longtemps, qu’on peut sortir. Je remarque que les hommes n’ont pas refermé la porte de notre appartement et que Maman ne nous a pas laissé un petit mot comme d’habitude pour dire où elle est. Sarah me dit que je dois préparer des affaires et les mettre dans un sac car nous allons partir. Je ne comprends plus rien, elle n’attend pas que Maman rentre ? Elle me dit de ne pas poser de question et qu’à partir de maintenant, je ne m’appelle plus Simon Gerstein mais Jean Leblanc et elle, Françoise Leblanc. Je trouve ça bizarre qu’on change de nom, mais Maman a dit que je dois obéir à ma sœur. On doit partir pour longtemps car Sarah emporte à manger dans son sac et en met aussi dans le mien. Elle va dans la cuisine, je la suis, elle monte sur une chaise et descend une boite métallique de la plus haute étagère. Elle l’ouvre devant moi, la boite contient des billets de banque et deux cartes d’identités avec nos nouveaux noms. Comme elle me voit étonné, elle me dit que c’est maman qui les a mis là pour nous au cas où nous devrions partir. Sarah cache l’argent dans ses vêtements, met les cartes d’identités dans une poche, laisse la boite vide et me dit que nous devons quitter la maison pour nous rendre chez des amis à Nantes. Je m’inquiète au sujet de Maman et demande à Sarah si elle rentre ce soir. Sarah me dit : " Non ", c’est pour cette raison que nous devons partir. Avec ma sœur Sarah, je n’ai pas peur, elle est grande, elle a quinze ans, mais sans Maman, c’est triste.

En descendant l’escalier de notre immeuble, la dame du premier entrebâille sa porte et nous dit tout bas, comme si personne ne devait entendre : " Soyez prudent les enfants, bonne chance ! " Puis elle referme sa porte. Je fais remarquer à Sarah qu’elle est gentille la dame du premier, quand elle me voit, elle me donne toujours un carré de chocolat. Dans la rue, j’ai peur et je suis fière en même temps car c’est la première fois que je sors sans mon étoile jaune, alors je me sens comme tout le monde. Sarah me l’a bien dit, personne ne doit savoir que nous sommes juifs. Je demande à Sarah où on va et elle me répond que nous allons marcher jusqu’à la gare, et après, nous verrons. Pour ne pas trop souffrir de la chaleur, nous marchons à l’ombre. Il faut faire attention, à chaque croisement, ma sœur passe furtivement la tête pour s’assurer qu’il n’y a pas de d’Allemand ou de policier, puis elle me fait un signe de la main et j’y vais. Dans la rue, j’ai l’impression que tous les gens nous regardent alors j’essaie de me faire encore plus petit pour ne pas me faire remarquer. Nous traversons un jardin, des enfants de mon âge jouent au ballon, je les regarde avec envie, car moi aussi je voudrais bien jouer au ballon. Comme Sarah me voit intéressé, elle me dit qu’on va s’arrêter ici un moment pour manger un morceau de pain, il y a un banc juste devant et je suis bien placé pour suivre le match. A un moment, le ballon atterrit dans mes pieds, je le ramasse et d’un coup de pied bien ajusté, le renvois au garçon qui me fait signe. Me voyant shooter avec autant de précision, Sarah me regarde et me sourit, ça me fait plaisir. Soudain, Sarah se penche pour voir entre les arbustes, relève la tête, me tire par la main et me dit :

--- Viens vite ! Prends ton sac, il y a des Allemands là-bas !

Je lui obéis, et nous quittons le jardin. C’est dommage, je n’ai pas vu la fin du match, j’ai tout juste fini de manger ma pomme. Nous arrivons en face d’un marché de fruits et légumes. Ma sœur me dit que nous allons le traverser car il y a encore du monde et nous passerons inaperçu. Beaucoup de gens cherchent de la nourriture abîmée parmi les cageots vides laissés par les marchants. Je me dis que jamais Maman ne ferait ça, ramasser des fruits et des légumes à moitiés pourris. Pourtant, j’ai bien regardé, aucune de ces personnes ne portent d’étoiles jaunes. C’est peut-être parce qu’on est plus riche qu’on nous oblige à porter une étoile, pour que les autres personnes sachent que nous avons ce qu’il faut, qu’il ne faut rien nous donner. Tout en marchant, je pense à tout ça et j’arrête pas de trébucher sur les pavés disjoints qui ressortent. Ma sœur me dit de faire attention, qu’on arrive à la gare Montparnasse et que près des gares, il y a beaucoup d’Allemands et de police. Soudain d’un geste vif elle me tire par le bras et m’entraîne sous une large porte cochère.

--- Viens par ici, on va se cacher, dit-elle.

L’immeuble est sale et sent mauvais. Des chats qui se battent pour des restes de nourriture se sauvent à notre arrivée. La cour est encombrée de pièces de vélos, de vieilles portes posées contre le mur et même d’un matelas tout éventré dont les ressorts dépassent. On va voir si on peut se cacher ici, dit Sarah. Elle m’entraîne de l’autre côté de la cour, ouvre une porte branlante dont les carreaux sont cassés et met son doigt devant sa bouche pour m’avertir de ne pas parler. La pièce semble inhabitée, très sale, encombrée de vieilles affaires et de détritus qui dégagent une odeur pestilentielle.

--- On va s’arranger une place propre et on s’installera ici jusqu'à la nuit, dit Sara.

J’ai encore jamais vu un endroit aussi sale et répugnant, même chez madame Machard, qui habite au rez-de-chaussée, c’est pas aussi sale. Au fond de cette grande pièce, il y a une porte qui ouvre sur une sorte de cagibi. Il est peu encombré et ma sœur dit que c’est là que nous allons nous cacher jusqu’à la nuit. Je l’aide à enlever ce qui traîne sur le sol, récupère une caisse en bois pour nous asseoir et nous posons nos affaires. Il doit y avoir des gens qui habitent ici car on entend des enfants jouer dans la cour. Ma sœur me dit de ne pas me montrer car personne ne doit savoir que nous sommes ici.

Je suis en plein sommeil et quand Sarah me réveille, je rêve que des hommes s’amusent à tirer au fusil dans les étoiles.

--- C’est l’heure, dit-elle, il faut y aller !

Nous sommes dans le noir absolu et c’est à tâtons que nous récupérons nos sacs. En traversant la grande pièce, je trébuche sur des ordures et tombe sur de vieilles pièces de métal. Ma sœur me demande si je me suis fait mal, je réponds non pour la rassurer mais ma main saigne, j’en suis sûr car je l’ai portée à ma bouche et j’ai senti le goût si particulier du sang. Nous traversons la cour, un homme dort sous le grand porche, on le distingue grâce à la lumière du réverbère de la rue. Je pose mes pieds délicatement sur les pavés pour ne pas le réveiller et nous pénétrons dans la rue. Elle est déserte et le silence est angoissant. Nous passons sur le côté de la gare et nous longeons les voies jusqu’à ce que nous atteignions les trains. Sarah regarde les écriteaux qui se trouvent sur les wagons. Après avoir regardé une dizaine de trains, nous en trouvons un qui va à Nantes.

Sarah essaie d’ouvrir une des portes du wagon, mais renonce à cause du bruit épouvantable que font les roulettes sur le rail métallique. Elle en essaie une dizaine et finit par en trouver une qui s’ouvre presque en silence. Sarah me soulève et je pénètre le premier à l’intérieur du wagon. Je m’avance prudemment car je n’y vois rien, je constate seulement que le wagon est presque vide mais je n’arrive pas à voir jusqu’au fond. Je tends ma main à Sarah pour l’aider à monter et nous refermons la porte. A tâtons dans le noir, nous partons explorer le fond du wagon. Je prends mes pieds dans des barres de métal et tombe sur une masse molle et informe, ce sont des sacs de jute. Ils contiennent quelque chose comme de la poudre ou de la farine. Ma sœur, qui explore l’autre côté du wagon, découvre de gros cartons, qui contiennent du tissu ou des vêtements. Je retourne avec elle et ouvre un carton de vêtements avec mon petit couteau de poche. A mon avis, cela ressemble à des vestes et des pantalons, tous bien pliés et qui sentent le neuf. Je vide la moitié du carton à terre et l’étale pour en faire un matelas de fortune car je suis fatigué et j’ai sommeil. Quelques minutes plus tard, je m’endors.

Je me réveille en sursaut, tourne la tête de tous côtés et découvre avec stupeur l’univers qui m’entoure,.

--- Sarah, tu es là ? Ou on est ?

--- Calme-toi Simon ! On est dans un train, on voyage vers Nantes. Tu te souviens ?

--- Ah ! Oui, je me souviens…

Le train roule lentement et le soleil se faufile entre les planches disjointes du wagon. Sarah est à mes côtés, elle déballe des cartons contenant des habits de femmes, robes, chemisiers, pulls. Elle prend une robe bleue à fleurs, la pose contre elle et me demande ce que j’en pense. Moi, je n’y connais rien en habits de filles alors, pour lui faire plaisir, je lui dis que ça lui va bien.

--- Si elle me va, je la garde, dit-elle.

--- Mais c’est pas bien de voler ! lui dis-je, si Maman savait…

--- Et tu crois que c’est bien ce qu’on nous fait ? On est obligé de voyager caché dans un train de marchandise ! Et Maman, pourquoi ils l’ont enlevé ? Tu crois que c’est normal. Alors moi, je prends cette robe, c’est pas normal, mais je la prends. S’ils me rendent Maman, je rends la robe. Qu’est-ce que tu en penses ?

--- Je ne sais pas, tu as peut-être raison, mais voler c’est pas bien !

La porte du wagon qui ferme mal me permet de regarder le paysage qui se déroule devant moi, des maisons de plus en plus hautes indiquent qu’on se rapproche d’une grande ville. Je demande à Sarah :

--- On approche d’une ville, c’est Nantes

--- T’as vu à quelle vitesse on roule, ce train ne va plus vite qu’une tortue !

--- On sera quand même arrivés ce soir ?

--- Non ! Dit Sarah, à cette vitesse si tout va bien, on mettra deux ou trois jours.

Je n’ai guère envie de rester deux ou trois jours dans ce wagon. Qu’est-ce que je vais faire tout ce temps ? J’aurais dû emmener mes soldats, j’aurais fait une vraie bataille. Tiens, qu’est-ce qui se passe, le train s’arrête ! Je regarde par le jour de la porte…Là-bas au loin, le quai est plein de monde ! Il y a des hommes, des femmes et des enfants, mais aucun n’a de bagage. Ils sont entourés de soldats allemands qui tiennent leurs fusils à la main. On ne voit pas très bien, mais je crois qu’ils portent tous une étoile jaune. Ce sont donc des Juifs, comme nous. Un train arrive sur le quai, juste devant eux, les Allemands les font reculer, puis le train s’immobilise. Un soldat crie des ordres en allemand, les gens forment des colonnes face aux portes et commencent à monter. J’en vois qui ne veulent pas monter, mais les soldats leur donnent des coups de crosses dans le dos et ils font comme les autres. Ils sont méchants, ils tapent très fort, c’est pas bien de traiter les gens ainsi, je me demande ce qu’ils ont fait de mal. Sarah me dit que c’est uniquement parce qu'ils sont Juifs et qu’ils les emmènent en Allemagne pour les faire travailler. C’est peut-être là-bas qu’ils vont emmener Maman ! Si c’est ça, je me demande combien de temps ils vont la garder, parce que moi sans Maman je vais m’ennuyer. Pour mieux voir, j’ai ouvert la porte du wagon et j’ai passé ma tête mais Sarah me dit que ce n’est pas prudent, qu’on pourrait nous voir, alors je l’ai refermée. Nous commençons à avoir faim, Sarah ouvre son sac, coupe des tartines avec le pain qui reste et les recouvre de confiture. C’est de la confiture de prunes, elle est très bonne. Le train redémarre en faisant de fortes secousses mais roule très lentement. Tous les gens qui étaient sous la surveillance des Allemands sont montés dans le train et les soldats se tiennent sur le quai debout, le fusil à la main et face au train. Ils sont postés, un tous les quatre à cinq mètres. J’ai refermé la porte au maximum car nous passons tout près d’eux. Je me dis que s’ils nous attrapent, ils nous mettront aussi dans ce train pour aller travailler en Allemagne. Je réfléchis au travail qu’ils pourraient me faire faire mais je ne sais pas car avec Maman je n’ai jamais travaillé. Le train ralentit encore puis s’arrête, juste devant la gare. Pour effacer les preuves de notre présence, nous remettons en place tout ce que nous avons dérangé et nous nous aménageons un espace tout au fond derrière les sacs de farine.

Nous sommes restés cachés, recroquevillés ainsi pendant plusieurs heures. Le train était toujours arrêté et la chaleur insupportable. Las de cette position, Sarah dit que nous devons acheter de la nourriture car si le voyage est très long nous risquons d’avoir faim. Je tire sur la grande porte du wagon et nous quittons notre cachette. La gare est très animée, le quai encombré de personnes embarrassées de bagages hétéroclites. Le train qui contenait tous ces gens montés de forces dans les wagons est parti. Tout semble normal et Sarah me dit que c’est le moment de quitter notre cachette pour aller acheter à manger. Nous prenons nos sacs et descendons du wagon avec précaution. Mélangés à une foule composée de toutes sortes de gens, personne ne fait attention à nous. Un train entre en gare enrobé d’un nuage de fumée qui envahit tout le quai. La bousculade est générale et nous en profitons pour nous diriger vers l’intérieur de la gare. Les gens nous poussent, nous heurtent avec leurs gros sacs. Sarah me dit que nous allons sortir de la gare et chercher une boulangerie et une épicerie. Ca fait du bien de se retrouver en plein air, j’en avais plus que marre de ce wagon. Sarah achète des provisions et nous rentrons dans la gare à nouveau. Par chance, il y a de la place de libres sur un banc, je demande à Sarah si on ne peut pas s’asseoir quelques minutes avant de reprendre notre place dans le wagon. Elle hésite et fini par accepter. Nous nous asseyions à côté d’un homme assez âgé accompagné d’un chien. Il tire son sac à lui pour nous faire de la place et, voyant que je regarde son chien, il me dit :

--- Il s’appelle Sim, c’est un berger allemand, mais pas pure race.

Le chien vient vers moi, pose ses pattes sur mes genoux et me lèche, moi, sans réfléchir je réponds :

--- C’est drôle, c’est comme mon prénom, je m’appelle Simon.

Réalisant aussitôt Que j’avais commis une grosse erreur, je rectifie de suite et ajoute :

--- Non, je me suis trompé, je m’appelle Jean, Jean Leblanc.

--- Tu sais plus ton nom ? Me dit l’homme.

--- Si, si j’ai pas fait attention, mais il est beau votre chien, il est drôlement gentil.

--- Ca dépend avec qui, en tout cas, il est gentil avec les enfants qui sont en fuites, Comme vous, hein ?

--- On est pas en fuite Monsieur, lui dis-je, on attend notre maman !

--- Un conseil les enfants, ne restez pas ici, il y a des allemands, il faut partir !

A peine a-t-il terminer sa phrase qu’une patrouille de militaires allemands pénètre dans la gare. Après une rapide inspection de la tête, les militaires s’avancent en direction de notre banc.

--- Papiers ! Demande l’un des militaires en jetant un regard suspicieux sur l’homme.

--- Je n’en ai pas dit-il, je les ai perdus… Il y a longtemps.

--- Alors suivez-nous, dit un autre sur ton agressif.

--- Et mon chien, je ne peux pas le laisser là ? Dit l’homme.

--- Pas de chien, que vous ! Dit le militaire. C’est les ordres !

Les soldats embarquent l’homme qui se débat et répète sans cesse qu’il ne veut pas partir sans son chien. Je tremble de peur, ces soldats me paraissent encore plus féroces que je ne l’imaginais.

--- Et vous les enfants, vous êtes tout seuls ? Vous avez des papiers ? Demande un Soldat.

--- Oui, dit Sarah en sortant les deux cartes d’identités de sa poche.

Mais le soldat n’a pas le temps de vérifier nos papiers, car à cet instant l’homme réussit à s’enfuir et tous les soldats partent à sa poursuite. Aller ! Dit Sarah me tirant violemment par le bras, il faut partir. J’entends deux coups de fusil à l’extérieur de la gare…

Difficilement repérable grâce à notre petite taille, la foule nous cache et nous aspire rapidement. Nous nous faufilons dans cette marée humaine et retraversons les voies. Notre train est toujours là, un peu à l’écart des autres, en plein soleil. Nous devons quitter la foule et retourner à notre wagon sans nous faire remarquer. Mais non ! Personne ne fait attention à nous ! Les gens ont suffisamment à faire avec eux-mêmes sans s’occuper des autres ! Arrivés à notre wagon, je grimpe et tire de toutes mes forces sur la lourde porte, puis j’aide Sarah à monter et nous refermons la porte, laissant juste une dizaine de centimètres de jour. A l’intérieur il fait une chaleur épouvantable, je regarde Sarah, mes jambes et mes mains tremblent. C’est la peur me dit-elle en me prenant dans ses bras. C’est vrai que j’ai eu très peur, mon cœur bat à toute vitesse. Je déballe un carton de vêtements pour me confectionner une couchette et m’allonge dessus. Ma sœur est affalée sur un gros carton, elle a le regard vide et pensif. Nous restons ainsi une demi-heure quand soudain, un aboiement nous fait sursauter ! Je tire doucement la porte du wagon et reconnais le chien, c’est Sim ! Ses pattes avants sur le rebord du wagon, il me regarde tristement. Il a certainement perdu son maître, emmené ou tué par les soldats. Sarah me dit qu’il ne faut pas le laisser là devant le train qu’il pourrait nous faire repairer. Elle descend du wagon et soulève le chien pour l’aider à monter avec nous. Le pauvre chien se sent perdue, il me lèche et pause ses pattes sur mon épaule. Puis, je passe mon bras autour de son cou et le renverse sur le matelas que je me suis confectionné. Il se roule sur moi et nous jouons comme des fous, comme s’il me connaissait depuis toujours.

--- Tu as faim ? Dit Sarah en s’adressant au chien.

Sim émet un léger grognement et Sarah ouvre le sac rempli de provisions. Elle en sort une sorte de saucisson médiocre, en coupe quelques rondelles qu’elle place dans une tranche de pain et le donne à Sim. Il l’avale presque d’un coup. L’arrivée de Sim a stoppé net mes tremblements. Je me demande ce que Sarah compte faire avec ce chien ? Il a l’air drôlement gentil ! Sarah lui redonne à manger car il à l’air d’avoir très faim. Je demande à Sarah si Sim peut venir avec nous jusqu'à Nantes, mais elle dit que c’est déjà gentil que des amis nous hébergent et que nous ne pouvons pas arriver avec un chien. Elle a peut-être raison, mais je me demande où il va aller ? Soudain, Sim se lève d’un bond, se dirige vers la porte et grogne. A-t-il entendu un bruit ou senti une personne ? Tout d’un coup, il se met à aboyer avec force devant la porte. Je regarde et je vois un homme habillé en bleu de travail et portant une casquette de toile, bleu également. Il tire la porte du wagon, mais Sim aboie de plus belle.

--- Un chien ! Un chien dans le train ! On aura tout vu ici ! Dit l’homme

L’ouvrier, comprenant que ce chien faisait beaucoup de bruit mais n’était pas méchant, grimpa dans le wagon. A la vu de tous ces cartons ouverts, il poussa un cri :

--- C’est toi qui a déménagé tous ces cartons, dit-il en s’adressant à Sim ? t’es sûr que tu es tout seul ?

Je me suis caché tout au fond du wagon, derrière les sacs de farine et je respire profondément dans les bras de Sarah. L’homme fouille partout, je l’entends, il bouge des cartons. Maintenant, il vient vers nous, regarde dans notre direction mais ne nous voit pas. Il retourne et s’apprête à quitter le wagon quand Sim arrive comme une tornade et se jette tout contre moi. L’homme trouvant cela bizarre revient et nous découvre.

--- Qu’est-ce que vous faites ici ? Demande l’homme, c’est vous qui avez retournez tous ces cartons, petits bons à rien ! Sortez un peu que je vous vois !

--- Ne dites rien Monsieur, dit Sarah, nous allons tout ranger. Nous voulons juste aller à Nantes mais nous n’avons pas d’argent.

--- Mais tu es grande toi, dit-il a Sarah, quel âge tu as ?

--- J’ai quinze ans monsieur et mon petit frère a dix ans.

--- Nous allons ranger tout ça, dit l’homme, toi le gamin, tu arranges les sacs de farine comme il faut et tu bouges pas d’ici, moi et ta sœur on va ranger les cartons.

J’ai pas beaucoup à ranger, alors je m’adosse contre un sac, Sim à mes côtés tout contre ma jambe. Pendant ce temps, Sarah et l’homme s’occupent des cartons. Je les entends parler, mais je n’y vais pas, l’homme m’a dit que je devais rester ici. Ils parlent de plus en plus fort et ne semblent pas d’accord. J’entends même ma sœur qui se fâche, elle dit :

--- Non, non je ne veux pas ! Je ne veux pas !

--- Mais laisse-toi faire, dit l’homme, je ne te ferai pas mal !

--- Non ! Arrêtez ! Je ne veux pas, dit ma sœur avec force.

J’entends des bruits de cartons qui dégringolent puis soudain, une claque ! Elle raisonne dans le wagon et il s’ensuit un lourd silence. Il n’a quand même pas frappé Sarah ?

--- Simon ! Simon ! Vient me défendre, Crie Sarah.

Je traverse le wagon en courant et vois l’homme sur Sarah qui se débat et hurle. L’homme essaye de mettre sa main devant la bouche de Sarah pour l’empêcher de crier mais Sarah en profite pour le mordre. Fou de rage, l’homme lève son poing en l’air et s’apprête à l’envoyer de toutes ses forces dans le visage de Sarah. Je pense qu’il va la tuer, je dois faire quelque chose, mais quoi ? Soudain, je repense à ces barres de fer, contre lesquelles je m’étais cogné dans le noir à la gare Montparnasse. Sim lance sa tête en avant et se met à aboyer. L’homme ne fait pas attention à moi, il tient toujours son bras levé, alors je me saisis d’une des barres, la soulève à deux mains et frappe l’homme de toutes mes forces. L’homme reçoit la barre métallique en pleine tête, son corps vacille de gauche à droite et vient retomber sur le planché du wagon. Sarah se relève, elle est presque complètement déshabillée, ses cheveux sont tout ébouriffés et son visage est plein de colère. Je ne l’ai jamais vu avec un visage aussi méchant et menaçant. Elle jette un regard de mépris en direction de l’homme qui gît à terre. Le sang commence à couler de son crâne et il est toujours inconscient.

--- Faut pas rester ici, dit Sarah, prenons nos affaires et partons !

J’aide Sarah à cacher l’homme derrière les cartons, nous rangeons rapidement ce qui traîne et, nos sacs à la main, nous quittons le wagon. Nous courrons vers l’arrière du train, Sim nous suit, nous choisissons un wagon au hasard et je monte le premier pour ouvrir la porte. Elle est dure et je dois utiliser toutes mes forces pour l’ouvrir. Sarah soulève Sim à hauteur du planché, nous pénétrons dans le wagon et nous repoussons la lourde porte. Enfin ! Dit Sarah heureusement que tu es venu, cet homme voulait abuser de moi. Je ne comprends pas tous ce qu’elle dit ma sœur, mais je sais que cet homme voulait lui faire du mal. J’aurais voulu lui demander davantage d’explications, mais j’ai pensé que c’était pas le moment. Par exemple, c’est parce qu’on est juifs ? Ou parce qu’elle est une fille ?

--- Tu crois qu’il est mort, Sarah ? Est-ce qu’ils vont me mettre en prison s’il est mort ?

--- Non, dit Sarah, il est pas mort, je ne pense pas.

--- J’ai tapé fort tu sais, de toutes mes forces regarde, j’ai pris la barre de fer à deux mains et j’ai visé sa tête.

--- Et Sim, qu’est-ce qu’il a fait ? Demande Sarah.

--- Il a aboyé très fort ! Tu l’as pas entendu ?

--- Non, je me débattais.

--- Et s’il se relève, l’homme, tu ne crois pas qu’il va nous retrouver, et peut-être essayer de nous tuer ?

--- Non, il y a très peu de chance, dit Sarah, s’il se réveille maintenant, il ne va pas se mettre à ouvrir toutes les portes des wagons ? Il va plutôt penser que nous sommes partis.

--- Et s’il passe à côté et que Sim se met à aboyer ?

--- Allons Simon, te fais pas de souci.

Ce wagon contient des grosses caisses en bois et des sacs de blé. La chaleur qui règne à l’intérieur est épouvantable et Sim respire bruyamment. Nous faisons un rapide inventaire du wagon et je couche deux sacs de blé pour en faire un matelas. Je m’allonge de tout mon long avec Sim contre moi. Ma sœur sort une bouteille d’eau, joint ses deux mains afin de former un récipient et me demande d’en verser doucement pour faire boire Sim, puis nous buvons à notre tour. Nous parlions de Maman quand le train se remit en route. Bercé par le bruit monotone des rails, je m’endors.

--- Sarah ! Sarah ! Au secours ! un homme me poursuit pour me tuer !

--- Calmes-toi Simon ! Tu fais un cauchemar !

--- Où on est Sarah, il fait nuit ?

--- Je ne sais pas, mais nous roulons depuis un moment !

Sim dort également, il fait beaucoup de bruit avec son nez. Je passe ma main sur son ventre pour le caresser mais il ne bouge pas. Sarah me dit qu’après un cauchemar il faut se rendormir alors je me serre contre Sim. La poussière dégagée par le blé me fait éternuer et je peine à me rendormir.

La sirène d’un train qui nous croise me réveille, je me relève. Les rayons du soleil filtrent entre les planches disjointes du wagon et une petite fraîcheur matinale me saisit. Sarah prépare à manger pour Sim à même le plancher, il tend son cou et renifle. Je tire légèrement la lourde porte pour regarder le paysage. Nous sommes en pleine campagne et je ne vois que des prés et des vaches.

--- On arrive bientôt Sarah ?

--- C’est possible, le train ne s’est pas encore arrêter et Nantes ne doit pas être très loin.

--- Sarah, j’ai faim !

--- Regarde, je t’ai préparé deux grosses tartines de pain avec de la confiture, ça te plaît ?

--- Oui Sarah !

Une secousse, ma tartine de confiture se plaque contre mon nez et le train s’immobilise. Me voyant ainsi, Sarah rit, je remarque ses dents blanches briller dans la demi-obscurité du wagon. Je tire la lourde porte du wagon de quelques centimètres, et…

--- Sarah ! Viens voir, nous sommes dans une grande ville !

Sarah tire la porte d’un demi-mètre et descend sur la voie. --- Nantes ! C’est Nantes ! Dit-elle, nous sommes arrivés Simon !

Nous prenons nos sacs, Sim nous bouscule, passe entre nos jambes et nous descendons du train. Nous longeons les wagons de marchandises et pénétrons dans la gare. Elle est pleine de monde et personne ne nous remarque. Sarah sort une feuille de papier pliée de sa poche, c’est l’adresse des amis chez qui nous devons nous rendre. Des taxis stationnent devant la gare, Sarah demande à l’un des chauffeurs s’il connaît la rue indiquée sur la feuille. L’homme se lance dans de longues explications, puis fait un schéma portant le nom des rues que nous devons prendre. Nous marchons pendant plus d’une heure, le sac sur les épaules et Sim qui nous suit toujours.

Nous arrivons devant la maison de nos amis, stupéfait, je regarde plusieurs fois le numéro. C’est une grande villa entourée d’un mur en briques sur lequel est fixée une grille. Nous sonnons et une personne qui se présente comme l’employée de maison vient ouvrir. Sarah soulève le problème de Sim, l’employée dit que pour cela il faut voir Madame.

Ces gens étaient vraiment gentils, nous sommes restés chez eux jusqu’à la fin de la guerre, nous allions à l’école et Tata, comme nous l’appelions, me faisait faire mes devoirs. Papa venait nous voir de temps en temps. Nous lui demandions des nouvelles de maman, mais à chaque fois, il nous disait qu’il n’en avait pas. Sim à été adopté de suite, c’est mon meilleur compagnon.

Après la guerre, nous sommes rentrés à Paris avec papa et une énorme surprise nous attendait : maman était là, dans sa cuisine, elle nous avait préparé un délicieux repas. Elle nous expliqua que le jour où la milice est venue la chercher, une fusillade éclata dans la rue et, profitant de la panique, elle se rendit chez une amie qui la cacha pendant toute la guerre dans sa cave. Prudente, cette dame n’a confié le secret à personne. Ce jour-là, maman me serra si fort dans ses bras que crus un instant mourir étouffé.

BOKAY

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Lundi 5 septembre 2005 1 05 /09 /2005 00:00
 

                                      

 

                       Sauvé par l’amour.

 

Yannick visitait les distributeurs automatiques comme d’autres se rendent au bureau. Une affaire bien au point, minutieusement huilée et des proies sélectionnées : de vielles personnes ou des femmes peu alertes. Il en " visitait " un à deux par semaine, juste assez pour se payer cette saleté de drogue dont il était devenu dépendant. La réussite de sa petite affaire crapuleuse reposait sur une organisation stricte où rien n’était laissé au hasard, le temps, la fréquentation des lieux ou l’itinéraire à prendre avec le butin. Tout cela fonctionnait si bien qu’il était entré dans une sorte de routine, certain de l’infaillibilité de sa technique.

Ce mardi matin, le temps est idéal, une pluie fine pousse les gens à s’activer, à faire juste le nécessaire. Agacés par les gouttes qui ruissellent sur leurs visages, ils sont peu attentifs au monde extérieur et deviennent alors des proies vulnérables. Posté quelque peu en retrait d’une porte cochère, Yannick fixe le distributeur de billets distant d’une vingtaine de mètres. Pour banaliser sa présence il a ouvert son parapluie. La rue est calme, une vielle dame marche, un énorme Berger allemand à ses côtés. Devant elle, un homme d’un certain âge, vêtu correctement s’approche du distributeur, sort sa carte et compose son code. Yannick attend qu’il prenne le premier billet et compte dans sa tête, il sait que sur cette machine, un billet tombe toutes les quatre secondes. L’homme a retiré six billets. C’est pas terrible se dit Yannick, mais il a un besoin urgent d’argent et il s’en contentera. D’un air naturel, Il referme son parapluie, regarde de chaque côté de la rue, colle la semelle de sa chaussure gauche sur l’angle de la marche et pose une main en appui sur le mur. L’homme tient encore son portefeuille à la main quand Yannick se détend comme un ressort en direction du distributeur. Il l’atteint en quelques secondes et bouscule l’homme qui, sous l’effet de surprise, tombe à terre. Yannick lui arrache violemment son portefeuille et s’enfuit aussi vite qu’il le peut. L’homme reste à terre et se met à crier de toutes ses forces :

---Samiiiik ".

Fidèle à son habitude, Yannick ne se retourne pas et ne cherche pas à savoir qui est ce "Samik ". Chaque seconde compte. Il accélère et s’engage dans une ruelle. Il se sent poursuivi, accélère encore et se faufile entre les passants, les bousculants au passage. Mais son poursuivant gagne du terrain et fini par le rattraper, il ouvre alors toute grande son énorme gueule et plante ses crocs pointus dans le mollet de Yannick. La douleur est intense, Yannick a envie de hurler, il tombe, se relève aussitôt et reprend sa fuite. Mais le molosse ne lui laisse aucun répit et se jette à nouveau sur sa jambe. Le pantalon de Yannick est déchiré et le sang commence à couler. Il tente un violent coup de pied en direction de l’animal, mais la bête le saisit par la cheville et refuse de lâcher prise. Alors Yannick, utilisant toute la force de son bras gauche lui administre un coup de point en pleine gueule. L’animal lâche prise, Yannick en profite pour s’élancer en direction du boulevard où La circulation est fluide. Sentant les crocs de l’animal frôler sa peau, il s’élance pour traverser le boulevard au milieu de des véhicules. Une voiture réussit à l’éviter mais une camionnette de livraison le percute de plein fouet. La puissance du choc projette Yannick à quelques mètre et il retombe le dos sur le rebord d’une plaque d’égouts. Quand il se réveille à l’hôpital, Yannick ne sent plus ses jambes.

Paraplégique à vingt-deux ans ! Toute une vie dans un fauteuil roulant ! Pour Yannick, Le monde s’est éteint, ce mardi !

--- J’aurais mieux fait d’y rester ! Plutôt crever que de vivre comme un légume dit-il, un sexe qui ne me sert plus qu’a pisser et deux morceaux de bois en guise de guibolles !

Yannick n’avait rien qui le prédestinait à la délinquance et à la drogue. Elevé dans une famille bourgeoise, l’argent ne fut jamais un problème pour lui. Son père est concessionnaire du garage BMW de la ville. Une entreprise réputée pour engranger de confortables bénéfices. Le parcours de Yannick et sa lente décadence n’est pas un mystère pour son père qui a assisté impuissant et maladroit à l’emprise de la drogue sur son fils. Cette lente descente aux enfers a commencé il y a deux ans quand Yannick demanda à son père de le prendre au garage pendant les vacances. Ca tombait bien, il manquait un représentant. De plus, ça faisait bien pour le garage. Un fils à Papa qui demande à bosser ! C’est pas courant. Le job plaisait à Yannick, aucun problème jusqu’au jour où il pris rendez-vous avec un certain monsieur Jérôme. L’homme était jeune, très élégant, dynamique et désirait remplacer sa BMW pourtant récente par le tout dernier modèle de la série. Pas de souci pour le payement avait dit Jérôme, moi je paye cash et en liquide. Yannick lui avait obtenu exactement ce qu’il désirait et pour le remercier, Jérôme l’invita au restaurant. La soirée se prolongea dans un établissement privé où pour la première fois Yannick se vit offrir un peu de " rêve " gratuitement. Yannick revit Jérôme plusieurs fois, il repris de la drogue et l’accoutumance s’installa, toujours un peu plus, toujours un peu plus loin. Ensuite, Yannick ne revit plus Jérôme que rarement, c’est un petit revendeur qui l’approvisionnait.

Trois mois que Yannick est hospitalisé, ses jambes restent désespérément inertes et le sevrage est un calvaire. Il reste cependant, un léger espoir, ce sont les paroles du professeur qui le suit, mais quelle fiabilité accorder à de tels propos quand les faits ne montrent aucune amélioration ? Plusieurs méthodes de stimulations ont été tentées sans le moindre résultat.

Ce lundi, Yannick est dans sa chambre, il s’évade dans un livre de Cizia Zike lorsque la porte s’ouvre. Une jeune infirmière qu’il ne connaît pas entre.

--- Bonjour ! Vous êtes… Yannick ?

--- Bonjour ! Oui c’est moi, vous venez me chercher pour me faire des misères au moins ?

--- Non, rassurez-vous, dit-elle, le professeur Leroy désire vous parler, je vous conduis à lui.

La nouvelle infirmière dit s’appeler Elsa, elle conduit Yannick dans le bureau du professeur.

--- J’ai bien examiné votre cas, dit le professeur, votre paralysie n’est peut-être pas définitive. J’ai un collègue chirurgien qui serait d’accord pour tenter une opération, je voulais vous en informer car la décision incombe à vous seul.

--- J’ai perdu tout espoir de remarcher un jour, Docteur. Tout ce que vous avez essayé sur moi n’a donné aucun résultat, alors vous savez, maintenant j’en ai marre ! Crever ou finir ma vie dans ce fauteuil, quelle différence ?

--- Je ne vous demande pas une réponse tout de suite, dit le professeur, réfléchissez à cela calmement, parlez-en à vos parents.

Elsa reconduit Yannick à sa chambre. Ca l’agace qu’on le conduise comme un gosse, il est près à exploser.

--- Je suis capable de retourner à ma chambre tout seul ! Lance-t-il à l’infirmière sur un air de reproche !

--- Je vous accompagne, ce sont les ordres, dit Elsa.

--- Vous l’avez entendu ? Ils me prennent pour qui, pour un cobaye ? Une nouvelle intervention, pour quoi faire ? Ils ont déjà tout essayé sur moi.

Yannick arrive à sa chambre, Elsa le suit.

--- Ils font tous chier ! Dit-il, j’en ai marre de cette vie, vous pouvez pas me laisser crever dans ce putain de fauteuil !

--- Dites pas ça, dit Elsa, vous êtes jeune, vous pouvez vous épanouir dans une vie différente, mais une vie agréable quand même. Et puis cette opération, que vous a proposé le professeur ? Il faut garder espoir !

Assise sur une chaise, Elsa se met à parler d’elle. Elle aussi a eu son lot de malheur, un père qui se tue dans un accident de la route quand elle avait quinze ans, une mère absente à cause de son travail. Elle a obtenu son diplôme d’infirmière il y a deux ans, cet établissement est son deuxième poste. Elsa parle calmement, un léger sourire en coin de lèvre agrémente ses paroles.

Le lendemain, quand Elsa pénètre dans la chambre de Yannick, elle a changé de coiffure. Yannick le remarque.

--- Oh ! Vous êtes observateur, dit Elsa, ici personne ne l’a vu, vous êtes le seul à me le dire.

--- Cette nouvelle coiffure vous va très bien et je suis sincère, dans mon état, on ne peut être que sincère, j’ai abandonné toute idée de séduction.

--- dommage !

--- Qu’est-ce que vous voulez dire ?

--- Je veux dire que c’est dommage car vous êtes séduisant.

--- Séduisant en fauteuil ! Vous ne m’avez seulement jamais vu debout ! Je ne pourrai plus jamais faire l’amour à une femme et vous dite que je suis séduisant !

--- Ca n’empêche pas d’être séduisant ! Dit Elsa. Et qui vous dit que vous ne retrouverez pas l’usage de vos jambes si l’opération réussit ?

--- Ne me parlez plus d’opération, dit Yannick ça me donne des idées, je me fais un cinéma et je me retrouve à chaque fois cloué sur ce fauteuil. C’est encore pire.

--- Réfléchissez-y quand même, dit Elsa en quittant la chambre

Elsa avait pris l’habitude de venir une dizaine de minutes chaque jour avec Yannick, ils parlaient de tout, il était devenu peu à peu son confident. Des liens invisibles s’étaient tissés jour après jour. Elsa avait pris une place si importante dans la vie de Yannick qu’il en était arrivé à redouter le jeudi, le jour de repos d’Elsa. Cette journée lui semblait interminable, heureusement qu’il y avait la piscine, comme il adore l’eau, ça compensait un peu. Adolescent, Yannick aimait écrire, sur ses vacances ou ses voyages ou encore ses aventures amoureuses. Un jour, l’idée lui vint d’écrire un poème à Elsa. Il lui donna et il remarqua que ses yeux se brouillaient en le lisant.

--- Tu ne peux savoir comme cela me fait plaisir, dit Elsa.

Elle se pencha pour l’embrasser en guise de remerciement, mais, pour la première fois, leurs lèvres se touchèrent et un long baisé s’en suivit. Yannick regarda Elsa, oui il la regarda, car auparavant il ne faisait que la voir. Conscient de la barrière qui les séparait, il s’interdisait de la regarder. Tout allait trop vite, Elsa avait pris trop de place dans sa vie, sa pauvre vie d’infirme. Alors, il se plaisait à rêver d’amour, avec Elsa bien sûr. Il s’imaginait quantités de scenari mais toujours ce maudit fauteuil en travers !

La vie de l’établissement était calme et Elsa, son travail terminé, restait souvent avec Yannick. Ils parlaient d’un peu de tout, se tenant la main et abordant mille sujets. Mais un sujet revenait constamment, l’opération qu’avait proposée le professeur.

--- Tu te rends compte, si ça réussissait, dit Elsa,

--- Et si, comme les autres fois, c’était un échec ! Tu imagines les conséquences ?

Elsa ne répondit pas, laissa passer un long silence, pris les mains de Yannick et le regarda dans les yeux.

--- Je vais te dire quelque chose dit-elle, mais promets-moi de ne pas te fâcher.

--- Promis,

--- J’ai pris rendez-vous avec le chirurgien demain matin pour ton opération.

--- Tu as fais ça ? Sans m’en parler.

--- Si je t’en avais parlé, tu aurais refusé, alors j’ai pris l’initiative.

La perspective de vivre sur ses jambes et d’avoir une vie sexuelle normale rendit Yannick quelque peu euphorique ! Quel que soit le résultat de l’opération, je ne te laisserai pas, avait dit Elsa, mais Yannick se refusait à offrir à son amie une vie qu’il qualifiais de " vie au rabais ".

Jeudi dix-huit heures, Yannick regagne sa chambre, il dort encore. Elsa est à ses côtés, elle pense sans cesse à ce qu’a dit le chirurgien : l’opération s’est bien passée, enfin j’espère. C’est ce " j’espère " qui la tourmente. L’attente est longue, un papillon bat des ailes contre la fenêtre de la chambre, lui aussi est prisonnier. Elsa fixe le goutte à goutte, puis le visage de Yannick, mais instinctivement, c’est sur les jambes de Yannick que se posent ses yeux.

Vingt heures, Yannick se réveille. Il regarde autour de lui, Elsa est là, elle lui sourit.

--- J’ai mal dit-il, tu peux demander un calmant ?

--- Ne bouge pas dit Elsa, je dois prévenir le médecin dès ton réveil.

Le médecin soulève le drap, laissant apparaître les jambes atrophiées de Yannick. Il sort un objet pointu de sa poche et tapote la jambe de Yannick à différents endroits.

--- Aïe ! Crie Yannick, mais vous me faite mal !

Yannick n’a même pas réalisé que c’est sa jambe qui lui fait mal. Le visage d’Elsa s’illumine suivi d’un large sourire du Médecin.

--- Ca a marché dit Elsa ! Tu te rends compte, tes jambes réagissent à la douleur ! C’est formidable ! Extraordinaire ! Elsa se penche sur Yannick et colle sa tête contre la sienne, leur joie était innommable.

Après deux semaines de rééducation, Yannick quitte l’établissement. Il passe sa première nuit avec Elsa. Il découvre que marcher tout simplement dans la rue et avoir des relations avec son amie avait pour lui un goût de paradis. Mais de vrai paradis, pas celui de poudre qui l’entraînait dans les profondeurs de la misère humaine. La vie avait une toute autre couleur !

BOKAY

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Samedi 10 septembre 2005 6 10 /09 /2005 00:00
          

 

 

 

LA COULEUR DE L’AMOUR

 

Les étudiants se poussent, se bousculent, certains crient leur joie pendant que d’autres s’effondrent en larmes. Les résultats sont affichés sur de petits panneaux, par ordre alphabétique. Je bouscule deux filles qui pleurent bruyamment, l’une d’elles me refile un coup de coude dans l’estomac en me traitant de connard… Enfin, je trouve le bon tableau, je descends la liste des yeux quand… Wouha ! Je l’ai ! Je lève les bras en l’air en signe de victoire et je répète : Je l’ai ! Wouha !J’ai mon bac ! Je me mets à l’écart, sors mon portable et annonce la nouvelle à ma mère. Je la sens aussi heureuse que le jour de la naissance de mon petit frère, elle pleure de joie et ça me fait chaud au cœur. Pourtant, les études ça me gonfle ! Enfin ! Ca fait plaisir à mes parents et comme j’ambitionne une carrière de journaliste, j’ai pas d’autres alternatives. Je rentre à la maison, tout souriant, ma mère me saute au cou et mon père me félicite.

--- Pour ta réussite au bac, ta mère et moi, on a pensé te faire un cadeau, dit mon père, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

Je les regarde l’air ébahi ; les cadeaux, c’est pas dans leurs habitudes ! Avec l’effet de surprise j’allais répondre : rien ! Mais je me ravise et réfléchis quelques secondes.

--- Un voyage en Afrique, dis-je. Oui ! Ca me ferait vraiment plaisir de connaître l’Afrique, par exemple là où tu es aller papa, à Abidjan.

Depuis le temps que mon père nous bassine avec ses souvenirs d’Afrique ! A chaque réunion de famille, à chaque fois qu’on parle de l’Afrique à la télé ! Comme ça, je connaîtrai un peu, j’aurai l’air moins … !

--- Oui, c’est ça qui me ferait vraiment plaisir ! Dis-je.

Mon père interroge ma mère du regard, je vois leurs yeux qui brillent et l’amorce d’un sourire. Ma mère donne son approbation d’un signe de la tête.

--- C’est d’accord, dit mon père, je vais contacter Bernard, il va te trouver un hôtel convenable ou autre chose, on verra bien…

Bernard habite la Côte d’Ivoire depuis vingt trois ans. Mon père et lui, avaient quitté la France pour ‘ l’aventure africaine’ à la fin de leur service militaire. Après deux années passées à Abidjan, mon père est rentré en France mais Bernard est resté au pays, il a épousé une Ivoirienne et créé une société d’importation d’appareils ménager. Quand Bernard vient à Paris, il ne manque jamais de venir nous rendre visite. Lui et mon père sont restés de grands amis, Ils passent des heures ensemble à raconter leur jeunesse, les packs de bières sur la table du salon.

 

Mercredi.

J’écoute de la musique dans ma chambre quand mon père frappe à ma porte.

--- Tout est réglé, tu pars demain ! Dit-il, le visage égayé d’un large sourire. Bernard a insisté pour que tu t’installes chez lui, il dit que sa maison est immense et qu’il n’est pas question que tu ailles à l’hôtel. Il a même ajouté que ses enfants se font une joie de te faire découvrir leur pays.

Jeudi.

Dix heures trente, l’Airbus d’Air France se pose sur l’aéroport Houphouët-Boigny. Je suis attendu par Guillaume, le fils de Bernard. Il est à peu près de mon âge, de corpulence plutôt fine et semble joviale et dynamique. Il me parle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le temps est nuageux, mais il fait déjà chaud

--- T’occupe pas tes bagages, dit Guillaume, le chauffeur de taxi s’en charge.

Guillaume est bavard. Pendant le trajet, il me pose une quantité de questions et ne peut s’empêcher de commenter chaque endroit que nous traversons. Nous roulons à l’extérieur de la ville, la circulation est dense et ça klaxonne de partout. Par moment, on aperçoit la mer, la capitale économique s’éloigne et nous nous engageons dans une route étroite bordée de grands arbres. De chaques côtés, de magnifiques villas attirent mon attention ! Moi qui me croyais dans un pays sous-développé ! Encore une idée reçue qui tombe. Le taxi ralentit et emprunte une toute petite allée très ombragée.

--- Ici, c’est chez nous ! Dit Guillaume, c’est notre maison.

L’allée est droite, le sol de couleur rouge et les arbres de chaques côtés sont immenses. Les murs blancs de la villa se découpent sur un ciel couleur ardoise. Ce décor me rappelle les contes qui ont meublé l’imaginaire de mon enfance. Tout me semble féerique. Le taxi s’arrête aux pieds des marches de la grande porte d’entrée, juste entre deux palmiers.

--- Viens ! Dit Guillaume, je vais te présenter à ma famille.

Je le suis, il m’entraîne dans le salon. Je reconnais immédiatement sa sœur, un foulard aux couleurs chatoyantes cache en partie ses longs cheveux ébène. Elle porte un jeans délavé et un T-shirt blanc. Elle m’accueille avec un franc sourire et me prie de m’asseoir. Métisse comme Guillaume, elle est d’une beauté à couper le souffle !

--- Je m’appelle Sabrina dit-elle. Bienvenue chez nous !

Sa Mère arrive, suivie d’une jeune fille portant un plateau avec des rafraîchissements et des fruits. Je me sens un peu mal à l’aise, je ne suis pas habitué à autant de luxe. Malia, la mère de Guillaume et de Sabrina est impressionnante, au premier regard, on devine une personne de caractère. Je sais par mon père qu’elle a une quarantaine d’années, elle est encore très séduisante et ne fait pas son âge.

Sa Mère arrive, suivie d’une jeune fille portant un plateau avec des rafraîchissements et des fruits. Je me sens un peu mal à l’aise, je ne suis pas habitué à autant de luxe. Malia, la mère de Guillaume et de Sabrina est impressionnante, au premier regard, on devine une personne de caractère. Je sais par mon père qu’elle a une quarantaine d’années, elle est encore très séduisante et ne fait pas son âge.

--- C’est donc toi le fils de Jean-Marc ? Dit Malia, j’ai bien connu ton père tu sais…mon marri et lui formaient un sacré duo.

La discussion s’installe et s’anime dans une atmosphère simple et chaleureuse, je me sens vite à l’aise, j’ai l’impression d’avoir découvert une nouvelle famille. Après le repas, Guillaume vient vers moi.

--- T’es d’accord pour faire un tour ? Me dit-il en me désignant le pick up rouge garé près d’une énorme touffe de bambou.

--- OK, dis-je, j’ai hâte de découvrir votre pays, on part quand tu veux.

Sabrina s’installe au volant, je m’assieds sur le siège avant, Guillaume à l’arrière, et nous partons. La route est en mauvaise état et l’imposant véhicule saute à chaque trou. De plus, la clim est hors d’usage et nous roulons toutes vitres baissées.

--- Putain de poussière ! Dit Guillaume.

--- On parle pas comme ça ! Répond Sabrina.

--- Bah ! Ca n’a pas d’importance, dis-je.

La conversation s’engage, je leur fais part du dépaysement que je ressens en Afrique et ils me posent des questions sur Paris. Je regarde Sabrina, son foulard et ses cheveux bouclés ondulent et volent au vent, son profile se découpe sur le défilement de la végétation. Je l’observe, elle me fait penser à une photo de dépliant touristique. A intervalle irrégulier la mer se montre, comme un puzzle, elle est tranquille et semble écrasée sous le soleil. A l’horizon, de gros bateaux aux couleurs pastel paraissent immobiles. Je me laisse aller à la rêverie lorsque soudain, Sabrina donne un coup de volant à droite et s’engage dans un petit chemin en forte pente qui conduit à la mer. De chaques côtés, des habitations précaires, faites de bois et de tôles, sont disposées au hasard. Des enfants courent en tout sens. Sabrina arrête le pick up près d’un amoncellement de grosses pierres noires et lisses. Nous descendons.

--- Allez ! Tous à l’eau dit Guillaume !

La mer est à trois cents mètres, nous enfilons nos maillots de bain et nous courons en direction des vagues. L’eau est chaude, c’est agréable. Guillaume fend les vagues de son corps fin et élancé, Sabrina m’attrape, m’entraîne dans les vagues et me projette dans le prochain rouleau. A mon tour, je la saisis et la balance de toutes mes forces dans le bouillon d’écume. Et nous recommençons, encore et encore jusqu’à épuisement.

--- On remonte ? Dit Guillaume, vous n’avez pas soif ?

Je sors de l’eau et courre vers la voiture. Après quelques mètres, je me rends compte que je tiens toujours la main de Sabrina, je la regarde, elle me sourit mais ne lâche pas ma main. Nous atteignons le Pick up, une ribambelle de gamins déguerpit du plateau arrière à notre arrivée. Le sable est brûlant, nous nous installons à l’ombre, sous de petits palmiers. Sabrina s’allonge tout près de moi, sa peau brune aux reflets ambrés tranche avec la mienne. Elle se tourne vers moi, se met sur son côté, sa main ouverte soutenant sa tête. Je lui fais face dans la même position et nous parlons, études, musiques, cinéma, bref un peu de tout entrecoupées d’éclats de rires. Tout en parlant, je lui prends la main et nous parlons et rions encore.

--- Et si on allait ailleurs ? Dit Guillaume en se relevant.

--- OK dit Sabrina, je vous emmène dans ‘mon petit paradis’. Vous allez découvrir la plus belle vue de toute la côte d’Ivoire

Sabrina n’a pas exagéré, cet endroit est d’une rare beauté. Au premier plan, des palmiers qui descendent vers la mer, puis cette eau turquoise rayée d’une multitude de traînées d’écume d’un blanc pur. C’est magnifique.

Quand nous rentrons à la villa, il fait nuit. Bernard, confortablement installé dans son fauteuil, lit le journal. Il m’accueille très chaleureusement et me demande mon impression sur cette première journée. Il va chercher un pack de bière au frigo, en ouvre deux, pose le reste sur la table et commence à me raconter son arrivée en Côte d’Ivoire avec mon père. J’ai l’impression d’avoir pris la place de mon père. Toutes leurs histoires, je les connais, je les ai entendues mainte et mainte fois, mais par politesse, je simule l’étonnement et l’émerveillement. Malia me sauve de cette situation.

--- Laisse un peu ce garçon tranquille, dit-elle, tu vois pas que tu le fatigues ! Allez, passez à table.

Après le repas, Guillaume suggère une sortie en boite. Sabrina vient aussi, c’est vrai que c’est elle qui conduit alors…

C’est un petit local entièrement décoré de bois et de filets de pèche. L’ambiance est sympathique, j’ai l’impression que tout le monde se connaît. j’ai dansé avec Sabrina toute la soirée, uniquement avec elle. Jamais je ne me suis senti aussi bien avec une fille et en aussi peu de temps. J’en ai la tête toute retournée. Quand, vers deux heures du matin, nous rentrons à la villa, je tiens Sabrina par le cou, je nage en plein bonheur!

Guillaume pénètre le premier dans la maison, Il y a encore de la lumière à l’intérieur. Je le suis et m’engage dans le vaste salon en serrant Sabrina tout contre moi. Malia n’est pas couchée, elle regarde la télévision. A peine nous a-t-elle vu, Sabrina et moi, qu’elle nous lance un regard féroce et s’adresse à sa fille sur un ton autoritaire, presque méchant.

--- Vient, faut que je te parle ! Dit-elle à sa fille.

Je reste avec Guillaume et je lui demande ce qui ce passe.

--- J’en sais rien, dit-il, j’ai jamais vu ma mère dans cet état.

Je monte dans ma chambre et me mets au lit rapidement. Je ne comprends pas l’attitude de Malia ! Est-ce parce que je tenais sa fille par le cou ? Mais enfin, Sabrina à vingt ans ! Je me dis que c’est peut-être dans leurs coutumes ? Je passe une très mauvaise nuit.

Le lendemain matin, au petit déjeuné, l’ambiance est crispée.

--- Alors les jeunes ! Vous avez passé une bonne soirée ? Demande Bernard.

Il n’obtient qu’un vague " wouai " et tente de briser le silence par quelques banalités, puis quitte la table. Je comprends de moins en moins ? Sabrina mange tête baissée comme si elle était honteuse ou punie, Guillaume ouvre enfin la bouche.

--- T’en fait une tête Sab ? C’est parce qu’on est rentré trop tard hier soir, maman a crié ?

--- Non, dit Sabrina, c’est pour autre chose, mais je ne peux rien dire, c’est entre maman et moi.

--- Ah, vous en faites des mystères, vous les femmes ! Dit Guillaume.

Je n’ose pas intervenir, mais j’ai l’impression d’être directement lié à ce brusque changement d’attitude. Pourquoi ils me font la gueule aujourd’hui alors qu’hier ils m’accueillaient très chaleureusement ? Je veux en avoir le cœur net. Je rejoins Sabrina qui prend l’air dans le jardin.

--- Qu’est-ce qui se passe Sabrina ? Hier tout allait bien, et aujourd’hui, vous faites tous la gueule ?

--- Ma mère ne veut pas que tu me prennes par le cou comme ça ! Elle m’a dit qu’elle m’interdisait absolument d’avoir une relation avec toi.

--- Elle t’as dit ça ! Elle est quand même pas raciste ! Elle aime pas les blancs ?

--- Mais non, elle n’est pas raciste du tout, d’habitude elle ne me demande même pas qui sont mes copains, je ne comprends pas son attitude.

--- C’est dommage, dis-je, je ressens pour toi une attirance que j’arrive pas à expliquer. Jamais je ne me suis senti aussi bien qu’hier !

--- C’est étrange, dit-elle, je ressens la même chose. j’ai l’impression de t’avoir toujours connu, que nous nous connaissons depuis l’enfance… Et ma mère qui nous interdit de sortir ensemble ! De quel droit ! C’est elle qui est responsable si je ne suis rien ! Non rien ! Je ne suis ni africaine, ni européenne, ni noir, ni blanche, et cette peau à la couleur bizarre, d’un blanc sale ou d’un noir délavé !

--- Sabrina ! Tu délires ! Jamais je n’ai vu  une peau aussi belle que la tienne ! Ta peau a la couleur de l’amour ! Tu es le fruit de deux êtres qui se sont aimés malgré toutes leurs différences.

--- Alors pourquoi cette interdiction ? Dit Sabrina. Comment ma mère peut-elle m’interdire d’entretenir une relation avec un Français alors qu’elle en a épousé un et qui lui a donné deux enfants ?

Je suis révolté par l’attitude de Malia dont la première conséquence est de renforcer l’attirance que nous éprouvons l’un pour l’autre. En effet, sa prise de position extrême aboutit au résultat inverse à celui qu’elle espérait. Ce refus catégorique de sa part ne fait que renforcer notre attirance. Je suis décidé à voir Malia et à lui demander des explications ! Elle doit me les donner.

La situation se présente dans la matinée, Malia est seule dans le salon. Je lui demande si elle m’autorise à lui poser une question.

--- Ah ! j’attendais cette question, dit Malia. Je suppose que Sabrina t’as parlé ?

--- Oui, elle m’a parlé. Mais ni Sabrina ni moi ne comprenons ce qui motive votre décision !

--- Je comprends que vous soyez choqués tous les deux, mais je ne reviendrais pas sur ma décision.

Je sens la colère monter en moi et j’interroge Malia sur un ton ferme, presque agressif.

--- Je ne suis pas assez bien pour votre fille ? Ou alors vous préférez qu’elle épouse un africain ?

--- Non, calme-toi, dit-elle, c’est simplement pour des raisons personnelles.

--- Mais Sabrina à vingt ans, elle a le droit de choisir avec qui elle veut sortir !

--- Avec qui elle veut, mais pas avec toi ! C’est impossible.

Malia en a dit trop ou pas assez, maintenant elle doit justifier ses propos.

--- Tu n’as pas une idée ? Dit-elle. Tu ne vois pas à quoi je fais allusion ?

--- Non ! Je ne vois pas, dis-je étonné.

Malia me regarde fixement, l’expression de son visage change, son regard se fige.

--- Je vais te confier un secret, dit-elle, mais tu me jures de ne le dire à personne. Sabrina est ta sœur ! Enfin ta demi sœur si tu préfères. Sabrina a été conçu au moment où j’ai quitté ton père pour Bernard. Tu comprends maintenant ? Je ne l’ai jamais dit à personne. Tu es le seul à savoir, même Bernard ne sait pas.

Quelle douche froide ! J’ai une sœur ! j’ai une sœur depuis toujours et je l’apprends seulement maintenant, à dix-huit ans ! Et en plus, Malia m’interdit de lui dire que je suis son frère ! Tout ça me tombe d’un coup. Moi qui étais venu ici pour passer deux ou trois semaines tranquilles, je suis servi !

Je promets à Malia de ne rien dire à personne, mais ses propos ne m’ont pas totalement convaincu. Comment est-elle certaine que Sabrina est la fille de mon père ? Bernard aussi peut être son père. J’aborde de nouveau le sujet avec Malia. A présent, elle semble moins certaine, je l’ai amené à se poser des questions, j’ai soulevé un doute et je la sens tourmenté. Elle enfouit sa tête dans ses mains, la relève en grimaçant, puis se redresse d’un air décidé.

--- Tu as raison, me dit-elle, cette incertitude me tourmente et me ronge, je dois savoir, je dois m’arranger pour faire pratiquer un test, mais à leur insu naturellement.

--- Oui, ce serait une décision courageuse dis-je, mais comment allez-vous procéder ?

--- Oh ! Rien de plus simple, dit-elle, je vais dire à Sabrina que vous et elle devez faire un test pour rechercher le virus du sida. Pour Bernard, je dirais qu’il a l’air fatigué et qu’une prise de sang est indispensable. Après, je m’arrangerai avec le patron du labo, c’est un ami.

Impatient de connaître la vérité, je décide de poursuivre mon séjour en côte d’Ivoire... Je ne sais pas encore si J’aime Sabrina, c’est trop tôt pour le dire, mais je ressens une très forte attirance pour elle, ça j’en suis sûr. Comment dois-je la regarder ? Comme ma sœur ou différemment ? La réponse à cette question dépendrait donc du résultat des tests ? Tout cela est surréaliste ! Malia me dit qu’il faut deux à trois jours pour avoir les résultats.

En attendant, j’ai trouvé à m’occuper, je fais de la photo. Je me lève tôt le matin et parts à Abidjan avec Bernard. Je parcoure la ville en tous sens, je vais dans les endroits les plus retirés et je mitraille. Les rues, les marchés, les gens, tout me passionne. Cette ville renferme un véritable trésor pour qui aime la photo. Le soir, je me rends à l’entrepôt et je reviens avec Bernard.

Aujourd’hui, je reste à la villa, Malia attend les résultats des tests qu’elle a demandés. Nous sommes les seuls à connaître le véritable motif de ces analyses.

Guillaume et Sabrina sont partis avec des amis, moi je reste à la villa avec Malia. Pour tuer le temps, Malia me raconte ses années de jeunesse avec mon père, Bernard et la bande de copains. La sonnerie du téléphone vient interrompre le récit de ses souvenirs. Malia se lève d’un bon, décroche.

--- Oui, c’est moi, dit-elle…

Moi, je suis tendu comme je ne l’ai jamais été. Tout mon corps s’est brusquement figé, paralysé. Malia reste sereine, son visage ne trahit aucune expression.

--- Je vous remercie, madame ! Dit-elle, au revoir.

Malia repose le combiné

--- Non, Sabrina n’est pas ta sœur, dit-elle simplement.

Je saute de joie, je prends Malia dans mes bras et lui dis combien je suis heureux. Elle sourit, mais rien de plus. Je pense qu’elle ressent une certaine gène de n’avoir pas su avec certitude qui est le père de sa fille. A présent, l’image de Sabrina m’apparaît, comme une photo, là, devant moi, autour de moi, dans mon esprit, partout. Et je vois les portes de l’amour s’ouvrir en grand. Nous avons donc le droit de nous aimer ! j’ai du mal à y croire.

--- Je vais appeler Sabrina sur son portable et je lui dirais qu’elle peut se tranquilliser, que ni elle ni toi n’êtes séropositif, dit Malia.

Une heure plus tard, Sabrina rentre avec Guillaume, elle saute du Pick-up et court dans mes bras.

--- C’est merveilleux, dit-elle, mais comment ma mère a-t-elle pu penser que tu pouvais être porteur du virus ?

--- Ah ! Les Mères tu sais, elles sont toutes pareilles, elles s’imaginent toujours le pire pour leurs enfants.

Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de s’inscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sœur, quelques jours après, je découvre l’amour ! Jamais je n’ai passé de vacances aussi tourmentés !

Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de s’inscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sœur, quelques jours après, je découvre l’amour ! Jamais je n’ai passé de vacances aussi tourmentés !

Mon séjour s’achève, je pensais rester une quinzaine de jours, il y a plus d’un mois que je suis ici et je n’ai aucune envie de partir. Sabrina va me manquer terriblement, nous avons décidé de laisser passer quelques semaines, voir quelques mois et de faire le point ensuite. Tout cela est arrivé tellement vite. Le taxi descend mes bagages devant l’aéroport d’Abidjan, Sabrina essaie de rester gaie et s’efforce de ne pas pleurer. Elle a insisté pour porter un de mes bagages, c’est un peu comme si on partait ensemble, dit-elle. Guillaume ne nous a pas accompagné : " Je vous laisse tous les deux, a-t-il dit, cette journée est à vous seul ". Sabrina a mis sa robe rouge, celle que je préfère car je trouve qu’elle met en valeur la couleur ambrée de sa peau.

--- Maintenant, j’en suis certain, dis-je, ta peau à vraiment la couleur de l’amour.

c’est la dernière phrase que j’ai prononcée.

 

Rentré à Paris, mon père me demande mon impression sur l’Afrique.

--- T’as certainement passé un séjour au calme, dit mon père, l’Afrique c’est pas comme ici et à la longue, on finit par s’ennuyer !

BOKAY

 

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Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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Samedi 8 octobre 2005 6 08 /10 /2005 00:00

                 

                                    

Double vieN° 9 (la piscine)

Une semaine s'est écoulée depuis la décès de Serine. Le plus dûr a été la cérémonie funèbre. Il y avait peu de monde, Max, son mari, n'a pas eu l'autorisation d'assister à l'enterrement. l'assassina de Sérine m'a fuchu un coup terrible! Comme si on m'avait arraché une partie de moi-même! Heureusement, Myriam est là! Elle me soutient du mieux qu'elle peut, et surtout, elle me secoue. J'ai ce terrible penchant à me laisser aller lorsque les choses vont mal et de me complaire dans ma peine. Mais avec Myriam, pas question! Son dynamisne remue et secoue tout ce qui gravit autour d'elle.

C'est pas mon habitude de faire des cadeaux, mais pour remercier Myriam, je lui achette un petit truc: un T-shirt que j'ai repairé rue de Rivoli. Le soir, je rentre à mon appart, mon petit cadeau sous le bras. Myriam est là, elle m'ouvre la porte et sans même prêter attention au paquet paquet que je tiens, elle me saute au cou.

--- Tu peux pas savoir comme je suis heureuse! Dit-elle. C'est formidable!

Moi, je reste perplexe! Elle n'a donc jamais reçu de cadeau? et elle continue:

--- Oui, c'est formidable! j'ai une nouvelle extraordinaire, hypersuper à t'annoncer!

--- Eh ben! Dis... Si c'est si bien que ça!

--- Ma mère a viré ce fénéant, ce salop de Loïc! C'est pas une bonne nouvelle?

--- Si, si! Dis-je, c'est une bonne nouvelle, mais je ne me sens pas vraiment concerné, ce Loïc, moi je ne le connaissais pas.

--- Puisque je te dis que c'est une ordure! Ce salop, il voulait me sauter, mais plutôt crever que de coucher avec l'ami de ma mère! Et en plus, c'était un fénéant de la pire espèce... C'est pour moi?

--- Oui, j'ai trouvé cette petite chose, regarde, si ça te plaît pas, j'irai le changer...

--- Whoua! C'est super! T'as bon goût! Je vais le passer.

C'est vrai que ça lui va bien, elle est ravissante! Ce n'est qu'une petite chose, mais visiblement, ça lui fait plaisir!

--- Demain, moi aussi, je te fais une surprise, dit Myriam.

--- Ah, et c'est quoi? dis-je.

--- Idiot! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise! juste une précision, faut pas te lever tard.

Bien que ce soit dimanche, je me lève assez tôt, surprise oblige. Myriam vient me retrouver dans la cuisine et nous déjeunons ensemble.

--- Maintenant que Loïc est parti de chez vous, qu'est-ce que tu vas décider? Tu retournes vivre avec ta mère ou tu...

--- Eh! T'en as marre de moi, toi aussi tu veux me virer?

--- Non Myriam, je ne dis pas ça pour que tu partes, c'est tout le contraire, c'est parce que j'ai peur que tu partes. j'ai pas envie de me retrouver tout seul chaque soir.

--- T'as qu'à te trouver une femme... Oh excuse-moi, ça m'a échappé, j'avais déjà oublié.

--- C'est pas grave... Et ta surprise!

--- Ce matin, je vais à la piscine, dit Myriam et tu viens avec moi. Tu m'as bien dit que tu adorais nager?

--- Oui, c'est possible, en tout cas j'aime la piscine mais en ce moment, j'ai pas trop le goût.

--- Justement, dit Myriam, ça va te changer les idées.

Pour faire plaisir à Myriam, je l'accompagne à la piscine. Nous arrivons les premiers, le bassin pour nous deux.

--- Aller! Vient! On va voir si t'es en forme, dit-elle.

--- Ca m'étonnerais que tu me battes, dis-je. Tiens! Si tu arrive avant moi, je te paie la pizzeria à midi! OK?

Je me donne à fond mais le manque d'exercice se fait sentir et je vois Myriam qui me prend un mètre, puis deux! Je suis un peu déçu, mais malgré la cuissante défaite, j'ai l'impression d'avoir rajeuni de quinze ans.

--- Alors t'es rouillé? faut venir plus souvent! Dit Myriam.

Nous sortons de l'eau, je me dirige vers le plongeoire et Myriam me suit.

--- Bouge pas, fait voir! dit-elle. T'as une tache marron sur la hanche! exactement comme moi et au même endroit!

--- Certainement que ta mère en a une aussi, dis-je.

--- Non, elle n'en a pas!

--- Alors, c'est ton père, en général, ces trucs c'est héréditaires, et on est pas les seuls, il y a une quantité de gens qui ont des taches sur la peau.

--- Mon père, je le connais pas! Comment veux-tu que je sache? Elle m'a juste dit, une fois qu'elle était en colère:" pas étonnant que tu sois aussi têtu, t'as été fabriquée en Bretagne! C'est tout ce que je sais. Avec ça?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Comme promis, j'emmène Myriam à la pizzéria. Moi, j'ai pas trop envie, mais chose promise....Depuis hier, c'est à dire depuis qu'elle sait que sa mère à viré Loïc, je la sens plus heureuse. Pendant le repas, Elle me parle surtout de sa mère. Elle lui trouve beaucoup de qualités.

--- Je sais que c'est pour moi qu'elle travaille la nuit, à cause du salaire. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais rencontré un type bien! Elle a dû être vachement jolie quand elle étais jeune! Et même maintenant, il y en a des hommes qui lui tourne autour! Quand je lui pose la question, elle me répond immanquablement:" le seul homme que j'ai aimé, c'est ton père".

Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existance. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.

Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existance. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.

--- Je crève de faim, dit-elle, je me fais une omelette aux herbes, t'en veux une aussi?

--- C'est pas de refus, moi aussi j'ai un petit creux. Tu m'as pas repondu, ta mère veut pas que tu rentres à la maison?

--- Mais si elle veut bien! Elle m'a dit:" tu fais comme tu veux, du moment que tu ne fais pas de conneries et que tu travailles". En fait, je crois qu'elle culpabilise, la liberté qu'elle m'a laissée l'arrangeait, ça lui permettait de passer plus de temps avec Loïc. Maintenant, avec le recul elle craint que je lui jette à la figure comme un reproche. Enfin, c'est ce que je crois!

Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.

Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.

--- Tu veux en faire un palasse de mon appart! T'a invité Chirac à Manger?

--- Non, dit-elle, pas Chirac, mais on a de la visite.

--- Et je peux savoir qui?

--- Oui, si tu me promets de ne pas me crier? Dit-elle.

--- Un ami?

--- Non, j'ai invité ma mère à manger... Ce soir.

Ca ne me dérange pas qu'elle invite sa mère, depuis le temps qu'elle me parle d'elle! Mais aujourd'hui, ça ne m'arrange pas, après cette journée mouvementée, j'ai envie d'être tranquille. Comme pour se faire pardonner, elle me dit de m'asseoir et me prépare un punch. Bien calé dans mon fauteuil, j'examine mon nouveau portable quand la sonnette de la porte retentit.

--- C'est ma mère, dit Myriam, bouge pas je vais ouvrir.

Fin du 9° épisode.

 

 

Double vie N° 10 FIN

 

Myriam ouvre la porte. Par politesse et respect pour sa mère, je me lève de mon fauteuil.

---Bonjour M'man! Dit Myriam en sautant au cou de sa mère, je te présente Alex.

Je regarde la maman de Myriam, une jolie femme, taille moyenne et cheveux châtain. Mais les traits de son visage et son regard m'interpellent. Elle aussi, me regarde avec une certaine insistance, j'en suis presque gêné...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

--- Excusez-moi, dit-elle j'ai l'impression de vous avoir déjà...Alex! Alex! Non, pas possible!

--- Lise? Tu es la mère de Myriam? Ca fait dix ou... non, plus, au moins douze ans qu'on s'est perdu de vu?

--- Non, plus, bientôt dix-sept! Le temps passe si vite! C'est donc chez toi qu'habite Myriam!

--- Oui, je lui prête le petit appart, à côté... Mais, assieds-toi. Quelle surprise!! Se retrouver après toutes ces années! Tu te souviens?

--- Oh Oui, je me souviens, comment pourrais-je oublier?

La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.

--- Tu vis donc seule à présent? Dis-je

--- Oui, dit-elle, je me suis séparé de mon ami "Loïc" et Myriam préfère rester chez toi pour l'instant... C'est ce qu'elle m'a dit.

--- T'as bien fait de le virer ce fainéant, dit Myriam!

--- En tout cas, félicitations, tu as une jolie fille, dis-je. Elle t'a raconté notre rencontre au commissariat?

--- Oui, je sais tout, Myriam me dit tout.

Le portable de Myriam sonne.

Le portable de Myriam sonne.

--- excusez-moi, dit-elle, c'est un copain.

Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.

Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.

--- Seize ans qu'on s'est quitté! Tu ne veux pas dire que Myriam...

--- Si !Et oui, Alex! Myriam est ta fille, ça ne fait aucun doute.

Cette révélation me fait l'effet d'un coup de massue sur la tête! Je me sens chavirer, abattu, anéanti et reste sans voix. Je ne sais même pas si je suis heureux ou en colère? En tout cas, je suis furieux que Lise me l'ait caché. Comment va-t-elle justifier son comportement? Mais Lise ne dit rien, elle semble éviter mon regard, je la sens gênée. Elle sait qu'elle va devoir affronter mes questions.

--- Et pourquoi ne m' as-tu rien dit?

--- Je pensais que c’était mieux. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais j'étais jeune. Je me rends compte que j'ai commis une erreur, mais que puis-je faire à présent? Ressasser le passé ne sert à rien.

--- Et Myriam, que lui as-tu dit de son père?

--- Rien. L'idée qu'elle se fait de son père est un assemblage de souvenirs que j'ai gardé de toi, mais rien de précis. Je me demande comment elle va le prendre quand elle apprendra la vérité? J'appréhende sa réaction.

--- Moi aussi je l'appréhende, dis-je, les choses auraient étés si simples si tu m'en avais parlé, on l'aurait élevé ensemble... Quel gâchis!

--- Justement, dit-elle, si j'ai agi de la sorte, c'est pour ne pas gâcher ta vie. Je me sentais responsable de ce cette grossesse et je voulais en assumer seule les conséquences.

--- Nous sommes responsables tous les deux, dis-je, moi autant que toi

Myriam revient dans le salon et nous mettons un terme à notre discussion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 --- Oh! Vous discutez bien tous les deux!, Dit Myriam... Vous vous connaissez depuis longtemps?

--- Oui, dit Lise nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons passé des vacances ensemble, en Bretagne.

--- Décidément, la Bretagne ça te réussit! Dit Myriam. C'est pas là que tu avais rencontré mon père... Tu sais m'man, j'ai eu de la chance de rencontrer Alex, quelquefois on s’engueule, mais je crois que sans lui, je m’ennuierais ou alors, je ferais des bêtises.

--- J'ai rencontré Alex en Bretagne il y a dix-sept ans, dit Lise.

--- Ah! il devait être mignon à cette époque! Dit Myriam en me regardant.

--- Pourquoi? Tu me trouves moche Aujourd'hui? Dis-je.

--- Mais? J'y pense! Dit Myriam, tu pourrais être mon père alors?

Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe.

--- Ben, alors! J'ai dit une connerie? Dit Myriam. Qu'est-ce que vous avez tous les deux? Vous me cachez quelque chose?

Myriam nous regarde à tour de rôle. Ses yeux cherchent une réponse, l'expression de son visage devient grave, se fige et nous écrasent. Notre silence répond à la question qui lui brûle les lèvres.

--- Oui! Dit Lise, Alex est ton père!

Jamais Je n'ai vu Myriam avec de tels yeux. J’ai l'impression d'avoir une étrangère en face de moi. Pendant quelques secondes elle reste de marbre, puis les commissures de ses lèvres se relèvent lentement, son visage s’illumine, ses yeux pétillent et un immense sourire envahit son visage. Alors, d'un bond, elle s'élance et plonge dans mes bras. Elle se cale dans le creux de mon épaule et éclate en sanglots.

--- J'ai un père! J'y crois pas, je rêve! Toute ma vie je t'ai attendu. Mais tu es là! Tu ne peux savoir comme je suis heureuse, je suis comme tout le monde maintenant, j'ai un père! Mais depuis combien de temps sais-tu que je suis ta fille?

--- Oh! Depuis très peu de temps, cinq minutes tout au plus, je n'en reviens pas non plus! J'ai une fille! Allez, champagne!

Je vais chercher une bouteille et je pose trois coupes sur la table de salon. Myriam ne maîtrise plus ses émotions, elle pleure et rit en même temps avant de disparaître dans les bras de sa mère. Cette émotion extrême s'évacue peu à peu dans les larmes qui coulent sur nos joues. Que d'événements en une journée! Comment la vie peut-elle réserver de pareilles surprises alors qu'on se croit installé dans une éternelle routine! Moi aussi, je me sens heureux, je m'y étais attaché à cette gamine! j'étais déjà un peu son père adoptif. Un jour, elle m'a même dit: " c'est con la vie"! Surpris, je lui ai demandé: "pourquoi"? Parce que je suis trop jeune pour être ta femme et je ne peux pas être ta fille" m'a-t-elle répondu! Ce jour-là, elle m'avait vraiment touché.

--- Aller! on passe à table, dit Myriam. Pour la première fois de ma vie, j'invite mon père à manger! On est comme une vraie famille! Je peux t'appeler Papa?

 

trois semaines plus tard. En octobre

trois semaines plus tard. En octobre

Nous profitons des derniers beaux jours pour faire une promenade au parc, tous les trois. Les arbres se dépouillent de leurs parures automnales et les feuilles mordorées virevoltent, puis tourbillonnent sur le sol. Nous sommes assis sur un banc, juste en face d’un bassin. Le soleil se faufile entre les arbres partiellement dénudés et lance de longues ombres sur les pelouses tachées. Près de nous, des gamins ramassent des marrons et les lancent en direction du bassin. Ils visent un petit bateau qu'ils font naviguer sur l'eau, entre les feuilles mortes et les brindilles. Est-ce cela le bonheur? Autour du bassin, une petite fille promène son bébé dans son landau. Lise et moi la regardons. Nous avons certainement la même pensée: dans cette enfant, nous imaginons Myriam petite. Tout ce bonheur perdu à jamais... toutes ces joies que nous aurions pu partagées ensemble.

--- Tu te souviens, Lise de ce petit café à Carnac où nous prenions toujours notre café, comment s'appelait-il déjà?

--- Il s'appelait: "Chez Myriam".

Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.

Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.

--- Eh! Eh! dit Myriam, je vous y prends vous deux!

--- Et tu n'es pas au bout de tes surprises, ma fille, à partir de demain, nous habitons ensemble, tous les trois, dit Lise.

--- Bientôt, vous parlerez mariage à ce rythme! Qu'est-ce que vous voulez comme cadeau de noce? Demande ironiquement Myriam.

--- Oh! ca, nous l'avons déjà, dis-je, notre cadeau c'est toi.

                   Quelques commentaires reçus sur ce texte

 

http://bokay.over-blog.org/ BOKAY

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Bravos sublime, ainsi que le premier, deuxiéme ect, ect, bien oui je regroupe tout... ludo
smile.gif 
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 Bravos! rolleyes.gif J'aime bien...    ludo

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Voilà une histoire palpitante !!!  enzo

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 Je n'écris pas un long commentaire parce que je trépigne d'impatience : j'avais oublié que c'était si riche !! Bon, désolée, mais 'faut que j'aille voir la suite ...
Pitchy

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 Une jolie fin, sans surprise mais belle "happy end" ! ^_^
C'est vrai que vu le début de ton oeuvre, on n'aurait jamais pu se douter que cela se tournerait ainsi ! Mais tout s'est enchaîné avec logique !
Réussi ! J'ai apprécié de la lire et je crois que tu peux être fier de toi !! ^-
ptitange23 

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J'aime bcp ton personnage principal ! Je m'y suis attachée tout au long de l'histoire... C'est triste de le quitter !:'( Tu arrives à le faire réagir de façon très humaine et simple, j'apprécie bcp !
Sinon cette histoire est moins intriguante que les autres mais c'était obligé !! Il fallait vraiment que tu mettes tout ça en place !
J'attends la fin maintenant....... ^

ptitange23

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_-Ouah ! La fin m'a faite un choc ! Je ne m'attendais pas à sa mort ! J'ai même pensé que c'était une erreur mais ça, je le verrais après ! ^^
Jenny a fait de bonnes remarques, je n'ai rien à ajouter !
J'ai bien aimé, c'était très intéressant.. et je pense qu'il n'a pas parlé de son ancien amour en vain... Etait-ce la mère de Myriam ?? ^^
(Je ne me rappelle plus de leur différence d'âge... )
Cet épisode ne résout rien mais ouvre plein d'autres opportunités et questions... Voyons la suite !! 

ptitange 23

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Posté le: 21/08/05-12:31    Sujet du message:

J'adoreeeeeee !!!!!!!! ^_^
Mais pkoi elle peint son portrait ???????
lol
Bref, qq remarques qui sont probablement des fautes d'inattention :
"alors qu’il prenait sa douche, il me crie : Myriam ! Tu peux me passer un drap de bain, j’ai oublié d’en prendre un. Je vais donc chercher un drap de bain "
Même si elle parle, tu devrais mettre les dialogues entre guillemets.

"elle m’a répondu : « c’est comme tu veux, mais moi je préfère rester avec toi, si ça ne te dérange pas évidemment. J’ai répondu que ça ne me dérangeait pas. Alors, elle est restée. "
T'as omis de fermer les guillemets.

" En fait, elle n’utilise son petit appart que pour dormir ; je n’aime pas la solitude ! Dit-elle."
Guillemets... ^-^ (oui, je sais, je suis chiante !!)

Je crois que c'est tout.. (Tu peux commencer à respirer !)

Je trouve ton histoire très intéressante et je te tire mon chapeau !
J'adore ton style, ta façon d'écrire ( qu'on comprend aisément ) et l'histoire !! Bravo !!! ^o^

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MessagePosté le: 09/08/05-09:05    Sujet du message:

coucou!
alors ,j'ai lu les 7 épisodes !

j'ai toujours aimé ,il n'y a que les phrases de myriam qui parfois me paraissent trop "élaboré" pour son âge ...
mais c'est un détail !!!

le suspense est à son comble ,j'attends la suite avec une faim dévorante ,après tout ce que je viens de lire!!!

bisous
jennifer

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MessagePosté le: 13/08/05-08:32    Sujet du message:

et oui !!!Moi j'ai lu les 6 premiers ,qui se lisent très facilement grâce à Bokay !!
cours vite les lire !! :-)

bisous
jennifer

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MessagePosté le: 13/08/05-08:32    Sujet du message:

et oui !!!Moi j'ai lu les 6 premiers ,qui se lisent très facilement grâce à Bokay !!
cours vite les lire !! :-)

bisous
jennifer
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Posté le: 14/06/05-11:31    Sujet du message:

J'avoue, moi aussi je suis toute turlupinée... Mais qu'est-ce donc qui va bien pouvoir se passer...
yganarel ---------------

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Posté le: 29/04/05-13:53    Sujet du message:

ah non! je ne suis pas d'accord du tout! tu t'arrêtes à un super moment!

JE RECLAME UNE TROISIEME PARTIE RAPIDEMENT!!!!!

attention, je peux être dangereuse quand je m'énerve...

bises énervées de la ptite pitchy

ps: tu te demandes si j'ai aimé ta nouvelle? bah évidemment! mais ça m'a super frustrée que tu t'arrêtes là!
 

 

 

 

 

Posté le: 20/05/05-16:48    Sujet du message:

Aïe, Aïe, Aïe, dans quelle situation tu as mis notre pauvre héros! Je le plains d'en être arrivé là mais j'aimerai vraiment savoir comment il va se sortir de tout ça! Serine est vraiment une peste!

Bon... je t'embrasse... attristée... gros bisous...

La Ptite Pitchy
 

Posté le: 20/05/05-18:08    Sujet du message:

Excellent !
Je trouve cet nouvelle meilleure que sa précédente !
Très bien tournée et crédible !
J'ai aimé cette image :" sa torche qui dévale l’escalier en projetant une cascade de lumière. ien tournée et crédible !"
Et il y a des erreurs de frappes mais c'est pas méchant !
Continues !!! ^_^
 

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Posté le: 21/05/05-12:59    Sujet du message:

ça devient de plus en plus compliqué! à chaque chapitre je me dis que j'en saurais plus la prochaine fois alors qu'en fait c'est tout le contraire!
En tout cas j'aime toujours autant... et j'attends la suite.
je t'embrasse

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Posté le: 16/05/05-07:04    Sujet du message:

Bokay, une mini remarque : je suis d'accord avec ptitange23 pour le bouquin!! ça aurait été VACHEMENT mieux dans un cahier avec une espèce de petit dessin, tu vois? 'fin... c'est mon avis ;)

Sinon, j'ai adoré! Je suis une fan de "Double vie"! A quand la fin tant attendue?
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Posté le: 16/05/05-23:42    Sujet du message:

Moi je trouve l'ouverture de Max un peu étonnante, qu'il raconte sa vie cmme ça, mais bon d'un côté il ny a pas d'autre moyen pour l'histoire. Je suis d'accord avec ptitange et pitchy pour le livre.
Mais sinon c'est toujours aussi passionnant. Franchement bravo Bokay pour ton originalité!

gros bisous
 

Posté le: 16/05/05-06:58    Sujet du message:

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BOKAY! Dans mon bureau, maintenant!

"- ça ne va pas du tout en ce moment! vous vous arrêtez toujours au moment crucial (c'est peut-être pour qu'on lise la suite... rires)."

Bon, j'attends la suite avec une impatience sans égale et je ne serai pas satisfaite tant que tu ne l'auras pas envoyé. Au fait, tu veux faire combien de parties???

Serine est méchante alors? snif snif :(

gros bisous de la ptite pitchy
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Posté le: 30/04/05-10:57    Sujet du message:

Je ne m'attendais pas à ce que ton histoire prenne une telle tournure mais je ne suis pas déçue. C'est très intéressant et j'aime bcp ta façon de décrire les sentiments ! On le vit vraiment avec lui ! Bravo !! :)
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Posté le: 16/05/05-23:33    Sujet du message:

j'ai du retard mais ne t'inquiète pas, je suis toujours! cet épisode est particulièrement intriguant. Je cours lire le prochain! (c'est ça l'avantage de lire les épisodes avec du retard, on a la suite directement ;)
 

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Posté le: 15/05/05-17:27    Sujet du message:

couc
j'ai mieux aimé cette partie ! c plus rythmé et on entre vraiment dans le vif du sujet !! héhé. tout cela est très réaliste, le passage "intime" est bien vu.

"Je passe ma main sous son T-shirt, je sens le contact de ses seins, enfin ! " ah le coquin !! il n'attendait donc que ça ? ah les hommes..hihi

à un moment donné j'ai cru que Serine était en fait un homme, ce qui aurait expliqué qu'elle se cache. et alors le travestissement aurait été d deux côtés ! mais la vrai raison est plus réaliste et plus crédible, une fois de plus !

Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existance. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.Le portable de Myriam sonne.Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe. trois semaines plus tard. En octobre Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.http://bokay.over-blog.org/ BOKAY

Posté le: 16/05/05-23:22    Sujet du message:

Moi aussi j'étais persuadée que Serine était en fait un homme et que donc, ils avaient tous les deux étaient bernés. Va savoir pourquoi j'ai cru ça!

Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existance. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.Le portable de Myriam sonne.Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe. trois semaines plus tard. En octobre Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.http://bokay.over-blog.org/ BOKAY
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Samedi 8 octobre 2005 6 08 /10 /2005 00:00

                        fortune et illusions

 A sa retraite, Appolinaire s'est installé au Crotoy, une petite ville situé au Nord de la baie de Somme. Marin de haute mer, il a navigué sur tous les océans du globe, indifféremment sur des bateaux de commerce ou de pêche, selon l'opportunité du moment. C'est un brave homme, mais une réputation lui colle à la peau; il est "radin". Pas économe, ni regardant à la dépense, mais "radin comme pas un"! Une avarice maladive. Ce n'est pas par hasard qu'il a choisi de s’installer dans cette petite ville, mais pour une raison bien particulière. En effet, la plage du Crotoy est réputée pour l'abondance et la qualité de ses coques. A marées basses, la mer se retire très loin, si loin qu'elle semble disparaître de l'horizon et se mélanger avec le ciel. Pour Appolinaire, ces coquillages, omniprésents, représentent une véritable fortune. De la nourriture de qualité près de chez lui et surtout gratuite! Ainsi, chaque jour que la marée le permet, Appolinaire prend le chemin de la plage, un seau en plastic dans une main et une petite fourche dans l'autre.

Ce jeudi matin, un jour comme les autres, il se rend à la plage. Le ciel est gris en cette fin septembre et un léger crachin donne une note automnale à l'immense plage. La mer est pratiquement absente, elle s'est reculée très loin, laissant une multitude de petites mares peu profondes dont le fond est tapissé de coquillages. Les yeux vissés sur le précieux butin, Appolinaire choisit et ramasse les plus belles. La position courbée lui fait mal au dos, il se redresse et balaie la plage d'un mouvement de tête. Soudain, une masse noire, posée sur le sable, attire son regard. Il s'en approche: "Bon sang, mais c'est une valise"! Se dit-il. Une valise noire! Pas une valise de voyage, non! Une petite valise comme celles qu’utilisent les hommes d'affaires et que l'on appelle "attaché case". Il essaie de l'ouvrir, mais la petite serrure résiste! " Toi je t'aurai à la maison"! Dit-il, puis il regarde son seau:" Bah! Ca me suffit pour un repas, faut que je voie ce que cette valise renferme". Il remonte la plage d'une traite, serrant bien la valise contre son corps, emprunte de petites rues pour éviter toute rencontre curieuse et rentre chez lui. Sa maison est située un peu à l'écart de la ville, c'est une vieille bâtisse au crépi blanc et écaillé avec un petit jardin sur le devant. Les fenêtres et volets sont peints de couleur bleu. Appolinaire referme la porte à clef, rapproche la table de la fenêtre et pose délicatement la valise dessus. Il examine la fermeture et essaie de l'ouvrir à l'aide d'une petite clef passe partout, puis d'un ciseau pointu. Mais rien n'y fait, elle résiste, alors il emploie la manière forte; de grosses tenailles aux mâchoires coupantes qui sectionnent net la serrure récalcitrante. Anxieux et impatiens, Appolinaire soulève le dessus de la valise: "Bon dieu, des billets"! Ce qu'il voit dépasse l'imagination, son cœur s'emballe, sa respiration marque un temps d'arrêt et ses gros yeux globuleux s'arrondissent: La valise est pleine de billets de banque! Des dollars en plus! Jamais Appolinaire n'a vu autant d'argent. Il jette un coup d’œil rapide par la fenêtre au cas ou quelqu'un le regarderait; on ne sait jamais? Non, personne, mais par précaution, il décide de fermer ses volets, "compter tout cet argent va me prendre du temps et je ne veux pas être dérangé" se dit-il. Tant pis j'allumerai la lumière, pour une fois! Il s'assoit à la table, d'un geste rapide et sec il pousse les divers objets qui l'encombrent et sort la première liasse de la valise. Il commence à compter. "Je vais faire des tas de dix", se dit-il. Il mouille bien ses doigts tous les deux ou trois billets, au cas où certains seraient collés. Mais bientôt la table est remplie de petits tas de dix, alors il va chercher une grande planche, la pose à cheval entre la table et l'évier, mais celle-ci est rapidement recouverte de billets à son tour. Il reste encore deux grosses liasses à compter, mais il ne sait où aligner tous ces paquets de dix? Il les mettrait bien à terre, mais cela ne ce fait pas, mettre des billets à même le sol! Une idée lui vient: il prend dix paquets de dix et en fait un paquet de cent. Cela revient au même pour tout le monde, mais pas pour Appolinaire, ainsi réunis en grosses piles de cent, il a l'impression d'avoir moins d'argent. Le bonheur qu'il ressent à la vue et surtout au touché de tous ces billets est d'une telle intensité qu'il en oubli même de manger. Le soir tombe et Appolinaire n'a pas encore compté tous ses billets, mais pas question de laisser tout cet argent ainsi sur la table, toute la nuit! Alors, il les remet tous dans la valise, la referme solidement à l'aide d'une grosse ficelle et la place dans son lit, juste sous son oreiller.

 

Le lendemain, Appolinaire se lève tôt. Il a de l'ouvrage! Il doit recompter tous ses billets, faire une évaluation de sa fortune et être certain de la somme. A midi, c'est chose faite, il a compté 99859 dollars. "Dommage que je n'atteigne pas les 100000," se dit-il, dommage! Il a remis les billets dans la valise, a posé celle-ci sur la table, ouverte bien sûr, et contemple son trésor. Son imagination n'a jamais été aussi fertile qu'aujourd'hui, il imagine ce qu'il pourrait faire avec cette somme. En premier, lui vient l'idée d'acheter de la terre. " Avec la terre, pas de risque, se dit-il, ça ne s’abîme pas, ça ne brûle pas et ça garde toujours sa valeur. Oui, mais j'aurai plus mon argent", et il tend sa main, soulève un billet d'une liasse et le froisse légèrement. Il jouit du doux contact de ses doigts avec le précieux papier. " Ou alors, je le mets à la banque", se dit-il. Mais il se ravise, Appolinaire n'a jamais eu confiance aux banques. "Tous des voleurs"! Avait-il coutume de dire. "Et si j'achetais une maison? Je pourrais la louer, ça me rapporterait". Mais le problème, c'est le notaire! " Je ne vais quand même pas donner une partie de mon argent à un notaire! Ah non! Ca pas question! Appolinaire a choisi, il gardera son argent chez lui, avec lui. "Comme cela, dit-il si un jour j'en ai besoin, je l'aurai". A présent, il lui faut trouver une cachette, pensez donc une somme pareille, et si quelqu'un se doutait...Finalement, il se détermine pour le grenier. Il place la valise en dessous d'une pile de vieux vêtement de marin et quitte sa maison, le seau en plastic d'une main, une petite fourche de l'autre. Les coques sont belles et nombreuses, mais Appolinaire a son esprit ailleurs, à la maison dans son grenier. Subitement, un sentiment de panique l'envahit: "et si sa maison brûlait? La valise ne résisterait pas et à dieu les dollars! Et si des rat ou des souris attaquaient la valise avec leur dents! Non, ;e dit-il, je ne suis pas prudent, je dois garder ma valise avec moi! C'est plus sûr"!

Depuis plus d'un mois maintenant, Appolinaire emmène sa valise partout où il va. Pour ne pas éveiller les soupçons, il la met dans un sac de plastic aux poignées solides. Et même pour aller ramasser ses coques! "Il faut être prudent de nos jours", dit-il.

Ce vendredi, il fait froid, Appolinaire se rend sur la plage, il faut bien manger! La mer remonte, vite, mais son seau n'est pas plein. Comme il est seul à des centaines de mètres à la ronde, il a posé son sac plastic contenant la valise sur le sable. Soudain, il pousse un cri: "un porte monnaie"! Il est ouvert et des pièces sont éparpillées sur le sable. Il se met à genoux et commence la précieuse récolte. Elles sont dispersées sur plusieurs mètres carrés et, pas question d'en laisser! Tout son esprit accaparé par cette extraordinaire trouvaille, Appolinaire perd la notion du temps. Lorsqu'il se rend compte que l’eau lui arrive aux chevilles, il pense à sa valise et tourne la tête dans sa direction. Diable! Elle n'y est plus! le sac plastic nage à la surface de l'eau, mais la valise a disparu, emportée par le courant de la marée montante. Affolé, il court à droite, puis à gauche, puis devant, mais aucune trace de la valise. Pendant ce temps, la mer monte toujours et l'oblige à reculer. Il a de l'eau jusqu'à la ceinture, mais il ne renonce pas, ses yeux scrutent inlassablement le mouvement des vagues dans l'espoir de la voir flotter. La mer monte encore, mais Appolinaire ne renonce pas, il reste là, ses yeux balayant la mer sans cesse. Puis, la nuit tombe, on y voit plus rien, Appolinaire, se résigne et rentre. Découragé et en colère contre lui-même, il ne dort pas de la nuit, il ne pense qu'à ses billets, il les imagine, il les voit, là, devant lui! Appolinaire va-t-il se résigner? Non, chaque jour il se lève tôt et arpente la plage de long en large jusqu'à la nuit tombée...à la recherche de sa valise. Et il recommence le lendemain, et tous les jours suivants.

Appolinaire ne lit pas le journal, pensez? à ce prix. C'est pourtant dommage car il aurait pu lire ceci dans le journal local, trois jours après la disparition de sa valise:

Un homme à trouvé une valise noire sur la plage du Crotoy, elle contenait plusieurs liasses de billets, des dollars. Après vérification à la banque, il s'avère que se sont de vulgaires copies utilisées lors du tournage d'un film le mois dernier et que la marée a emporté.

BOKAY

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Dimanche 9 octobre 2005 7 09 /10 /2005 00:00
    

 

 

                                    CAUCHEMAR D’ARIEL

 

Les rayons du soleil traversent les persiennes et se projettent sur le mur de la chambre en lignes parallèles. C’est un dimanche d'hiver, un vent glacial siffle contre la fenêtre. Je me lève, regarde machinalement par la fenêtre, les voitures sont recouvertes d’une fine couche de givre, c’est l’hiver. Je prends une douche, je m'habille chaudement et descends acheter du pain et quelques croissants. C’est mon habitude ou plutôt notre habitude car chaque dimanche j’invite Ariel, ma voisine de palier à partager le petit déjeuner avec moi. C’est l’occasion de rompre notre solitude. Elle, me raconte ce qu’a été sa semaine à l’université, ses copines, ses profs et moi je lui fais un résumé de la mienne au journal ou je m’occupe de la rubrique des faits divers.

Je prends mon portable, compose son numéro et laisse sonner… J’insiste…Personne ne répond. Ce n’est pas son habitude ! Je sors sur le palier et frappe à sa porte, aucune réponse ! Je pose ma main sur ma poignée de porte pour rentrer chez moi quand j’entends une personne descendre l’escalier, c’est Sonia, la voisine du dessus.

--- Bonjour Dann, Tu cherches Ariel ?

--- Oui, chaque dimanche nous prenons le petit déjeuné ensemble, mais aujourd’hui elle ne semble pas être là, c’est curieux, elle ne m’a rien dit.

--- Je ne l’ai pas vu de la semaine, dit Sonia, elle s’est comme volatilisée. Je t’explique…

--- Mais entre Sonia ! Dis-je, ne reste pas sur le palier.

Je la prie de s’asseoir, lui offre une tasse de café et elle commence :

--- Mardi matin, Ariel vient me voir, elle me demande si elle peut utiliser mon ordinateur car le sien a un problème. Je lui dis que cela ne me dérange aucunement et lui demande simplement de bien tirer la porte en partant. Quand je suis rentré chez moi, vers 18 heures, la porte de mon appartement était ouverte mais Ariel n'était pas là. Je suis allé chez elle, personne, j’ai essayé de l’appeler sur son portable, pas de réponse. Elle était comme volatilisée. J’avais justement l'intention de te demander si tu avais de ses nouvelles.

--- Non ! Je ne l’ai pas vue de la semaine ! Lui dis-je, Je sais qu’elle fréquente une nouvelle boite du quartier latin, elle y est allée samedi dernier.

--- Tu veux parler du " New World " dit Sonia ?

--- Exactement, cette boite ne me plaît pas du tout, beaucoup de bruits circulent à son sujet, des histoires de drogue et de prostitution, rien de bien.

--- Et tu vois un rapport avec sa disparition ? Demande Sonia.

--- Je ne sais pas, je cherche une explication

--- Elle a peut-être eu un coup de blues et est retournée quelque temps chez ses parents, dit Sonia.

--- Possible.

--- Je te quitte, dit Sonia, je vais jusqu’à la boulangerie, tu me tiens au courant !

Sonia partie, je tourne en rond dans mon appart et J’avale mon troisième café quand on frappa à ma porte.

--- Police ! Ouvrez s'il vous plaît.

--- J’ouvre la porte et me retrouve face à face avec deux policiers en uniforme et un troisième en civile.

--- Excusez-nous monsieur, connaissez-vous mademoiselle Sonia Morin qui habite à l'étage au-dessus ? Demande l'homme en civil.

--- Bien sur que je la connais, c’est une gentille fille

--- Mademoiselle Morin a été victime d'un kidnapping et nous menons notre enquête nous d’identifier son ou ses ravisseurs. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois demande l'homme en civil ?

--- Je lui ai parlée il y a environ dix minutes, dis-je.

--- Vous faites erreur Monsieur, les parents de cette jeune fille ont fait l'objet d'une demande de rançon ce matin, vous n’avez pas pu la voir il y a dix minutes.

--- J’en suis certain, dis-je, nous parlions ensemble juste avant votre arrivé elle va revenir, elle est allée à la boulangerie. Mais par contre, une jeune personne semble avoir disparu, c'est Ariel Delatour, ma voisine de palier. Sonia et moi ne l’avons pas vu depuis une semaine.

Sonia monte les escaliers une baguette sous le bras en mâchonnant un croûton de pain. Voyant les policiers sur le palier, elle pense immédiatement qu’ils sont là pour Ariel.

--- Vous savez qu’on vous recherche, mademoiselle ? Dit le capitaine en civil.

--- On me recherche moi, dit Sonia, je ne comprends rien à ce que vous dites.

--- Vos parents habitent bien à Renne, et votre père et le patron d'une grande entreprise de la région ?

--- Oui, oui, c'est exact, dit Sonia, mais où voulez-vous en venir ?

--- Vos parents ont reçu une demande de rançon dit le Capitaine.

--- Mais c'est absurde, je n'ai jamais été kidnappé, dit Sonia.

--- C’est étrange, dit le Capitaine….Mais nous n'allons pas continuer à discuter ici, je vous demanderais de vous rendre au commissariat dés que vous serez prêt. Et... Vous aussi dit le capitaine en levant les yeux vers moi.

Sonia et moi avons passé notre dimanche après-midi au commissariat. Un lieutenant a tapé un rapport d’une dizaine de pages et nous nous sommes retrouvés chez moi.

--- Mes parents ont eus la peur de leur vie dit Sonia. Et Ariel, tu penses qu'elle a été kidnappée à ma place ?

--- C'est probable, dis-je, les ravisseurs sont venus chez toi et ne te connaissant pas ils ont pris Ariel à ta place.

--- Ce qui est important, c'est de savoir si les ravisseurs vont libérer Ariel quand ils se seront rendu compte de leur méprise, dit Sonia.

l’attitude de Sonia me semble étrange : elle tourne la tête… s’apprête à dire quelque chose mais ne dit rien… Je doute de sa sincérité quand elle dit tout ignorer des fréquentations d’Ariel car je sais qu’elles sortent souvent ensemble. Je tente un coup de bluff.

--- Maintenant, tu arrêtes ton cinéma et tu me dis ce que tu sais. Depuis le début, je vois que tu me caches quelque chose. Qu’est-ce que tu sais ? Où est Ariel ?

--- Ne s’attendant pas à une telle réaction de ma part, Sonia se sent déstabilisée, devient rouge, baisse la tête et murmure :

--- Oui, c'est vrai, je ne t'ai pas tout dit, mais je suis aussi inquiète que toi pour Ariel. C’est au sujet du "New World", je t'ai menti. Je connais très bien cette boîte, j'y vais souvent et je pense qu'elle a un rapport avec la disparition d'Ariel. Tu as remarqué au commissariat le lieutenant assez grand vêtu d'une veste en cuir foncée ?

--- Oui, dis-je, je vois qui tu veux dire.

--- Il se fait appeler Tony, il est toujours fourré au "New World" dit Sonia. Une fois il m'a offert un verre, il s'est assis à ma table et nous avons discuté longtemps. Il se prétendait sociologue. Nous nous sommes revus et à chaque fois il me posait des tas de questions. Sur mes copines étudiantes, sur mes relations, sur la profession de mes parents etc... Il me disait que c'était pour son métier car en ce moment il écrivait un livre sur "les jeunes et le monde étudiant". Je l'ai cru. Jusqu'à cet après-midi, j’ignorais qu'en réalité il était inspecteur de police. J’ai été surprise de le trouver là, et lui, semblait encore plus surpris que moi. De plus, il a fait semblant ne pas me connaître et il m'a vouvoyé, il semblait gêné. Tu trouves normal qu'un inspecteur soit toujours dans cette boîte à fouiner ?

J’écoute Sonia avec attention car j’en suis sûr, il se passe des choses étranges au "New World". Une idée me traverse l’esprit : prendre contacte avec Luc, mon collègue qui a écrit un article sur le sujet et a eu les milles ennuis. Luc ne refuserait pas, mais le sujet était délicat. Qu’est-ce que je risque ? Je peux essayer ? Je décroche mon téléphone et appelle Luc. Je lui raconte toute l’histoire, Luc m'écoute jusqu'à la fin sans m'interrompre, laissant seulement entendre un hem! Hem! De temps en temps. Lorsque j’eus terminé, Luc laissa échapper:

--- T'es dans la merde Dann ! Le " New World ", c’est une couverture pour un vaste réseau de drogue et de prostitution. T'es chez toi, Dann ?

--- Oui, je suis chez moi.

--- Bouges pas j'arrive, dit Luc.

Vingt minutes plus tard on frappe à la porte, je vais ouvrir. C’est Luc.

--- Il faut agir vite, dit Luc, je connais la planque du " New World ", avec un peu de chance ton amie y est peut-être encore. Faut pas compter sur la police, Tony va tout faire foirer, c’est un pourri. Il explique vaguement comment il compte procéder et propose de s’y rendre au plus vite. Luc s’adresse à Sonia :

--- Je préfère que vous rester ici ! Dit-il, c’est trop dangereux pour une femme !

--- Il n’en est pas question rétorque Sonia, je vais avec vous !

Luc regarde Sonia fixement, le souffle coupé par ce bout de femme qui

Semble lui tenir tête puis se tourne vers moi et dit :

--- Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

--- On fait que je vais avec vous dit Sonia.

Sonia va chercher des habits chauds, nous descendons tous les trois et montons dans la voiture de Luc.

Tony et la bande du New World "possédaient une maison près de Saint-mûre sur Loire à cent trente kilomètres de Paris. La maison était une ancienne ferme située sur le bord de la Loire, On y accédait par un chemin empierré qui longeait le fleuve Elle était bâtie en pierres de pays et était entourée d’un mur de près de deux mètres de haut qui la mettait à l’abri des regards indiscrets. Au bout du jardin qui ne faisait pas plus d’une vingtaine de mètres, coulait la Loire, qui à cet endroit était assez profonde et permettait à de petites embarcations d’accoster. Luc avait entendu parler de cette maison et c’était même rendu sur place à plusieurs reprises. S’ils détiennent encore Sonia pensa Luc il y a de fortes chances pour que se soit ici car personne ne soupçonne cette maison et ses occupants d’être un lieu de rencontre et de trafique. Pendant son enquête, Luc, se faisant passer pour un agent immobilier avait discrètement interrogé les voisins. Ce sont de braves gens, une bande de copains qui travaillent dans une banque à Paris et qui viennent pêcher le week-end lui a-t-on répondu. La couverture était parfaite, et c’est tout à fait par hasard, que Luc a découvert l’existence de cette maison qui en réalité est utilisé comme plaque tournante d’un trafique de drogue et parfois de prostitution. Luc avait découvert leur stratégie. La drogue n’arrivait jamais à la maison par le petit chemin, mais était toujours acheminée par le bateau de pêche qui prenait livraison en face sur l’autre berge. Luc ne savait pas exactement ce qui se passait dans la maison mais à son avis, la marchandise repartait de la même façon, sur ou plutôt sous la petite barque. Pour obtenir ces observations, Luc effectua un travail colossal pendant trois mois, prenant d’énormes risques, se cachant sous divers déguisements, passant des nuits entières avec des jumelles à infra-rouge…Fais un reportage le plus complet possible lui avait demandé le rédacteur en chef et il ajouta : " Ca va être de la dynamite ton truc, alors " mets le paquet ". En fait de dynamite, rien, pas le moindre article. Cette pilule-là, Luc ne l’a pas encore avalée. Un jour, le rédacteur en chef et le patron du journal le convoquent. Vous avez fait un travail formidable sur cette affaire lui dit le patron, mais pour des raisons que je ne puis vous expliquer, vous devez arrêter tout et immédiatement. Croyez bien que j’en suis navré mais je ne puis vous donner aucune explication. Luc n’en saura pas plus. Il essaya bien de questionner son rédacteur en chef, mais sans succès. Mon coup de téléphone de avait réactivé sa curiosité. Luc, compris de suite l’opportunité qui se présentait : il y avait enquête de police, de nombreux journaux allaient s’intéresser à la disparition de Sonia et il serait impossible d’étouffer l’affaire. Luc sentait l’opportunité d’une revanche. La circulation était fluide sur l’autoroute, les lumières de l’agglomération parisienne semblaient s’éteindre à mesure qu’on s’éloignait. Par moment, quelques flocons de neige venaient mourir sur le par brise. La nuit était noire, impénétrable. Dehors il devait faire très froid. Le silence qui régnait dans la voiture devenait pesant, presque insupportable. J’avais une quantité de question à poser à Luc, mais je me taisais. Pour détendre l’atmosphère, je me penche vers Sonia et dis : 

--- T’as bien fait de te couvrir chaudement, il fait une température sibérienne.

Mais le silence se réinstalle aussitôt. En d’autres circonstances, Luc aurait mit la radio, elle marchait presque en permanence habituellement. Mais il cogite. Il s’était immédiatement proposé de nous aider et nous avait embarqué, Sonia et moi dans une aventure peu banale et périlleuse sans trop réfléchir, sans se rendre compte qu’il mettait nos vies et peut-être celle d’Ariel en danger. La voiture quitte l’autoroute…

La neige tombe de nouveau, mais ne s’accroche pas sur la route, le vent la souffle sur les bas-côtés. La nationale est déserte, aucune autre voiture, aucune lumière. L’activité fébrile de la ville avait disparue en moins d’une heure. Nous sommes, à présent, dans un autre monde, celui que les Parisiens appellent : ’’la province’’. Luc s’arrêta à un croisement, regarde les panneaux indicateurs et sans dire un mot s’engagea sur une petite route sinueuse et en mauvais état. Le vent souffle plus fort et la neige tombe presque horizontalement. Enfin Luc dénie prononcer une parole :

--- "  Nous sommes presque arrivés, dit-il en s’engageant dans un chemin à peine praticable. Après quelques kilomètres, Luc arrête la voiture près d’un petit bois. Il semble bien connaître les lieux car il n’y a de la place que pour une seule voiture.

Luc coupe le moteur, puis les phares.

--- Maintenant, je vous explique, dit-il.

Il explique son plan…

La maison qui sert de repaire à la bande du " New World " se trouve à environ un kilomètre à travers champs. Luc qui connaît les lieux avance le premier, mais la nuit est noire et nous progressons lentement. Le vent nous glace le visage et des clôtures de fils barbelés freinent notre progression. Arrivés à une haie, Luc s’arrête et nous indique la maison.

--- A partir de maintenant, prudence dit-il, ne vous faites pas repérer, on regarde, rien de plus.

La première mission était uniquement de l’observation. Luc a un sens inné du commandement, il donne des ordres comme l’aurait fait un capitaine à ses soldats, ce qui a pour avantage de se sentir en confiance et d’ôter toute tentative d’initiative. La maison forme une masse plus sombre dans ce ciel d’ébène. Elle est clôturée par un mur de plus de deux mètres de hauteur dont un endroit est dégradé. Luc et moi pénétrons dans la propriété tandis que Sonia reste à l’extérieur pour prévenir d’un éventuel danger. Luc marche le premier, longe le mur de pierres, pose ses pieds avec précaution de peur de trébucher sur un quelconque obstacle. Un massif d’arbustes qui cache la maison représente en endroit idéal pour s’approcher sans se faire repairer. Luc et moi traversons les arbustes en écartant précautionneusement les branches qui, agissent comme un ressort et viennent cingler nos visages gelés. Repoussant une dernière branche de conifère, nous nous retrouvons à seulement quelques mètres de la maison. La porte d’entrée et deux fenêtres projettent une faible lumière qui éclaire quelque peu la cour. Nous nous tournons l’un vers l’autre, la faible lueur éclaire à peine nos visages. Pour ne pas traverser la petite cour éclairée, nous longeons le massif d’arbustes avant de revenir le long de la maison.

--- Inutile de s’approcher à deux, dit Luc, restes ici, moi je vais jeter un œil par la fenêtre. Je me cale contre le mur d’un petit appentis pour me protéger du vent glacé. De cet endroit, je peux aussi suivre la progression de Luc qui avance doucement le long du mur de la maison. Les fenêtres n’ont ni volet ni rideau. Luc s’arrête à une des deux fenêtres éclairées, avance prudemment sa tête et découvre une grande pièce. A l’intérieur, deux hommes regardent la télévision. On retransmet le match de foot "France-Pays-bas " et tous les amateurs français de ballon rond sont devant leurs écrans. Les deux hommes sont affalés chacun dans un large fauteuil. Des canettes de bière vides et pleines envahissent une petite table. Ils semblent faire quelques commentaires à propos du match. L’un d’eux se lève, se dirige vers le poêle à charbon, soulève puis repose le couvercle. Il prend deux canettes dans le frigo, d’une seule main et en tend une à son compagnon. Celui-ci la saisit sans détourner les yeux de la télé, arrache la capsule d’un coup de mâchoire, reste quelques secondes immobile avant de se dresser brutalement de son fauteuil, les deux bras en l’air et arborant un large sourire. Les deux hommes se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, Luc pense que c’est sûrement pas être la fête pour les Hollandais. Luc avait déjà vu ces hommes, des sortes de brutes à tout faire avec peu de cervelle. Ils n’étaient pas ici par hasard. Leur univers c’est plutôt les piaules crasseuses et les bars enfumés. Maintenant, ils se parlent, mais impossible de comprendre ce qu’ils se disent. Le plus petit demanda quelque chose à son compagnon qui s’engage aussitôt dans le couloir. Il revient deux minutes plus tard, fait oui de la tête, comme pour dire : " tout va bien ". Caché derrière mon appentis je vois la lumière s’allumer dans la pièce qui est tout près de moi. Comme les autres fenêtres, celle-ci n’a ni volet ni rideau. Je m’approche et distingue nettement l’homme qui entre. La chambre est plutôt petite, meublée d’une armoire et de deux lits, l’homme se penche sur le premier lit, scrute quelques secondes, puis se penche vers le second lit, se dirige vers la porte et éteint la lumière. Je n’étais pas assez près pour voir le visage des personnes se trouvant dans ces deux lits, mais à en juger par les habits jetés sur le couvre-lit, il s’agissait de vêtements féminins.

Sonia est toujours le long du mur en pierres, la tête enfoncée dans le col de son manteau. Elle s’est enroulé la tête dans son écharpe, faisant ainsi face au vent du nord et à la neige qui tombe en petits flocons serrés. Elle n’a rien remarqué de particulier, la nuit est noire et glacée, l’unique bruit qui parvient jusqu’à elle est le sifflement du vent dans les arbres. Le froid est si intense que, de peur de s’engourdir, elle marche de long en large contre le mur pour tenter de se réchauffer un peu. Elle passe sa tête à l’endroit où le mur est éboulé, pour écouter si Luc et Dann n’arrivaient pas. Non, personne, elle commence à s’inquiéter. Luc est toujours derrière la fenêtre. A l’intérieur de la maison, le plus petit des deux hommes téléphone sur son portable, l’autre s’amuse à rechercher des stations radio sur un gros transistor, on entend même la musique de l’extérieur. Le petit repose son portable sur la table et va fouiner dans le frigo. Il en sort une bouteille qui ressemble à du champagne, peut-être veulent-ils arroser la victoire de la France en foot ? Luc se dit qu’il n’est pas utile de rester plus longtemps, il est littéralement gelé. Nous revenons et il me fait part de ce qu’il a observé. Nous envisageons un plan d’action comportant le minimum de risque. De mon appentis, j’ai vu la chambre et les deux lits, ce que Luc ignorait jusqu’à présent.

--- On retourne, dit Luc. On va aller retrouver Sonia, elle doit commencer à s’inquiéter.

Sonia fait toujours le guet près du mur, je lui raconte ce que j’ai vu. 

---  Parmi les vêtements, tu n’as pas vu une robe avec des motifs rouges demande Sonia ? 

--- Si, si dis-je, il y a un vêtement avec du rouge.

--- C’est justement la robe que portait Ariel quand elle est venue chez moi, le jour de

sa disparition.

--- Qu’est-ce qu’on fait, on va la chercher ?  Demande Sonia.

--- Eh ! Pas de précipitation dit Luc, tu sais à qui tu as à faire ? Ces gars-là, ne sont pas des enfants de cœur.

 --- Alors, on ne fait, rien, dit Sonia ? 

Luc réfléchit à la façon de procéder pour sortir Ariel de cette maison. Après cinq minutes de réflexion dans le froid et le visage balayé par ce maudit vent, Luc lance soudain :

--- J’ai une idée. Allons à la voiture, je vous expliquerais.

Nous repartons tous trois à la voiture, retraversons le champ glacé en évitant les barbelés, les trous et les racines d’arbres qui sortent du sol. La neige fine tombe plus fort et recouvre le sol. Sonia arrache son anorak dans un barbelé, Je trébuche contre des racines d’arbre et me retrouve allongé dans la neige. Arrivés à la voiture, je dévisse le bouchon de réservoir et siphonne du gasoil dans un bidon. Je m’y reprends à plusieurs fois, recrachant le carburant infect avec dégoût jusqu’à ce que le siphon fonctionne. J’en retire un plein bidon. Nous laissons Sonia dans la voiture et nous repartons à travers champs, portant le bidon de gasoil à tour de rôle.

Luc a remarqué un bâtiment en bois à gauche de la maison. Son accès ne présente pas de difficulté car à cet endroit, le mur ne fait pas plus d’un mètre cinquante de hauteur. Le plan de Luc était de mettre le feu au bâtiment et d’appeler les pompiers et la gendarmerie. Une fois ceux-ci sur place, il serait facile de secourir les deux filles qui se trouvent à l’intérieur. J’escalade le mur dégradé le premier, Luc me tend le bidon de gasoil à bout de bras et passe par-dessus le mur à son tour. Nous examinons le bâtiment qui jadis devait servir à entreposer du matériel agricole. Il sers aussi de garage car il y a une grosse voiture de garée à l’intérieur. Il est difficile de se rendre compte de ce qu’il y a dans ce bâtiment, car la nuit est noire et la lumière provenant de la maison est trop faible pour permettre de distinguer quoi que se soit. Hors de question également d’allumer une allumette ou un briquet pour y voir plus clair. A tâtons, je découvre dans un coin du bâtiment un amas d’objets en bois, idéale pour répandre de l’essence et mettre le feu. Nous nous mettons d’accord pour déclencher deux incendies simultanément, l’un dans le coin ou il y a du bois, le deuxième, ce sera la voiture. Prêt à passer à l’action, un bruit attire notre attention : C’est une voiture qui s’approche.

--- J’espère que ce n’est pas Sonia dit Luc, t’as entendu, je lui ai bien donner l’ordre d’attendre, de ne pas bouger avant notre coup de téléphone ? .

--- Ecoute ! Ce n’est pas le bruit de ta voiture ! C’est une voiture plus puissante. Le chemin est en mauvais état et la voiture roule lentement. Arrivée devant le portail de la maison, elle s’arrête, un homme descend de la voiture, ouvre le portail dont le grincement déchire la nuit. Entre le portail et le bâtiment où nous nous trouvons, il y a à peine une dizaine de mètres. La voiture s’avance dans la petite court et s’arrête tout près de la porte d’entrée. L’homme qui est au volant coupe le moteur, éteint les phares et descend à son tour. La porte de la maison s’ouvre sans que les hommes se donnent la peine de frapper. Les deux occupants sortent, serrent la main aux arrivants qui pénètrent aussitôt dans la maison. Pour Luc, il y a changement de programme. Les hommes peuvent partir en voiture et peut-être avec les filles s’ils se jugent menacés par l’incendie. Luc se dit qu’il fallait couper leur retraite en immobilisant leur véhicule. Le moyen le plus sûr était de crever les pneus de leur voiture. Il enfonce sa main dans la poche de son anorak pour vérifier que son couteau est bien là, puis le dos courbé, s’avance doucement vers la grosse voiture. Il s’arrête quelques secondes pour s’assurer que tout était O.K et sort la lame de son cran d’arrêt. Le petit déclic du couteau lui semble faire un vacarme d’enfer. Il lève la tête en direction de la pièce éclairée, mais tout était calme, alors il enfonce la fine lame dans le flan des deux pneus côté chauffeur. Un sifflement se fait entendre, un peu fort, mais pas suffisamment pour être entendu de la maison. La neige glacée balaye le visage de Luc, il s’essuie les yeux d’un revers de main et retourne sous le bâtiment. Bravo ! Lui dis-je t’as réussi, ils ne se sont aperçus de rien. Ne perdons pas de temps dit Luc en versant la moitié du gasoil sur la voiture. Il me donne le reste et je le répands là où il y a des planches. Je fais rouler la molette de mon briquet trois ou quatre fois avant que celui-ci ne s’allume puis avance avec précaution la flamme en direction de la nappe de gasoil. Le feu prend aussitôt, et déjà des flammes de deux mètres de haut s’élèvent, éclairant tout le hangar. A ce moment précis, Luc craque une allumette et la jette sur le capot de la voiture. Une flamme encore plus haute s’élève jusqu’à la toiture du bâtiment. Nous partons en courant et sortons par le portail qui était resté ouvert. Nous longeons le mur et allons nous positionner à l’endroit de la brèche par laquelle nous étions rentrés. De là, il est impossible de nous voir et nous pouvons vérifier que l’incendie se déroule comme prévu. Le bâtiment dont la charpente devait être très sèche brûle avec vigueur et Luc dit que le moment est venu d’appeler les pompiers et la gendarmerie en précisant que dans cette maison deux jeunes filles sont retenues contre leur gré. Les quatre hommes se sont probablement aperçus de l’incendie. Les flammes montent toujours plus haut, on entend le bois crépiter et des tuiles tomber sur le sol. De la voiture, à moins d’un kilomètre, Sonia contemple le spectacle, une petite tache rouge qui grossit et s’élève dans le ciel en direction de la maison. Ils ont réussi la première partie de leur plan se dit-elle. Elle attend le signal de Luc pour quitter le chemin qui peu à peu se recouvre de neige. Nous entendons un bruit de moteur, c’est la voiture dont Luc a crevé deux pneus. Dès qu’ils s’aperçoivent du sabotage des pneus, les hommes se mettent à jurer si fort que nous les entendons se disputer, ils sont en désaccord sur ce qu’il faut faire. " Partons ", dit l’un d’eux. " Faut pas laisser les filles ", dit un autre. Le bâtiment est entièrement la proie des flammes. Des volutes de fumée noire provenant de la combustion des pneus se gonflent devant la masse rouge-vif des flammes et s’élèvent lentement vers le ciel. Une vingtaine de mètres séparant les deux édifices, le bâtiment en feu ne représente pas une menace pour la maison. L’odeur de caoutchouc brûlé prend à la gorge et des brindilles enflammées s’envolent haut dans le ciel. Il n’y a toujours pas de lumière dans la chambre des deux filles. Elles ont certainement été droguées, sinon le bruit des tuiles tombant les unes sur les autres les auraient réveillées. Dans le lointain, on entend les véhicules des pompiers, ils seront là dans quelques minutes. Luc et moi, avons décidé de ne pas nous montrer, notre présence sur les lieus de l’incendie aurait semblé suspecte aux gendarmes. Luc passe un coup de téléphone à Sonia pour la rassurer et lui dire de ne pas bouger. Le premier camion de pompier arrive en même temps que le fourgon de la gendarmerie. Luc et moi, nous nous sommes cachés dans le massif d’arbustes où nous étions tout à l’heure. De cet emplacement, nous pouvons voir ce qui se passe dans la cour sans être vu. Les pompiers s’affairent à dérouler les tuyaux d’arrosage pendant que les gendarmes investissent la maison. La chambre ou se trouvent les deux filles s’éclaire et des gendarmes pénètrent à l’intérieur. Je suis confiant, je me dis que le cauchemar prend fin, Ariel sera sauvée, mon cœur battait à tout rompre, mais je ne pouvais pas prendre le risque d’aller la voir. Je la verrais demain. Rien en ce qui concerne les quatre hommes, ils ont disparu ou ils se sont cachés. Nous quittons notre poste d’observation car les gendarmes commencent à effectuer des recherches dans la cour. Luc me regarde, souriant et heureux d’avoir accompli une noble action.

Sonia et moi rentrons vers trois heures du matin dans nos apparts, mais je ne réussis pas à s’endormir avant cinq heures. Vers neuf heures trente, un coup de téléphone me réveille. C’est le commissariat de quartier qui m’appelle pour me dire que mademoiselle Ariel Delatour a été retrouvée saine et sauve grâce à l’excellent travail des services de police. Elle rentrerait chez elle dans la matinée. Dix minutes plus tard, Sonia frappe à la porte de mon appart, elle a reçu le même coup de téléphone du commissariat. Ils manquent pas d’air avec leur "excellent travail…? "

--- Pour être franche dit Sonia, je n’aime pas ton copain Luc, mais je reconnais qu’il à fait du beau travail, sans lui, nous n’aurions jamais retrouvé Ariel et je n’ose pas imaginer ce qu’elle serait devenue sans notre intervention.

--- Luc est comme ça, froid, rigide mais terriblement efficace

Sonia remonte dans son appart et moi, je fais un peu de rangement et téléphone à mon patron pour m’excuser de son absence sans lui donner trop de détails. Vers onze heures, on frappe à la porte, je m’empresse d’aller ouvrir. C’est Ariel. Elle est là, devant moi, je la trouve plus belle que jamais, mes yeux se baignent dans les siens, nous nous sourions, sans prononcer aucune parole. Je referme la porte, nos bras s’ouvrent lentement puis se refermèrent comme un étau, nos bouches se rencontrent et nous restons ainsi, un long moment… une éternité. Tu ne peux savoir comme je t’aime, dit Ariel, mais je n’ai jamais pu t’en parler, je croyais que pour toi je ne serais jamais qu’une amie. C’est ce que tu étais au début de notre rencontre dis-je, mais depuis quelque temps, je ne pense plus qu’à toi, alors quand j’ai appris ta disparition, tu comprends que j’étais fou d’inquiétude. Et tu n’as pas cherché à me retrouver interrogea Ariel ? Nous parlerons de cela demain, tu veux bien ! j’appelle mon patron pour lui dire que je ne viendrais pas aujourd’hui, Je débranche mes téléphones et me retourne vers Ariel.

--- Si tu le veux, cette journée est pour nous deux ? 

Le policier véreux qui se faisait appeler Tony est arrêté, les quatre hommes de la maison ainsi que toute la bande du " New World " se sont rendus sans résistance. Luc a écrit un article à sensations dans son journal et eut droit aux félicitations de son directeur et de son patron de presse qui se demandent encore comment il a fait pour obtenir toutes ces informations. C’est top secret et gravé à jamais dans sa mémoire.

BOKAY

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Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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Vendredi 11 novembre 2005 5 11 /11 /2005 00:00

                               la fête foraine

 

Chaque premier dimanche de Février, la petite ville de Chamincourt connaît une animation exceptionnelle; c'est jour de fête. Les manèges et stands prennent possession de la grande place et de la rue principale. De tous côtés, des musiques à la mode hurlent et se chevauchent. Le froid et le vent glacial qui sévit en cette journée hivernale ne découragent pas les habitants de la région. Ils s'y retrouvent nombreux, tous chaudement vêtus et décidés à passer un agréable moment. Dès le début d'après-midi, les jeunes se précipitent dans les autos tamponnantes, tandis que les petits, sous le regard émerveillés de leurs parents, tournent et se dressent pour décrocher le fameux pompon. Ne perdant pas de temps, les plus gourmands, ont déjà le nez tout collant de barbe à papa.

Laure, quatorze ans, habite une coquette maison à la sortie du village. Ce dimanche, elle ne traîne pas à table, elle a hâte de retrouver ses copines. Un passage obligé dans la salle de bain, un coup d’œil dans la glace pour vérifier tenue, maquillage, coiffure et en route...

--- J'y vais M'man!

--- Rentre pas trop tard, tu sais ce que ton père a dit! Et prend pas froid!

--- Promis m'man, à ce soir!

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des

manèges. Les musiques fortes, les rires et les cris donnent à cette petite fête locale un accent joyeux et agréable. Laure est heureuse, elle se dirige vers les autos, monte sur le plancher surélevé qui entoure la piste et balaie la foule d'un regard circulaire, à la recherche de quelques copines. Hélas, les groupes de garçons et filles se sont déjà formés et Laure se retrouve seule. Elle se dirige alors vers un autre manège, une grande roue verticale équipée de petites cabines multicolores. Elle se place près d'une imposante baffle qui crache une musique de mauvaise qualité. De l'autre côté, près de l'autre baffle, un homme se tient debout et regarde les personnes qui montent et descendent des cabines. Il est corpulent, très grand, plutôt mal habillé et le cou enroulé dans un horrible cache-nez rouge. Le type d’individus, solitaire ou marginalisé et que l'on reconnaît à l’allure gauche et à l’accoutrement bizarre. l'homme semble appartenir à cette catégorie; il la regarde. La première fois, elle n'y prête pas garde, mais le surprenant une deuxième puis une troisième fois, elle s'interroge.

" Qu'est-ce qu'il me veut, ce type"? Se dit-elle. Laure n'aime pas son regard, "encore un vicieux", pense-t-elle.

Elle a l'impression qu'il la déshabille des yeux. Puis, elle se ravise, se dit qu'elle s'inquiète peut-être pour rien, que la fête est à tout le monde. La grande roue s'arrête, Marion, une copine du collège descend de la cabine.

--- Salut, Laure! t'es toute seule?

--- Oui, je devais prendre Anaïs, mais elle est malade.

--- Moi, je suis seule aussi, dit Marion, tu viens faire un tour d'auto?

Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti...

Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti...

La musique est forte, il faut presque crier pour se faire entendre. Les deux copines s'éclatent à fond, elles prennent plaisir à tamponner deux garçons du collège qui ricanent bêtement. Laure fonce sur eux, mais plus rapides les garçons réussissent à s'échapper et Laure vient cogner sa voiture contre le rebord de la piste. Elle tourne plusieurs fois le volant, mais la voiture ne bouge pas, elle est bloquée. Un homme, debout sur le bord de la piste, se baisse et la dégage avec force. Alors que Laure relève la tête pour le remercier, un cache-nez rouge glisse sur le capot de l'auto, c'est l'homme de la grande roue. Il regarde Laure, esquisse un léger sourire, détourne la tête et part.

--- Encore lui! Lance Laure.

Marion ne réagit pas et la voiture repart. Les garçons reviennent droit devant et percutent les filles de front.

--- Mais ils sont c.o.n.s! Dit Marion, ça fait mal! Il y en a marre! Viens, Laure on s'arrache!

Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu.

Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu.

--- Tu cherches quelqu'un? Demande Marion.

--- Oh! Non, je croyais avoir vu un copain.

 

--- Ca te dit, un tour de chenille? Dit Marion, paraît que c'est super!

--- Pourquoi pas! OK!

Le soleil a disparu derrière les hautes maisons bourgeoises qui entourent la place et le vent du Nord se renforce et glace les visages. Les deux filles pressent le pas pour se réchauffer. Passant devant un stand de tir, elles remarquent Bob, un garçon un peu grassouillet et pas trop futé, Marion le connaît bien, elle lui fait souvent des farces. Il a enfoncé son bonnet de laine bleu sur sa tête. La tentation est trop forte ! Marion tend son bras, arrache le bonnet et les deux filles déguerpissent à toutes jambes. Le temps que Bob réagisse, les deux filles ont disparu dans la foule compacte.

--- Tu lui rends pas? Demande Laure, il va avoir froid.

--- Bah! Un gros comme lui, ça n'a jamais froid, dit Marion, je lui rendrai demain au collège. Viens! On va aux chenilles.

Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants.

Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants.

--- Ouah! C’est génial! Dit Marion en agitant le bonnet de Bob… Et cet abruti qui se les gèle!

--- Fait attention, tu vas l'accroch...

Laure n'a pas le temps de finir sa phrase, le bonnet de Bob s' accroche à un morceau de plastique. Au tour suivant, Marion veut le récupérer, mais le bonnet n'y est plus.

--- Il est pas perdu, dit Marion, il est tombé à terre, on le récupérera en partant.

Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.

Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.

--- Ca devrait se voir une couleur pareille! Dit Marion. Il peut pas être loin!

Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu.

Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu.

--- C'est ça que vous cherchez? Mademoiselle.

Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.

Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.

--- Je vous ai fait peur? Dit-il l'air étonné.

--- Non! Non! Merci monsieur.

L'homme s'éloigne, se perd dans la foule et Laure reste debout, tenant ce ridicule bonnet bleu à la main.

--- Ah! Tu l'as retrouvé! Demande Marion, où il était?

--- Là!

--- T'en fait une tête! Tu me fais la gueule ?

--- Non!

--- Oh !Je vois bien que tu me fais la gueule ! Si s’est ça, j’ me casse! Dit Marion.

Laure se retrouve seule à nouveau, et cet homme qui l'intrigue. En plus, ça tombe mal, elle a remarqué qu'un beau gars, plus âgé qu'elle la suit et semble s'intéresser à elle.

"S’il n’y avait cet homme qui me suit partout, j’amorcerais une conversation avec ce beau mec, se dit-elle, peut-être même qu'il m'aurait dragué? Qui sait? Je fais plus que mon âge" .

Elle baisse la tête et regrette que son anorak fermé cache sa poitrine.

"Oui, j'ai quatorze ans, mais j'en fais bien quinze, seize peut-être ?

Puis, apercevant quelques copines du collège, Laure se joint à elles. Le groupe la rassure,

"Comme cela, si l'homme m'importune, je ne serai pas seule", se dit-elle

Par contre, pour le beau garçon, cela contrarie ses plans. C'est la première fois qu'un garçon de cet âge s'intéresse à elle.

" Il est très beau! Si je pouvais le draguer, se dit-elle, mes copines en seraient malades de jalousie".

Mais l'homme au cache nez rouge gêne considérablement la réalisation de son projet. Elle a l'impression qu'il la suit partout, qu'il épie ses moindres gestes. Justement, il est encore derrière elle!

" Je le maudis ce type ! Et en plus il m'inquiète.

La nuit est tombée, l'homme au cache-nez rouge a disparu. Ouf ! Quel soulagement pour Laure? D'ailleurs que faisait-il sur cette fête? Quant au beau gars, il vient encore de la regarder et de lui sourire, elle sent son petit cœur s'affoler et elle lui répond par un léger sourire. Déjà dix-neuf heures, le petit groupe de copines se réduit, elles ne sont plus que trois. Laure se regarde dans le reflet d'une vitrine, ses cheveux sont tout défaits, de la main elle les arrange grossièrement, en pensant à ce beau jeune homme, bien sûr. Mais, derrière elle à quelques mètres, l'imposante stature de l'homme au cache-nez rouge! Encore lui! Pour la première fois, Laure prend vraiment peur.

"Quel dommage que je n'ai pas pu aborder ce beau gars plus tôt, se dit-elle ! Lui au moins, il m'aurait défendu "!

Le froid est de plus en plus vif et bientôt Laure va rentrer, seule, évidemment; Ses deux autres copines habitent le centre ville. Ce qu'elle appréhende le plus, c'est le passage de ces ruelles, sorte de coupe-gorge moyenâgeuse. Mais, il faut bien rentrer...

Laure regarde autour d'elle, Il n'est pas là!

C'est le moment se dit-elle, j'y vais.

La première petite ruelle est bien éclairée et plusieurs personnes marchent par petits groupes, c'est rassurant. Par précaution, Laure presse le pas. Personne ne la suis.

" Je ne serais pas un peu parano? Se dit-elle. Je suis jolie! Après tout, c'est normal que les hommes me regardent, on dit que certains aiment les jeunes filles!

Tout en marchant, Laure essaie de se rassurer. La deuxième ruelle est déserte et les lampadaires ne sont pas tous allumés. Elle sent sa poitrine se serrer, la panique s'empare d'elle, elle se prépare à courir. Mais, subitement, devant elle, le beau gars sort d'une ruelle transversale et l'interpelle.

--- Eh! pourquoi tu cours comme ça, t'as peur? dit-il

--- Ah! c'est vous! Vous m'avez surpris, j'ai eu peur.

--- C'est vrai que c'est pas prudent une belle fille comme toi, toute seule.

Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle!

Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle!

"Quelle heureux hasard" se dit-elle ?

--- Tu veux que je te raccompagne? Demande le jeune homme.

--- Si vous voulez, dit Laure émue.

--- Si ça ne te dérange pas, je peux même te prendre par le cou, par ce temps, on aura plus chaud.

--- Si vous voulez, dit Laure, surprise mais ravie de la proposition.

--- Tu sais, t'es drôlement jolie, dit le jeune homme.

La ruelle tourne à angle droit, aucune lumière, l'obscurité est presque totale. Le jeune homme parle de la fêtes, dit des banalités et tient des propos décousus. Laure l’écoute et rie, mais soudain d’un geste brutal et inattendu, le jeune homme saisit Laure par la tête, l'appuie contre le mur et tente de l'embrasser.

--- Eh! Doucement dit Laure! Je ne vous connais même pas.

--- Ca c'est pas grave dit le jeune homme on va faire connaissance.

Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau.

Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau.

--- Tu vas être bien gentille dit-il, sinon je te balafre le visage. Et tu cries pas!

--- Non! Laissez-moi, je ne veux pas!

--- T'as pas compris? T'as pas le choix ma belle, aller laisse-toi faire.

Laure tente de se débattre, mais que faire sous la menace de d’un couteau?

--- Baisse ton pantalon! Aller, vite!

Le jeune homme pose la lame de son couteau à plat sur le front de Laure. Laure ressent l'acier glacé sur sa peau. Le jeune homme s'énerve, s'excite, et ne se contrôle plus. Il pose son couteau sur le sol, soulève violemment le pull-over de Laure et s’acharne sur son pantalon avec fougue.

--- Laissez-moi, ou j'appelle "au secours" dit Laure.

--- La ferme petite salope, ou je te plante!

Le jeune homme est comme fou, il tire de toutes ses forces sur le pantalon de Laure. Décuplant ses forces Laure résiste, le repousse, le frappe. Mais vite, le combat devient inégal, après quelques minutes de lutte, le jeune homme reprend le dessus. Laure est à bout de force, ses membres ne répondent plus et elle trouve à peine la force de crier. Elle réalise alors qu'elle n’échappera pas à cette brute, ce malade. Elle est arrivée au bout du possible, elle relâche tous ses muscles et se laisse choir sur le ciment glacé.

Le jeune homme se positionne sur Laure, baisse la fermeture éclair de son pantalon, s'immobilise une ou deux secondes, puis…un bruit sec et lourd raisonne dans le porche. L’agresseur tombe sur Laure comme une masse. Il ne bouge plus.

--- Je vais te soigner moi! Espèce d'ordure!

La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.

La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.

--- Prends ça! Espèce de salop! Dit l'homme de sa voix puissante.

Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure.

Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure.

"C'est l'homme au cache-nez rouge"!

Cet homme qu'elle croyait menaçant venait de la sortir des griffes de ce violeur. La pauvre fille est complètement perdue, ses nerfs lâchent, elle tremble et sanglote tout en remettant ses vêtements.

--- Ca va aller? Demande l'homme, puis il ajoute: je crois que je suis arrivé à temps!

Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.

Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.

--- Ca c'est en plus, tu sais pourquoi? Dit-il.

L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

--- Venez! Je vais vous raccompagner chez vous, dit l'homme, avec cette ordure, c'est plus prudent!

--- Heureusement que vous êtes arrivé! Quelques minutes de plus...

Le vent glacial souffle dans la ruelle, Laure marche à côté de l'homme, elle a remonté le col de son anorak et s'efforce de contenir ses derniers sanglots.

--- Je ne voudrais pas que mes parents....

--- Inspirez profondément, dit l'homme, ça apaise.

--- Je vous dois vraiment beaucoup, quelle chance que vous n'étiez pas loin!

--- Ce n'est pas de la chance, dit l'homme.

--- Mais pour quelle raison vouliez-vous me protéger? Je ne vous connais pas!

--- J’ai tout de suite remarqué la façon dont ce salop te regardait. J'ai une fille de ton âge qui a été victime de cette ordure, l’année dernière, dans les mêmes conditions, quand j'ai compris que tu serais sa prochaine victime, je ne pouvais pas le laisser faire.

BOKAY

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti... Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu. Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants. Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu. Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle! Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau. La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure. Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

 

Bien emmitouflé dans son anorak, le nez face au vent du Nord, Laure traverse les ruelles glaciales qui l'amènent aux pieds des Bousculant plusieurs personnes au passage, les deux copines courent vers les tamponnantes. Elles achètent plusieurs billets chacune, grimpent dans une auto, et c'est parti... Les deux filles quittent les autos, Laure regarde le bord de la piste, l'homme n'y est plus, il a disparu. Les deux copines s'installent, Marion s'enfonce dans son siège pour se cacher au cas où Bob... et ça démarre...La moitié du circuit en plein air, l'autre moitié sous une sorte de tunnel où pendent des squelettes et des personnages aux visages terrifiants. Le tour terminé, les deux filles descendent et commencent à chercher le fameux bonnet.Laure fait le tour du manège côté gauche, Marion côté droit, mais pas le moindre bonnet bleu. Laure se retourne, sursaute et prend une bruyante inspiration. Devant elle, l'homme au cache-nez rouge se tient debout, immense, le bonnet bleu à la main.Laure ne s'attendait pas à le rencontrer là, mais elle se sent rassurée! Voilà que ce beau garçon qui l'a fait rêver tout l'après-midi se retrouve devant elle! Mais Laure n'a pas le temps de répondre, profitant de l’espace d’une porte cochère en retrait, le jeune homme l'attrape par la taille, la pousse et la plaque au sol. Laure se débat et lui demande d’arrêter, mais le jeune homme continue, enfouit sa main dans sa poche et en sort un couteau. La voix est puissante, elle raisonne dans la nuit froide comme une délivrance. Laure relève légèrement la tête et distingue l'ombre d'une masse humaine, énorme, immense. Le jeune homme tente de se relever, mais le colosse lui administre un violent coup de pied en pleine tête et il retombe sur le sol.Puis, l'homme se penche et son cache-nez traîne sur le visage de Laure. Laure ne répond pas, jamais de sa vie elle n'a eu pareille peur! L'homme lui prend le bras, elle se relève doucement et lance un regard méprisant et plein de haine à son agresseur. Sans même le voir. Celui-ci reprend ses esprits, secoue la tête et tente de se relever, mais l'homme lui balance un violent coup de poing en pleine mâchoire.L'agresseur retombe lourdement, sa tête heurte le ciment.

 

Mes écrits et dessins : http://bokay.over-blog.org/

 

 

 

Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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Mardi 15 novembre 2005 2 15 /11 /2005 00:00

 

                                l'Arnaqueuse

 

Jean Schlesser regarde sa toile avec fierté. Il se recule de deux pas, Ferme un œil puis se rapproche et colle son nez contre la peinture encore fraîche. Il tourne la tête et crache le mégot éteint qui pend de ses lèvres.

---Ouais ! Pas mal! Encore quelques retouches et c'est bon! Dit-il à haute voix, comme s'il voulait prendre à témoin son atelier minable et encombré.

--- La vieille sera contente et c'est le principale! Ajoute-t-il.

Elle est passionnée de peinture la vieille, surtout les impressionnistes et plus spécialement Pissarro. Cette modeste reproduction d'un bord de Seine, n'a qu'un but en fait: éviter l'expulsion. Les temps sont difficiles pour Jean. Deux mois sans vendre une seule toile, ça creuse les finances! A sec, complètement raide! Le peu d'argent qui lui reste passe dans l'achat de tubes de peinture, de toiles... et aussi d'alcool. Trois mois de retard dans le paiement du loyer, ça fait beaucoup, surtout que la vieille est à ses sous. Jean voulait baratiner la vieille, lui faire croire qu'il avait déniché une reproduction de Pissarro dans un de ces vides greniers qui fleurissent un peu partout en ce moment. Ensuite, il lui laisserait en gage pour le loyer impayé. Il avait peint de nombreuses reproductions de tableaux impressionnistes et était même devenu expert dans l'art de les vieillir artificiellement. Sa méthode : de l’huile très chaude et un sèche cheveux. Sans ses deux démons que sont les femmes et l'alcool, jean Schlesser serait aujourd'hui un peintre reconnu et riche . Mais, l'homme de talent qu'il était, s'est peu à peu métamorphosé en épave, une sorte d'éponge sans ambition. Le voici réduit, lui peintre de talent, à amadouer une vieille pour éviter la rue! A quarante deux ans!

--- la vieille sera ravie! Dit-il tout seul! Elle est tellement folle de " Pissarro" ... Alors je lui en ferai cadeau et j'espère qu'en échange elle effacera un ou deux mois de loyer.

Jean travaille à sa toile toute la semaine, il la peaufine, la bichonne, puis la fixe sur un vieux châssis à l'aide de clous piqués par la rouille et l'accroche au mur.

--- Ouais, ouais, je l'ai bien réussi celle-ci! Dit-il.

Puis, il regarde par la fenêtre; la vieille est là, elle arrose ses fleurs dans la petite cour intérieur. Tenant sa toile à bout de bras, il contemple une dernière fois son œuvre et la pose délicatement sur la table. D’un geste précis, il coupe une feuille de papier kraft, enveloppe sa peinture et sort de chez lui.

--- Bonjours Madame Eugènie, regardez ce que j'ai trouvé, dit Jean.

--- Fais voir! Dit la vieille.

La vieille rentre chez elle avec le tableau, arrache le papier de ses mains maigres et noueuses.

--- Non de Dieu! Un Pissarro! Ou qu't'as eu ça p'tit?

--- Au vide grenier d'ourzie la ville! Vous vous rendez compte! Une sacrée bonne reproduction!

La vieille sort ses lunettes de la poche de sa blouse, les pose sur la pointe de son nez et parcours le tableau de gauche à droite, comme une lecture. Quand elle a terminé, elle se retourne vers Jean.

--- T'y connais rien, p'tit! C'est pas une reproduction ça, c'est un vrai Pissarro! Ma tête à couper! Dit la vieille.

--- Vous êtes sûre?

--- Eh! p'tit! Tu connais quelqu'un toi, qu'est capable de peindre comme ça! Non, crois-moi, c'est un vrai!

--- Vrai ou faux, moi je m'en fiche, j'aime pas Pissarro, dit Jean. Tenez, je vous le donne contre deux mois de loyer, Vous êtres pas perdante?

La vieille détend son bras comme droit un ressort, et ouvre sa main.

--- Allez p'tit, tape là... et marcher conclu!

--- J'ai votre parole?

--- Tape j'te dis!

Jean tape dans la main de la vieille qui pose aussitôt le tableau sur le buffet envahi de bibelots. Elle se plante devant.

--- Bon Dieu qu'il est beau! A soixante quinze ans, je viens de faire l'acquisition de ma vie! Et toi p'tit, tu viens de faire la plus grosse conne..rie... de ta vie! T'as pas idée de ce que ça vaut un Pissarro!

--- Maintenant, faut me faire un papier pour le loyer, dit Jean.

La vieille sort un bloc-notes bleu tout écorné, arrache une feuille à la hâte et écrit:

"Je m'engage à loger Monsieur Jean Schlesser gratuitement et toute ma vie durante. En contre partie, Monsieur Schlesser me donne un tableau signé Pissarro qui représente les bords de Seine avec des arbres sur la droite."

--- Maintenant que j'ai le papier signé, je peux vous le dire Madame Eugènie...

--- Tu peux m' dire quoi? Que tu viens d' faire la plus grosse conn...rie... de ta vie p'tit?

--- Non Madame Eugénie, je veux vous dire que c'est moi qui ai peint ce tableau, c'est pas Pissarro!

--- Espèce de p'tit salo...Sors d'ici tout de suite! J'veux plus te voir! J'vais aller à la police, tu vas voir! Rends-moi ce papier !

La vieille garde le tableau et Jean Schlesser le papier et il sort de chez elle, contrarié mais heureux de pouvoir occuper le logement aussi longtemps que la vieille vivra. Pour fêter l'événement, il se verse quatre ou cinq whisky en suivant, tourne en rond en regardant ses toiles qui tapissent ses quatre murs, et sort en ville. Il rentre tard, ivre comme d'habitude.

Une semaine s'est écoulée, la vieille n'adresse plus la parole à Jean et le climat est tendu. Ils s'ignorent totalement, comme un vieux couple en chamaille.

Ce mardi matin, Jean traverse la petite cour et se rend à la boulangerie acheter son pain. Quand il revient, la vieille l'attend. Elle se tient debout, bien droite dans son tablier bleu à pois blanc.

--- P'tit, Faut qu'on s'parle, ça peut pas durer, aller vient, entre! J' te fais chauffer un café!

C'est bien la première fois que la vieille me parle comme ça, se dit Jean, bizarre!

La discussion commence par des banalités, la vieille se montre subitement intéressée par la peinture de Jean, elle qui habituellement le traite de "barbouilleur". Finalement, elle en vient à évoquer le véritable motif de ce brusque changement d'attitude.

--- Tu sais p'tit, j'ai pensé un truc: nous deux, faut qu'on fasse des affaires!

--- Ah! Et quelles genres d'affaires? Dit Jean étonné de la proposition.

 

--- P'tit, tu peins comme un dieux, t'as d'l'or dans les pattes et t'en sais même rien! Ton Pissarro? Faut un vrai spécialiste pour s'apercevoir que c'est une reproduction. Alors voilà ce qu'on va faire: Tu sais que dans mon grenier j'ai plus de cent toiles, la plupart sont des vieilles croûtes sans aucune valeur. C'est mon mari qui les a achetées. A chaque fois qu'il m'en ramenait une à la maison, il me disait: " Tu vois cette toile, Eugènie " ? Eh bien un jour elle vaudra une fortune!" Mais le pauvre a englouti tout l'argent du ménage et toutes ces toiles ne valent rien!

Ton Pissarro, je vais le monter au grenier, le mettre parmi les miennes...

Eh! Tu m'écoutes?

 

Fin août. Il fait chaud, une foule compacte se bouscule dans les allées étroites du vide grenier. Ca sent le vieux et la sueur. Jean prospecte. Pas les objets, non, lui ce qu'il recherche c'est les amateurs de tableaux. Il s'est posté près d'un brocanteur qui expose de vieilles croûtes, il y en a de tous les genres, mais elles ont toutes un point commun: la laideur et le mauvais goût. Jean feint s'intéresser à ses toiles quand quelques grosses gouttes martèlent le sol.

--- Manquait plus que la flotte! dit le brocanteur en levant la tête vers l'épais nuage qui s'avance.

En quelques secondes, les gouttes tombent drues et une pluie torrentielle frappe le sol dans un vacarme épouvantable. Le brocanteur ouvre les deux portes de sa camionnette et s'empresse de mettre ses toiles à l'abri.

--- Un coup de main? Demande Jean.

--- C'est pas de refus! Cette put.... de flotte va mouiller toutes mes toiles!

Jean et le brocanteur s'activent sous la pluie battante.

--- On range que les peintures, dit l'homme, le reste ça séchera!

Le brocanteur remercie Jean et l'invite à s'abriter avec lui à l'arrière du fourgon.

--- Si ce temps-là continue, on va rien faire, dit le brocanteur.

--- Les affaires marchent bien en ce moment? Demande Jean.

--- C'est pas terrible, dit le brocanteur, après les vacances, les gens sont fauchés et la rentrée des classes, ça coûte cher!

--- Tiens! Au fait, vous qui vendez des tableaux, je connais un vieille qu'a des toiles plein son grenier! Je suis certain qu'elle s'en débarrasserais pour pas cher, ça vous intéresse?

--- Eh comment que ça m'intéresse! C'est où?

--- N'y allez pas seul, la vieille à ses têtes, je vous y conduirai.

 

Le lendemain, Jean se rend chez le brocanteur et le conduit chez la vieille. Après de rapides présentations, elle ouvre la porte qui donne accès au grenier. Arrivé en haut de l'escaliers, l’homme s’immobilise, écarquille ses yeux et pousse un " Oh ! ". Le grenier est rempli de tableaux de toutes dimensions, il y en a partout, un vrai bric-à-brac.

--- J'ai jamais vu ça! Il y en a combien? Crie le brocanteur pour que la vieille entende.

--- J'en sais rien et je m'en fou, répond la vieille, vous savez, les tableaux.... C'est mon mari que ça intéressait.

Le brocanteur regarde chaque toile avec attention, dès qu'une semble l'intéresser, il l'examine de près sous la fenêtre de toit et la met de côté. Jean regarde le brocanteur avec intérêt, il attend la réaction de l’homme à la vue du Pissarro. En bas des marches, la vieille lève la tête à s’en tordre le cou. Notre homme a trouvé le Pissarro, il colle son nez sur la signature. Ca y est, se dit Jean, il l'a trouvé!

Le brocanteur tourne le Pissarro dans tous les sens, s'attarde sur certaines partie, puis le tient d'une main bras tendu. Il le pose, le reprend et l'incline pour le mettre à contre-jour, puis son inspection terminée, il le pose très délicatement sur un vieux meuble démantibulé.

--- Vous trouvez votre bonheur? Demande Jean, Il y en a hein! Je vous l'avais dit?

--- Je m'en suis mis quelques uns de côté, dit le brocanteur, j'espère que la dame ne va pas me les vendre trop cher!

--- Vous en faites pas pour le prix, j’en fait mon affaire, dit Jean.

Le brocanteur passe en revue toutes les toiles du grenier. Une heure plus tard, il redescend tenant à la main cinq toiles, dont le "Pissarro" bien sûr. Puis, lui et Jean se rendent dans la cuisine où la vieille prépare un café.

--- je vois que vous avez trouvé, dit la vieille. Faites voir un peu!

La vieille regarde chaque toile que le brocanteur lui montre.

--- Celle-là, cent balles; celle-là, cent balle aussi, celle-là pareille, même prix.

Le brocanteur affiche un large sourire... jusqu'au "Pissarro"

--- Ah non! Dit le vieille devant le pissarro, celle-là je la vends pas, c'est un souvenir de ma grand mère. La toile ne me plaît pas tellement, mais vous savez ce que c'est... Un souvenirs on s'y attache.

--- Et si je vous donne cent mille francs! Dit le brocanteur, comprenant que la vieille en était restée aux anciens francs.

--- Non! C’est trop cher pour vous, vous n'avez pas les moyens, dit la vieille. Il faudrait me donner... dix millions pour que je la vende.

Le brocanteur réfléchit, ça fait quand même quinze mille euros! Un Pissarro à ce prix-là, c'est donné, se dit-il, mais si c'est un faux... Catastrophe. Alors il reprend la toile, scrute la signature avec une grande minutie, passe son indexe sur la peinture. La vieille le regarde, épie tous ses gestes et attitudes et lance son va-tout, comme pour achever sa proie.

--- Ca vient de famille, dit la vieille, c'est le père d'un ami de ma grand mère qui l'a peinte, je sais même qu'il s'appelait... Attendez... Ca va me revenir, il s'appelait Camille, paraît qu'il a peint beaucoup.

Entendant le prénom " Camille ",Le brocanteur sent son cœur s'emballer. Pas de doute, c'est bien un "Pissarro"! La fortune à coup sûr, se dit-il, l'affaire de ma vie. Faut pas que je laisse passer ça... Mais quinze mille euros! Non la vieille est trop gourmande.

--- Cette toile me plaît beaucoup et je suis prêt à monter jusqu'à huit millions, mais pas plus.

--- Vous avez dit:" huit millions"?

--- Oui, mais pas un sous de plus!

--- D'accord, dit la vieille, mais je veux du liquide.

--- Vous l'aurez, je reviens demain avec l'argent, dit le brocanteur.

 

Le lendemain, le brocanteur revient, il balance un attaché case à l’extrémité de sa main droite.

--- J'ai l'argent, dit-il, ça fait: douze mille euros!

--- Ca fait même un peu plus, dit la vieille mais bon, marcher conclu.

Le brocanteur repart tout joyeux avec son Pissarro et les quatre autres toiles sans valeur.

--- T'as vu P'tit? Qu'est-ce que t'en penses de mon idée? Quatre millions chacun! Et tu sais ce qu'on va faire du fric? On va acheter des bijoux qu'on placera dans un coffre à la banque. Tu sais un coffre qu'on n'ouvre qu'avec deux clefs. Une chacun. Ca te paraît correcte?

--- Ouais, c'est honnête, dit Jean.

Convaincu que l’idée de la vieille est géniale, Jean à commencé un autre "Pissarro".

Une semaine plus tard, le tableau est terminé. Il procède de la même manière, contacte un autre brocanteur, et empochent cinq milles euros.

Les semaines passent, maintenant Jean peint des "Sisley". Les faux "Pissaro", faut mieux arrêter, des bruits circulent dans le milieux, la petite escroquerie continue, mais avec d'autre signatures. Encouragé par des affaires qui rapportent, Jean a même délaissé la bouteille, pour un temps. Il peint toute la journée, jusque tard le soir. Les bijoux accumulés représentent une petite fortune. Jean a une confiance limité dans l'honnêteté de la vieille, mais comme il faut être deux pour ouvrir le coffre, il est confiant.

L'hiver se termine, les arbustes de printemps commencent à fleurir, et déjà les premiers vides greniers font leur apparition. La vieille et Jean ont optimisé leur petite entreprise crapuleuse. Chaque après-midi, Jean conduit la vieille en ville, elle s’est découvert une nouvelle passion, elle collectionne des bijoux sans valeur, à peu près les même que ceux qu’elle place à la banque, mais c’est du toc. Jean trouve ça bizarre, mais enfin… Elle fait ce qu’elle veut !

 

Nous sommes en avril, 15 heures trente, Jean rentre de prospection, il a noué le contacte avec des acheteurs potentiels américain et la bonne humeur se lit sur son visage. La vieille est dans sa cour, elle balaye le trottoir en brique qui longe le mur de sa maison. Dès qu'elle aperçoit Jean, elle l'interpelle.

 

--- P'tit! On a un problème, j'ai eu la visite des gendarmes.

--- Et qu'est-ce qu'ils veulent? Demande Jean.

--- Ils te cherchent, un acheteur a porté plainte pour "escroquerie" et ils disent qu'ils sont sur ta trace depuis deux mois. Ils disent aussi que tu risques plusieurs années de prison et une forte amende. Ils vont revenir te chercher demain, ils ont dit. Il faut que tu te sauves au plus vite, sinon, tu vas te retrouver en tôle.

--- Ca alors! Comment ils ont pu savoir ?Je vais filer, mais je ne partirais pas sans la moitié des bijoux.

--- Bien sûr P'tit, t'auras la moitié, comme convenu, on va même aller à la banque tout de suite et on fera le partage.

La vieille et Jean se rendent à la banque et retirent le coffret à bijoux, ainsi que les factures correspondantes.

--- Moi, je vais faire le partage en me servant des factures, dit la vieille, comme ça on aura chacun la même somme.

--- OK, dit Jean, pendant ce temps, moi je prends quelques bagage et dans un quart d'heure… Chao! Je ne vais pas attendre les poulets!

--- C'est mon avis aussi, dit la vieille, ils avaient l'air drôlement intéressés.

Jean bourre à la hâte un sac de voyage, traverse la petite cour pour la dernière fois et rentre chez la vieille. Sur la petite table encombrée, elle a fait deux tas.

--- Tu choisis, tu prends le tas que tu veux, ils ont exactement la même valeur, j'ai regardé les factures.

Jean regarde les deux tas. Apparemment tout est là, mais avec la vieille faut se méfier.

--- Je prends celui-ci! Dit jean.

La vieille va chercher une grande enveloppe et met les bijoux dedans

--- T'as des sous pour le voyage? Demande la vieille. Tu vas aller où au fait?

--- Je n'en sais rien, dit Jean, vous avez une idée?

--- En tout cas, faut pas rester en Europe, le plus sûr c'est le Brésil, là-bas tu risques rien, tu vends tes bijoux et t'es peinard. Le plus urgent, c'est de quitter la France au plus vite, avant que les poulets ne donnent ton signalement aux frontières. Faut qu't'ailles en Belgique, de là tu prends l'avion pour Rio, crois-moi, c'est le mieux.

--- J’te demande si t'as des sous? Répète la vieille.

--- J'ai mille euros, dit Jean.

--- T'as pas assez! Tiens prend ça, dit la vieille, ça te fera deux milles, comme ça, t'en auras assez pour l'avion.

Jean en a le souffle coupé! Jamais la vieille ne s'est montrée aussi généreuse. "Je l'ai peut-être mal jugée, se dit-il, elle me laisse le choix des bijoux, puis elle me donne de l'argent! A l'avenir, j'éviterai de porter un jugement hâtif sur les gens, c'est dans les situations difficiles que l'on se rend compte de leur valeur.

Rio est en vue, l'airbus commence les manœuvres d'atterrissage, le ciel est dégagé et le pain de sucre se découpe sur les hauts immeubles de la mégalopole. Jean arrive au terme de son voyage, pendant le vol, il n'a pas arrêté de ruminer. " Eh si les douanes découvrent les bijoux " ?se dit-il. Puis il pense à la vieille : "  une arnaqueuse certes, mais au grand cœur. Me faire cadeau de mille euro, comme ça"!

Mais c'est surtout l'avenir qui préoccupe Jean. Il a fait son planning: "En premier, je vends les bijoux. Pas au premier venu, non je fais plusieurs bijouteries. Ensuite, je loue un appart assez grand pour me faire un atelier. Je me mets à peindre sérieusement, je me fais connaître, j'expose! Whoua! Une nouvelle vie" ! Il y a bien longtemps que Jean n'a pas connu un tel enthousiasme. "La roue tourne pour moi, se dit-il, et du bon côté! Fini les galères de fin de mois!"

 

Jean a pris une chambre dans un hôtel de la périphérie, pas question de dilapider. Le lendemain matin, après une mauvaise nuit de sommeil, il se rend dans le centre de Rio et arpente la rue où sont présentes les plus grandes bijouteries de la ville. Pas facile quand on vient ici pour la première fois, il y a du monde partout et ça vous tourne la tête. Une grande bijouterie lui inspire confiance et après quelques hésitations, il se dirige vers la grande porte dorée. Une hôtesse au corps de rêve l'aborde en anglais.

--- Vous parlez français? Demande Jean qui n'a aucune envie de faire de la gymnastique linguistique matinale.

La jeune femme appelle une collègue.

--- Bonjour Monsieur, bienvenue dans notre établissement, que puis-je faire pour vous?

--- J'ai un lot de bijoux de grande valeur à vendre, dit Jean, je peux vous les montrer?

--- Mais bien sûr, dit la jeune femme suivez-moi.

Jean suit l'employée jusque dans les sous-sols du magasin. Sur la droite, une vingtaine de personnes travaille, la tête baissée sur un ouvrage qui semble minuscule. A gauche, un bureau tout en verre où un homme rondouillard classe du courrier. L'hôtesse frappe, l'homme fait signe d'entrer.

La jeune femme donne quelques explications en portugais et l'homme tend la main.

--- Vous voulez bien montrer ...

Jean plonge sa main dans sa sacoche, sort la grosse enveloppe grise et la pose sur le bureau.

--- Voilà, dit-il.

L'homme ouvre l'enveloppe, étale précautionneusement les bijoux sur son bureau, pose un collier dans sa main et le soupèse. Il le repose et fait de même avec une grosse bague. Il reste pensif, ne dit rien, rassemble la totalité des bijoux et les remet dans l'enveloppe. Puis, il se lève de son fauteuil, quitte son bureau et dépose l'enveloppe sur l'établi d'un ouvrier. Celui-ci ajuste son microscope et examine chacune des pièces, quelques secondes, pas plus. Arrivé à la dernière, l'ouvrier prononce quelques mots en portugais et remet les bijoux dans l'enveloppe. Jean est inquiet, l’air interrogatif il se tourne vers l'hôtesse.

--- Désolée...Monsieur mais vos bijoux n'ont aucune valeur.

L'homme rend l'enveloppe à Jean qui la fourre dans sa sacoche.

--- C'est la vieille! Cette saleté m'a roulé! Dit-il à voix haute.

--- Vous dites, Monsieur? Demande l'hôtesse.

--- Non rien! Je me suis fait avoir, comment j'ai pu... Je comprends maintenant pourquoi elle m'a donné mille euros, pour que je quitte la France! Cette vieille garce m'a fait choisir entre deux tas de faux bijoux! Et son manège en ville l’après-midi ? Quel C.O.N. je fais ! Me voilà bien maintenant...

--- Vous désirez autre chose, Monsieur? Demande l'hôtesse.

--- Oui, je veux qu'on me foute la paix!

BOKAY

Mes écrits et dessins : http://bokay.over-blog.org/

 

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Jeudi 15 décembre 2005 4 15 /12 /2005 18:07


Les Fauchard et les Duchemin. N°1 (La 203)


Les Fauchard, c’est nous. Je veux dire : mes parents, ma grande sœur et moi. Ah ! J’allais oublier grand-mère, et biscuit notre petit chien. Mes parents tiennent une épicerie à Paris, rue du Cherche Midi.

Les Duchemin, c’est eux. La boucherie juste en face. Il y a le patron, tout le monde l’appelle « Duchemin », même sa femme. Ensuite, il y a la patronne, entre nous on l’appelle « La mère Duchemin ». Ils ont deux jumeaux de treize ans, des intrépides, pas une journée sans qu’ils se prennent une volée.


Les Duchemin sont nos meilleurs amis, enfin surtout en début de soirée, avant qu’ils ne parlent la politique. Dès qu’ils abordent ce sujet, s’en est terminé du calme à la maison. Mon père et Duchemin se chamaillent comme des chiffonniers. Pas étonnant, mon père est socialiste et Duchemin franchement à droite. Mais le lendemain, quand ils se retrouvent au café, tout est oublié, ils sont à nouveau les meilleurs amis du monde. Comme dit mon père : c’est pas parce qu’on est ami qu’il faut être d’accord sur tout, chacun ses idées !

Moi, j’ai toujours connu ça, des disputes pour un rien et toujours ensemble. Surtout au moment des vacances. Partir en vacances sans les Duchemin ? C’est même pas envisageable. Pour mon père et pour Duchemin, les vacances c’est avant tout un terrain de compétition et dans tous les domaines, la pêche, les boules le vélo, la belote. Par exemple :

--- Partez avant, dit Duchemin, avec votre petite voiture… Je vous aurai vite rattrapé

Ou bien :

--- Dommage que vous ratiez autant de boules, on aurait pu gagner le concours, dit mon père…

Et c’est comme ça sans arrêt. Ce que je ne comprends pas non plus, c’est qu’ils se connaissent depuis si longtemps et qu’ils se vouvoient toujours. C’est vrai qu’à dix ans, on ne comprend pas tout du monde des adultes.


Fin juin 1958.

Dernière journée d’école, mes parents commencent à préparer les valises pour les vacances. Cette année, on va en Bretagne, et pas n’importe où, au bord de la mer. C’est mon père qui a trouvé la location. Une affaire ! Moitié moins cher que celle que proposait Duchemin. Moi, je crois que les Duchemin ont plus d’argent que nous et ils le font voir, surtout la mère Duchemin. Avec ses nouvelles robes et ses bijoux, elle nargue souvent maman et moi j’aime pas ça. Maman ne dit rien, mais ma sœur Marie la remet en place, elle trouve toujours la faille. L’autre jour, elle a dit: Quelle belle robe madame Duchemin ! Dommage qu’elle vous serre autant… Et ces maudis magasins ! C’est toujours le même problème avec les grandes tailles ! Madame Duchemin à un problème de poids, on peut même dire un gros problème de poids, mais elle refuse de l’avouer. Je suis juste un peu forte, dit-elle.

Duchemin lui, c’est sa bagnole. Ah ! Il l’aime sa bagnole, chaque dimanche matin, à dix heures tapantes, Duchemin sort son tuyau puis lave et astique sa bagnole. Ensuite, il vient à la maison et invite mon père à admirer son œuvre. Mon père le suit et fait semblant d’être épaté, l’affaire est sérieuse, ça se termine toujours devant une bonne bouteille de rosé (du rosé qu’il a acheté chez nous en plus). Côté voiture, cette année, c’est l’apothéose, Duchemin attend une voiture neuve pour partir en vacances ; Une Peugeot « 203 »! Il va la chercher demain au garage. Le pire, c’est qu’avec notre petite « Dauphine », nous on va avoir l’air de minables.(J’allais dire comme d’habitude !)

Avant de partir en vacances, il faut faire l’inventaire de l’épicerie. Tout le monde s’y met : moi, ma sœur, et même grand-mère.

A quatre pattes sous les présentoirs, je compte les litres de vin, de bière et de limonade. Mon père, perché sur un escabeau compte les boites de conserves. Soudain, il tourne la tête en direction de la rue, tend son cou et se fige dans cette position, comme s’il était bloqué de la colonne vertébrale.

--- Gamin ! Dit-il, ça y est, Duchemin il a sa nouvelle Bagnole ! Elle est bleu !

Je me précipite pour voir ça, mais mon père m’arrête.

--- Te montre pas ! Laisse-le venir de lui-même.

Toute la famille Duchemin se réunit autour de la nouvelle voiture. La mère Duchemin se redresse, tire sur son chemisier pour se donner de l’importance et caresse les chromes du bout des doigts. Les Jumeaux ouvrent les portes et s’engouffrent à l’intérieur, ils cafouillent à tout. Duchemin lui, a soulevé le capot, agite ses bras en tous sens et se lance dans des explications techniques devant la mère Duchemin qui ne comprend rien mais opine bêtement. Soudain, Duchemin lève la tête en direction de l’épicerie, traverse la rue d’un pas décidé et pousse la porte du magasin.

--- Fauchard ! Dit-il de sa voix forte, ça y est j’ai ma nouvelle voiture ! Venez voir, un vrai bijou !

Mon père joue l’ignorant.

--- Vous l’avez ? Déjà !

Mon père appelle ma mère et ma sœur qui sont dans la réserve et nous voilà tous autour de la fameuse voiture. Nous sommes là comme une bande de badauds autour d’un camelot.

--- Regardez le moteur, dit Duchemin, ça c’est de la mécanique. Ca grimpe toutes les côtes ! Et la carrosserie, vous avez vu ? C’est pas de la tôle de Dauphine, c’est du costaud. Et tous les sièges en cuir !Vous vous rendez compte, alors que je ne l’avais même pas demandé !

--- Ah ! Faut reconnaître, c’est une belle voiture, dit mon père, mais ça ne consomme pas trop ?

--- Une 203 ? Y’a pas plus économique. C’est forcé, le moteur est tellement puissant qu’on a pas besoin de le pousser comme les petites voitures. Et ils m’ont mis la radio et même des garnitures en bois !Gratuitement, sans rien payer en plus ! Vous voulez l’essayer ?

--- C’est pas de refus, dit mon père.

Avant de partir, Duchemin fait le tour de sa voiture et donne de grands coups de pieds dans les quatre pneus. Moi, j’ai jamais compris pourquoi les automobilistes donnent toujours des coups de pieds dans leurs pneus ?

--- Félicitations ! Dit ma sœur d’un air volontairement pompeux, vous avez la plus belle voiture du quartier !

--- Mesdames à vous l’honneur, dit Duchemin en ouvrant une portière arrière.

---- Aller les jumeaux ! Sortez de là, vous allez réussir à me bousiller quelque chose !

--- Qu’est-ce qu’on est bien assis ! Dit la mère Duchemin… comme dans un fauteuil !

--- Il y a une petite place pour moi ? Demande ma sœur.

--- Mais bien sûr ! Répond la mère Duchemin en comprimant ma mère au maximum contre la portière, on est pas si grosse…

--- Et moi Papa, je peux venir ?

--- Mais oui mon garçon ! Dit Duchemin, t’as qu’à monter à l’avant.

Et nous voilà partis. Duchemin tient le volant du bout des doigts, se dresse droit comme un i et prend un air de notable. Moi, perché sur les genoux de mon Père, je suis le mieux placé et drôlement fière.

--- C’est pas de la bagnole ça ? Dit Duchemin en faisant ronfler le moteur. Peugeot, c’est quand même quelque chose ! C’est de la mécanique. C’est ça qui vous faudrait Maurice ! Votre Dauphine commence à être fatiguée.

Moi, c’est la première fois que je monte dans une voiture neuve, je suis épaté. Je jette un coup d’œil à l’arrière, ma sœur est comprimée comme une sardine en boite. C’est forcé, la mère Duchemin elle prend la place de deux personnes.

--- Regardez Maurice !Dit Duchemin les deux mains crispées sur le volant, Je vais griller la Simca Aronde au feu rouge !

Duchemin écrase le champignon, la voiture pousse un hurlement comme un avion qui décolle, puis toussotte, ralentit et s’arrête.

--- Ah ! Mer…de ! Dit Duchemin, qu’est-ce qui s’passe ? Une voiture neuve !

--- T’as quand même pas cassé le moteur ? Dit la mère Duchemin.

--- Tais-toi Arlette, t’y connais rien en voiture ! Un moteur pareil ! Enfin !

Duchemin actionne le démarreur à plusieurs reprises, rien à faire. Je regarde mon père, un léger sourire se lit sur son visage et il me fait un clin d’œil. Ma sœur a mis sa main devant sa bouche pour cacher son fou rire. Moi, je me tourne vers Duchemin et lui demande naïvement :

--- Elle marche plus ?

--- Mais si mon garçon !C’est pas grave, ça arrive.

--- Moi, ça ne m’est jamais arrivé avec ma Dauphine, dit mon père.

--- Bougez pas, dit Duchemin, il y a un petit garage là-bas, je vais demander à un mécano…

--- Vous vous rendez compte Janine, une voiture qu’on vient d’acheter et qu’est même pas encore payée ! Dit la mère Duchemin. Enfin, je veux dire, pas fini de payer !

Duchemin revient avec un mécano.

--- Soulevez le capot, dit le mécanicien.

--- Vous voyez quelque chose ? Demande Duchemin.

--- Eh ! Attendez que je regarde, minute, c’est compliqué ces bagnoles-là !

--- Elle est toute neuve, elle sort du garage ! Y’a de l’abus ! Dit Duchemin.

--- Qu’est-ce que vous mettez comme essence ? Demande le mécano.

--- Ah ! Moi j’en ai pas encore mis, dit Duchemin, je vous dis, elle sort du garage.

--- Et vous n’avez pas vérifié s’il y avait de l’essence ?

--- Ben…Non, dit Duchemin, je croyais…

--- Alors, vous êtes tout simplement en panne d’essence.

Là, mon père ne réussit pas à se retenir, il part à rire et ne s’arrête plus. Ma sœur et moi faisons de même. Mais ma mère elle, n’ose pas rire au nez de la mère Duchemin qui est furieuse.

Dix minutes plus tard, Duchemin revient, un bidon d’essence à la main. Il est rouge de colère.

--- Ah, mais je vais leur dire ce que je pense au garage Peugeot ! Ils vont m’entendre ! Une voiture que j’ai payée comptant ! Avec le réservoir vide !

Duchemin fait quelques tours de démarreur dans le vide, puis la voiture repart. Mais il est vexé notre boucher ! Il ne parle plus, il bougonne entre ses dents. Il vient d’être touché au plus profond de sa fierté, la journée commençait pourtant bien…

--- Mais on va quand même l’arroser cette bagnole ! Dit Duchemin en descendant de sa voiture. Venez Maurice, j’ai du champagne au frais.

Nous passons tous dans la boucherie, beurk ! Ca pue la viande !

--- Passez dans le salon, dit la mère Duchemin, installez-vous.

La mère Duchemin, consciente du ridicule de la panne d’essence fait le maximum pour se rattraper, elle sort les petits gâteaux au beurre et les dispose dans deux soucoupes en cristal. Duchemin lui, dresse les verres à champagne sur la table et explique à mon père l’art et la manière d’ouvrir une bouteille de champagne.

Pas possible ! Il nous prend pour des arriérés !

La bouteille ouverte, Duchemin interpelle mon père et pointe son doigt sur l’étiquette.

--- Regardez Maurice ! Cordon bleu. C’est pas du bon ça !

Mon père ne dit rien, il a une sacrée patience ! Quand je pense que c’est lui qui lui a conseillé cette marque ! Mais bon ! C’est comme ça que le couple d’amis fonctionne, avec une logique bien à eux, mais tout de même singulière.

Duchemin a des défauts, comme tout le monde, mais il faut lui reconnaître une grande qualité, il est généreux. La mère Duchemin aussi est généreuse, mais autrement, à force de faire ses grands gestes, son chemisier s’est ouvert et ses gros lolos sont à moitié découverts. Moi, j’en profite pour me rincer l’œil, pensez ! J’en ai jamais vu d’aussi gros.

--- Je lève mon verre en l’honneur de notre nouvelle voiture, dit Duchemin.

Tout le monde trinque avec tout le monde. Duchemin, piqué au vif par la stupide panne cherche à être rassuré.

--- Dites-moi franchement Maurice, ma nouvelle voiture, qu’est-ce que vous en pensez ?

Mais mon père n’a pas le temps de répondre ; on sonne à la porte de la boucherie.

--- Qu’est-ce qu’ils veulent, on est fermé ! Dit la mère Duchemin, ils savent pas lire !

après un « veuillez m’excuser ! » Elle se dirige vers la porte de la boucherie.

C’est le patron du garage Peugeot, en personne.

--- Monsieur Duchemin dit-il, je voulais vous voir, on a un problème.

--- Ah ! Oui, je sais dit Duchemin, c’est à cause de l’essence ! Vous en faites pas, j’ai fait le plein. Ah ! quelle peur on a eu…

--- Non, c’est pas ça, on s’est trompé à la livraison de votre voiture, celle-ci n’est pas pour vous, je vous ai amené la vôtre et je vais reprendre celle-ci.

Curiosité oblige, tout le monde sort du salon et se précipite dans la rue pour voir la « vraie » voiture de Duchemin. La couleur est différente, où plutôt elle n’en a pas, elle est noire.

--- T’as acheté une voiture noire, Duchemin ! Dit sa femme.

--- C’est ce qui se fait en ce moment, dit Duchemin, c’est à la mode.

--- La mode ! Et les sièges ! Ils sont même pas en cuir, à celle-ci ?

--- Avec les sièges en cuir, ça faisait trop cher, Arlette, je ne suis pas Crésus !

--- Maintenant, on se retrouve avec une voiture quelconque, comme les ouvriers ! Celle-ci n’a même pas de chrome! Dit la mère Duchemin.

--- Moi, je trouve que noir, ça fait corbillard, dit ma mère.

--- Tu vois ! Janine aussi elle trouve que c’est triste du noir. Dit la mère Duchemin.

Duchemin lève le capot de sa voiture.

--- C’est le même moteur, celle-ci ? Demande Duchemin au garagiste.

--- Ah non ! Le moteur est moins puissant, Regardez, il est bien plus petit.

Il n’y a aucun doute, cette voiture ne plaît pas aux Duchemin, elle est trop ordinaire. Mon père ne dit rien, j’ai l’impression qu’il mijote quelque chose. Rien qu’à voir son regard fixe et le léger plissement de ses lèvres, je suis certain qu’il va se passer quelque chose, mais quoi ? Inutile de le questionner, il ne dira rien.

--- Maintenant, il faut que je livre la «  203 luxe » à son propriétaire, dit le garagiste.

--- Moi, je peux vous aider, dit Duchemin, Paris vous savez, je connais. Quand j’étais apprentis, j’ai fait des livraisons un peu partout.

Le garagiste sort un imprimé de son porte-documents et lit.

--- Cette voiture est à livrer à monsieur… Fauchard Maurice, vous connaissez ?

La mère Duchemin passe subitement par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ses yeux s’agrandissent, ses sourcils se relèvent. Puis, elle regarde ma mère et arrondit sa bouche pour sortir un »félicitations » !

Quant à Duchemin, il vitupère le garage Peugeot, dit qu’il s’est fait avoir, les traite de voleurs et d’escrocs.

Mon père qui a gardé le plus grand calme se retourne vers Duchemin

--- C’est mon tour maintenant, tous à la maison ! J’arrose ma nouvelle voiture

Après quelques instants, il ajoute :

--- Au fait Duchemin, merci pour le plein d’essence !


BOKAY



 

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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /2006 22:28

Les Fauchard et(N°2)… (Le départ en vacances)


Les Fauchard, c’est nous. Je veux dire : mes parents, ma grande sœur et moi. Ah ! J’allais oublier grand-mère, et biscuit notre petit chien. Mes parents tiennent une épicerie à Paris, rue du Cherche Midi.

Les Duchemin, c’est eux. La boucherie juste en face. Il y a le patron, tout le monde l’appelle « Duchemin », même sa femme. Ensuite, il y a la patronne, entre nous on l’appelle « La mère Duchemin ». Ils ont deux jumeaux de treize ans, des intrépides, pas une journée sans qu’ils se prennent une volée.

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Aujourd’hui, c’est le grand jour : départ en vacances pour la Bretagne, avec les Duchemin, bien sûr!

On s’est tous levés très tôt, à six heures du mat la maison connaît déjà une animation digne des grands jours. Mon père cherche partout ses cartes routières, et son épuisette pliante, ma sœur bourre un deuxième sac de vêtements et de chaussures, Grand-mère est dans les jambes de tout le monde et ma mère crie plus fort que les autres réunis pour se faire entendre. Moi, j’ai trouvé la planque, pour pas être embêté et bousculé, je me suis installé dans la voiture. Je suis comme au cinéma.

Sur le trottoir d’en face, c’est le même film, y’a que les acteurs qui changent. Duchemin fait aller ses bras comme un héron qui veut prendre son envol.

--- Quatre valises ! Plus les sacs ! Où voulez-vous que je mette tout ça ! dit Duchemin.

--- T’as la galerie ! dit la mère Duchemin.

--- C’est pour mettre mes affaires de pêche et les vélos des jumeaux, dit Duchemin. Au faite, où ils sont ses deux-là ? Je sens qu’ils vont s’en prendre une avant de partir !

--- T’énerve pas comme ça! dit la mère Duchemin, t’es toujours après eux ! C’est quand même de braves petits !

Moi, je les vois les braves petits, ils en font des bonnes, comme d’habitude. Ils sonnent à chaques portes cochère et déguerpissent à toutes jambes dés que la concierge se montre.

Comme il reste des bagages sur le trottoir, mon père installe sa galerie.

--- Eh ! Gamin ! Viens me donner un coup de main, tu vas monter sur la galerie, toi t’es pas lourd, tu passeras la corde bien dans les poignées des valises et des sacs.

Je grimpe sur la galerie et suis les recommandations de mon père.

A présent, tout est chargé. Ah zut! Papa a oublié les perruches de grand-mère sur le trottoir. Pas grave, je les monte sur la galerie et les fixe avec la corde pour que ça tienne. Mon père revient, tire sur la corde et fait plusieurs nœuds.

--- Faut pas avoir peur de serrer, dit-il, j’ai pas envie d’en perdre la moitié en route.

--- Voilà, nous on est prêt, dit mon père, je vais aller voir où en sont les Duchemin.

--- Vous avez réussi à tout mettre, vous ? dit Duchemin en voyant mon père arriver. Ben, vous avez de la chance !

Moi, les Duchemin ils me font marrer !

Je sais bien que c’est les vacances et qu’on est en pleine canicule, mais quand même ! Voir Duchemin en short et chemisette à fleurs à sept heures du matin, ca porte à rire! Quant à la mère Duchemin, là c’est franchement délire ! Elle s’est affublée d’une petite robe jaune à gros motifs oranger. En plus elle lui arrive juste au-dessus des genoux ! Et les genoux de la mère Duchemin… En l’apercevant ainsi, mon père a balancé sa tête lentement de gauche à droite et il a dit : « Je sens que c’est pas encore cette année qu’on va passer inaperçu. »

A huit heures trente, les Fauchard et les Duchemin sont prêt, un petit coup de klaxonne et on part. Moi, je me mets à l’arrière, derrière mon père, comme ça je vois le compteur de vitesses. Au milieu, c’est grand-mère et de l’autre côté, ma sœur avec ‘Biscuit’ sur ses genoux. Bien sûr, les Duchemin partent devant.

Finalement, nous n’allons pas dans la location que mon père avait trouvée à Saint-Cast à un prix intéressant. « C’est pas une location pour des commerçants comme nous »! Avait dit la mère Duchemin. Ensuite, elle avait ouvert un catalogue et mis son doigt sous une annonce : «  Magnifique location à cents mètres de la mer ».

Regardez-moi cette villa, ça c’est une location qui a de la classe ! Et en plus elle est encore moins cher que la vôtre ».

Ma mère avait fait : « oh ! »

Mon père avait haussé les épaules et avait répondu : «  Comme vous voulez » !

On quitte Paris doucement car ça bouchonne. Duchemin est juste devant nous, voilà deux fois qu’il passe son bras par la fenêtre et l’agite en direction d’un automobiliste qui arrive à sa gauche. Il hurle.

--- Eh ! t’as pas priorité ! où qu’t’as eu ton permis !

Mon père est plus calme, c’est plutôt ma mère qui cause, elle arrête pas de ronchonner.

--- Tu te rends compte à quelle heure on va arriver en Bretagne à cette vitesse !

--- Tu sais bien que c’est tous les ans la même chose, répond mon père.

--- Quand même ! Y’a de plus en plus de voitures ! dit ma mère, dans quelques années, on ne pourra plus rouler dans Paris.

--- Ah ! Tu serais bien avec Duchemin, toi, toujours à râler !

--- Moi, je dis ça, c’est surtout pour maman, à son âge !

Moi, j’aime pas les disputes, et comme je sens que ça monte, je demande à papa d’allumer l’autoradio, puisque nous en avons un.

Je dis merci à Gilbert Bécaud, grâce à lui, la discussion s’interrompt.

--- Eux, ils ont pas de radio, leur voiture elle est moins bien que la nôtre ! Hein papa. 

--- Dis jamais ça gamin, tu vas bousiller nos vacances!

--- Moi, ce que j’aime pas à leur voiture, dit ma mère, c’est la couleur. Noir ! Comme un corbillard ! Tu trouves pas que ça fait deuil ?

Maintenant, nous avons Paris derrière nous, la circulation est encore chargée, mais ça roule. On suit Duchemin, les jumeaux ont l’air de faire un de ces souks à l’arrière ! Je parie qu’ils vont s’en prendre une au premier arrêt. Chez nous, c’est calme, surtout grand-mère, pour une fois, elle ne ronchonne pas. Mon père, il dit qu’elle est sourde comme un pot, c’est peut-être pour ça ? Biscuit est sage aussi, il est sur les genoux de ma sœur et ne bouge pas un poil.

--- Je crois que Duchemin, il a un problème avec sa voiture, dit mon père. On dirait qu’il est crevé, sa voiture penche d’un côté. Tiens ! Là il y a un parking, je vais lui faire des appels de phares pour qu’il s’arrête.

--- C’est vrai, t’as raison, dit ma mère, ça penche drôlement du côté de la mère Duchemin!

Duchemin et mon père s’arrêtent et tout le monde descend des voitures

--- Votre voiture elle penche, dit mon père, vous seriez pas crevé ?

--- Crevé ! Répond Duchemin, étonné. ( Comme si la voiture de Duchemin elle pouvait crever ?)

Ils regardent ensemble les quatre roues, rien d’anormal. Alors, ils s’accroupissent tous les deux derrière la voiture, penchent la tête, se déplacent, se relèvent … non, la voiture ne penche pas.

--- De quel côté qu’elle penchait ? Demande Duchemin.

--- Du côté de Janine, dit mon père, et il ajoute imprudemment, c’est peut-être qu’elle est trop chargée d’un côté ?

--- Vous allez quand même pas dire que c’est moi qui la fait pencher ? dit la mère Duchemin.

Mon père essaie de se rattraper.

--- Non, je veux dire que les bagages sont plus lourds d’un côté, dit mon père.

N’empêche ! Ma sœur a le sourire aux lèvres, ma mère joue l’hypocrite avec un : « Oh, quelle idée Arlette ! » Moi, je me retourne et pouffe de rire. Comme d’habitude, Grand-mère qui ne comprend rien à la situation tente de donner son avis.

--- Il a pas de roue de secours, Duchemin ? dit elle.

--- T’as encore rien pigé maman, il est pas crevé !

--- Misère ! dit Grand-mère, on a oublié mes perruches, faut qu’on retourne !

--- Mais non, belle maman, dit mon père, je les ai vues, elles sont sûrement dans le coffre.

--- Qu’est-ce que vous dites, Maurice ? Vous avez mis mes perruches dans le coffre de la voiture ! Mais elles vont mourir étouffées !

--- Oh non ! Grand-mère, y’a pas de danger qu’elles s’étouffent, dis-je, elles sont sur la galerie.

--- Comment !Qu’est-ce que t’as fait gamin ? T’as mis mes perruches sur le toit de la voiture ! Mais c’est criminel ! Faut me les descendre tout de suite.

Moi, je croyais bien faire en les mettant sur le toit, les perruches, ça aime l’air. En tout cas, ça ne plaît pas à Grand-mère. Je grimpe donc sur le toit, je descends la cage et la lui donne.

--- Quelle horreur ! dit Grand-mère, mes pauvres petites, elles ont perdu la moitié de leurs plumes !

--- Faut pas exagérer, dit mon père, et puis… des plumes ça repousse.

Ca y est, ça se gâte, c’est reparti, la guerre est déclarée entre mon père et grand-mère. Tout ça à cause des perruches.

--- Puisque c’est comme ça, je ne monte plus avec vous, je continue dans la voiture des Duchemin, dit Grand-mère. Puis elle ajoute : « Qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens »! Voilà ! Bon je vais faire une petite commission dans le bois, je reviens et je repars avec Duchemin.

--- On est à peine partis que ta mère commence à me les briser, dit mon père. On aurait mieux fait de la laisser à Paris ; les voyages, c’est plus de son âge !

Duchemin a levé le capot de sa voiture et met sa main contre le moteur.

--- Vous avez vu Maurice ! dit Duchemin, ça chauffe même pas ! Une sacrée mécanique !

--- Oui, dit mon père, mais moi, je vais repartir, il faut que je m’arrête pour faire le plein, vous me rattraperez.

Nous voilà donc repartis en laissant grand-mère aux Duchemin. C’est pas marrant, mon père et ma mère se font la gueule et ma sœur est plongée dans un magazine. Les jumeaux, eux ils ont de la chance, ils sont jamais tout seuls.

Mon père s’arrête pour mettre de l’essence, il commence à faire chaud alors je bois un grand verre de limonade.

--- Papa ! Regarde ! Les Duchemin qui nous dépassent. Ils vont vite.

Les jumeaux se bagarrent à l’arrière, ils font un tel bazar ! Quand je pense que grand-mère est avec eux, la pauvre, je la plains !

--- Arrête-toi, Maurice ! On va récupérer maman, dit ma mère.

Mon père fait un appel de phares à Duchemin qui se gare dans l’herbe, sur le bas-côté. Mon père se met juste derrière et maman descend.

--- On va reprendre grand-mère, dit-elle à Duchemin.

--- Grand-mère ? Mais elle est pas avec nous ?

--- Comment ! dit ma mère, elle est où alors ? Maurice ! On a oublié Grand-mère !

Je suis certain que mon père s’est retenu pour ne pas dire : « c’est pas une grosse perte » ! Mais, il s’est retenu.

--- On a perdu grand-mère ! On a perdu grand-mère chantent les jumeaux en cœur.

--- Vous, la ferme ! dit Duchemin, je vous en retourne une !

--- Monte, gamin ! On retourne chercher grand-mère, dit mon père.

--- Tu crois qu’on va la retrouver Papa ?

--- Oh, pour ça je ne me fais pas de souci, y’a pas de risque qu’on la kidnappe. Et puis, ta grand-mère en a vu d’autres, mais ce que je sais, c’est qu’elle va pas être de bonne humeur !

--- C’est de la faute des Duchemin, Papa, pourquoi ils l’ont pas prise dans leur voiture ?

--- Si ta grand-mère n’a rien dit, comment qu’ils pouvaient deviner ?

Papa profite que maman n’est pas là pour pousser la voiture au maximum, le compteur marque cent trente !

--- Papa ! Regarde, c’est Grand-mère !

Grand-mère est plantée sur le bord de la route, un foulard sur sa tête et sa cage à la main. Dès qu’elle aperçoit notre voiture, elle agite sa main comme un métronome.

--- Ca, je ne suis pas prêt de l’oublier Maurice! Me laisser ici, en pleine campagne ,toute seule et en plein soleil! Une heure de plus et j’étais rôti comme un poulet !

--- Tas eu chaud Mamie ? dis-je,

--- Mon pauvre gamin, ton père m’aura tout fait…

Mon père ne relève pas, mais il y a des moments, grand-mère, elle est vraiment insupportable.


Le voyage se poursuit, Grand–mère est de nouveau avec nous et la tension n’est pas encore retombé. A midi, on fait une pause. Maman avait préparé des sandwichs au jambon et au saucisson pour tout le monde. Mon père veut ouvrir sa bouteille de vin et Duchemin la sienne. Résultat, ils ouvrent les deux bouteilles. Duchemin, il dit : « Quand on mange, on peut boire, ça éponge ». La mère Duchemin et ma Mère ne sont pas du même avis.

--- Si je ne peux même pas boire un verre en vacances ! dit Duchemin.

--- Quand on conduit, faut avoir les idées claires, dit ma mère.

--- Mais j’ai les idées claires, Janine !

--- Quand on a les idées claires, on oublie pas maman au bord de la route, dit ma mère !

Comme il y a encore pas mal de route à faire, on ne traîne pas trop. Duchemin est bien rouge, surtout son nez. Mon père fixe la route d’une façon bizarre comme s’il était myope. Grand-mère a mis sa cage sur ses genoux, elle contemple ses perruches et dit : « Mes pauvres petites » ! Biscuit, assis sur les genoux de ma sœur, semble apprécier le paysage.

Dans la voiture, il fait une chaleur épouvantable. Les quatre vitres sont ouvertes. Devant nous, la voiture de Duchemin penche toujours autant. Les jumeaux ont trouvé un nouveau jeu, ils font des pieds de nez et tirent la langue à chaque voiture qu’ils croisent.

Nous roulons tout l’après-midi, sans presque nous arrêter et en soirée, nous approchons du but.

--- Ca y est on est en Bretagne! dit mon père, en nous faisant remarquer le panneau : « La Bretagne vous souhaite la bienvenue » !

--- J’espère que Duchemin il va pas tourner deux heures avant de trouver la location, comme l’année dernière. Dit ma mère.

--- Duchemin, il sait pas lire une carte et il veut toujours rouler devant, dit mon père, c’est à chaque fois pareil.

On tourne un peu dans la campagne, Duchemin s’arrête et demande sa route à une personne qui semble être de la région. On roule encore un quart d’heure et on s’arrête. Tout le monde descend de voiture.

Face à nous, une superbe villa ! Monsieur et Madame Loarec, est-il écrit sur la boite aux lettres. C’est bien là ! La mère Duchemin a un sourire jusqu’aux oreilles et reste en extase devant la villa.

--- Tu te rends compte de la belle location, Duchemin ! dit-elle à son mari.

Effectivement, c’est une magnifique demeure, mais une chose me semble étrange, où est la mer ? On devrait la voir, la mère Duchemin avait dit : « la location est à cent mètres de la mer !

--- Regarde ce portail en fer forgé, et tous ces hortensias, que c’est beau ! dit la mère Duchemin.

Une femme nous a vu, elle se dirige vers nous, ouvre le portail et nous demande si nous avons fait bon voyage et si nous n’avons pas eu trop chaud. La mère Duchemin s’avance en se tortillant dans sa petite robe ridicule.

--- Ce fut un excellent voyage, dit la mère Duchemin.

--- Sauf qu’on avait perdu grand-mère, dit l’un des jumeaux.

--- Tu vas la fermer ! On t’a pas sonné, dit Duchemin.

--- Vous verrez, vous allez vous plaire dans votre location, dit la femme, nous l’avons refaite l’an dernier.

--- Oh ! Mais cette villa nous convient parfaitement, dit la mère Duchemin, cela correspond à notre standing de vie, nous sommes d’importants commerçants parisiens.

--- Je ne comprends pas ? dit la femme. Vous dites ? Quelle villa ?

La femme ouvre le portail.

--- Je sors ma voiture et vous me suivrez jusqu’à votre location, dit la femme, ce n’est pas très loin.

--- Mais ! je ne comprends rien ! dit la mère Duchemin, je croyais que la location c’était ici ?

--- Ah non ! dit la femme en souriant, votre location c’est au bord de la mer !

--- Mais où avais-je la tête ? dit la mère Duchemin.

La femme part devant, Duchemin suit derrière et mon père ferme la marche. Nous parcourons quatre à cinq kilomètres sur une route de campagne, puis nous bifurquons dans un chemin de terre. Les trois voitures soulèvent un nuage de poussière énorme. Ca secoue de plus en plus et de hautes herbes bordent le bas-côté. Sans prévenir, les voitures s’immobilisent, avec la poussière on n’y voit rien mais deux espèces de baraquements délabrés se découpent sur l’horizon. Nous descendons de voiture.

--- Nous sommes perdus ? Demande la mère Duchemin.

--- Non ! Répond la femme d’un air étonné, c’est votre location, regardez comme c’est rustique, comme ça sent bon la campagne !

--- Vous n’allez pas dire que c’est ça notre location ! dit la mère Duchemin. C’est pas une maison ça, c’est une cabane.

--- Mais vous avez tout le confort, madame. Nous avons même l’électricité depuis l’an dernier.

--- Et la mer ? Sur votre annonce, c’est écrit que la mer se trouve à cent mètres.

--- Mais la mer est à cent mètres, madame, suivez-moi.

Nous enjambons des broussailles garnies de piquants, passons à côté de trous remplis d’une eau sale et puante et enfin nous apercevons la mer.

--- Mais c’est pas une plage, c’est de la boue ! dit la mère Duchemin.

--- J’ai écrit à cent mètres de la mer, pas de la plage ! Vous ne pensez quand même pas avoir une location à cent mètres de la plage à ce prix-là ? Si vous vouliez une belle plage avec beaucoup de monde, fallait aller à Saint-Cast. Mais vous verrez, ici vous serez au calme. Et en plus, vous ne serez pas seuls, demain j’ai une famille qui s’installe dans la maison d’à côté.

Biscuit revient dans un état épouvantable, le pauvre s’est enfoncé dans la boue jusqu’au cou. Ma sœur n’est pas contente, elle dit qu’il faut le nettoyer et que la pauvre bête aurait pu disparaître dans cette vase noirâtre.

La femme exige la totalité de l’argent de la location et repart.

--- Vous vous rendez compte, Janine ! dit la mère Duchemin, On ne pourra jamais loger ici !

--- Tous comptes fait, dit Duchemin, on aurait peut-être mieux fait de prendre la location de Maurice à Saint-Cast ?

( à suivre)


Mes écrits et dessins : http://bokay.over-blog.org/
















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Par BOKAY - Publié dans : NOUVELLES
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