BIENVENUE











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l'entrepôt
Fred tourne la
tête vers le serveur, lève sa main droite et fait claquer ses doigts.
---Oh, Garçon! Remets-nous ça s'il te plaît.
Puis, il saisit son Canon posé
sur la table et fait défiler les dernières photos une à une, lentement, avec un commentaire pour chacune.
---Ils en veulent cinq! Répète-t-il pour la énième fois, Tiens regarde...
---Tu changeras pas Fred, à chaque fois que t'as une commande pour un canard , tu stresses à mort, t'as peur de pas réussir et tes photos sont toujours les meilleurs.
--- Quelle idée! Des photos des bords de Seine, et en banlieue de surcroît, je me demande ce qu'ils veulent en faire?
---Arrête Fred ! Te prends pas la tête avec ça, tu leur files leurs photos, tu prends le fric et basta...
Le Garçon amène nos
bières, tire une chaise de la table d'à côté et s'installe avec nous. Notre équipement photos a aiguisé sa curiosité, il veut savoir qui nous sommes et ce que nous faisons ici où il n'y a que des
entrepôts abandonnés à perte de vue. Il nous dit qu'autrefois le café tournait bien mais que maintenant la moitié des entrepôts étant vides, le commerce a presque disparu et le quartier se meurt
peu à peu. Je lui explique que j'ai des photos à faire pour un magazine, mais l'homme semble sceptique et se montre particulièrement curieux. Ses questions commencent à m'agacer, alors je
prétexte un rendez-vous, je règle les consommations et nous partons. Dehors il fait froid, le soleil s'est noyé par dessus le pont dans la langueur oranger de la Seine qui scintille encore
faiblement. Pour nous dégourdir un peu les jambes, Fred et moi décidons de marcher le long du fleuve et des immenses entrepôts désaffectés. La faible lumière d'un lampadaire situé juste derrière
nous étirent démesurément nos ombres qui s'allongent telles des personnages de Giacometti. Tout en marchant, nous discutons de choses et d'autres quand soudain notre attention est attiré
par les bruits d'une dispute. Arrivés au croisement des deux ruelles, nous distinguons clairement trois hommes échangeant de vifs propos.
Trop occupé par leur dispute, Ils ne nous ont pas
encore remarqués. Mais brusquement, la querelle prend une autre dimension, ils en viennent aux mains et se bousculent violemment. L'un d'eux exige de l'argent, son argent dit-il, mais les deux
autres lui répondent qu'il n'aura rien. L'homme qui réclame son argent sort soudain un couteau et menace les deux autres. L'un des deux hommes menacés porte rapidement sa main à sa poche et sort
un revolver qu'il tient à bout de bras. Mais l'autre ne lâche pas son couteau, au contraire il le passe alternativement de sa main droite à sa main gauche et continue à avancer comme s'il
ignorait la menace du revolver. Malgré la faible lumière, Fred sort son appareil et tente une photo, un flash illumine la ruelle en même temps que l'homme tire. Le gars au couteau, touché
semble-t-il en pleine poitrine, s'écroule et le troisième se fige sur place, pétrifié par ce qu'il vient de voir. Surpris par l’accélération des événements, Fred a oublié de désactivé son flash.
Le tireur se retourne vers nous à la vitesse d'un éclair, donne un ordre court à son complice et part en courant dans notre direction. Au même instant, Fred et moi détallons aussi vite que nous
le pouvons. Nous avons une bonne centaine de mètres d'avance et réussissons à bifurquer dans une ruelle à gauche avant qu'il ne nous voit. Nous courrons aussi vite que nous le pouvons, nos gros
appareils photos et nos sacs nous gênent dans notre progression, mais pas question de se laisser rattraper. La chance semble être de notre côté, vite nous prenons un chemin à gauche, puis un
autre à droite. Maintenant nous longeons un immense bâtiment partiellement éclairé par un lointain lampadaire. Nous devons quitter cette ruelle au plus vite car nous sommes trop visibles et
donc...Vulnérables.
--- Par ici! Dit Fred, vite, il y a une petite fenêtre, elle est ouverte.
En fait, ce n'est pas vraiment une fenêtre mais une
sorte de soupirail qui permet tout juste le passage d'une personne de corpulence moyenne. Fred et moi sommes plutôt minces et nous nous engouffrons dans cette étroite ouverture assez facilement.
Comme je passe en dernier, je me recroqueville sur l'étroit rebord de fenêtre, puis la referme. Je serre mon appareil photo et mon sac contre ma poitrine et saute dans le vide. La chute est
brutale, je me fais mal à la cheville. A l'intérieur, c'est le noir absolu. Je suis très essoufflé et j'ai peine à reprendre ma respiration. Fred, qui est plus sportif que moi, a déjà retrouvé
son souffle et scrute le soupirail. Après quelques secondes, une ombre passe devant puis revient et s'arrête. A l'ombre, on devine un homme qui se penche, se redresse puis disparaît. Bien que
personne ne puisse nous entendre, nous parlons à voix basse.
---Tu as ton appareil et ton sac Fred?
--- Oui, je l'ai cogné un peu contre le mur, j'espère qu'il n'a pas souffert. Et le tiens?
--- Moi, dis-je, c'est plutôt mon pied qui a souffert, je crois que je me suis foulé la cheville.
Je lève les yeux vers le soupirail.
--- T'as vu comme c'est haut, Fred! On ne pourra jamais repasser par ce soupirail.
En effet, notre chute aurait pu être dramatique,
mais par chance, aucun objet susceptible de nous blesser ne se trouvait à terre. Afin d' y voir un peu mieux, Je sors mon portable et l'utilise comme une de lampe torche. La pièce dans laquelle
nous nous trouvons est immense et la faible lumière ne nous permet pas d'estimer sa surface. Mais pour l'heure, ce qui nous inquiète n'est pas la superficie de cette pièce, mais sa hauteur. Un
simple coup d'œil vers la fenêtre suffit pour constater qu'elle est inaccessible sans l'aide d'une échelle; elle est à au moins trois mètres cinquante de nous. Néanmoins il nous faut essayer,
alors je joins mes mains, les place contre mon ventre et demande à Fred de monter. Il grimpe sur moi, puis pose ses pieds sur mes épaules et s'efforce d'atteindre la fenêtre.
---J'y arrive pas Clovis! Me dit-il.
---Alors pose un pied sur ma tête, tu seras plus haut.
--- Pas la peine, on n'y arrivera pas et en plus le mur est lisse, aucune aspérité.
Fred
redescend. Nous discutons sur la stratégie à suivre et décidons de prendre nos affaires et de partir explorer le sous-sol à la recherche d'une sortie. l'extrémité de la pièce débouche sur un
large couloir au sol bétonné parsemé d'objets hétéroclites, papiers, cartons, bouteilles vides etc...Pour économiser la batterie de nos portables, je récupère des feuilles de papier que je
torsade de façon à former une torche. Après plusieurs changements de direction, une nouvelle inquiétude nous envahit: la peur de nous perdre. Retrouverons-nous le chemin du retour s'il n'y a pas
de sortie? Retrouverons-nous notre chemin jusqu'au soupirail? Maintenant, nous le savons, il nous sera aisé d'atteindre la fenêtre à l'aide des tables, chaises et planches que avons vues dans
divers salles. Nous sommes sur le point de faire demis-tour quand un événement inattendu vient bouleverser nos plans.
---Regarde Fred! La bas, devant, tu ne vois pas une lumière?
---T'as raison, Clovis, il y a comme un point lumineux, Allons voir?
Subitement, mon cœur se met à battre plus fort, enfin nous allons
sortir de cet horrible sous-sol et il est temps. Nous pressons le pas et n'accordons plus d'importance aux divers salles et à ce qu'elles contiennent. La lumière venue du fond du couloir devient
de plus en plus précise, elle ne nous éclaire pas mais nous guide. J'ai rallumé mon portable et le dirige vers le sol par crainte de buter contre d'éventuels objets susceptible de nous blesser.
Les faibles rayons lumineux qui nous ont guidées jusqu'ici nous amènent devant une sorte de barricade faite d'un assemblage de planches entrecroisées qui laissent filtrer la lumière venant de
l'autre côté. Je risque un œil entre deux planches mal jointes.
---Regarde, Fred! ! C'est pas abandonné ici, c'est très clair et propre.
Au delà de cette barrière, faite de planches
assemblées à la hâte, on découvre une vaste pièce recouverte d'un carrelage clair. De puissants néons diffusent une lumière blanche, presque éblouissante, des murs peints en blanc, mais
aucune photos, aucun poster, tout est sobre, trop calme et inquiétant. Nous examinons minutieusement cette barricade et constatons qu'il est possible de passer de l'autre côté. Avec mon portable
j'éclaire Fred qui s'efforce de faire un trou en démontant quelques planches mal fixées . Le passage terminé, Fred traverse le premier, je lui passe nos sacs, puis le rejoins. Nous
sommes de l'autre côté, dans un monde totalement étranger et inquiétant. Je ne veux pas effrayer Fred, mais je suis mort de peur. Je remarque immédiatement que l'espace est chauffé et
j'en déduis que cet endroit est occupé. Je recommande à Fred de faire attention, et nous progressons lentement en évitant de nous exposer à la vue d'un éventuel visiteur. De l'immense
salle, part un couloir qui semble être utilisé fréquemment car le sol carrelé est très propre. Soudain,Fred porte la main à son oreille et s'immobilise.
---Écoute Clovis, on entent comme des gémissements!
---C'est vrai, t'as raisons, on dirait des gens qui se plaignent ou qui essayent de crier.
---Je crois que ces bruits viennent d'en face ? Dit Fred, et si on y allait?
Nous nous regardons et nous sommes
prêt à aller voir ce qui se passe, lorsqu'un bruit de roulement vient contrarier notre projet. Nous nous plaquons contre le mur, à un endroit mal éclairé et retenons notre souffle. Le bruit
devient de plus en plus précis et se rapproche. La peur nous envahit et nous restons immobiles aplatis contre le mur. Du fond du couloir, apparaît comme un chariot, poussé par un homme. En fait,
il s'agit d'un brancard et l'homme qui le pousse est habillé en blanc. Une forme arrondi présente au dessus laisse supposer qu'il transporte une personne. L'homme traverse la grande salle puis se
dirige vers une porte métallique qui s'ouvre automatiquement à son approche et se referme après son passage. Les gémissements s’amplifie quand la porte métallique s' ouvre. Nous n'osons pas
bouger, nous sommes comme pétrifiés, partagés entre la curiosité d'en savoir d'avantage et le désire de quitter ce sous-sol inquiétant et mystérieux. Nous avons l'impression de nous trouver dans
le sous-sol d'un hôpital, mais j'en suis certain: il n'y a pas d'hôpital ici!. Nous sommes désemparés et ne savons que faire. Que ce passe-t-il ici, dans les sous-sols de cet entrepôt
oublié et désaffecté depuis des années. Un quelconque trafique? Mon pied me fait souffrir et je ne me sens pas capable de prendre la fuite si c'était nécessaire. Fred lui, se montre impatient de
savoir ce qui se trame ici, il ne tient plus et me fait part de son intention de se rendre en face et de se présenter face à la porte, d'où viennent les gémissements.. Moi, je me contente de
porter mon appareil photo à hauteur de mes yeux et de faire une dizaine de clichés. Fred ne tient plus, il se retourne vers moi, me fait un clin d'œil et part comme une flèche. En quelques
secondes, il franchit la grande salle, puis se retrouve face à la porte métallique. Au même instant, j'entends des bruits de pas qui résonnent dans l'espace vide. Des personnes approchent, elles
sont plusieurs, je les entends même parler. Fred s' approche de la porte métallique qui s' ouvre. Lui aussi il entend les pas, comprend qu'il n'a plus le temps de faire demi-tour et franchit la
porte qui se referme derrière lui. Je suis affolé et mon cœur se met à battre à une allure folle. La porte métallique est tout juste refermée que les hommes se présentent et qu'elle s'ouvre à
nouveau. Le groupe est composé de cinq personnes, quatre hommes et une femme. Les hommes portent vestes ou blousons et la femme est vêtue en blanc, comme une infirmière. Fred lui, a
disparu, je suppose qu'il s'est caché à l'intérieur et j'espère qu'il n'est pas en danger. La porte métallique s'ouvre à nouveau, ce n'est pas Fred mais deux hommes qui en sortent, l'un deux
tenant un attaché-case et l'autre un carton qui semble assez lourd. Les hommes s'arrêtent et scrutent les quatre couloirs avec une attention particulière et semblent se diriger dans ma direction.
Sans perdre de temps, je saisis nos deux sacs et me précipite de l'autre côté de la barricade en bois, dans le noir. Dès qu'ils s’éloignent, je replace quelques planches pour masquer le
trou et me tiens en retrait, dans le noir complet. Je comprends qu'il serait très imprudent de sortir, j'attends Fred pendant une bonne heure puis décide d'agir. Inutile de traîner plus longtemps
ici, je place un sac sur chaque épaule, allume mon portable et refais le chemin inverse aussi vite que mon pied me le permet. Je retrouve facilement la salle par laquelle nous sommes entrés, je
récupère un long bastaing et l'utilise en guise d' échelle pour atteindre la fenêtre.
Dehors, le vent glacial me saisit et le lampadaire, toujours allumé , projette mon ombre sur le bâtiment. Je me sens vulnérable. Le silence m'oppresse. Je n'entends que le bruit du vent qui
siffle sur les tuiles des bâtiments. Mon pied me fait souffrir et je sais qu'il me serait impossible de courir si cela s'avérait nécessaire. Je descends en direction de la Seine, passe dans la
ruelle où un homme a reçu un coup de revolver, mais ne vois aucune trace de l'agression. L'homme a-t-il survécu au coup de feu ou bien est-il mort? Je ne cherche pas à élucider l'énigme, je
presse le pas car j'ai hâte d'arriver à ma voiture. Maintenant, je longe la Seine, le vent froid me cingle le visage.La bas, entre le pont et le café j'aperçois ma voiture. Je suis rassuré. Je
démarre et pars à la recherche d'un commissariat.
---Résumons-nous, dit le lieutenant, vous prétendez que votre ami se trouve dans les sous-sols d' un entrepôt désaffecté, prisonnier de personnes en blouses blanche?
---C'est exacte, Monsieur l'inspecteur, Vous avez vu les Photos!
L'inspecteur tourne sa tête de droite et de gauche, pose ses yeux
interrogatifs au hasard des objets se trouvant dans la pièce et sort. Je reste seul quelques minutes, puis il revient.
---J'ai appelé le commissaire, me dit-il, il sera là d'ici peu.
Je retourne m’asseoir, seul au milieu d'un banc qui occupe tout un côté du
couloir. Un policier est assis au bureau, un sandwich traîne près du clavier de son ordinateur et une radio diffuse des message continuellement. C'est incroyable tout ce qui se passe dans une
grande ville la nuit. C'est aussi un autre monde, en fait nous ne vivons pas dans le monde, mais dans des mondes, très différents les uns des autres. Je pense à Fred, où est-il en ce moment,
a-t-il réussi à s'échapper? Et s'il l'attrape ... L'homme se lève de son bureau et vient vers moi.
--- Ça ira votre pied, pas trop douloureux? Quand vous aurez vu le commissaire, nous vous emmènerons aux urgences.
Le commissaire est un homme de forte corpulence, au visage carré et à
l'allure autoritaire. Je lui donne une bonne quarante à quarantaine. Il écoute mon récit sans m'interrompre, en mimant un oui de la tête à certains moment.
---C'est certainement des trafiquants, ça foisonne dans ce quartier. Est-ce que vous pouvez nous conduire jusqu'à cette fameuse "fenêtre", vous n'aurez pas à marcher, juste nous montrer le
passage?
Sept heure du matin, je suis dans une voiture de police devant
la petite fenêtre par laquelle Fred et moi sommes passés. Une vingtaine d'hommes fortement armés sont prêts à intervenir. J'explique une dernière fois le chemin qu'il faut emprunter
et me propose même de les conduire, mais le commissaire refuse. Pour accéder au sous-sol, ils utilisent une corde retenue par deux hommes. Je prétexte le besoin de me dégourdir les jambes pour
sortir de la voiture. Les hommes attentent le signal pour partir; je leur demande de faire attention car j'ai laissé nos deux sacs contenant nos accessoires photos dans la pièce. Je me
penche vers la fenêtre pour indiquer l'endroit des sacs quand au même instant...
---Go, allez les gars on y va!
je suis tout prêt de la fenêtre,
impossible de résister, sans réfléchir et sans penser aux conséquences, j'attrape la corde et me jette dans le vide. l'un des policiers à essayé de m'arrêter, mais j'ai été plus rapide que lui.
Les hommes descendent à une telle vitesse, qu' à peine le temps de me retourner, ils sont déjà quatre ou cinq. Le chef me cherche, mais je ne lui laisse pas le temps de m'incendier d'injures, je
file dans le couloir.
--- Suivez-moi, c'est par là, dis-je.
Et à l'aide de mon portable je m'efforce de garder un peu d'avance. Les policiers disposent de torches très puissante et je découvre les lieux une deuxième fois. Certaines pièces sont
encombrées par de grosses machines industrielles et de gros bidons en fer. Nous marchons à trois de front, moi et un policier de chaque côté. A l'approche de la barrière en bois, le calme semble
être revenu. Les policiers ne font pas de bruit afin de profiter de l'effet de surprise. Je tente un regard furtif de l'autre côté. Je me demande subitement si je ne suis pas sujet à des
hallucinations, je me ressaisis et frotte mes yeux. Mais j'ai bien vu, c'est bien Fred qui est dans la salle en grande discussion avec un homme et une femme en blouse blanche. Il ne me paraît pas
le moins du monde menacé, au contraire je le vois même rire et plaisanter. Je n'ai pas le temps d'informer le capitaine car il vient juste d'ordonner l'assaut. La barrière saute en éclat au
premier coup de bélier et en quelques secondes tous les policiers se retrouvent de l'autre côté, armes au poing. Fred et Les deux hommes en blanc llèvent aussitôt les mains en l'air.
J'avance vers Fred.
--- Mais qu'est-ce que c'est ça ? Dit Fred. Où étais-tu ?
--- Ne te voyant pas revenir, je me suis rendu à la police pardi ! Et ils sont venu pour te libérer, mais qui sont ces types ?
--- Ah tu vas être étonné ! Ce ne sont pas des trafiquants comme nous le pension, mais une équipe de tournage pour la nouvelle série médicale sur TF1. Ils ont loué ses entrepôts abandonnés
qu'ils ont décorés et aménagés.
--- Et les gémissements alors ?
--- Tout simplement des enregistrements sur CD.
Le commissaire se tourne vers moi, je sens que ça va être ma fête.
--- Vous vous fichez du monde ! Vous vous rendez bien compte de la situation dans laquelle vous nous avez mis ! Je vais passer pour un guignol moi ! Vous allez venir avec nous au
commissariat, nous avons certains points à clarifier !
Le commissaire m'a passé un savon, mais le pire... C'est que lui il va traîner cette casserole jusqu'à sa retraite.
BOKAY
Tornade en Normandie
Fin août
Léa se plante au milieux de la petite route de campagne, croise nonchalamment
ses bras et regarde le camion de déménagement s'éloigner. Le premier virage le fait disparaître derrière un bouquet d'arbres au feuillage épais. Léa ne l'a pas quitté des yeux, jusqu'au
bout, jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement. Ce camion vient de déposer toutes ses affaires, ainsi que les souvenirs qui s'y accrochent dans une petite maison isolée, perdu à l'extrémité d' un
village normand. Maintenant la vie, sa vie, est devant elle et tout est à construire ici. Elle, qui jusqu'à présent n'a connu que la ville, la voici en pleine campagne, ce n'est pas un choix
délibéré, c'est le seul logement convenable qu'elle a trouvé à une distance et à un prix raisonnable de son nouvel emploi. Pourtant, elle l'a voulu et désiré de toutes ses forces ce changement
radical, mais tout changement comporte une part d'incertitude et interrogations. N'en pouvant plus de cette vie mouvementé et des brutalités constantes de son compagnon, Léa projetait ce départ
depuis plus d'un an... Loin, n'importe où, à condition que se soit avec sa fille et qu'elle ait un travail. Perdue dans ses pensées où tout se bouscule et se mélange, Léa sens soudain la main de
sa fille qui entoure une jambe de son jeans et la serre de toutes ses forces.
--- Qu'est-ce que t'as Maman, t'as l'air triste, c'est parce que Papa est pas Là?
--- Mais non Anaïs, tout va bien, regarde comme c'est beau ici. T'as vu toute la place que t'as pour jouer?
--- Mais Maman, j'ai pas mes copines, je vais m'ennuyer ici!
--- Demain, je vais te montrer ta nouvelle école, je suis certaine qu'elle va te plaire et que tu te feras de nouvelles amies, encore plus qu'à Antony.
--- Et Papa, il viendra nous voir?
--- Mais oui, aller rentrons.
La pièce est envahit de cartons, il y en a partout, un de ces
bazars capable de vous ficher une migraine pour la soirée. Alors, sentant monter en elle un sentiment mêlé de cafard et d'insécurité, Léa se laisse tomber sur une chaise encore tout entortillée
de papier kraft, pose ses coudes sur ses genoux et balaie du regard cette pièce étrangère envahie de cartons et d'objets hétéroclites. Mais subitement elle se ressaisit, se lève d'un bond et
commence à ranger...
Léa est préparatrice en
Pharmacie, elle a trouvé un poste à Pont l'Évêque, ville située à une quinzaine de kilomètres de sa nouvelle maison. Un problème se pose en priorité, il est urgent qu'elle trouve une nourrice
pour Anaïs. Léa poste une annonce sur un site internet et reçoit plusieurs propositions. Elle convoque cinq personnes chez elle et finit par choisir une jeune femme d'une vingtaine d'années
prénommée Marie. La jeune femme habite le village, détail qui à son importance notamment pour accompagner Anaïs à l'école et qui accepte un salaire nettement plus bas que les autres
candidates.
Une semaine s'est passée, Léa
est épuisée par l'emménagement de sa nouvelle maison qui lui prend toutes ses soirées. Heureusement qu'elle a Marie, la jeune femme se montre très sérieuse et disponible. Souvent même elle reste
tard le soir pour aider Léa à déballer ses cartons et ranger les vêtements dans les armoires. Les deux femmes s'entendent bien, on peut même dire que peu à peu s'installe entre elles une agréable
complicité. Léa se confie de plus en plus à Marie qui devient bientôt une confidente. Anaïs aussi, aime beaucoup sa nouvelle nourrice, surtout que Marie se montre douée pour lire des contes et
raconter des histoires. Parfois, au court du récit, quand un animal menaçant s'approche, Anaïs prend peur mais la page suivante, quand le danger s'éloigne, elle prend une grande aspiration et son
visage s'illumine. Marie est décidément une personne agréable, courageuse mais reste assez vague en ce qui concerne sa vie. Cependant, un jour qu'ensemble elles trient des vêtements, Marie se
tourne doucement vers Léa
--- Vous commencez à connaître ma vie Madame, mais j'ai... Comment dirais-je... Un secret, un grand secret que très peu de personnes connaissent. Voulez-vous le connaître?
Étonnée de cette proposition inhabituelle, Léa
garde le silence quelques secondes, regarde Marie et répond affirmativement par un léger mouvement de la tête.
---Mon secret madame, c'est que j'ai … Ne riez pas madame, j'ai un don. J'ai comme des flashs, des visions d'événements qui sont sur le point de se produire. Par exemple, je savais que j'allais
travailler chez vous et ce, avant même de vous connaître.
Léa se fige, regarde Marie dans les yeux attendant d'elle d'autres précisions ou explications, mais rien et elle ajoute simplement:
---Voilà Madame, je voulais seulement vous le dire.
Voilà deux mois que Léa
est dans sa nouvelle maison, son travail à la pharmacie se passe bien, elle s'est même faite une amie parmi ses collègues. Le père d'Anaïs prend parfois des nouvelles de sa fille mais ne
verse aucune pension. Léa s'occupe des affaires de Succession et d'assurances, suite aux décès de ses parents survenus l'année dernière dans un accident d'avion qui fit une vingtaine de morts. De
son côté, le notaire n'est pas resté inactif, il parle d'un éventuel acquéreur pour la maison de ses parents. Cette imminente rentrée d'argent arrive à point car avec les frais occasionnés par le
déménagement et le salaire de la nourrice, Léa est souvent dans le rouge à sa banque. Même si la somme attendue sera partagée avec sa soeur, Léa s’attend à recevoir plusieurs centaines de
milliers d'euros. Marie donne toujours une entière satisfaction et Anaïs s'habituer à sa nouvelle école. En ce moment, c'est les vacances de la Toussaint, Marie vient garder Anaïs toute la
journée. Elle s'occupe de tout dans la maison. Ce matin, quand Marie entre dans la maison, elle arbore un très large sourire.
--- Madame, j'ai une bonne nouvelle pour vous, j'ai eu un flash très précis cette nuit, la maison de vos parents à trouvé un acquéreur. Je peux même vous dire que c'est un couple de retraités de
Caen qui va l'acheter. J'ai vu tous cela clairement, comme si j'y étais.
--- Vous en êtes certaine, Marie? Ça, c'est une bonne nouvelle. Et ça tombe à point, mon banquier va arrêter de me harceler avec mes découverts. Tenez Marie, si vous avez vu juste, je vous offre
le restaurant.
--- Oh oui j'ai vu juste! Je ne me suis jamais trompé, Madame. Il ne faut pas vous sentir obligé, pour moi c'est naturel. Mais surtout ne parlez de cela à personne, c'est un secret que je vous ai
confié.
--- C'est promis Marie.
Deux jours plus tard, quand Léa rentre de la Pharmacie, elle trouve une lettre du notaire dans son courrier. Elle se saisit du premier couteau venu et ouvre l'enveloppe d'un geste rapide.
Elle lit rapidement, mais ne voit en fait qu'un chiffre. Elle approche la lettre tout près de ses yeux, comme le ferait une personne myope et prononce lentement et distinctement à haute
voix: « Deux cent trente cinq mille euros »! Vous vous rendez-compte Marie! Alors Léa saute de joie, prends sa fille dans ses bras, l'embrasse et la serre jusqu'à l'étouffer,
puis se jette dans les bras de Maris, l'embrasse et la remercie, comme si c'était elle qui avait vendu la maison. Pour Léa, tout va bien, c'est le dernier dimanche des vacances de la Toussaint et
comme promis, Léa invite Marie au restaurant. Le lendemain soir, quand Léa rentre de son travail, Marie ouvre la porte et tombe en larmes dans ses bras.
--- Qu'est-ce qui se passe Marie, il est arrivé quelque chose à Anaïs?
--- Non Madame, rassurez-vous Anaïs va bien, c'est autre chose. Un malheur vous guette. J'ai eu a nouveau un flash. C'est votre Maison.
--- Comment ma maison?
--- Un incendie, Madame. J'ai vu des flammes tout autour de votre maison. Je n'ai pas vu de victime, mais j'ai vu beaucoup de flammes. Mais je ne sais pas quand. Alors faites très attention.
La première fois que Marie a parlé de ce
soi-disant don, Léa n'y croyait pas, mais après sa prédiction de la vente de la maison de ses parents, elle a changé d'avis et se pose des questions. Est-ce pur coïncidence ou bien Marie
possède-elle véritablement un don surnaturel? Toujours est-il, qu'à partir de maintenant, Léa va se montrer particulièrement prudente envers tout ce qui pourrait déclencher un incendie. Trois
jours plus tard, il est près de minuit, Léa éteint le téléviseur et se dirige vers le lit de sa fille, se baisse et l'embrasse sur la joue, doucement pour ne pas la réveiller. Quand elle relève
la tête, son attention est attirée par une lueur venant de l'extérieur. Elle se précipite dehors et aperçoit aussitôt la cabane de jardin en flammes. Elle appelle aussitôt les pompiers, mais
quand ceux-ci arrivent il ne reste que quelques flammèches car le cabanon a totalement brûlé. Les Pompiers ont rassurés Léa en lui expliquant qu'il y avait peu de chance que l'incendie se
propage à la maison car la distance entre les deux bâtiments était trop grande. Toujours est-il que Marie l'avait bien prévu, et maintenant Léa en est certaine, Marie possède véritablement un don
extraordinaire, et que désormais elle prendrait les flashs de Marie très au sérieux. Maintenant, les choses sont rentrées dans l'ordre, souvent Léa demande à Marie si elle ne voit rien
concernant sa fille, maladie grave ou accident par exemple, mais Marie la rassure et lui dit que si un événement important se préparait elle le saurait. Financièrement, les choses se sont bien
arrangées pour Léa, la maison de ses parents à été vendu à un couple de retraités de Caen, comme l'avait dit Marie et Léa a eu l'heureuse surprise de voir son compte courant crédité
de la somme représentant la moitié de la maison de ses parents. Bien sûr Léa a mis Marie au courant de ses affaires, elle est en somme une ''assurance supplémentaire'' On ne sait jamais et
restons prudent.
Nous sommes en décembre, il fait doux et très venteux. La télévision nous montre des paysages apocalyptiques d'arbres
déracinées, de maisons démolies, notamment en Bretagne et en Vendée. Quand Marie arrive chez Léa, elle est plus excitée que jamais.
--- Cette nuit, j'ai eu un flash terrible, dit-elle d'entrée sans même prendre le temps de dire Bonjour. Pont-Évêque va être touchée par une tornade d'une ampleur inimaginable, la ville entière
ainsi que d'autres villes de la région seront complètement rayées de la carte, il ne restera rien. Plus un seul édifice debout.
--- Et notre village, ici, ce sera la même chose?
--- Non, ici aucune crainte, tout juste un peu de vent, mais aucun dégât.
--- Et quand voyez-vous cette catastrophe, cette nuit?
--- Non, probablement la nuit prochaine ou celle d'après au plus tard. A ce propos, Madame je voudrait vous demandez quelque chose.
--- Dites Marie, je ferais de mon mieux.
--- Voilà Madame, j'ai pas mal d'économies à la banque et comme celle-ci ne sera plus qu'un tas de ruines, je risque de tout perdre, puisque les ordinateurs eux-mêmes seront détruit, aucun moyen
de prouver l'existence de cette argent. Je vais retirer tout mon argent et le mettre dans un coffre que je vais acheter ce jour-même. M'autorisez-vous à placer ce coffre chez vous, avec l'argent,
je dois avoir environ vingt-cinq mille euros.
Léa est toute
retournée par les propos de Marie. Plus de banque, plus de Notaire, plus de trace. Elle se dit qu'elle aussi devrait retirer tout son argent tant qu'il en est encore tant. Je ne peux prendre le
risque de perdre deux cent trente mille euros, se dit-elle. Même si Marie se trompe, et elle ne s'est jamais trompée, le risque est trop important. S'il ne se passe rien, je remettrai l'argent et
c'est tout.
--- Eh bien moi, je vais faire comme vous, dit Léa, je vais acheter un coffre et retirer tout mon argent aussi. J'appelle ma banque de suite pour qu'elle me prépare la somme.
--- Mais pourquoi ne laissez-vous pas le coffre chez vous? Demande Léa.
--- Vous savez, ma mère s'est remariée et mon argent ne regarde pas mon beau- père, moins il en sait, mieux c'est.
--- Vous avez parfaitement raison Marie.
Le Soir même, les deux coffres sont dans une armoire, bien en sécurité. La tornade va s'abattre sur la ville la nuit prochaine. Tout énervée par cette affaire de tornade et surtout contrariée par
une telle somme d'argent dans son armoire, Léa n'arrive pas à dormir, alors elle décide de trier tout un tas d'affaires qui, depuis son emménagement sont restées dans les cartons. Il est
deux heures du matin et Léa continue à ranger des affaires. Maintenant elle s'attaque aux livres. Machinalement et tout en rangeant, elle feuillette les pages d'un coup de pouce rapide. Soudain,
elle s'aperçoit qu'elle a emporté par mégarde le livre sur les voitures de courses de son ex-compagnon. Elle en feuillette brièvement les pages quand tout à coup une photo tombe à terre.
Elle se baisse, la ramasse et la porte à hauteur de ses yeux. Non! Mais c'est pas possible!
Le lendemain, quand Marie arrive chez Léa, elle arbore un
large sourire et prend des nouvelles d'Anaïs. Léa lui fait quelques recommandations, rien de différent des autres jours. Marie en rajoute pour garder sa crédibilité car le temps à changé, les
températures ont chuté de 10 degrés en deux jours et de la neige est annoncée, mais rien n'y fait, elle confirme qu'elle a de nouveau eu des flashs et que la tornade frappera Pont-l'Évêque
dans la nuit. Léa répond que tout cela est bien triste, qu'on était impuissant contre de tels phénomènes et part à son travail. Au travers de la vitrine de la Pharmacie, Léa remarque que la
neige tombe assez fortement. A quinze heure, coup de téléphone de Marie. Elle dit que sa mère est tombée, qu'elle est dans un état grave à l'hôpital et de ce fait qu'elle ne pourra pas
aller chercher Anaïs. Léa lui dit de ne pas s'inquiéter, qu'elle va trouver une solution pour sa fille. Léa explique la situation à son patron et lui demande de quitter son travail plus tôt.
Quand Léa quitte Pont-l'Évêque, les routes sont déjà toutes blanches et glissantes. Plusieurs voitures ont même quitté la route et se retrouvent dans le fossé. La petite route qu'emprunte Léa
pour ce rendre chez elle est encore plus mauvaise et la neige tombe de plus belle. Au loin, Léa remarque qu'il y a eu un carambolage, Trois véhicules sont concernés. Léa ralentit, jette un coup
d'œil vers les voiture et... Surprise, mais c'est la voiture de Marie.
Quand Marie aperçoit Léa, son visage se fige brusquement, ses
yeux s'arrondissent et ses mains tremblent. Elle s'adresse à Léa d'une voix hachée et apeurée.
--- Je… Je suis désolé Madame, je n'ai pas pu m'occuper d'Anaïs, ma Mère est au plus mal
---Ah tien! Et mon Ex, vous êtes bien son amie? Il est pas malade lui au moins. Et puis, comme je suis là, je vais vous donner les clefs de mon coffre-fort, il est tout neuf, se serait dommage de
l'abîmer. En ce qui concerne l'argent qu'il est sencé contenir, ne vous faites pas trop d'illusions, il ne contient que de quelques coupures de journaux.
--- Mais Madame je ne comprends pas...
--- Tenez, prenez les clefs, et ne vous éloignez pas trop, demain vous allez être convoquée par la gendarmerie pour répondre d'une tentative d'escroquerie.
---Je ne comprends rien Madame...
---Arrêtez votre numéro Marie, j'ai découvert qui vous étiez... Enfin, juste à temps, en trouvant une photo de vous dans un livre de mon ex. Votre plan a failli réussir mais avouez
que cette fois-ci, vos dons de voyance vous ont définitivement abandonnés.
BOKAY
Bouteilles dans la Dordogne
Fin juin. Le lycée est terminé, je dirais même, enfin terminé, ouf!
Il y a une dizaine d'années, mes
parents ont achetés une maison dans le Périgord, à la Roque-Gageac, une petite localité située au pieds de magnifiques rochers et à quelques centaines de mètres de la Dordogne qui à cet endroit
est peu profonde et coule rapidement. Pour moi cette maison, que le passant ne regarde même pas tant elle semble banale, est source de plaisirs et d'émerveillements quotidiens. Chaque année mon
père consacre une partie de ses vacances à effectuer divers travaux pour la rendre plus agréable. Maintenant que les gros travaux sont terminés, il s'attarde sur les finitions et divers détails.
Ma mère elle, s'occupe des fleurs et fait du bronzage quand il fait beau, c'est à dire chaque jour. Mes parents étant tous deux enseignements, nous y passons chaque année la totalité de nos
vacances d'été.
Bien qu'il
m'arrive de donner un coup de main à mon père, les vacances ici, c'est d'abord et surtout les copains et maintenant les copines. Ma sœur Léa est un an plus jeune que moi, nous nous
entendons bien et sortons souvent ensemble.
Cette année il fait particulièrement chaud et ma sœur à pris l'habitude de partir, à peine le repas du midi terminé, se faire bronzer sur les bords de la Dordogne. Elle s'y est même fait une
nouvelle amie. Une fille de Lille qui se prénomme Maud et qui parait-il est super sympa. Moi cette année, mon copain Brice m'a branché sur la pêche. Sans même me demander si cela me plaît,
il vient me chercher à six heure du mat. Conséquence de ce réveil matinal, je fais une longue sieste l'après-midi. A vrai dire, ça commence à me gonfler la pêche, surtout que l'après- midi je
préfèrerais aller sur les bords de la Dordogne ou faire du canoë. Mais cet aprèm, j'ai pas trop envie de faire une sieste, ma sœur n'arrête pas de nous parler de sa nouvelle copine et je voudrais
bien voir à quoi elle ressemble cette Maud! Le repas terminé...
--- Attends-moi Léa je pars avec toi.
--- Dépêches, Maud m'attend, on se retrouve à la vielle bergerie avec des copains.
--- Ça te plaît vraiment la pêche, on se voit plus maintenant?
--- C'est Brice, tu le connais il peut rien faire tout seul, et en plus il vient me chercher. faut que je trouve un truc pour plus y aller, mais je veux pas le vexer.
--- T'as qu'a lui dire que chaque matin il réveille maman et qu'elle n'apprécie pas du tout.
--- Ouai, c'est une idée.
Léa a souvent de bonnes idées, je ferai comme elle dit. En route
nous parlons de choses et d'autres. De son année scolaire qui n'a pas été très brillantes, puis des copains. Ils ne sont pas encore tous arrivés, certains repassent le bac et arriveront la
semaine prochaine...
Le soleil chauffe fort cette année, nous marchons sur le trottoir et je
propose à Léa de descendre le long de la Dordogne afin de me mouiller la tête, ça me réveillera car d'habitude à cette heure je fais la sieste. L'eau coule rapidement et laisse entendre une sorte
de gazouillis particulier que j'avais presque oublié. Au milieu de la rivière, c'est un défilé continue de canoës de différentes couleurs. Souvent, les occupants parlent forts et on entend des
bouts de phrases et des mots dans différentes langues étrangères. Léa plonge son regard jusque sur l'autre rive, puis s'attarde sur deux canoës qui se percutent, retient son souffle, puis aspire
un grand bol d'aire. Moi, je balance mon sac à terre, pose un pied sur une pierre et joins mes deux mains de façon à ce qu'elles forment un récipient que je remplis d'eau. A plusieurs reprise je
m'asperge copieusement le visage, l'eau ruisselle dans mon cou et rafraîchit tout mon corps.
--- Les gens sont dégueulasses, dit Léa, regarde il y a de tout dans la rivière, des boites en plastique et même des bouteilles!
--- C'est vrai, dis-je, ils sont dégueulasses.
Machinalement, je balaye la rivière d'un regard rapide et fais le
même constat. A côté d'un pot de yaourt et d'un emballage plastique, flotte une bouteille de vin. Elle est vide bien sûre mais je devine quelque chose à l'intérieur. Ma curiosité me pousse même à
me pencher et à la sortir de l'eau. Effectivement,un papier plié se trouve à l'intérieur et un bouchon de champagne assure l'étanchéité. La curiosité me pousse à en savoir davantage, je serre la
bouteille entre mes jambes, saisis le bouchon à pleine main et m'efforce de l'ôter de la bouteille. Il est bien serré, il me résiste un instant puis cède lentement.
Léa me regarde, les yeux fixés sur cette
bouteille qu'elle trouve bien étrange. J'introduis mon doigt à l'intérieur du goulot, je tournicote en tous sens mais sans parvenir à sortir le papier.
--- prends ça! Dit Léa en me tendant une brindille droite et rigide.
Je saisis vivement la brindille
que Léa me tend, l'introduis dans le goulot et exerce un mouvement rapide de va et vient qui fini par avoir raison de ce papier récalcitrant. Je le déplie et lis:
Cher étranger
Si tu trouve cette bouteille, tu a peut-être un trésor en t' a possession.
Je suis vielle, j'ai une maladie grave et je vais bientôt mourir. Si tu veux entré en possession du trésor que j'ai caché pour toi, il faut suivre ces simple instruction:
« Remonte la Dordogne jusqu'au pont qui mène à Cénac et Saint Julien. Près du pont il y a une petite ile. Tu va sur cette ile, tu verra un gros saule dont l'intérieur est rempli de terreau
en décomposition. Plonge ta main à l'intérieur, tu sentira une boîte en métal, elle contient un trésor qui désormais t'appartient, mais dépêche toi car j'ai jetée à l'eau plusieur bouteilles.
La solitère
Léa a lu en même temps que moi... Nous
nous regardons... Que faire? Es-ce une vulgaire plaisanterie? Un coup de folie d'une vielle dame riche et originale?
--- On peut toujours y aller, dis-je à Léa, Cénac c'est pas si loin!
--- D'accord mais comment tu veux y aller, à pied? Ça fait quand même un bout!
--- On n'a qu'a demander à Maman de nous y conduire en voiture!
Je mets la bouteille dans mon sac, le mot dans la poche
de mon short et nous faisons demi-tour. En route nous marchons à vive allure. Léa semble un peu sceptique mais ne traîne pas la jambe, elle se contente de répéter: « Rêve pas trop Alex,
on est pas encore millionnaire! ». Elle a raison, mais moi je veux qu'on se dépêche parce qu'il est écrit qu'il y a plusieurs bouteilles.
Maman fait sa sieste, il va falloir être sacrément
persuasif pour lui faire abandonner son activité favorite. Heureusement que Léa est de mon côté, à deux on a plus de chance.
--- Et vous croyez à toutes ces histoires? Dit ma mère.
--- C'est pas vraiment qu'on y croit, dis-je, mais si on y va pas, on ne saura jamais. On y serait bien allés à pieds avec Léa mais si quelqu'un arrive avant nous...
--- Allez M'man, soit chouette, conduis nous! C'est pas si loin,dit Léa.
Sans trop de difficultés nous parvenons à convaincre Maman de nous
conduire à l'endroit précisé dans le message. La voiture est dans la cour et deux minutes plus tard nous sommes sur la route. Par contre Maman ne croit pas du tout au trésor. Ah mes pauvres
enfants! Répète-t-elle, comme vous pouvez être naïfs.
Arrivé au pont, nous trouvons facilement la petite île indiquée dans
le message.
J'ôte mes chaussures, car l’île est entourée d'une eau stagnante et noirâtre qui nous arrive aux genoux. Léa fait de même et me suis. Le gros saule est facilement reconnaissable, il est
situé presque au centre de la petite île. Son tronc, énorme et court, présente une forte échancrure en son centre.
--- Je vais grimper sur tes épaules et regarder comment ça se présente, dit Léa.
--- OK. dis-je.
Je me colle contre le tronc, Léa pose un pied sur mes mains jointes, puis l'autre sur mon épaule et se
redresse.
---Beurk, c'est dégueulasse, c'est pourrit là-dedans.
---Pas grave, plonge ta main dedans et cherche la boite.
--- Pas question que je mette ma main là-dedans, il y a sûrement des bestioles.
Léa s'écarte, puis réussit à s'assoir sur une branche. A terre je vois un bâton sec en forme de fourche, je le ramasse et lui tend.
--- Attrapes Léa, et fouilles l'intérieur à l'aide de la fourche.
Léa enfonce violemment le bâton à l'intérieur du bois en décomposition, mais tout à coup un claquement brutale et sec se fait entendre.
Surprise, elle sursaute, manque de tomber et se rattrape à une branche.
--- Qu'est-ce qui se passe Léa?
--- J'en sais rien, t'a entendu ce claquement!
--- Retire le bâton, c'est peut-être la boite?
Léa retire doucement le bâton, il résiste, une forme métallique semble s'y être accrochée.
elle insiste puis pousse un cri et le lâche.
--- C'est un piège, dit Léa, un gros piège comme ceux qu'on utilise pour attraper les renards. Il s'est refermé sur le bâton que tu m'as donné. Tiens regarde!
Je n'en crois pas mes yeux, un piège à renards munit de dents tranchantes à presque
sectionné le bâton que je lui ai donné. Léa se baisse autant qu'elle le peut, me passe le bâton enserré par le piège et saute à terre. Elle tremble de tous ses membres, je tente de la rassurer et
la prends dans mes bras. D'où nous sommes, notre mère ne peut pas nous voir et donc ignore tout de cet événement. Je m'efforce de réconforter ma sœur, je cherche mes mots, j'improvise et je
me trouve maladroit.
--- C'est fini p'tite sœur, allez c'est tout, tu n'as rien, c'est le principale!
Le piège repose à terre, Il est sale, sa puissante mâchoire à sectionnée la moitié du bâton. Léa
se plaint de son pied, elle s'est fait mal en sautant à terre mais dit que ce n'est pas grave.
--- Tu te rends compte que sans le bâton, j'avais mon bras arraché!
Tout bouleversés, nous retournons à la voiture et racontons notre mésaventure à
notre mère qui nous conseille vivement d'aller à la gendarmerie.
2° partie
--- C'est pour quoi, dit le gendarme, en regardant bizarrement le piège que je tiens dans
mes mains?
L'homme pointe un doigt en direction d'un petit bureau tout encombré
et nous invite à nous asseoir. Je pose le piège sur le bureau et lui fais un récit complet de ce qui nous est arrivé. L'homme m'écoute sans m'interrompre, porte sa mains droite à sa tête et
griffonne dans ses cheveux noirs et raides.
--- C'est encore le cinglé de la bouteille, dit-il. Y'a pas de doute, c'est encore ce malade qui continue. Au début, ça nous faisait plus ou moins rire, nous prenions ça pour de la plaisanterie,
c'était pas trop méchant. Mais là, il devient complètement fou et même criminel. Sa dernière trouvaille avant vous, c'était des boites de préservatifs qu'on devait trouver. Il y avait 10 boites,
mais ce qu'on à découvert c'est que ce malade s'est amusé à les perforer tous, un à un et à les remettre soigneusement dans leur emballage. Avant, c'était une bouteille de pastis qui en fait
contenait du désherbant. Et encore d'autres... Et en plus, il est malin, on n'arrive pas à l 'attraper.
--- Pourquoi vous dite, il. C'est signer: « la solitère »?
--- C'est parce que nous avons retrouvé des traces d' l'ADN et que nous savons qu'il s'agit d'un homme. Pour ça il est pas très malin, il laisse des traces partout.
Nous quittons la gendarmerie tout abasourdis par
ce que nous avons entendu. Sur le retour, notre mère n'arrête pas de nous sermonner. Que nous n'avons rien dans le crâne... Que Léa aurait put perdre son bras... Bref, on à fait une connerie et
il faut encaisser en silence.
Quand nous arrivons à maison, il est déjà cinq
heures, Léa s'assied dans le fauteuil en rotin et appelle sa copine Maud sur son portable. Je ne comprends pas tout ce qu'ils se disent, mais j'en déduis que Maud doit passer à la maison dans peu
de temps. Ça ne me déplaît pas, je vais enfin voir comment elle est. Ma mère retourne se faire rôtir au soleil, je m'installe devant la télé et passe mon temps à zapper, histoire de tuer
l'attente. Je me dis que dans le fond, ce qui nous est arrivés est un sujet qui tombe bien pour débuter la conversation avec cette fille que je ne connais pas.
On frappe. Léa va ouvrir, c'est
Maud. Je tourne négligemment la tête dans sa direction... Mes yeux se figent et mon souffle se coupe tout d'un coup. Quel canon! Une beauté à vous couper le souffle. Je me relève de mon fauteuil,
Léa me présente... Et je reste sans voix devant le corps parfait de cette fille. Je me sens gêné et maladroit, cette fille qui semble sortir tout droit d'une séance de photos m'impressionne. Un
visage assez allongé et des traits fins dégagent une sérénité apaisante mais curieusement je ressens aussi un sentiment étrange, comme si cette fille dégageait... Une sorte de magnétisme. De très
longs cheveux cuivrés tombent en ondulations irrégulières sur un tee-shirt vert et noir. Un pantalon jaune serré moule ses jambes et ses fesses à la perfection. Ses mains assez épaisses,
semblent aussi fortes que celles d'un homme. Le buste est puissant et la poitrine généreuse. Son visage fin semble un peu déconnecté de la robustesse que dégage son corps. C'est Léa qui lance la
conversation, Maud reste sur sa réserve, peut-être que je l'intimide un peu? Ça m'étonne mais bon...En matière de filles, j'en ai pas encore intimidé beaucoup. Maud s'assied dans l'autre fauteuil
en osier et semble accorder beaucoup d'intérêt à notre mésaventure. Elle multiplie les questions, et termine elle-même la fin de nos phrases par:« ça alors, c'est pas possible»! A plusieurs
reprises, elle lève le menton dans ma direction comme si j'avais la réponse aux nombreux points d'interrogations que soulève notre mésaventure. Pour changer de sujet, je pose quelques questions
personnelles à Maud.
---Léa m'a dit que tu habitais Lille?
---Oui, je suis du Nord, dit-elle, une ch'ti.
---Je suis allé plusieurs fois à Lille, dis-je, c'est une belle ville. Je me souviens, il y a une grande librairie dans le centre, place... Oh, j'ai oublié, tu connais?
---Moi, tu sais les librairies...C'est pas un truc qui me branche.
---Oui, mais cette grande place, comment elle s'appelle déjà, elle est toujours bourré de monde.
--- Non, je vois pas, j'ai pas la mémoire des noms de rues et des places et en plus je n'ai pas toujours habité à Lille, avant nous étions à Reims.
---C'est sûre que vous les filles, vous connaissez mieux les boutiques de fringues d 'Euralille que les librairies.
--- Euralille... hem? Oui t'as raison.
--- Bon les filles, je vous laisse, je vais faire un tour il fait moins chaud maintenant.
Maud, elle est canon, mais elle connaît pas
grand chose de sa ville. Elle connait même pas...A ça me revient, Charles De Gaulle, mais oui la place Charles De Gaulle, tout le monde connait à Lille. Je n'arrive pas à me faire à l'idée
que les filles peuvent être aussi nulles dans certains domaines et incollables d'en d'autres. En tous cas, pour une Ch'ti, elle a pas d'accent, mais c'est vrai qu'avant, elle habitait à Reims. Ah
les filles, c'est toujours compliquées!
Je marche en direction de la
Dordogne, au hasard, là où mes pas me mènent. D 'un regard rapide et quasi automatique je balaye le flot de touristes qui se meut tel une fourmilière multicolore, mais je les remarque à peine,
mon esprit est ailleurs, la bouteille et surtout le piège, voilà ce qui me préoccupe. Je m'approche de la berge et entreprends de remonter la rivière en amont, aussi près que possible de l'eau et
je scrute. ''Il y a d'autres bouteilles!'' était écrit sur le message. Si je cherche, j'aurai peut-être la chance dans trouver une autre? Monte en moi un instinct de chasseur, une force ignorée
jusqu'à présent me pousse à chercher. Et à chercher quoi? Justement, je n'en ai aucune idée et c'est ce qui me fascine. Après le coup des préservatifs, du pastis et du piège, j'ai hâte de savoir
ce que ''le cinglé de la bouteille'' à bien pu inventer? Alors, aidé d'une latte de bois récupérée, les yeux collés sur la rive, je fouille les dépôts de feuilles, de branchages et autres qui
sont venus s'échouer et s'enchevêtrer dans les herbes. Après avoir chercher ainsi pendant plus d'une heure, je m'assieds sur une pierre et réfléchis à toute cette histoire. Une idée me vient
subitement: Et si les bouteilles ne dérivaient pas mais étaient posées là, au bord de l'eau par le ''Cinglé''. Bien sûr que c'est ça! Si on jette une bouteille vide à la rivière, elle a peu
de chance de s'échouer après seulement quelques kilomètres, elle est emportée loin par le courant. Donc notre ''Cinglé'' vient lui-même déposer ses bouteilles le long de la rivière et il veut
faire croire qu'elle se sont échouées là après un long voyage. Avec un peu de chance, je pourrais même le rencontrer, il est peut-être complètement différent de l'idée que l'on se fait d'un type
bizarre plus ou moins détraqué. Il a peut-être une allure tout à fait ordinaire, un touriste peut-être? En pleine réflexion sur cette affaire, je ne remarque pas un type qui arrive à ma hauteur à
vive allure, presque en courant. Il a un comportement étrange, il regarde dans toutes les directions, se dresse et tend son cou pour voir le plus loin possible.
--- Vous n'auriez pas vu un petit chien noir avec la tête blanche?
Je ne m'attendais pas à cette question et machinalement, je réponds,
non.
--- Il s'est sauvé, il a disparu comme ça, d'un seul coup, alors qu'il ne se sauve jamais, c'est incompréhensible.
Je réfléchis un instant.
--- Attendez! Un petit chien noir et blanc, dites-vous? Mais oui, ça me dit quelque chose, j'en ai vu un il n'y pas longtemps. Là bas, vous voyez la touffe de fleurs jaunes, et bien quand je suis
passé il y a une dizaine de minutes, il y avait un petit chien comme vous le décrivez, j'ai même trouvé qu'il était rigolos.
L'homme me remercie et pars en courant dans la direction que je lui
ai indiquée. il court, se retourne, s'arrête et scrute en tournant la tête par de rapides saccades. Je me dis que je peux être utile, alors je balance ma latte de bois et je pars en courant.
L'homme décrit des cercles de plus en plus grand autour de la tâche de fleurs jaunes. Il semble nerveux et court en tous sens, mais aucune trace de son chien. Sans prononcer une parole, je longe
la rivière, le dépasse d'une centaine de mètres et fais de même.
Au dessus, la route longe la Dordogne
mais on ne vois pas les voitures. Soudain, le grincement d'un violent coup de frein me fait sursauter, je grimpe jusqu'à la route et aperçois le petit chien noir et blanc tout affolé au milieux
de la chaussée. Par chance, il n'a pas été percuté, je me précipite vers lui, le saisis par son collier et le prends dans mes bras. Il n'est pas agressif, seulement apeuré.
--- Faites attention à votre chien, crie l'automobiliste, j'ai failli l'écraser!
Je veux expliquer
que ce n'est pas mon chien, qu'il s'est échappé et que je suis là uniquement pour aider, mais la voiture est déjà repartie...
L'homme, qui a
certainement entendu le coup de frein, arrive en courant et dès qu'il aperçoit son chien, son visage s'illumine et un énorme sourire barre son visage.
---Faut pas me faire des peurs pareils, ''Black and White''! J'ai pu l'âge de courir comme ça... Tu peux remercier ce jeune homme! dit-il en tournant la tête vers moi.
Le chien fait la fête à son
maître, le lèche partout au visage tout en laissant entendre de petits aboiements aiguës. La scène est banale et d'une simplicité enfantine, mais je me sens ému et fière de moi. L'homme est de
petite taille, sa tête assez ronde est collée sur des épaules larges et le cou est presque absent. De corpulence plutôt forte et trapu, j'estime qu'il doit avoir une cinquantaine d'années. Il est
vêtu d'un pantalon clair et d'une chemisette bleu.
--- Je ne sais comment te remercier, dit l'homme, sans ton aide mon petit ''Black and white'' aurait fini par se faire écraser!
Je
remarque que l'homme me tutoie, je trouve ça normal vu la différence d'âge et je sens dans son regard comme une interrogation.
--- J' habite pas loin et je tiens à te récompenser pour ton aide, si t'as le temps de m'accompagner jusqu'à chez moi, c'est à cinq minutes d'ici...
L'homme marche devant d'un pas vif, son chien tire sur sa laisse comme s'il était pressé de retrouver sa maison. Nous marchons une centaines de mètres dans la rue principale, puis nous nous
engageons dans une ruelle ombragée et fraîche. L'homme se baisse, décroche la laisse de son chien qui fille seul à toute allure et s'arrête devant la demeure de son maître. De l'extérieur, la
maison semble grande, deux larges fenêtres s'ouvrent sur la ruelle et on accède à la porte d'entrée par trois marches en pierres disjointes et usées pas le temps. L'homme lève son
bras vers l'appui de fenêtre et plonge sa main dans une jardinière de géraniums d'où il en retire une clés. A peine la porte est-elle entre-ouverte que le chien force le passage et pousse de
petits aboiements aigus puis effectue quelques pirouettes. L'homme s'écarte d'un pas et m'invite à entrer le premier. La première pièce qui ressemble à un atelier de peintre, est encombrée
de tableaux de grandes dimensions aux couleurs vives. Il y en a partout, aux murs, à terre, contre les chaises. Ce sont des peintures abstraites qui représentent des cubes empilés les uns
sur les autres. Chaque tableau à une couleur dominante, mais la pièce est assez sombre ce qui peut faire penser à des tableaux monochromes.
--- T'aimes la peinture? Demande l'homme, en me voyant tourner la tête en tous sens.
Je réponds que la peinture
m'a toujours intéressée, que j'aime le dessins et qu'un jour j'espère bien me mettre à la peinture. L'homme se redresse subitement, comme pour prendre de la hauteur, je sens que je
l'intéresse, il pose un doigt sur l' interrupteur et aussitôt une lumière venue de différents points de la pièce vient inonder l'atelier. Je me fige sur place, je n'en croit pas mes yeux,
tous ces tableaux sont d'une époustouflante beauté, jamais encore je n'avais ressenti pareille émotion devant des œuvres d'arts.
--- Moi, c'est jean-François, dit l'homme en se tournant vers moi, Et toi?
--- Alex.
--- Et bien Alex, si ça t'intéresse, je vais te montrer mes peintures.
Sans attendre
ma réponse, Jean-François se dirige vers une toile et se lance dans des explications techniques. Doucement, nous faisons le tour de la grande pièce, passant en revue les tableaux qui à ses yeux
présentent le plus d'intérêts. Au fond de l'atelier, je remarque une deuxième pièce, plus petite mais également envahi de tableaux.
--- Ici, se sont mes peintures ''figurative'' dit Jean-François.
Les tableaux que je
viens de voir sont impressionnant, surtout avec l'explication de l'artiste, mais ceux-ci sont plus faciles d'accès et se comprennent sans explication, ce sont des portraits et des nus. Cet homme
est probablement un artiste reconnu car ses portraits sont expressifs et en les regardant, j'ai l' impression de découvrir le caractère de la personne, comme si elle était là, devant moi. Contre
une échelle est appuyée une grande toile, elle n'est pas terminée mais le visage qui est peint sur cette toile ne m'est pas inconnu, à peine une seconde et mes yeux s'écarquillent, je me
rapproche, me positionne de biais puis me recule à nouveau. Mais oui, cela ne fait aucun doute, c'est bien le portrait de Maud. Je ne peux me tromper, elle était devant moi il y a seulement
quelques heures! Voyant l'attention que je porte à ce tableau, Jean-François rompt le silence qui commence à s' installé.
--- Elle est belle, hein! C'est mon dernier modèle, elle s'appelle Sonia. Tu la connais?
Je ne sais pourquoi, mais
à la dernière seconde je change d'avis.
--- Non je ne la connais pas, mais c'est vrai qu'elle est belle, même super canon!
Aucun doute, c'est bien Maud qui est
sur ce tableau, mais pourquoi a-t-elle donné un autre nom que le sien? Je regarde rapidement les autres tableaux ainsi qu'une quantité d'objets hétéroclites éparpillés dans la pièce. Ma
montre indique sept heures. Je dis à Jean-François que je dois rentrer chez moi, que ma mère va s'inquiéter. Le peintre se penche sur une pile de toiles posées à terre, les déplace rapidement une
à une et en retire une.
--- Tiens garçon, c'est pour toi!
--- Mais monsieur, j'ai pas...
--- Acceptes, c'est de bon cœur, c'est pour te remercier de m'avoir rendu mon petit Black and white; encore un conseil: Si un jour tu veux le vendre, contacte-moi avant, mon téléphone est au dos
de la toile...Et n'oublies pas, tu viens quand tu veux et tu apportes tes dessins.
3° Partie
Je suis retourné
chez Jean-François avec mes dessins. Il m'a dit: pas mal; puis il a déplié un chevalet, a posé une toile dessus et m'a tendu une poignée de pinceaux ainsi qu'une boite de tubes et a ajouté:
« Ce sont tes armes, à toi de te battre ! » Depuis une semaine, je viens ici chaque matin et je m'y sens bien. J'arrive à dix heures et je repars autour de midi. L'après-midi, je
vais avec ma sœur sur les bords de la Dordogne où nous retrouvons notre bande copains. Ils sont tous arrivés, ce sont les mêmes que l'année dernière mais par contre on ne voit plus Maud. Ma
sœur non plus ne sait pas ce qu'elle devient. Elle a subitement disparue et ne réponds pas sur son portable. Elle ne vient pas non plus poser à l'atelier. Jean-François l'a attendu hier toute la
journée en vain, elle n'est pas venu et il était furieux. J'ai bien fait de dire que je ne la connaissais pas, comme ça je reste en dehors de cette histoire. Avec les conseils de Jean-François,
je progresse en peinture, j'ai bientôt terminé ma première toile et je la trouve plutôt réussie.
Mais vendredi matin...
--- Tien Alex, tu veux bien aller me chercher une bouteille d'huile de lin dans la réserve?
Je pose mon pinceau
et ma palette, traverse les deux pièces qui servent d'atelier et ouvre la porte de la réserve. C'est la première fois que je pénètre dans cette pièce. Elle est petite, les murs sont en grosses
pierres grises, une sorte d'établi complètement encombré occupe tout un côté et une étagère est accrochée sur le mur du fond. L'odeur de térébenthine et de peintures est si forte qu'elle me
prend à la gorge et je n'ai qu'une envie, c'est de quitter cette pièce le plus rapidement possible. Je balaie des yeux la première planche de l'étagère, tends le bras pour saisir une
bouteille d'huile de lin et me prépare à sortir quand mon attention est attirée par un casier à bouteilles de vin. Je me rapproche, sors une bouteille et la soulève à hauteur de la faible
ampoule. Je la tourne dans mes mains, tâte le goulot puis la repose à sa place. Cette bouteille est exactement la même que celle que j'ai trouvé dans la rivière. Je suis complètement bouleversé.
En effet, celles-ci présentent la même particularité qui est la forme étrange du goulot. Quand sur le bord de la Dordogne j'ai ramassé la fameuse bouteille, j'ai de suite remarqué la forme
inhabituelle du goulot, jamais je n'en ai vu de semblables. Je saisis la bouteille d'huile de lin et sors de la pièce.
--- Eh bien Alex, ça va? T'as l'air tout drôle, qu'est-ce qui t'arrive?
--- Rien, Monsieur, c'est l'odeur dans la réserve, ça va se passer.
--- C'est le métier garçon... Et puis, je t'ai déjà dit qu'ici, y'a pas de Monsieur, tu m'appelles Jean-François.
Mais la découverte de ces
bouteilles m'a tellement bouleversé que je ne suis plus du tout à mon travail. Je prends d'amples respiration et simule un mal de tête.
--- Je crois que tu ferais mieux de rentrer garçon, tu ne feras rien de bien dans cet état.
En chemin, je
n'arrête pas de penser à ces bouteilles. Ce serait Jean-François qui poserait des bouteilles avec des messages et qui... Non cela ne me semble pas possible, pas lui. Et je me torture l'esprit,
retourne dans ma tête des formules toutes faites qui laissent entendre que tout artiste est un peu fou ou loufoque etc...
Le lendemain, je vais chez
Jean-François comme si de rien n'était. Il me demande si je vais mieux, je réponds que oui et je m'installe devant ma toile. Black and White vient se coincer entre mes jambes et ne bouge plus. Il
est marrant ce chien, il est capable de rester ainsi pendant une heure sans bouger un poil. Aujourd'hui Jean-François ne peint pas, il est devant sont ordinateur et semble si concentré que je
n'ose pas lui demander conseil sur un mélange de couleurs que je n'arrive pas à obtenir. Soudain on frappe à la porte. Jean-François va ouvrir: c'est un marchant d'art. Les deux hommes semblent
bien se connaître, ils se tutoient et se balancent des vannes comme de vieux amis.
Puis l'homme vient
vers moi, ne dit rien et scrute ma toile avec attention. Toujours en silence il prend du recule, frotte son menton de sa main gauche, se tourne vers moi et me dit: « C'est bien p'tit tu te
défends ». Puis, il s'éloigne de moi et s'arrête devant une grande toile aux couleurs vives. Il se pose devant, ferme ses bras en croix, incline sa tête à gauche puis à droite et parle doucement
à l'oreille de Jean-François. L'homme doit penser que je ne l'entends pas, mais j'ai une très bonne ouïe et je ne manque rien de leur conversation. Celle-là, je la veux, dit-il, tu me la fais
combien? Vingt milles, dit Jean-François! T'es trop gourmand, dit le marchand, je te la prends pour quinze milles. Dix-huit dit Jean-François, pas un euro de moins. Les deux hommes continuent
leurs marchandages mais ils s'éloignent de moi et je ne comprends plus tout ce qu'ils se disent. Par moment j'entends : « celle-là, OK pour dix milles, celle-ci je te la laisse à cinq
milles. » Une chose est certaine, chaque toile est négociée pour plusieurs milliers d'euros. Je n'en reviens pas car Jean-François ne donne pas l'impression d'être un homme riche, avec son
jeans rappé, sa maison toute simple et un vieux vélo vert appuyé contre le mur de sa cuisine. Les deux hommes reviennent et s'installent dans la première pièce, Jean-François à son ordinateur et
le marchand dans l'unique fauteuil. Je suis si bouleversé par les chiffres que je viens d'entendre que j'ai du mal à me concentrer sur ma toile. Moi qui prenait Jean-François pour un pauvre
Diable qui survit misérablement avec ses peintures, je me sens tout secoué. Je n'ai pas entendu le montant total de la vente mais je suppose que la transaction atteint au bas mot cinquante milles
euros. Je regarde par la fenêtre, j'aperçois un carré de ciel bleu entre les deux maisons situées juste en face et je me dis qu'un petit tour le long de la Dordogne me ferait du bien,
surtout que j'ai repairé une fille canon près des gabarres.
Une semaine s'est écoulée et je ne suis pas encore retourné chez Jean-François. Pas que la peinture ne m'intéresse plus mais je me suis trouvé une nouvelle copine et nous passons beaucoup de
temps ensemble. Je ne lui ai pas parlé de l'histoire des bouteilles, j'ai envie de mener ma propre enquête seul. Un soir, alors que je longeais la Dordogne j'ai découvert une bouteille coincée
dans les roseaux, elle était vide mais cependant je suis persuadé qu'il s'agissait du même type que celle ramassée la première fois.
Comme je parle souvent de Jean-François à Élodie, ma nouvelle amie, elle me demande si elle peux
m'accompagner. Ainsi je pourrai voir ta toile et les autres tableaux dit-elle. Le lendemain, je me rends chez Jean-François accompagné d'Élodie. Une surprise m'attend, c'est Maud qui m'ouvre la
porte. Elle est très étonnée de me voir, s'avance vers Élodie et l'embrasse. Les deux filles échangent quelques phrases banales, juste le temps à Jean-François d'arriver jusqu'à nous une
bouteille de vin à la main. Je fais les présentations, Maud prétexte qu'elle doit partir et prend congé. Elle fait quelques pas dans la rue quand Jean-François saisit la bouteille et la
rappelle.
---Maud! T'as oublié la bouteille pour ton père.
Maud se retourne, reste quelques secondes immobile, prend un air gêné, saisi la
bouteille de vin qu'elle cale aussitôt dans son cabas et repart rapidement.
--- C'est une brave fille, mais je ne sais ce qu'elle a en ce moment, depuis l'accident de sa mère elle est toute bizarre.
---L'accident de sa mère? Mais qu'elle accident? Sa mère je l'ai vu encore ce matin, dit Élodie.
Nous regardons Élodie d'un
air étonné et interrogateur.
---Vous avez l'air étonnés, dit Élodie, vous ne savez pas qui est cette fille? Je vous raconte:
« Je connais Maud depuis
toujours, c'est une Malade, une grande Mythomane. Elle raconte n'importe quoi mais se montre tellement persuasive que celui qui ne la connait pas croit tout ce qu'elle dit. A l'école déjà elle
mentait constamment et de ce fait se retrouvait exclue et tentait de rompre cette solitude et de gagner d'autres amis par de nouveaux mensonges encore plus gros.
4° partie
Aujourd'hui je me suis levé tôt, sans raison particulière, mais comme on dit:«j'ai la pêche!» Élodie doit aller à Périgueux avec
sa mère et moi je vais en profiter pour travailler à ma nouvelle toile.
Je monte les trois marches et frappe plusieurs fois à la porte de Jean-François. Pas de
réponse. Je suis prêt à faire demi-tour quand la porte s'entrouvre doucement. Jean-François est là, devant moi, pas rasé, le regard qui traîne à terre, les cheveux en bataille et la mine
déconfis. Surpris de me voir, il ouvre la porte en grand.
---Ah c'est toi Alex! Entre garçon, installe-toi.
---Je peux? Je ne vous dérange pas, vous avez l'air...
---Au contraire Alex ta visite me fait plaisir... Mais à vrais dire c'est pas toi que j'attendais.
Jean-François me demande de m’asseoir, essaie de s'arranger un peu, raplatit ses cheveux à l'aide de sa
main et me fixe dans les yeux. Je ne reconnais pas l'homme. Un regard perçant que je ne lui connais pas m'hypnotise. Je prends peur et dirige mon regard vers la porte pour m'assurer qu'elle
n'est pas verrouillée. Je repense instantanément aux fameuses bouteilles aperçues dans la pièce du fond. Qu'attend-il de moi? Qui sait ce qu'un déséquilibré de la sorte est capable? Il pose
ses coudes sur la table, serres ses poings, les place sous son menton et commence:
---Tu connais Sonia, ou Maud comme tu veux c'est la même personne?
---Oui, enfin pas plus que ça, c'est surtout ma Sœur qui la connaît.
---Pourquoi, elle ne veut plus venir poser?
---Non garçon, ça c'est rien, ouvre bien tes oreilles. Sonia a répondu à une annonce que j'avais posté sur internet et qui proposait de poser en tant que modèle. Elle a été la première à se
présenter et je l'ai engagé sur le champ. Au premier coup d'œil, j'ai remarqué son corps parfait, exceptionnel. De plus, elle m'amusait beaucoup car il lui arrivait toujours des histoires
extraordinaires, toutes aussi farfelues les unes que les autres, mais peu importe elle me donnait entière satisfaction en tant que modèle. Elle avait remarqué que je possédais de bonnes
bouteilles de vin et un jour elle me dit que son père était un amateur de grands cru. Pour lui faire plaisir, je lui donnais chaque semaine une bouteille de bon vin pour son père. Comme j'étais
très occupé à peindre, je lui ai demandé si elle était intéressée pour faire certaines tâches sur mon ordinateur. Sans que je m'en rende compte, elle a réussi à accéder à mes comptes et vite elle
a compris que j'avais de confortables revenus. Je lui faisais confiance et étais loin d'imaginer la monstrueuse machination qu'elle était en train de mettre au point.
--- Je pense savoir de quoi il s'agit, j'ai...
---Non, ne m'interromps pas Alex, je poursuis:
« Sonia, ou Maud comme tu veux, est certainement complètement
détraquée psychologiquement, mais son imagination débordante lui à servi à concevoir un piège auquel il semble impossible d'échapper. Son but:''Exiger une rançon de cent mille euros sous peine de
me livrer à la police pour que je sois accuser d'avoir déposer des bouteilles à buts criminels''. Qu'est-ce-que je peux faire Alex... Sur ces bouteilles il y a mes empreintes et des
fragments de mes cheveux? Tu te rends compte garçon, cent mille euros... Et si je paye, après qu'est-ce qu'elle va me demander?
Jean-François
a baissé sa tête et posé ses deux mains sur son visage.
--- Qu'est-ce-que j'ai pu être naïf... Mais quel con! Comment je vais me sortir de ce pétrin, un vrai cauchemar?
--- Je pense que j'ai une idée, dis-je.
Je raconte toute mon
histoire à Jean-François. Il m'écoute sans m'interrompre, avance sa tête et gonfle ses yeux à certains moments de mon récit.
--- Et tu serais d'accord pour raconter tout ce que tu viens de me dire à la police?
---Eh comment que je suis d'accord!
---Ça ne te suffisait pas de sauver la vie de mon chien, hein! Il faut aussi que tu sauves la mienne?
--- Alors monsieur le peintre, on y va?
--- Ou que tu veux aller?
---Ben, à la police pardi!
---Minute garçon, il y a une bouteille de champagne dans le frigo, on lui faire sa fête et j'appelle un taxi.
BOKAY
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Seville L'Alcazar 2009
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forêt de Crecy
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Double vie N° 1 à 5
Double vie N° 1(l’appart.)
Depuis toujours je rêve de mener une double vie. Comme je suis de corpulence fine, me mettre dans la peau d’une femme m’attire énormément. Homme le jour, femme la nuit ou homme un jour, femme le lendemain, je ne sais pas trop. Mais en ce moment, j’ai une autre préoccupation, je suis à la recherche d’un appartement. Passant rue de Vaugirard, je vois deux écriteaux côtes à côtes : " Appartement à vendre ". On accède au premier rue de Vaugirard et l’entrée du second se situe dans une petite rue. Je les visite tous les deux, ils sont petits et me plaisent bien. L’un ou l’autre me conviendrait très bien, mais je ne sais lequel choisir.
C’est alors qu’une idée bizarre et tortueuse comme il m’arrive souvent d’en avoir me traverse l’esprit : " Et si j’achetais les deux, un pour moi, Alex et un pour mon double, disons Elodie ? Financièrement, ça va être juste mais ça ira. Les deux appartements ayant un mur mitoyen, il me suffirait de le percer le mur pour passer d’un appart à l’autre et de sortir par exemple en Homme rue de Vaugirard et en femme dans la petite rue !
Cette idée me ravit et trois mois plus tard, je réalise mon rêve. Je suis Monsieur Alex Pelletier pour le premier appart et Mademoiselle Elodie Lemaire pour le deuxième. La même et unique personne. J’achète perruques, faux cils, faux sein, lentilles de couleurs, maquillage, chaussures, vêtements, enfin tout un attirail qui me permet de sortir en femme sans éveiller le moindre soupçon. L’appart acheté, je perce un trou de soixante centimètres de large dans le mur et je le camoufle en fausse bibliothèque pivotante. Ainsi je peux me rendre d’un appart à l’autre, ici c’est Alex et là c’est Elodie. Par la petite rue quand je sorts, c’est : " Bonjour mademoiselle Lemaire, comment allez-vous ce matin ? " Et si je sorts de l’autre côté : " Encore un fichu temps, monsieur Pelletier, comment allez-vous ? ".
Je suis devenu deux identités tout à fait distinctes et personne n’a encore rien remarqué. Je reçois du courrier (que je m’envoie souvent moi-même) aux deux adresses. Je réussis assez bien ma transformation car, eh oui ! Mademoiselle Lemaire se fait draguer. Je parle facilement et je commence à connaître des gens. J’ai sympathisé avec un homme de mon immeuble rue de Vaugirard, où je suis monsieur Pelletier. Nous parlons souvent ensemble, et une fois que je lui demandais s’il n’envisageait pas de prendre femme, il me répondit qu’il en avait remarqué une dans l’immeuble d’à côté. Je connais même son nom, me dit-il, elle s’appelle Elodie, un joli nom n’est-ce pas ? Mais quand il me demande si je la connais, je préfère répondre: " ah, non, je n’ai pas ce plaisir !
De l’autre côté, celui de mademoiselle Lemaire, je me suis fait une amie, Serine, la voisine du dessous, une femme charmante dont le mari ne cesse de me faire des avances. Tout se passe admirablement bien et je ne me suis jamais aussi bien amusé.
Après quelques mois de cette vie passionnante mais, oh combien compliquée, une certaine stabilité s’installe. je vois de plus en plus souvent Serine, je suis pour elle une bonne copine, et ma présence ne déplaît pas non plus à son mari. Serine est très jolie, brune de taille moyenne aux formes avantageuses, sa présence m’est de plus en plus agréable. Je me sens auprès d’elle comme jamais je ne me suis senti avec une femme. Un moment, je me suis même demandé si elle n’éprouvait pas des sentiments pour moi ! Ca aurait été le comble ! Mais non, ouf ! Ce n’est que de l’amitié. Par contre il n’en est pas de même pour moi, je deviens complètement fou d’elle, à tel point que j’ai même envisagé de tout lui dire et de lui avouer mon amour. C’est là qu’une autre idée me vient, encore plus farfelue !
Je me met en tête de lui faire rencontrer Alex, je monte un petit scénario dont la principale difficulté est qu’il est bien sûr impossible de voir Alex et Elodie ensemble, puisqu’ils sont une même et unique personne. Je commence par lui dire que j’ai rencontré un type formidable nanti de toutes les qualités qu’une femme recherche chez un homme. Chaque fois que je rencontre Serine, je lui parle d’Alex. Elle commence à me poser de plus en plus de questions à son sujet. Je lui dit qu’il l’a remarquée et qu’il la trouve ’’ super canon’’, c’est le superlatif que j’ai employé. Par petites touches, je fais entrer Alex dans la vie de Serine. Maintenant, c’est elle qui me demande de ses nouvelles. Afin de ne pas lui donner mauvaise conscience et de lui laisser le champ libre, je dis à Serine qu’Alex n’est qu’un ami pour moi, que nous nous connaissons depuis l’enfance et que nous sommes comme frère et sœur.
De mon côté, je commence à avoir quelques doutes sur ma double identité car maintenant Serine me connaît très bien et j’ai peur qu’elle me reconnaisse lorsque je serai près d’elle en ’’ Alex’’. Je me maquille de mon mieux, mais le doute subsiste, surtout en ce qui concerne ma voix. J’arrive à prendre une voix féminine sans trop de difficultés, mais j’ignore à quel point la voix d’Alex (la mienne) et celle d’Elodie (la mienne aussi) se ressemblent. Afin d’organiser une rencontre, je lui dis qu’Alex écrit actuellement un livre sur ‘ La vie des femmes à Paris’ et qu’il désire la rencontrer pour les besoins de son livre. Serine accepte mais à condition que je vienne avec lui. Je la rassure en lui disant : " mais bien sûr que je viendrai avec lui ! "
Samedi matin, c’est le jour tant attendu, je suis tendu et nerveux. J’ai fait un effort particulier pour me transformer en Alex avec petite moustache, sourcils bien collés et lentilles marron. Je parle tout seul dans mon appart pour bien entraîner ma voix vers une tonalité plus grave qu’elle n’est en réalité et je m’entraîne une dernière fois à bien placer les contractions de mon visage.
Arrivé sur le palier, je pose un doigt tremblant sur le bouton de la sonnette, la porte s’ouvre.
--- Bonjour Monsieur dit Serine, je vous attendais, Elodie m’a parlé de vous.
--- Bonjour madame dis-je, soulagé que Serine ne m’ait pas reconnu au premier coup d’œil. La discussion s’installe, je suis on ne peut plus anxieux, j’ai peur que ma voix grave ne fasse artificielle et que Serine découvre la supercherie. Mais non, ça va, tout se déroule selon mes plans. Nous parlons d’Elodie.
--- C’est une chouette fille ! Dit Serine. Il paraît que vous vous connaissez depuis l’enfance ?
--- oh oui ! dis-je, il y a très longtemps que nous nous connaissons, elle est un peu comme ma sœur.
--- Elle devait venir, dit Serine mais elle a certainement eu un empêchement de dernière minute.
--- oui, probablement.
La discussion se poursuit, je reste sur mes gardes et je prends des postures inhabituelles pour ne pas éveiller ses soupçons. Je ne pensais pas réussir à ce point, et content de moi, je tremble et jubile en même temps. J’aborde le sujet de mon livre et lui pose une quantité de questions. Elle rentre dans mon jeux et s’applique à me donner des réponses réfléchies. Elle me donne même l’impression de s’intéresser à la rédaction de mon ouvrage. Mon plan est de favoriser les rencontres en utilisant la rédaction de mon livre. Je lui dis aussi que si elle participe aussi activement, son nom apparaîtra en première page en qualité de collaboratrice. Ravi par cette idée, elle arbore un large sourire. Oui, je peux dire que mon premier contact en qualité ‘d’homme’ est un succès et sa collaboration à la rédaction de mon livre est la garantie de rencontres futurs.
Mes visites chez Serine sont de plus en plus fréquentes, une fois c’est Elodie, quand son mari est là, une autre fois c’est Alex quand elle est seule bien sûr. Je suis de complètement fou d’elle mais j’attends le moment propice pour lui avouer mon amour tout en préservant mes deux identités.
Ce sera pour demain, oui c’est décidé, demain je lui avoue mon amour. J’essaie de ne pas trop y penser car à chaque fois tout mon être tremble, mais j’en suis sûr, demain je trouverai la force…
Fin de la première partie.
Double vie N° 2 ( la passion)
C’est le grand jour, j’ai décidé de déclarer ma flamme à Serine. Je ferme la porte de mon appart, descends les escaliers en me répétant pour la centième fois les mots qui me pèsent tant. Dehors, il fait un temps épouvantable, la pluie frappe le trottoir en grosses gouttes. Les voitures projettent de violentes giclées d’eau en rasant le caniveau. Je n’ai que quelques dizaines de mètres à parcourir mais je me fais du souci pour mon maquillage. J’aurais l’air malin si ma moustache ou mes sourcils se décollaient ! Allons ! courage ! me dis-je, ne cherche pas une excuse pour te dérober.
Serine m’ouvre, Elle porte son T-shirt rouge rehaussé d’un imprimé sur le devant, celui que je préfère car il moule sa poitrine à la perfection. Fidèle à son habitude, elle me prie de m’asseoir, se dirige vers le bar et prend deux verres et une bouteille de whisky. Tout en se déplaçant, elle me demande où j’en suis avec mon livre ? Je la regarde… Quelle est belle ! Surprise que je la regarde avec autant d’insistance, elle s’immobilise quelques secondes, me fixe et me dit :
--- Quelque chose ? J’ai quelque chose de bizarre pour que tu me regardes ainsi ?
--- Non, non Serine rien, dis-je un peu gêné.
Sur la chaîne hifi, Gloria Gaynor chante ‘ I will survive’. Une chanson qui me remue les tripes chaque fois que je l’entend. Nostalgie de la coupe du monde ? En tous cas c’est le moment me dis-je, qu’est-ce que tu attends, vas-y ! Je tente de rattraper sa dernière phrase.
--- Où plutôt si, il y a quelque chose dis-je, mais je ne sais pas comment te le dire ?
--- Allons Alex, Explique ! T’as un problème ? tu peux m’en parler, nous sommes amis maintenant.
--- Oui, c’est bien le problème, dis-je.
Serine regarde Alex, acquiesce un léger sourire et va s’asseoir dans le canapé.
--- Viens à côté de moi dit-elle, allez ! raconte ce que tu as sur le cœur. Tu ne serais pas amoureux, par hasard ?
--- Ca se voit tant que ça ?
--- Allons, fais pas cette tête ! C’est formidable d’être amoureux !
--- T’as pas compris Serine, je suis amoureux, oui, amoureux fou, c’est vrai, complètement fada… Mais de toi ! oui, je suis fou de toi ! Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime, et ce qui me torture c’est que toi, ton cœur est déjà pris, tu as ton compagnon, moi je ne suis qu’un ami.
Je me sens vide, soulagé mais vide, comme si tout l’intérieur de mon corps s’était vidé d’un seul coup ! J’attends sa réaction où plutôt je la redoute. Ces quelques secondes sont interminables, son regard semble se figer. Puis, je devine la commissure gauche de ses lèvres qui se plisse, et le pli s’accentue jusqu’à devenir un léger sourire. Elle tourne la tête doucement vers moi, se rapproche, accentue son sourire et lance sa tête au creux de mon épaule. Je sens ses cheveux me caresser le visage, je ne bouge pas, est-ce un signe amical ? Mais bientôt une main glisse le long de mon buste et l’autre me caresse le cou, le doute s’efface. Elle relève doucement la tête, son menton se colle contre le mien, ses lèvres se rapprochent et viennent se fondent aux miennes. Je passe ma main sous son T-shirt, je sens le contact de ses seins, enfin ! Les battements de mon cœur s’accélèrent, Le plafond se met à tourner, puis à vibrer, je me sens partir, nous sommes transportés.
Combien de temps sommes-nous restés ainsi dans cette forme d’apesanteur ? Mais Serine se relève d’un bond.
--- Mon ami ! Il va rentrer dans un instant, tu dois partir !
Quelle heure est-il ? Je n’en ai pas la moindre idée, je sais qu’il fait nuit, c’est tout. Qu’importe le reste ? Qu’importe le monde ? J’ai le sentiment que Serine m’aime et je me sens transporté. Je rentre et me mets au lit.
Quand je me réveille, le soleil est déjà haut dans le ciel, il se faufile à travers les rideaux de ma fenêtre et projette des formes abstraites sur le mur. Un coup d’œil sur mon réveil, merde, j’ai raté un rendez-vous important ! je devait négocier la vente d’un magasin de fringues dans le Marais. Bah ! j’en mourrai pas. J’ai hâte de revoir Serine, je sais que ce ne sera pas possible aujourd’hui car son ami est là. A moins que…Et oui, il y a une solution, c’est Elodie qui va allée voir Serine ! En plus son ami sera ravi de me voir !
Je me maquille avec soin, revêt mes habits féminins et me rends chez Serine. C’est son ami qui m’ouvre avec un large sourire, sa façon de m’embrasser me dégoûte. Je suis sûr que si Serine n’était pas là, il essaierait de m’embrasser sur la bouche. Ce type me dégoûte de plus en plus ! Pas seulement parce qu’il couche avec la femme que j’aime, mais parce que c’est un gros porc arrogant et au regard vicieux. Je ne comprends pas ce que Serine lui trouve ! Je me mets à côté de Serine et comme je l’avais prévu, elle m’entraîne à l’écart dans sa chambre et me raconte son aventure avec Alex. Je joue le jeux de mon mieux, je fais l’étonner et rajoute des interjections, Pas possible ! Et il t’aime ! Quelle chance tu as ! Pour creuser un peu, je lui dis :
--- Et ton ami, tu ne l’aime plus ?
A ma grande surprise, je n’ai obtenu aucune réponse. Elle change de sujet et me demande pour quelle raison elle ne m’a pas vu hier alors que je passe tous les jours chez elle. J’invente un mensonge minable. Par moment, j’ai l’impression d’être découvert, alors je m’efforce de prendre des attitudes plus féminines. Pour ce qui est de mes futures visites, je prends les devants et lui dis que je vais probablement partir quelques jours à la campagne. Le plus difficile pour moi, c’est d’être à quelques centimètres d’elle, de sentir son souffle, de suivre les mouvements de ses yeux, de ses lèvres et de rester de marbre. Et l’autre qui n’arrête pas de me faire de larges sourires !
Deux semaines se sont écoulées, je vois Serine presque tous les jours mais par chance son ami est souvent absent. Tout va pour le mieux entre nous mais un détail attire mon attention, Serine refuse catégoriquement de faire l’amour s’il y a la moindre lumière dans la pièce. Bah ! Une lubie de femme me dis-je les premières fois ! Mais c’est bizarre, ça ne colle pas à son tempérament et j’ai l’impression qu’elle veux cacher certaines parties de son corps. Je ne lui fais pas remarquer mon étonnement, mais j’observe à la dérobée. J’aperçois certaines parties sombres sur son corps. Je pense de suite à de l’eczéma ou à une maladie de peau. Je ne dis rien, mais voilà qu’en la serrant plus fort contre moi, elle pousse un cri qu’elle retient aussitôt.
--- Oh ! Je t’ai fais mal ma chérie ? lui dis-je.
Et je profite de l’occasion pour allumer la lumière. D’un mouvement brusque, elle ramène le drap sur son corps. Elle sait que j’ai vu ce qu’elle cherche à me cacher depuis le début. Je m’approche d’elle, je tire doucement le drap, elle n’oppose aucune résistance. Stupéfait, n’en croyant pas mes yeux, je découvre des bleus et des traces de coups sur tout son corps ! Je n’ai jamais vu pareille chose, c’est horrible, inhumain !
--- Qui te fait ça ?
Pas de réponse. Serine se jette sur son lit en sanglots. Je pose une main sur son cou et reste ainsi quelques instant puis réédite ma question.
--- C’est ton Ami ?
--- Oui, dit Serine faiblement
--- Quel salaud ! dis-je, Et tu ne portes pas plainte ?
--- Il m’a dit que si je portais plainte il me tuerait.
--- Mais il faut faire quelque chose dis-je ! Tu ne peux pas continuer ainsi !
--- Mais quoi faire ? Je ne sais pas et j’ai peur, dit Serine.
Je promets à Serine de trouver une solution pour empêcher cette brute de la tabasser ainsi. Déjà l’ébauche d’un projet machiavélique germe dans mon esprit révolté.
Fin de la deuxième partie
Double vie N° 3 ( l’amnésique)
Je rentre à mon appart, triste et contrarié. Cette ordure doit payer ! On ne frappe pas une femme ! Je dois agir vite, arrêter cette brute immonde ! Non je ne le laisserai pas tabasser la femme que j’aime, même si pour cela je dois employer des méthodes que je récuserais en d’autres circonstances. Je me cale confortablement dans mon fauteuil et peaufine ma vengeance.
Serine m’a laisser entrevoir une idée qui ne me déplaît pas et une demi-heure plus tard, les grandes lignes de mon plan sont définies. je vais agir en douceur, tout dans la dentelle. Pas de menace ni d’ultimatum. Avant toutes chose, je dois rendre visite à Serine sous mon identité d’Elodie. Elle me racontera très certainement sa dernière rencontre avec Alex et la découverte des traces de coups. Ensuite, je lui dirais que Alex et moi, nous allons agir pour que cette brute ne la frappe plus. Je m’arrangerai pour être encore chez elle quand Max (c’est le nom de cette ordure) rentrera car à partir de maintenant, ce qui importe, c’est de me faire bien accepter de ce type, que je devienne en quelque sorte son " ami(e)". Serine me donne quelques bonnes idées pour mener les opérations à bien, et je la sens enthousiaste.
Max est ravi de voir qu’Elodie lui porte autant d’intérêt, mais je reste sur mes gardes. L’autre jour, il me dit qu’on pourrait se tutoyer, je lui ai répondu que je préférais le vouvoiement. Il m’est de plus en plus pénible de jouer l’hypocrite avec cet individu mais… Enfin le plan démarre.
C’est un lundi, Max rentre de son travail, il décapsule une bière et se jette dans son fauteuil.
--- Qu’est-ce que c’est que ce gros carton dans le couloir ? demande Max.
--- Mais c’est la nouvelle télé que tu as commandée !
--- J’ai jamais commandé de télé ! dit Max
--- Mais si, je t’assure tu as dis que l’image de la nôtre était mauvaise, tu as pris le téléphone et tu en as commandé une veuve. Demande à Elodie, elle était là quant tu as téléphoné?
-- Oui, c’est vrai dis-je, j’étais là quand vous avez passé la commande !
--- C’est bizarre, je ne me souviens de rien !
--- Moi, ça ne m’étonne pas, dit Serine, j’ai déjà remarqué que tu oubliais pas mal de chose. Par exemple, hier Elodie t’as demandé si tu voulais bien lui ramener le magazine ‘Géo’, Tu as dis oui, mais tu as oublié !
--- Je ne m’en souviens pas non plus dit Max ! Ah c’est quand même bizarre !
J’ai enregistré la voix de Max et je m’entraîne à l’imiter. Je m’amuse à imiter des voix depuis mon plus jeune âge, et là je sens que ça va me servir. Pour me rendre compte de la qualité de mon imitation, j’appelle Serine en prenant la voix de Max. Ca marche ! Elle ne se rend compte de rien !
Je le dis à Serine, elle réfléchit quelques secondes et me donne une idée.
Max travaille dans l’entrepôt d’une grande surface. Je sais qu’il doit prendre son travail à treize heures. Le matin, j’appelle son chef en prenant la voix de Max et lui dis que je ne viendrai pas travailler, qu’il est une tête de con et que j’en ai marre de voir sa gueule. Au bout du fil, l’homme me répond : " tu peux passer à la compta, ton compte sera prêt ! Je sais, c’est dégueulasse de faire ça, mais j’irai jusqu’au bout de mon plan.
A treize heures, Max se présente à son travail,
--- Ton compte est prêt Max, tu passes à la compta, comme ça tu ne verras plus ma gueule, dit son chef.
--- Mais je ne comprends rien dit Max ! j’ai jamais dit que je ne voulais plus voir ta gueule ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
--- Si tu ne sais plus ce que tu dis, faut te faire soigner ! dit son chef.
Le ton monte, une vive altercation oppose les deux hommes, Max en vient même aux mains. Conséquence logique, c’est la porte immédiatement et sans indemnité. Furieux, Max rentre chez lui, Elodie et Serine sont là. Max monte dans une colère monstrueuse, commence à casser de la vaisselle et nous prend à témoins tout(es) les deux.
--- Vous m’avez entendu téléphoner à mon chef ? Quel menteur ! j’aurais dû me méfier de ce type !
--- Oui, bien sûr, que tu lui as téléphoné ce matin, tu t’es même disputé avec lui, tu lui as dis qu’il n’était qu’un con et que tu ne voulais plus voir sa gueule, dit Serine.
L’air hébété, Max se tourne vers Elodie et la regarde fixement, attendant une réponse de sa part.
--- Je n’étais pas là ce matin dit Elodie, mais Serine m’a raconté la dispute que vous avez eu au téléphone en arrivant.
--- Mais je sais quand même encore ce que je dis et ce que je fait ! Dit Max.
--- Oui, bien sûr, dit Serine, mais tu as un problème avec ta mémoire, tu dois voir un médecin. Elodie le dit aussi.
--- Oui, dit Elodie, ce n’est peut-être pas grave, mais vous devez voir un médecin au plus vite !
Le lendemain, Alex entre en scène, la mayonnaise prend, nous devons continuer à le déstabiliser, ne pas lui laisser le temps de se reprendre et l’amener à douter de lui-même.
Max ne connaît pas Alex, c’est une chance et j’ai la ferme intention de tirer partie de cet atout. J’ai remarqué depuis assez longtemps que Max passe chaque jour au Café PMU, à un kilomètre de chez lui. Il s’y rend en voiture et achète son paquet de cigarettes, son journal et se commande un café. Je le guette de ma fenêtre et dès que je l’aperçois, je monte sur mon vélo et me dirige vers le café, le double de ses clés de voiture dans ma poche. J’arrive peu après lui et pendant qu’il est au café, je monte dans sa voiture et la déplace de quelques centaines de mètres. Ensuite je reviens à l’endroit ou il s’était garé et mon vélo à la main, je fais semblant d’attendre quelqu’un. Max revient du Café.
--- Ma voiture ! Non, c’est pas vrai, on m’a volé ma voiture, je l’avais garé là, juste devant, c’est une Clio rouge. Pardon Monsieur, vous n’avez pas vu quelqu’un partir avec? me demande-t-il.
--- Ah non ! personne, j’ai même pas vu de Clio rouge et pourtant, ça fait une demi-heure que je poireaute ici. Mais attendez, j’y pense, je vous ai vu arriver, vous avez même garé
votre voiture là-bas, plus loin. Ca m’a frappé car mon frère a la même voiture que la votre et je pensais que c’était lui.
--- Je comprends rien, rien dit Max, en ce moment j’ai des pertes de mémoire… Ah, merde.
Je regarde Max, il va jusqu’à sa voiture, en fait plusieurs fois le tour et s’installe au volant. Moi, je rentre chez moi au plus vite, je me travestis en Elodie et je vais chez Serine. Max est là.
--- Il m’est encore arrivé un truc pas croyable ! dit Max. Il raconte son histoire
--- Faut pas rester comme ça dit Elodie, il faut voir un spécialiste. Est-ce que vous vous souvenez que je vous ai dit ‘bonjour‘ devant le café ? je vous ai même vu discuter avec un type qui avait un vélo.
--- Non, je m’en souviens pas dit Max ! Tout ça à commencé quand on a reçu la télé ! Cette putain de télé !
--- La télé ! de quelle télé parles-tu dit Serine ?
--- Mais de la télé qui était dans le carton quand je suis rentré du boulot ! Ca je m’en souvient, j’en suis sûr !
--- Il n’y a jamais eu de carton de télé ! Dit Serine en prenant un air triste.
--- Non, dit Elodie j’ai jamais vu de carton de télé.
--- Mais c’est pas possible, je deviens fou ! dit Max.
--- Mais non ! Dit Elodie, vous n’êtes pas fou Max, vous avez seulement des problèmes psychiques et vous devez vous soigner sinon cela risque de s’aggraver.
Max se dirige vers la glace, il se regarde, puis nous regarde, son visage se crispe, il devient rouge. Je sens une force étrange monter en lui, il se met à trembler, il ouvre toutes les portes des placards et lance tout à terre en criant de toutes ces forces :
--- Je suis fou ! complètement fou ! tout le monde est fou, c’est la fin du monde et tout le monde est fou !
Et il continue à tout renverser et à casser tout ce qui lui tombe sous la main. Pendant un instant, il fixe le gros couteau de cuisine et je prends peur. Mais non, il se dirige dans la chambre et se met à arracher la moquette. Une vraie bête furieuse ! Je remonte chez moi au dessus et j’appelle le SAMU. Dix minutes plus tard, le SAMU et la police sont là, ils constatent les dégâts et emmènent Max. Moi, je ne me montre pas, je me change, me maquille et une demi-heure plus tard, c’est Alex qui frappe à la porte de chez Serine.
Serine me demande si je n’ai pas vu Elodie, je lui dis qu’elle m’a téléphoné et qu’elle m’a raconté pour Max. Elle m’a aussi chargé de te dire qu’elle se rendait chez son ami.
Serine me regarde, toujours aussi belle, mais je la sens lessivée. Elle à reçu des nouvelles de Max, il a été transféré dans un hôpital psychiatrique . L’appart est un vrai champs de bataille ! Il a cassé tout ce qui se présentait à lui, enfin ça fait partie des risques du plan que j’ai échafaudé ! Devant ce désastre, Serine et moi, nous nous affalons dans le canapé. Je devrais être satisfait, le plan que j’ai imaginé, avec quelques conseils de Serine, je dois le dire, à marché à merveille ! Oui, peut-être même trop bien car je réalise le caractère atroce de cette action. Je me demande si elle n’est pas disproportionnée ? Et si l’état de Max empirait et qu’il finisse sa vie à l’asile ? Serine ne dit rien, cette éventualité ne semble pas la gêner. Max la battait, c’est vrai, j’ai vu les bleus et c’est une brute, oui ! Mais cela ne m’empêche pas d’avoir une part de responsabilité dans ce désastre ! Max est devenu mon outil, je me suis servi de lui pour l’anéantir. Je réalise qu’il n’est qu’une brute grossière à l’allure gauche et sans cervelle. En fait, j’ai profité de sa faiblesse d’esprit pour le manipuler ! J’ai voulu rendre justice moi-même mais maintenant me voici seul avec ma conscience et elle me réclame des comptes ! Je me sens sale, je ne me dégoûte pas, mais je sens ne pas avoir suivi ma conscience. Je ne suis pas fière de moi. En plus, qu’est-ce que je connais de Max ? Est-il vraiment cette brute immonde ? Certains éléments commencent à me faire douter et je réalise que ce plan est horrible et inhumain. Il est bien temps ! Mais, je m’interroge.
Pour quelle raison Max frappe-t-il Serine ? Je ne vois aucun élément de réponse. Pourquoi Serine ne s’est pas sauvée pour échapper aux coups ? Pourquoi m’a-t-elle poussée à faire renvoyer Max de son travail, alors qu’il représente la principale source de revenu du ménage ?
Fin du troisième épisode
Double vie N°4 (Max )
Voici une semaine que Max est hospitalisé, Serine est allée le voir deux fois. Quand elle revient, je lui demande des nouvelles de son ami mais elle reste évasive et me saute au cou en me disant : " n’y pense plus, mon chéri, tu m’as délivré des griffes de cette brute, c’est la seule chose qui compte ".
Côté amour, c’est vrai, je suis comblé ! Serine et moi connaissons l’amour parfait. Que c’est agréable ! Jamais un mot plus haut que l’autre, toujours attentionnée, gentilles et sensuelle… Serine serait donc cette perle que chaque homme rêve de rencontrer ?
Lorsque l’on est sur un nuage, difficile de rester conscient et lucide, on se laisse porter par les doux plaisirs du moment. L’objectivité et l’esprit critique s’effacent et on perd pied dans cet océan cruel et rude qu’est notre quotidien. Par chance, je suis négociateur en bien immobilier et mon métier, m’oblige à garder les pieds sur terre. Joël, mon collègue de travail ignore tout de ma double identité mais est au courant de mon aventure avec Serine. Je le tiens pour une personne posée et réfléchie. " Je suis content pour toi ! " me dit-il, mais moi, à ta place, je ferais ma petite enquête, j’essaierais d’en savoir davantage sur Serine et sur Max. Bien qu’au fond de moi-même je trouve cela tout à fait inutile, je décide cependant de suivre ses conseils. Je vais commencer par rendre une visite à Max, à l’hôpital.
Je suis un long couloir aux murs bleus agrémentés de photos de paysages. Max est à la chambre 47, la porte est ouverte et je rentre.
--- Oh ! excusez-moi monsieur, je me suis trompé de chambre, je cherche une jeune femme brune… Mais ? Excusez, Vous ne seriez pas la personne qui avait perdu sa voiture, une Clio rouge, en face le PMU ?
--- Oui ! dit Max, c’est bien moi, toujours mes problèmes de mémoire. Je fais des choses, et après je ne sais plus, j’ai même perdu mon emploie à cause de ça ! vous vous rendez compte ?
--- Oui, dis-je c’est triste ! Au PMU, on parle de vous, Ils disent que vous n’avez pas de chance, que pour eux vous êtes un brave type. Et votre femme ? Elle vient vous voir ?
--- Pas souvent, elle n’est venue que deux fois, dit Max
--- Cela ne me regarde pas, mais on dit que ça ne va pas fort le ménage ?
--- Bah ! comme tous les couples, des hauts et des bas !
--- J’ai même entendu quelqu’un qui disait que vous battiez votre femme, les gens sont méchants ! dis-je.
--- Celui qu’a dit ça, qu’il vienne, je lui fous mon point dans la gueule ! Moi frapper une femme ! Ah non, c’est pas mon truc de frapper une femme et surtout pas ma mienne.
Même pas une claque, c’est des fumiers ceux qui frappent leurs femmes ! Un mec qui m’emmerde, il a mon point dans sa gueule, mais une femme ! Ah non.
--- Pourtant, y’en a un qui dit qu’elle aurait des traces de coups ? dis-je.
--- Oui, c’est vrai, dit-il, elle a des marques dans le dos, elle m’a dit qu’elle était tombée dans les escaliers de la cave. J’ai même pas compris comment on pouvait se faire mal dans le dos en tombant dans les escaliers…Ah ! je vous embête avec mes histoires !
--- Non, Non ! vous ne m’embêtez pas du tout dis-je, j’ai tout mon temps. Mais pour en revenir à… Au PMU, les gars ils disent qu’on entend de violentes disputes chez vous !
--- C’est toujours pour la même raison !Dit Max
--- Ah !
--- Vous voulez que je vous raconte ?
Oui.
--- Mes parents étaient de gros céréaliers de la Beauce. Je suis leur unique enfant et à leurs décès, j’ai repris la ferme, 276 hectares. Un an après, je me suis marié avec une fille de la
région, Morgane. Nous nous entendions très bien, et elle travaillait comme un homme. Debout le matin à sept heures et des heures entières sans descendre du tracteur. Un matin, au petit déjeuné,
elle me dit : " Max tu vas être Papa " ! J’étais fou de joie, pensez donc, un héritier pour la ferme ! Un mois plus tard, c’était le moment de récolter le maïs. Je conduisais la faucheuse à maïs
et Morgane suivait au même niveau avec le tracteur. Soudain, la machine se bloque. Morgane va voir, c’était un gros morceau de bois qui bloquait la vis sans fin. Elle me dit : Coupe la
transmission ! Mais avec le bruit du moteur, je n’ai pas compris immédiatement le sens de sa phrase. Elle a avancée son bras pour retirer le Bâton, le système s’est débloqué et l’énorme vis a
repris sa rotation à une vitesse folle. Son bras a été happé et arraché au niveau de l’épaule. j’ai sauté hors de la cabine, Morgane se roulait de douleur, des lambeaux de vêtements gorgés de
sang flottaient à la place de son bras. J’ai couru à ma cabine pour atteindre mon portable afin d’ appeler du secours. Mais en revenant, voyant Morgane à terre qui gémissait, je me mis à
trembler, j’ai sentis mon cœur se soulever et je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, Morgane était étendue à mes côtés, elle avait perdu beaucoup de sang et son cœur ne battait plus. De
ma faute, j’avais perdu ma femme et mon enfant. Un choc terrible qui me conduisit en hôpital psychiatrique pour quatre mois. C’est là que j’ai rencontré ma femme actuelle, Serine. J’ai loué mon
exploitation car je ne peux plus cultiver la terre. Je ne peux même plus voir des terres agricoles, ça me rappelle trop Morgane et je sens que je retombe en dépression. C’est pour cette raison
que je suis venu à Paris. Pour ne plus voir la campagne ! Je vous parlais de nos disputes avec ma femme Serine, eh bien, c’est toujours pour la même raison, Ma femme veut que je vende mes terres.
Elle a même déjà calculé tout ce qu’on pourrait acheter avec l’argent de la terre : un grand appartement, un chalet à la montagne et une maison à la mer. Et on pourrait encore faire des voyages
disait-elle. C’est vrai que ces terres ont une grande valeur, mais moi je ne veux pas les vendre, à aucun prix. Elle ne comprend pas que cette terre, c’est une partie de moi-même. La vendre,
c’est comme m’arracher un membre ! Alors commencent des disputes sans fin et quand j’en ai plus que marre, je vais au PMU et je prends une bonne cuite. Elle sait que je ne lâcherais pas, mais
elle revient quand même à la charge. Voilà, je vous ai raconté mon histoire, et maintenant en plus j’ai ces problèmes de mémoire !
Je quitte Max, il me fait un grand sourire et me remercie d’avoir écouté son histoire. Moi, je suis complètement démonté. Si tout ce que m’a raconté Max est vrai ? Mais non, c’est pas possible,
pas Serine !
Le lendemain, c’est Serine qui va voir Max à l’hôpital. Je reste chez elle, je tourne en rond et je regarde dans la bibliothèque s’il n’y aurait pas un bon polar. Ne voyant rien de bien dans la première rangée, je l’enlève et regarde dans celle du fond. Mon attention est tout de suite attiré par un titre étrange : " comment se débarrasser de son mari " ? Je le sors et je l’ouvre à la page repérée par un marque page et je lis : " Envoyer son mari à l’asile est une des meilleurs solutions, elle permet de s’emparer de ses biens si on obtient la tutelle. Pour le déstabiliser, il faut réussir à lui faire perdre son emploie, puis changer des objets de place en prenant bien soin d’avoir un témoin. Le témoin est indispensable pour mener à bien cette entreprise…
On frappe à la porte ; c’est Serine qui revient de l’hôpital
Fin du 4° épisode
Double vie N° 5 ( Garde à vue )
J’ouvre la porte, Serine entre, elle me saute au cou et m’embrasse. Hypocrisie ! Mensonge !
Je la repousse et lui dis que nous devons parler, tirer les choses aux claires. J’ai le sentiment d’avoir été manipulé et cela me rend particulièrement désagréable. Je la regarde droit dans les yeux.
--- Tu es certaine que Max te frappe ? Lui dis-je sèchement.
Serine ne semble pas comprendre ce qui lui arrive, elle ne m’a jamais vu avec cet air autoritaire.
--- Mais tu as vu les marques que j’ai dans le dos ! Rétorque-t-elle sur un ton agressif et sûr d’elle.
--- J’ai constaté que tu as des marques dans le dos, dis-je, mais ce n’est pas Max qui te les a faites !
J’attrape le petit livre (comment se débarrasser de son mari " ?)que j’ai découvert et je lis à voix haute et fort :
--- " Il est facile de simuler des coups reçus. Plusieurs méthodes existent et sont très efficaces etc…etc…
Serine ne répondre pas, elle hésite, bégaie.
--- Inutile de mentir davantage, dis-je, je sais que tu as tout inventé ! Dans l’unique but de t’approprier les biens de Max. Tu es sa femme ?
--- Hem ! Oui.
--- Tu te rends compte de l’atrocité de ton plan, dis-je, envoyer son mari à l’asile pour le voler?
--- Mes histoires avec Max, c’est pas tes histoires ! Dit-elle, ça ne te regarde pas !
--- Ce qui me regarde, c’est que tu me manipules pour réaliser ton plan diabolique et en plus, tu me fais croire que tu m’aimes ! Mensonges !
--- Non, je ne mens pas, dit Serine, je t’aime, je t’aime plus que tout au monde !
--- Tu te rends compte de ce que tu dis ? Mais enfin, réfléchis ? Tu prétends m’aimer et tu m’utilises pour accaparer les bien de ton mari ? Comment une pensée aussi horrible a-t-elle pu te venir à l’esprit ?
Serine garde son sang froid ! Quel caractère ! je m’attendais à ce qu’elle s’écroule, qu’elle tombe en larmes, mais non elle supportes mes attaques verbales et se montre même arrogante. Le pire c’est qu’ elle reconnaît et justifie sa conduite. A-t-elle conscience de ce qu’elle risque devant un tribunal si celui-ci la déclare responsable ? Moi, je ne peux tolérer plus longtemps cette situation, le risque est trop grand. Je décide de me rendre à l’hôpital, je demande à voir le médecin qui s’occupe de Max et je lui raconte tout ce que je sais. Il ne semble pas très étonné de ma démarche et me dit simplement : " J’ai rapidement vu que Max n’avait rien à faire ici, il ne présente aucun signe d’amnésie, il est sortant aujourd’hui même.Quinze jours ce sont écoulés, aucune nouvelle de Serine. Ca me fiche un coup, mais je n’ai pas le choix, je dois encaisser. Serine m’a manipulé, mais je souffre de ne plus la voir et je cherche une solution. J’en trouve une, c’est Elodie qui va refaire son apparition et qui va aller voir Serine. Une seule précaution, je dois lui rendre visite en l’absence de Max car il croit que Serine et Elodie sont contre lui.
Max n’est pas là, à cette heure il est au PMU et je sais qu’il y reste un moment. Je me maquille en Elodie et je descends chez Serine.
--- Elodie ! Quelle surprise, dit-elle, tu es revenu de la campagne ?
--- Eh oui ! le travail ! Il faut bien reprendre, dit Elodie, Alors, tes amours, où en es-tu ?
--- Ma pauvre ! Si tu savais tout ce qui c’est passé pendant ton absence ?
Serine raconte à Elodie, ce qui s’est passé, à sa façon bien sûr, et je constate qu’elle ne fait que mentir, notamment à propos des sentiments qu’elle prétend éprouver pour moi. Elle me hait pour avoir fait échouer son plan et n’attend qu’une chose, me jouer un vilain tour si l’occasion se présente. Mais me voilà, averti et je vais donc me méfier.
Une semaine passe, je me réfugie dans le travail, ça tombe bien en ce moment nous sommes débordés et cela me permet de traverser cette période douloureuse sans trop ruminer. Ce soir c’est samedi, pour me changer complètement les idées, je vais me maquiller en ‘ Elodie’ et sortir. Evidemment, je passe par l’escalier de Serine, comme toujours quand je suis ‘Elodie’. Je traîne toute la soirée de bar en bar et rentre vers deux heures du matin. J’appuie sur l’interrupteur de l’escalier : pas de lumière ! Merde l’ampoule est grillée. Je monte dans le noir, pas de lumière non plus sur les autres paliers. J’entends des petits bruits, sûrement encore des chats, c’est toutes les nuits pareilles, ils n’arrêtent pas de se battre. D’autres bruits, mais pas de miaulement, c’est bizarre ! Je me tiens sur mes gardes et je sors mes clés. Soudain, un puissant faisceau lumineux me surprend et m’aveugle.
--- Aller la gonzesse ! Ouvre ta porte et fait pas l’con ! Me dit une voix d’homme sur le palier.
Je fait semblant de trembler avec les clés, la torche s’avance, toujours plus près.
--- Passe-moi ta clé, mignonne ! Dit l’homme d’un air moqueur.
Je sors ma bombe lacrymogène de mon sac et je l’actionne en direction de l’homme. l’effet de surprise est total et j’en profite pour donner un coup de pied dans sa torche qui dévale l’escalier en projetant une cascade de lumière. L’homme pousse un cri.--- Salope !
Je descends les escaliers aussi vite que je peux et je me cogne violemment contre la rampe. L’homme se ressaisis et se lance à ma poursuite. Je sors de l’immeuble en gardant de l’avance sur mon agresseur, mais il ne renonce pas, je sens sa présence derrière moi. Je tourne à l’angle de la rue et rentre dans l’immeuble où j’ai mon appart en tant qu’Alex. Le hasard me donne un coup de main car une locataire de l’immeuble arrive en même temps que moi et a déjà ouvert la porte. Je la bouscule et monte les escaliers d’une traite. Derrière moi la lourde porte d’entrée se referme doucement, mais l’homme réussit à pénétrer avant qu’elle ne se verrouille. Il me poursuit jusqu’à la porte de mon appart que je réussis à refermer juste comme il arrive sur le palier. Sauvé ! Je fixe ma porte d’entrée et tremble encore de tous mes membres. Va-t-il essayer de pénétrer chez moi en fracturant la porte ? Cela me paraît impossible, ma porte est protégée par une fermeture à trois points de fixations et ce n’est pas son intérêt d’ameuter tout l’immeuble. Que me veut-il ? Bah, de l’argent ! sûrement encore un de ces drogués en manque. Je sais qu’il était de taille moyenne et n’avait aucun accent. Quant à son visage, aucune idée, il portait un collant sur la tête percé de deux gros orifices à l’endroit des yeux. Vidé, Je me laisse tomber dans mon fauteuil.
Le lendemain, j’ai la tête lourde et un mal de tête pas possible. Je me regarde dans ma glace et constate un énorme hématome sous mon œil droit.
--- T’en à une gueule ? me dis-je à haute voix.
C’est vrai que je ne me suis pas raté, directe la rampe d’escalier en pleine gueule! Pas possible d’aller bosser comme ça ! j’appelle mon collègue Joël et je lui explique qu’il va devoir travailler tout seul pendant deux ou trois jours. Enfin, je pourrai toujours faire de la paperasse chez moi !
Le lendemain, Je traînasse dans l’appart quand on sonne à ma porte. J’ouvre, deux policiers sont devant moi.
--- Monsieur Pelletier ?
--- Oui, c’est moi, dis-je, que puis-je pour vous ?
--- Mademoiselle Elodie Lemaire est chez vous ?
--- Non, dis-je, elle n’est pas chez moi.
--- On nous à signalé sa disparition. Elle habite l’immeuble d’à côté, vous la connaissez ?
--- Oui, je la connais un peu
--- Un peu ? d’après nos informations, elle serait pour vous comme une sœur ! Mais ce qui est gênant, c’est qu’on l’a vu rentrer chez vous avant hier et qu’après on perd sa trace… Elle n’est pas venue chez vous avant hier ?
--- Non, hem ! si, elle est venue avant hier mais elle est repartie aussitôt, je veux dire qu’elle n’est pas restée, dis-je.
--- Des témoins affirment avoir entendu du bruit provenant de chez vous, comme une bagarre.
--- Oh, non, non dis-je.
--- Vous vous êtes battu Monsieur Pelletier ? Je vois que vous avez un bleu sous l’œil ?Dit un policier.
--- Non, je suis tombé dans l’escalier, dis-je
--- Avouez que c’est troublant,! Beaucoup d’éléments sont troublants dans vos déclarations. Je vais vous demander de nous accompagner au commissariat, Monsieur Pelletier.
J’arrive au commissariat, il y a du monde partout. Des flics en uniforme, des genres de clodos qui puent, des putes dans une cellule qui narguent les flics. Quelle animation ! Mais moi, je me demande ce que je fais ici ? Voilà que je suis soupçonné d’être responsable de la disparition de mon double, faut le faire ! J’avais imaginé plusieurs scenari, mais pas celui-ci. Après une demi-heure d’attente sur un banc inconfortable, un agent vient vers moi et me demande de le suivre.
--- On est débordé en ce moment dit-il, si vous voulez bien patienter ici.
Il me fait entrer dans un petit bureau aux murs en verre qui sert à entreposer des dossiers, des piles de dossiers qui atteignent le plafond. Une personne s’y trouve déjà, c’est une toute jeune fille. Elle est assise et semble attendre son tour.
--- Il y en a encore pour longtemps, demande-t-elle à l’agent, ça fait une heure que j’attends ?
--- J’en sais rien dit l’agent, mais ça risque de durer on à deux inspecteurs qui viennent de partir sur une urgence.
Je reste seule avec cette jeune fille, partiellement caché par les colonnes de dossiers. Une personne aussi jeune dans un commissariat ! C’est presque une enfant ! Le motif de sa présence ici m’intrigue. Nous sympathisons, elle me dit qu’elle s’appelle Myriam et qu’elle a seize ans.
Fin du 5° épisode
Double vie N°6 à 8
Double vie N°6 (Myriam)
Après une heure d’interrogatoire, le lieutenant me renvoie dans le même petit bureau. La jeune fille est toujours là, assise sur sa petite chaise inconfortable. Le lieutenant ouvre la porte.
--- Et moi ! Vous m’avez oubliez ? Ca fait plus de deux heures que j’attends ! Dit-elle. --- C’est mon collègue qui s’occupe de vous dit le Lieutenant, je ne peux rien faire !Vous désirez quelque chose ? --- Ouais, je veux me barrer d’ici ! N’ayant aucune envie de prolonger la discussion, le Lieutenant referme la porte. Nous revoilà tous les deux, comme auparavant. --- Font chier les flics ! Dit Myriam, qu’est-ce qu’ils en ont à foutre si je fais des tags! C’est pas à eux le métro! En plus, c’est de l’art et c’est ma façon de m’exprimer. --- C’est pour ça que vous êtes ici, c’est à cause des tags ? Dis-je. --- Ouais ! C’est pour ça ! De toute façon, j’ai pas le choix ! --- Vous n’avez pas le choix de quoi ? --- Oh, laisse tomber, je ne vais pas te raconter ma vie, mais j’ai pas le choix ! Et toi, qu’est-ce qu’ils te veulent les flics ? --- Ils me croient responsable de la disparition d’une personne qui n’existe pas, dis-je. --- C’est n’importe quoi ! Tu parles des cons ! La conversation se poursuit et je découvre, derrière cette fille au franc parler, une adolescente qui a mûri trop vite, poussée dans la rue par des conflits familiaux. Je suis une oreille docile et elle en profite. Elle tourne sans cesse autour d’un sujet que je n’arrive pas à cerner. Je pense que cela concerne son beau-père. --- Ah, Si seulement j’avais une piaule ! Même une petite… Ma vie serait transformée, je serais libre ! --- C’est pas possible dis-je, t’es même pas majeur ! --- On voit que tu sais pas ce que c’est ! Dit-elle. Se retrouver dehors en pleine nuit quand tu sais même pas où aller ! Moi, ça m’arrive souvent. Une idée me traverse l’esprit : elle pourrait dormir dans l’appart d’Elodie ? En fait, il est toujours inoccupé. J’hésite un instant, la regarde…Je ramasse une feuille de papier qui traîne et inscris mon numéro de téléphone et mon adresse. --- J’ai un petit appart qui est souvent libre, dis-je en lui tendant le papier, si ça t’arrive encore d’être dehors en pleine nuit, tu me passes un coup de fil et je te prête les clés pour la nuit. Mais, pas de connerie, tu me les ramènes le lendemain. --- Houa, c’est sympa ! Merci dit-elle. La porte s’ouvre : --- Monsieur Pelletier s’il vous plaît ! C’est le lieutenant, je le suis une nouvelle fois dans son bureau. Il s’installe devant son écran, m’ignore et lit en silence. Il a échangé son chewing-gum pour un cigare dont la fumée s’élève et embrume la lampe suspendue au-dessus de son bureau. Des cendres tombent à intervalles réguliers sur le clavier. Machinalement il souffle dessus, un nuage grisâtre tourbillonne et retombe sur le bureau. Soudain, comme s’il sortait d’une longue léthargie, il relève la tête de son ordinateur, prend une attitude hautaine et se donne un air important. --- Monsieur Pelletier, vous êtes libre de rentrer chez vous, dit-il. Madame Serine Lefranc s’est rétractée, ses déclarations à présent sont confuses. De notre côté, nous ne trouvons aucune trace de mademoiselle Elodie Lemaire. A ce demander si cette personne existe vraiment ! vous pouvez partir, vous êtes libre. Enfin je suis dehors, quel soulagement ! Je quitte le commissariat sans me faire prier, on ne sait jamais... Il y a longtemps que je n’ai pas éprouvé autant de plaisir à remonter la rue de Vaugirard, libre tout est plus beau, les vitrines sont plus lumineuses, les gens souriant, ça baigne ! Après avoir ouvert ma porte, Je vais direct à la salle de bain et me regarde dans la glace : Quelle gueule ! On dirait que mon coquard a encore grossi ! C’est pas demain que je pourrai faire revenir Elodie ! Je réalise à quel point mon petit jeu peut être dangereux. L’envie de tout arrêter me traverse l’esprit, mais non, j’ai encore le problème " Serine " ? Un mois s’est passé, mon boulot absorbe toute mon énergie. j’ai laissé Elodie de côté, manque de temps et avec mon coquard, je n’avais pas d’autre choix. Aujourd’hui c’est dimanche, pour me changer, je vais faire un tiercé au PMU. Assis à une table, concentré, je côche, note et rature en admirant la couleur ambrée de ma Chimay. Je fais mon tiercé avec la plus grande attention quand soudain, je reçois une tape dans le dos, je me retourne. --- Vous me reconnaissez ? C’est Max ! On s’est parlé longtemps à l’hôpital ? --- Bien sûre que je vous reconnais dis-je ! Vous allez mieux ? --- Ouais ! Je sais pas ce que j’ai eu, peut-être un gros coup de fatigue. --- Et votre travail ? Vous l’aviez perdu. Dis-je. --- J’ai été voir mon patron, je me suis excusé et il m’a réintégré dans la boite, je reprends le boulot la semaine prochaine. --- C’est une bonne nouvelle, et avec votre femme, ça s’arrange ? --- Avec Serine ? On voit que vous ne la connaissez pas ! Elle m’a tellement harcelé, nuit et jour que j’ai fini par céder, j’ai mis ma ferme en vente il y a trois jours ! Depuis, je passe mon temps ici, je me mine, je suis devenu le meilleur client de ce café ! J’espère que je ne vais pas continuer à sombrer, j’ai pas envie de retourner dans ce putain d’hôpital ! Elle a réussi ce qu’elle voulait, elle pourra se le payer son bel appart, sa grosse bagnole ! Mais moi, j’en ai rien à foute de tout ça ! Ah quel bordel ! Vendre ma ferme pour des conneries de femmes ! Dès qu’il prononce le nom "Serine ", des souvenirs remontent, une poussée de sang chaud parcourt mes veines tel un torrent d’amour et de haine. Je la hais pour son comportement mais j’ai de plus en plus la sensation que mon amour pour elle est intact. Quelle sensation étrange ! Je ne peux gommer de ma mémoire nos ébats amoureux, je sens encore la douceur de ses cuisses contre les miennes, le frottement de ses seins contre mon corps… Et je me plais à rêver… --- Cela ne me regarde pas dis-je, mais à votre place, moi j’aurais pas cédé ! J’aurais tenu bon, que ça lui plaise ou non! C’est quand même à vous cette ferme ! --- Ya des copains ici qui disent comme vous ! Mais comprenez ! Moi je ne sais plus quoi faire, j’en ai marre des disputes tous les jours, c’est pas une vie ! --- Céder au chantage n’a jamais été une solution dis-je ! Réagissez ! Retournez chez le notaire et dites que vous avez changez d’avis. Votre femme va monter en rage ? Et alors ? Ce sera une première victoire pour vous. Un homme qui de toute évidence connaissait Max intervient. --- Monsieur à raison, dit-il en me tapotant légèrement l’épaule de son index, faut pas que t’écoutes ta femme elle va se barrer avec tout ton fric. Tu diras pas qu’on t’a pas prévenu ? --- Ouais ! Vous avez peut-être raison dit Max en saisissant son verre de rosé... Le téléphone me réveille alors que je viens juste de m’endormir. L’envie de ne pas répondre m’effleure, mais ma curiosité prend le dessus sur ma paresse. --- Ouais… Allô ! Allô ! Parlez ! Mais parlez merde ! --- Je… Je m’excuse de vous déranger à cette heure, je suis Myriam… On s’est rencontrés au commissariat ! --- Ah d’accord ! Qu’est-ce que je peux pour toi ? --- Vous m’aviez dis que vous pourriez me prêter un petit appart ? C’est juste pour cette nuit, je suis dehors. --- Tu as mon adresse je crois ? Tu es où en ce moment ? --- juste au pied de votre immeuble. --- Attends, je t’ouvre, monte. Myriam arrive à l’étage quand j’ouvre ma porte. J’ai du mal à reconnaître la jeune fille ardente et blagueuse du commissariat. Elle marche lourdement, toute recroquevillée, comme si elle voulait se faire petite, insignifiante. Elle lève la tête, son visage est rougi par les larmes, quelques bleus se forment sous ses yeux et elle saigne de la lèvre inférieure. J’ai à peine le temps de refermer la porte qu’elle se jette contre moi et se met à sangloter. Elle reste ainsi quelques instants. Le silence est plus fort que les mots, je ne lui pose aucune question. Tout en maintenant sa tête contre mon épaule, je la dirige vers le canapé ; elle s’affaisse comme une masse. Puis, ses sanglots ralentissent doucement laissant apparaître un visage désespéré. En reculant, je bute contre un objet, c’est une imposante valise en tissus, je ne l’avais même pas remarquée. --- Je m’excuse dit-elle, je vous embête, je voulais juste vous demander si je pouvais passer la nuit dans le petit appart dont vous m’aviez parlé au commissariat. Il est évident qu’elle vient de subir un traumatisme et je ne lui pose aucune question. Je m’interroge cependant sur la nécessité d’appeler un médecin ? Voyons d’abord ses plaies. --- Dans un premier temps, je vais m’occuper de ta lèvre, lui dis-je, et aussi te mettre de la pommade sur les parties bleues de ton visage. Je vais dans la salle de bain et ramène ma trousse à pharmacie. Elle contient un peu de tout, je sors une pommade à base d’arnica et en applique sur les parties rouge bleuté de son visage. Elle ne dit rien mais je suis persuadé que la douleur est intense. Ensuite je lui nettoie sa lèvre, j’essaie de mettre un pansement mais ça ne va pas. Elle me regarde et tente un léger sourire en guise de remerciement. --- Tu veux que j’appelle un médecin ? --- Non, dit-elle ça va aller et je vous ai assez dérangé, je suis vraiment navrée ! --- Tu parles ! Pour une fois que l’occasion m’est donnée de me rendre vraiment utile ! Je ne voudrais pas être indiscret, mais… Tu n’as pas d’autres blessures ? Sur ton corps je veux dire. --- Non, seulement au visage, et quelques coups aux jambes mais ça ne doit pas être bien grave. Elle se redresse, retire son pantalon doucement et le balance à terre. Des bleus de différentes grosseurs apparaissent sur ses deux jambes. Je lui passe le tube de pommade. --- Tu peux aller dans la salle de bain lui dis-je, tu seras plus à ton aise. --- Non, dit-elle, je vous ai assez dérangé, si votre proposition tient toujours, je vais me rendre dans votre petit appart. C’est à côté je crois ? --- Non, non, tu restes ici cette nuit, tu prendras ma chambre, moi je vais m’ouvrir le canapé. Tu as faim ? Bouge pas je te fais… Un chocolat, ça te dit ? --- Mais vous dérangez pas pour moi… Oui un chocolat, si vous voulez. Myriam boit son chocolat accompagné de céréales et termine avec deux yaourts. Je comprends, en plus la pauvre avait une terrible faim mais elle n’osait rien me demander. Il est plus d’une heure du matin quand nous nous couchons. Par contre, ce putain de canapé me fait un mal de dos pas possible! C’est quand même dommage de devoir passer la nuit dans ce canapé pourri alors qu’il y a un bon lit dans l’appart juste à côté ! Lundi matin. J’ai mon premier rendez-vous à onze heures et ça me laisse du temps. En général, je me lève tôt, c’est mon habitude, je voudrais parler avec Myriam avant de partir et voir dans quel état se trouve son visage et ses jambes. Je descends jusqu’à la boulangerie et prépare le petit déjeuné. Quand j’ouvre la porte de ma chambre, Myriam dort comme un bébé. En la voyant ainsi, je ne peux m’empêcher un léger sourire, je la sens heureuse. Pauvre fille ! Je pose le plateau sur la table de nuit. Elle dort si bien que j’hésite avant de la réveiller, mais il le faut. --- Myriam ! Myriam ! Réveille-toi. Myriam se retourne plusieurs fois, semble perdue. --- Où est-ce que je… Ah ! Je me souviens. Aïe, j’ai mal partout ! --- Regarde ! Je t’ai préparé un bon petit déjeuné. Dis-je. --- Wouha, c’est cool ! Vous êtes gentil ! Je peux vous dire " tu " ? --- bien sûr, appelle-moi Alex. --- Tu dois te demander ce qui m’est arrivée hier ? A propos je ne t’ai même pas remercié ! Ah je suis nulle ! --- Non, je ne te demande rien, si tu as envie de me dire quelque chose, te gêne pas, tu fais comme tu veux mais t’es pas obligé. --- je ressens le besoin de raconter ce qui m’est arrivée à quelqu’un, dit-elle. C’est trop lourd pour moi toute seule. Et elle commence ainsi… Fin du 6° épisode BOKAY Double vie N° 7 ( le portrait )
--- C’est de la faute de ma mère, dit Myriam, avant qu’elle ne rencontre Loïc, elle et moi, nous nous entendions à merveille, une sincère complicité nous unissait. Il n’était pas rare de nous voir au Resto ou au cinéma ensemble, comme deux copines. Puis elle ramena ce Loïc, un macho fainéant qui vit à ses crochets. Ma mère travaillant de nuit à l’hôpital comme infirmière, je restais seule dans ma chambre et Loïc dans le lit de ma mère. Tout se passa bien le premier mois, mais un soir, alors qu’il prenait sa douche, il me crie : Myriam ! Tu peux me passer un drap de bain, j’ai oublié d’en prendre un. Je vais donc chercher un drap de bain et je m’apprête à le poser sur la chaise toute proche quand soudainement il pousse la porte de la douche, son sexe en érection dans sa main. Tu veux pas me laver le dos, dit-il en souriant. En guise de réponse, j’ai pris le drap de bain que je tenais sous le bras et je lui ai balancé au visage en ajoutant qu’il n’était qu’un salaud. Il n’a pas insisté, mais depuis ce jour il n’a pas arrêté de me faire des avances. Je ne disais rien à ma mère, je ne voulais pas la rendre malheureuse, mais comme la situation devenait intenable pour moi, je quittais la maison tard le soir pour retrouver une bande de copains tagueurs. Parfois, je me faisais prendre et je me retrouvais au commissariat. Voyant qu’il n’arriverait pas à ses fins avec moi, Loïc changea de tactique, il me laissa tranquille mais fit venir une fille à la maison pendant que ma mère travaillait. Je la déteste, je les entendais s’envoyer en l’air pendant que ma mère bossait toute sa nuit à l’hôpital pour le nourrir. C’était insupportable, alors hier soir j’ai dit à cette salope ce que je pensais d’elle. Elle est montée dans une rage épouvantable, nous nous sommes insultés, puis elle s’est jeté sur moi comme une sauvage et m’a fait les bleus que tu vois sur mon visage. C’est à ce moment que je me suis souvenu que tu m’avais proposé un petit appart pour me dépanner.
--- Ta mère ne se rend compte de rien ? Dis-je étonné. --- Non, je ne comprends pas comment elle peut être aussi naïve ! En tous cas, moi j’en avais marre de cette situation ! A présent, je comprenais mieux Myriam, L’image de cette carapace agressive et dévergondée qu’elle se donnait au commissariat n’était qu’un rôle destiné à dissimuler sa solitude et sa détresse. Au fond, j’avais le sentiment qu’elle était une brave fille, débordante d’énergie, mais que son jeune âge rendait vulnérable. --- Et cette fille qui n’existait pas, ils ont fini par la retrouver ? Demande Myriam.
--- Tu veux dire, Elodie ? Oui, on l’a retrouvée. Dis-je. --- Je ne comprends rien, dit Myriam, comment a-t-on pu la retrouver si elle n’existe pas ? --- Ah, c’est compliqué dis-je, elle existe et elle n’existe pas en même temps ! Je ne peux pas t’en dire plus pour le moment. --- Mais tu ne l’as pas tué ? --- Non, je ne l’ai pas tué, dis-je. --- T’es toujours compliqué comme ça ? Demande Myriam. --- Peut-être qu’un jour je t’expliquerai, dis-je, mais pour le moment j’ai des dossiers à étudier sur mon ordinateur, j’ai mon premier rendez-vous à onze heures --- Myriam ! Tu es là ?
--- Oui, j’arrive, dit Myriam, sortant de la chambre en tenue de ménagère et un chiffon à la main. --- C’est toi qui a rangé l’appart comme ça ? --- Pourquoi, ça ne te plaît pas, dit-elle étonné. --- Mais si ça me plaît, mais je me demande comment tu fais, moi je passe quelque fois une journée entière à ranger et c’est loin d’être aussi propre ! --- Tu veux boire quelque chose demande Myriam. Je m’assieds, Myriam me sers un whisky et se prend un coca. Je regarde de tous côtés, j’ai l’impression de me trouver dans un autre appart, je n’en reviens pas. L’idée me traverse l’esprit que si j’avais une femme à la maison… Alors, je repense à Serine, toujours les mêmes images, je la vois là, présente le soir quand je rentre, m’attendant et me serrant de toutes ses forces dans ses bras. Cliché immédiatement remplacé par la Serine réelle, La calculatrice, celle qui n’eut aucun scrupule à me manipuler pour s’accaparer de l’argent de son mari. Mais ensuite, je lui cherche des excuses. C’est toujours comme ça, je ne peux m’empêcher de lui trouver des excuses, c’est plus fort que moi, c’est au-delà de ma volonté. --- Tu réfléchis ? Dit Myriam, t’as l’air ailleurs, une femme ? --- Oh ! Une vieille histoire… Voilà une semaine que Myriam s’est installée dans mon appart, sa compagnie ne me déplaît pas, elle est gaie, pleine de vie et je commence à m’habituer à sa présence, même un peu trop à mon goût. J’ai réussi à la convaincre de retourner au lycée et de reprendre contacte avec sa mère. Elle me dit se sentir bien ici et me demande si elle peut rester encore un peu. Je ne vais pas la mettre dehors maintenant, mais je commence à en avoir marre du canapé ! J’ai proposé à Myriam de s’installer dans mon petit appart, elle m’a répondu : " c’est comme tu veux, mais moi je préfère rester avec toi, si ça ne te dérange pas évidemment. J’ai répondu que ça ne me dérangeait pas. Alors, elle est restée. --- Tu va enfin faire la connaissance d’Elodie, dis-je à Myriam, elle vient demain à Paris et passe me dire bonjour. --- Ah ! Elle existe donc cette Elodie ? Dit Myriam. --- Tu vas la voir en chair et en os, mais c’est pas la preuve qu’elle existe, lui dis-je. --- T’es chiant, je ne comprends rien à cette histoire ! Le lendemain soir, je vais à mon deuxième appart en passant par l’autre entrée, je me maquille, me déguise en Elodie et je frappe chez moi. --- Bonjour mademoiselle, je suis Elodie, une amie d’Alex… dis-je --- Moi, c’est Myriam, dit-elle, j’habite chez Alex depuis près de deux semaines, il a accepté de m’héberger… enfin il vous a peut-être racontez ? --- Oui, il m’a raconté, dis-je. --- Vous existez donc ! Ah, si vous saviez qu’elle suspens Alex entretient autour de vous ? Je n’y comprends rien. --- Au fait, Alex n’est pas là ? Demandais-je. --- Non, dit Myriam, il n’est pas encore rentré. --- Alors en attendant, si vous le permettez, je vais me refaire une petite beauté dans la salle de bain, dis-je. --- Je vous en pris, dit Myriam. Je ferme la porte de la salle de bain à clé et je recommence le même travail à l’envers, démaquillage, autres vêtements, et Elodie redevient Alex. C’est ainsi que je sors de la salle de bain, Myriam me regarde, elle pose une main sur la table, j’ai l’impression qu’elle va tomber ou s’évanouir. --- Tu étais là ! Je ne t’ai pas vu rentrer ! --- Oui, je suis là et Elodie est là aussi, dis-je, regarde. Je sors la perruque blonde d’Elodie que je cachais derrière mon dos, je la pose sur ma tête et je prends ma voix féminine. --- Elodie est là aussi ! dis-je Myriam n’en croit pas ses yeux, elle me regarde fixement, m’inspecte de bas en haut. --- Tu… Tu fais… C’est toi qui fait Elodie ! Elodie c’est toi ! Ah, je comprends maintenant. --- Oui, c’est mon secret, tu es la seule à connaître, et maintenant que tu sais, je vais te raconter toute mon histoire et mon truc des deux apparts. Je raconte tout à Myriam, je fais pivoter le meuble de bibliothèque et lui fais découvrir l’autre appartement. Myriam n’en revient pas, je la sens comme à l’intérieur d’un roman policier. Ah ben ça alors ! Répète-t-elle à plusieurs reprises. Myriam s’installe dans le deuxième appart et je récupère mon lit, c’est pas du luxe, marre du canapé ! Elle a l’appart pour elle toute seule, je trouve que c’est mieux, ainsi elle dispose de plus d’intimité. Cependant, je mets deux conditions, je lui demande de toujours sortir dans la petite rue, sa présence ici ne regarde pas les locataires de mon immeuble et de ne pas ramener de copain. Une semaine s’est écoulée, Myriam a repris le lycée mais ne montre pas d’empressement à s’installer dans le petit appart, elle laisse la bibliothèque ouverte, ce qui fait que les deux logements communiquent. En fait, elle n’utilise son petit appart que pour dormir ; je n’aime pas la solitude ! Dit-elle. Une vie routinière s’installe peu à peu, mais ce soir, en ouvrant la porte, une forte odeur de peinture me prend à la gorge. --- Tu fais de la peinture Myriam ? Qu’est-ce ça pu ! Tu repeins encore les portes ? --- Non, pas du tout, mais tu vas peut-être me gronder, dit-elle, j’ai pris ton nécessaire à peinture à l’huile, je t’ai piqué une toile et je barbouille. --- Non, ça ne me dérange pas, dis-je, en ce moment je n’ai pas le temps de peindre. Fais voir un peu ton chef-d’œuvre ! Je suis Myriam, elle a installé mon chevalet dans le salon de mon deuxième appart, celui qu’elle occupe. En voyant tous mes tubes de peinture disposés en vrac sur la table, j’ai envie de la crier, mais je regarde sa toile et ma respiration se coupe, je suis comme paralysé. --- J’ai fait ce que j’ai pu, dit-elle, tu trouves que c’est bien ? --- J’ouvre grand mes yeux, je regarde Myriam, puis à nouveau le tableau. Serine ! Myriam est en train de peindre le portrait de Serine, il n’est pas terminé, mais aucun doute n’est possible, c’est bien le portrait de Serine ! --- Alors ? Dis quelque chose, reste pas planté comme ça, t’as jamais vu un portrait ? Ca te plaît pas ? BOKAY fin du 7° épisode Double vie N°8 (Adieu Serine) --- Si, si ! Le portrait me plaît, mais où as-tu pris le model ? Dis-je. --- Ah ! C’est Serine, la femme qui habite l’appartement du dessous, pourquoi, tu la connais ? Demande Myriam. --- Oui, dis-je, je la connais. --- Moi, je la trouve très sympathique dit Myriam, nous parlons parfois ensemble, un peu de tout. Un jour, nous en venons à parler " peinture ", je lui dis que j’étudie le dessin et la peinture depuis l’âge de huit ans et que ma spécialité c’est le portrait. Elle me demande alors si je serais capable de peindre son portrait. Je lui dis que je le ferais volontiers si j’avais mes peintures. Hors, ce matin, par hasard en faisant du rangement, je découvre tes peintures et tes toiles. Je demande à Serine si elle est toujours d’accord pour le portrait. Enthousiaste, elle accepte et vient sur-le-champ. Elle pose toute la matinée et l’ après-midi. Voilà mon travail, mais je n’ai pas terminé, elle doit revenir encore une ou deux fois. --- Tu ne m’avais pas dit que tu étais aussi douée en peinture! Dis-je. Tu sais, moi aussi à une époque j’ai peint énormément, mais je faisais surtout du non figuratif. --- Je sais dit-elle, j’ai vu deux de tes toiles, elles me plaisent beaucoup. Et pour mon portrait, tu trouves qu’il est ressemblant, toi qui la connais ? --- Oui, très ressemblant, tu possèdes un véritable don artistique. --- Tu me prenais pour une idiote, une gourde ? --- Mais non, dis-je, …Tu veux pas me verser un whisky ? Je suis sur le point de lui raconter mon aventure avec Serine, de lui dire à quel point je l’ai aimé et je l’aime encore, mais finalement, non, je préfère garder mon secret quelque temps encore. La discussion se poursuit sur le même thème : la peinture. --- J’ai commencé à peindre en Bretagne, à Carnac, dit-elle, pendant mes vacances. --- Tu connais Carnac ? Dis-je étonné. --- Oui, nous y allions tous les ans avec ma mère avant qu’elle ne rencontre ce fainéant de Loïc. --- Eh bien je vais te faire une confidence, dis-je, c’est à Carnac que j’ai les plus beaux souvenirs de ma vie. J’y avais rencontré une fille absolument extraordinaire, d’une beauté époustouflante, probablement trop belle pour moi car nous nous sommes aimés le temps d’un été. Nous nous sommes vus quelques mois à Paris et subitement, sans raison apparente, elle n’a plus donné signe de vie. Tu peux pas savoir comme j’ai pleuré ! Enfin, des vieilles histoires, mais quand même, ça fait mal. Surtout le manque d’explication, je n’ai jamais su pour quelle raison elle m’avait quitté. --- Ah, pauvre chou ! Dit Myriam en se fichant de moi, t’en a retrouvé d’autres depuis ! --- Te moque pas ! C’est sérieux ! Dis-je. T’as déjà aimé vraiment, toi ? --- J’en sais rien, si l’année dernière j’étais amoureuse de mon prof d’histoire géo. Mais c’était… comment on dit… Platonique. Serine est venue poser les deux jours suivant, le portrait est presque terminé, juste quelques petites retouches, il est magnifique. Oui, c’est très ressemblant, trop à mon goût, j’ai l’impression d’avoir la femme que j’aime devant mes yeux ! Si Myriam avait voulu me faire mal elle n’aurait pas trouver mieux ! J’arrête pas de ruminer : M’aime-t-elle, ou ne suis-je que l’instrument de son projet diabolique ? Tout n’est pas très clair dans ma tête, deux sentiments contradictoires se bousculent et je ne sais encore lequel prendra le dessus. J’en suis là quand trois jours plus tard, en rentrant chez moi, je constate une animation inhabituelle dans la rue. Une voiture de police stationne à l’angle de ma rue et de nombreux badauds discutent sur le trottoir. Je monte à mon appart, Myriam est assise sur le canapé, la tête dans ses mains, elle pleure bruyamment. --- Myriam ! Qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qui se passe ? --- C’est Serine…Elle s’est battue avec son mari, elle à reçu un coup de couteau. Le SAMU l’a emmené à l’hôpital. Je regarde Myriam, la bouche à demi ouverte, les yeux fixes et inexpressifs. Les bras me tombent. --- Elle est pas morte ? Dis-je. --- Je ne pense pas dit-elle, mais elle a perdu beaucoup de sang. T’as l’air drôlement affecté ? Tu la connais vraiment bien ? --- Je l’aime. Myriam fait de son mieux pour me rassurer et me raconte ce qui c’est passé. Elle me dit que le marri de Serine hurlait comme un fou, qu’il parlait de ferme et de champs et qu’elle le traitait de tous les noms. Puis qu’un voisin a probablement appelé la police et lorsqu’elle est arrivée, Serine était allongée sur le sol, A ses côtés, son marri pleurait et répétait sans arrêt : " C’est pas possible ! C’est pas possible ". --- J’ai presque tout vu et tout entendu, dit Myriam, dès que les policiers sont arrivés, j’ai descendu quelques marches. Son marri a été emmené par la police… Tu m’avais pas dit que tu l’aimais ! Et son portrait qui est encore ici ! Je devais lui porter demain. Maintenant… Je réussis à savoir où Serine est hospitalisé et je m’y rends avec Myriam. Je demande de ses nouvelles à l’accueil, mais ne reçois aucune réponse. " Elle est en salle d’opération, on vous préviendra dès qu’elle en sortira ". C’est tout ce qu’on a voulu me dire. Je suis assis sur un long banc en métal, il est froid. Myriam fait les cents pas dans le couloir, s’assied quelques minutes à côté de moi, puis se relève et marche à nouveau. Moi je rumine, me pose sans cesse la seule et unique question qui vaille en ce moment : va-t-elle s’en sortir ? Cette attente est interminable. Et cette atmosphère de mort qui règne et qui rôde le long des couloirs mornes et froids ! On dirait que ce triste décore n’est qu’une préparation à la terrible nouvelle que je redoute. Aux murs, des tableaux de mauvais goûts à prédominance bleue ont été placés au hasard, sans aucun souci esthétique. Mes yeux se fixent sur eux, les captent. Des membres du personnel soignant passent devant moi sans même me jeter un regard, comme si je n’existais pas, insignifiant à leurs yeux. Puis, un groupe de personnes en blouses vertes apparait à l’extrémité du couloir. Probablement des médecins. Leur marche est lourde et lente. Lorsqu’Ils arrivent à ma hauteur, l’un d’entre eux se détache du groupe et vient vers moi. --- Vous êtes de la famille ? --- Oui, !Dis-je en me levant. Je le regarde fixement, son visage impassible m’impressionne. Le temps semble figé. Je le sens mal à l’aise, ne sachant par où commencer. --- Nous avons fait notre possible, nous avons lutté pendant trois heures en la maintenant en vie artificiellement, mais… elle avait perdu trop de sang, il était impossible de la sauver. Je me sens vidé, mes jambes me lâchent, je retombe lourdement sur le banc métallique. Je sens le bras de Myriam autour de mon cou, elle ne dit rien. Me voyant trembler, une infirmière me demande si je veux quelque chose pour me calmer. J’accepte. Fin du 8° épisode BOKAY
Je quitte l’appart à dix heures trente, j’ai pas de temps à perdre, j’ai quatre rendez-vous dans la journée. Le soir, je rentre épuisé, que des clients emmerdants ! En ouvrant la porte, je crois me tromper d’étage. Moi qui ai l’habitude de laisser mon appart dans un indescriptible désordre, tout est impeccable. Les chaises sont libres et bien rangées, le sol brille et sent la cire, Je suis vraiment épaté !
Double vieN° 9 (la piscine)
Une semaine s'est écoulée depuis la décès de Serine. Le plus dûr a été la cérémonie funèbre. Il y avait peu de monde, Max, son mari, n'a pas eu l'autorisation d'assister à l'enterrement. l'assassina de Sérine m'a fuchu un coup terrible! Comme si on m'avait arraché une partie de moi-même! Heureusement, Myriam est là! Elle me soutient du mieux qu'elle peut, et surtout, elle me secoue. J'ai ce terrible penchant à me laisser aller lorsque les choses vont mal et de me complaire dans ma peine. Mais avec Myriam, pas question! Son dynamisme remue et secoue tout ce qui gravit autour d'elle.
C'est pas mon habitude de faire des cadeaux, mais pour remercier Myriam, je lui achette un petit truc: un T-shirt que j'ai repairé rue de Rivoli. Le soir, je rentre à mon appart, mon petit cadeau sous le bras. Myriam est là, elle m'ouvre la porte et sans même prêter attention au paquet paquet que je tiens, elle me saute au cou.
--- Tu peux pas savoir comme je suis heureuse! Dit-elle. C'est formidable!
Moi, je reste perplexe! Elle n'a donc jamais reçu de cadeau? et elle continue:
--- Oui, c'est formidable! j'ai une nouvelle extraordinaire, hypersuper à t'annoncer!
--- Eh ben! Dis... Si c'est si bien que ça!
--- Ma mère a viré ce fainéant, ce salop de Loïc! C'est pas une bonne nouvelle?
--- Si, si! Dis-je, c'est une bonne nouvelle, mais je ne me sens pas vraiment concerné, ce Loïc, moi je ne le connaissais pas.
--- Puisque je te dis que c'est une ordure! Ce salop, il voulait me sauter, mais plutôt crever que de coucher avec l'ami de ma mère! Et en plus, c'était un fainéant de la pire espèce... C'est pour moi?
--- Oui, j'ai trouvé cette petite chose, regarde, si ça te plaît pas, j'irai le changer...
--- Whoua! C'est super! T'as bon goût! Je vais le passer.
C'est vrai que ça lui va bien, elle est ravissante! Ce n'est qu'une petite chose, mais visiblement, ça lui fait plaisir!
--- Demain, moi aussi, je te fais une surprise, dit Myriam.
--- Ah, et c'est quoi? dis-je.
--- Idiot! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise! juste une précision, faut pas te lever tard.
Bien que ce soit dimanche, je me lève assez tôt, surprise oblige. Myriam vient me retrouver dans la cuisine et nous déjeunons ensemble.
--- Maintenant que Loïc est parti de chez vous, qu'est-ce que tu vas décider? Tu retournes vivre avec ta mère ou tu...
--- Eh! T'en as marre de moi, toi aussi tu veux me virer?
--- Non Myriam, je ne dis pas ça pour que tu partes, c'est tout le contraire, c'est parce que j'ai peur que tu partes. j'ai pas envie de me retrouver tout seul chaque soir.
--- T'as qu'à te trouver une femme... Oh excuse-moi, ça m'a échappé, j'avais déjà oublié.
--- C'est pas grave... Et ta surprise!
--- Ce matin, je vais à la piscine, dit Myriam et tu viens avec moi. Tu m'as bien dit que tu adorais nager?
--- Oui, c'est possible, en tout cas j'aime la piscine mais en ce moment, j'ai pas trop le goût.
--- Justement, dit Myriam, ça va te changer les idées.
Pour faire plaisir à Myriam, je l'accompagne à la piscine. Nous arrivons les premiers, le bassin pour nous deux.
--- Aller! Vient! On va voir si t'es en forme, dit-elle.
--- Ca m'étonnerais que tu me battes, dis-je. Tiens! Si tu arrive avant moi, je te paie la pizzeria à midi! OK?
Je me donne à fond mais le manque d'exercice se fait sentir et je vois Myriam qui me prend un mètre, puis deux! Je suis un peu déçu, mais malgré la cuissante défaite, j'ai l'impression d'avoir rajeuni de quinze ans.
--- Alors t'es rouillé? faut venir plus souvent! Dit Myriam.
Nous sortons de l'eau, je me dirige vers le plongeoire et Myriam me suit.
--- Bouge pas, fait voir! dit-elle. T'as une tache marron sur la hanche! exactement comme moi et au même endroit!
--- Certainement que ta mère en a une aussi, dis-je.
--- Non, elle n'en a pas!
--- Alors, c'est ton père, en général, ces trucs c'est héréditaires, et on est pas les seuls, il y a une quantité de gens qui ont des taches sur la peau.
--- Mon père, je le connais pas! Comment veux-tu que je sache? Elle m'a juste dit, une fois qu'elle était en colère:" pas étonnant que tu sois aussi têtu, t'as été fabriquée en Bretagne! C'est tout ce que je sais. Avec ça?
Comme promis, j'emmène Myriam à la pizzéria. Moi, j'ai pas trop envie, mais chose promise....Depuis hier, c'est à dire depuis qu'elle sait que sa mère à viré Loïc, je la sens plus heureuse. Pendant le repas, Elle me parle surtout de sa mère. Elle lui trouve beaucoup de qualités.
--- Je sais que c'est pour moi qu'elle travaille la nuit, à cause du salaire. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais rencontré un type bien! Elle a dû être vachement jolie quand elle étais jeune! Et même maintenant, il y en a des hommes qui lui tourne autour! Quand je lui pose la question, elle me répond immanquablement:" le seul homme que j'ai aimé, c'est ton père".
Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existence. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.
--- Je crève de faim, dit-elle, je me fais une omelette aux herbes, t'en veux une aussi?
--- C'est pas de refus, moi aussi j'ai un petit creux. Tu m'as pas repondu, ta mère veut pas que tu rentres à la maison?
--- Mais si elle veut bien! Elle m'a dit:" tu fais comme tu veux, du moment que tu ne fais pas de conneries et que tu travailles". En fait, je crois qu'elle culpabilise, la liberté qu'elle m'a laissée l'arrangeait, ça lui permettait de passer plus de temps avec Loïc. Maintenant, avec le recul elle craint que je lui jette à la figure comme un reproche. Enfin, c'est ce que je crois!
Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.
--- Tu veux en faire un palasse de mon appart! T'a invité Chirac à Manger?
--- Non, dit-elle, pas Chirac, mais on a de la visite.
--- Et je peux savoir qui?
--- Oui, si tu me promets de ne pas me crier? Dit-elle.
--- Un ami?
--- Non, j'ai invité ma mère à manger... Ce soir.
Ca ne me dérange pas qu'elle invite sa mère, depuis le temps qu'elle me parle d'elle! Mais aujourd'hui, ça ne m'arrange pas, après cette journée mouvementée, j'ai envie d'être tranquille. Comme pour se faire pardonner, elle me dit de m'asseoir et me prépare un punch. Bien calé dans mon fauteuil, j'examine mon nouveau portable quand la sonnette de la porte retentit.
--- C'est ma mère, dit Myriam, bouge pas je vais ouvrir.
Fin du 9° épisode.
Double vie N° 10 FIN
Myriam ouvre la porte. Par politesse et respect pour sa mère, je me lève de mon fauteuil.
---Bonjour M'man! Dit Myriam en sautant au cou de sa mère, je te présente Alex.
Je regarde la maman de Myriam, une jolie femme, taille moyenne et cheveux châtain. Mais les traits de son visage et son regard m'interpellent. Elle aussi, me regarde avec une certaine insistance, j'en suis presque gêné...
--- Excusez-moi, dit-elle j'ai l'impression de vous avoir déjà...Alex! Alex! Non, pas possible!
--- Lise? Tu es la mère de Myriam? Ca fait dix ou... non, plus, au moins douze ans qu'on s'est perdu de vu?
--- Non, plus, bientôt dix-sept! Le temps passe si vite! C'est donc chez toi qu'habite Myriam!
--- Oui, je lui prête le petit appart, à côté... Mais, assieds-toi. Quelle surprise!! Se retrouver après toutes ces années! Tu te souviens?
--- Oh Oui, je me souviens, comment pourrais-je oublier?
La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.
--- Tu vis donc seule à présent? Dis-je
--- Oui, dit-elle, je me suis séparé de mon ami "Loïc" et Myriam préfère rester chez toi pour l'instant... C'est ce qu'elle m'a dit.
--- T'as bien fait de le virer ce fainéant, dit Myriam!
--- En tout cas, félicitations, tu as une jolie fille, dis-je. Elle t'a raconté notre rencontre au commissariat?
--- Oui, je sais tout, Myriam me dit tout.
Le portable de Myriam sonne.
--- excusez-moi, dit-elle, c'est un copain.
Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.
--- Seize ans qu'on s'est quitté! Tu ne veux pas dire que Myriam...
--- Si !Et oui, Alex! Myriam est ta fille, ça ne fait aucun doute.
Cette révélation me fait l'effet d'un coup de massue sur la tête! Je me sens chavirer, abattu, anéanti et reste sans voix. Je ne sais même pas si je suis heureux ou en colère? En tout cas, je suis furieux que Lise me l'ait caché. Comment va-t-elle justifier son comportement? Mais Lise ne dit rien, elle semble éviter mon regard, je la sens gênée. Elle sait qu'elle va devoir affronter mes questions.
--- Et pourquoi ne m' as-tu rien dit?
--- Je pensais que c’était mieux. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais j'étais jeune. Je me rends compte que j'ai commis une erreur, mais que puis-je faire à présent? Ressasser le passé ne sert à rien.
--- Et Myriam, que lui as-tu dit de son père?
--- Rien. L'idée qu'elle se fait de son père est un assemblage de souvenirs que j'ai gardé de toi, mais rien de précis. Je me demande comment elle va le prendre quand elle apprendra la vérité? J'appréhende sa réaction.
--- Moi aussi je l'appréhende, dis-je, les choses auraient étés si simples si tu m'en avais parlé, on l'aurait élevé ensemble... Quel gâchis!
--- Justement, dit-elle, si j'ai agi de la sorte, c'est pour ne pas gâcher ta vie. Je me sentais responsable de ce cette grossesse et je voulais en assumer seule les conséquences.
--- Nous sommes responsables tous les deux, dis-je, moi autant que toi
Myriam revient dans le salon et nous mettons un terme à notre discussion.
--- Oh! Vous discutez bien tous les deux!, Dit Myriam... Vous vous connaissez depuis longtemps?
--- Oui, dit Lise nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons passé des vacances ensemble, en Bretagne.
--- Décidément, la Bretagne ça te réussit! Dit Myriam. C'est pas là que tu avais rencontré mon père... Tu sais m'man, j'ai eu de la chance de rencontrer Alex, quelquefois on s’engueule, mais je crois que sans lui, je m’ennuierais ou alors, je ferais des bêtises.
--- J'ai rencontré Alex en Bretagne il y a dix-sept ans, dit Lise.
--- Ah! il devait être mignon à cette époque! Dit Myriam en me regardant.
--- Pourquoi? Tu me trouves moche Aujourd'hui? Dis-je.
--- Mais? J'y pense! Dit Myriam, tu pourrais être mon père alors?
Myriam lance cela comme une boutade, une sorte de phrase toute faite. Mais la question va droit au cœur de sa mère qui ne réussit pas à cacher son émotion. Lise me regarde, son visage se cristallise, son teint blanchit. Je la regarde avec la même intensité et un long silence s'installe.
--- Ben, alors! J'ai dit une connerie? Dit Myriam. Qu'est-ce que vous avez tous les deux? Vous me cachez quelque chose?
Myriam nous regarde à tour de rôle. Ses yeux cherchent une réponse, l'expression de son visage devient grave, se fige et nous écrasent. Notre silence répond à la question qui lui brûle les lèvres.
--- Oui! Dit Lise, Alex est ton père!
Jamais Je n'ai vu Myriam avec de tels yeux. J’ai l'impression d'avoir une étrangère en face de moi. Pendant quelques secondes elle reste de marbre, puis les commissures de ses lèvres se relèvent lentement, son visage s’illumine, ses yeux pétillent et un immense sourire envahit son visage. Alors, d'un bond, elle s'élance et plonge dans mes bras. Elle se cale dans le creux de mon épaule et éclate en sanglots.
--- J'ai un père! J'y crois pas, je rêve! Toute ma vie je t'ai attendu. Mais tu es là! Tu ne peux savoir comme je suis heureuse, je suis comme tout le monde maintenant, j'ai un père! Mais depuis combien de temps sais-tu que je suis ta fille?
--- Oh! Depuis très peu de temps, cinq minutes tout au plus, je n'en reviens pas non plus! J'ai une fille! Allez, champagne!
Je vais chercher une bouteille et je pose trois coupes sur la table de salon. Myriam ne maîtrise plus ses émotions, elle pleure et rit en même temps avant de disparaître dans les bras de sa mère. Cette émotion extrême s'évacue peu à peu dans les larmes qui coulent sur nos joues. Que d'événements en une journée! Comment la vie peut-elle réserver de pareilles surprises alors qu'on se croit installé dans une éternelle routine! Moi aussi, je me sens heureux, je m'y étais attaché à cette gamine! j'étais déjà un peu son père adoptif. Un jour, elle m'a même dit: " c'est con la vie"! Surpris, je lui ai demandé: "pourquoi"? Parce que je suis trop jeune pour être ta femme et je ne peux pas être ta fille" m'a-t-elle répondu! Ce jour-là, elle m'avait vraiment touché.
--- Aller! on passe à table, dit Myriam. Pour la première fois de ma vie, j'invite mon père à manger! On est comme une vraie famille! Je peux t'appeler Papa?
trois semaines plus tard. En octobre
Nous profitons des derniers beaux jours pour faire une promenade au parc, tous les trois. Les arbres se dépouillent de leurs parures automnales et les feuilles mordorées virevoltent, puis tourbillonnent sur le sol. Nous sommes assis sur un banc, juste en face d’un bassin. Le soleil se faufile entre les arbres partiellement dénudés et lance de longues ombres sur les pelouses tachées. Près de nous, des gamins ramassent des marrons et les lancent en direction du bassin. Ils visent un petit bateau qu'ils font naviguer sur l'eau, entre les feuilles mortes et les brindilles. Est-ce cela le bonheur? Autour du bassin, une petite fille promène son bébé dans son landau. Lise et moi la regardons. Nous avons certainement la même pensée: dans cette enfant, nous imaginons Myriam petite. Tout ce bonheur perdu à jamais... toutes ces joies que nous aurions pu partagées ensemble.
--- Tu te souviens, Lise de ce petit café à Carnac où nous prenions toujours notre café, comment s'appelait-il déjà?
--- Il s'appelait: "Chez Myriam".
Mais tout en parlant, Lise me tient la main, de la même façon qu'autrefois, juste le bout des doigts, comme en Bretagne.
--- Eh! Eh! dit Myriam, je vous y prends vous deux!
--- Et tu n'es pas au bout de tes surprises, ma fille, à partir de demain, nous habitons ensemble, tous les trois, dit Lise.
--- Bientôt, vous parlerez mariage à ce rythme! Qu'est-ce que vous voulez comme cadeau de noce? Demande ironiquement Myriam.
--- Oh! Ca, nous l'avons déjà, dis-je, notre cadeau c'est toi.
http://bokay.over-blog.org/ BOKAY
Double vieN° 9 (la piscine)
Une semaine s'est écoulée depuis la décès de Serine. Le plus dûr a été la cérémonie funèbre. Il y avait peu de monde, Max, son mari, n'a pas eu l'autorisation d'assister à l'enterrement. l'assassina de Sérine m'a fuchu un coup terrible! Comme si on m'avait arraché une partie de moi-même! Heureusement, Myriam est là! Elle me soutient du mieux qu'elle peut, et surtout, elle me secoue. J'ai ce terrible penchant à me laisser aller lorsque les choses vont mal et de me complaire dans ma peine. Mais avec Myriam, pas question! Son dynamisme remue et secoue tout ce qui gravit autour d'elle.
C'est pas mon habitude de faire des cadeaux, mais pour remercier Myriam, je lui achette un petit truc: un T-shirt que j'ai repairé rue de Rivoli. Le soir, je rentre à mon appart, mon petit cadeau sous le bras. Myriam est là, elle m'ouvre la porte et sans même prêter attention au paquet paquet que je tiens, elle me saute au cou.
--- Tu peux pas savoir comme je suis heureuse! Dit-elle. C'est formidable!
Moi, je reste perplexe! Elle n'a donc jamais reçu de cadeau? et elle continue:
--- Oui, c'est formidable! j'ai une nouvelle extraordinaire, hypersuper à t'annoncer!
--- Eh ben! Dis... Si c'est si bien que ça!
--- Ma mère a viré ce fainéant, ce salop de Loïc! C'est pas une bonne nouvelle?
--- Si, si! Dis-je, c'est une bonne nouvelle, mais je ne me sens pas vraiment concerné, ce Loïc, moi je ne le connaissais pas.
--- Puisque je te dis que c'est une ordure! Ce salop, il voulait me sauter, mais plutôt crever que de coucher avec l'ami de ma mère! Et en plus, c'était un fainéant de la pire espèce... C'est pour moi?
--- Oui, j'ai trouvé cette petite chose, regarde, si ça te plaît pas, j'irai le changer...
--- Whoua! C'est super! T'as bon goût! Je vais le passer.
C'est vrai que ça lui va bien, elle est ravissante! Ce n'est qu'une petite chose, mais visiblement, ça lui fait plaisir!
--- Demain, moi aussi, je te fais une surprise, dit Myriam.
--- Ah, et c'est quoi? dis-je.
--- Idiot! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise! juste une précision, faut pas te lever tard.
Bien que ce soit dimanche, je me lève assez tôt, surprise oblige. Myriam vient me retrouver dans la cuisine et nous déjeunons ensemble.
--- Maintenant que Loïc est parti de chez vous, qu'est-ce que tu vas décider? Tu retournes vivre avec ta mère ou tu...
--- Eh! T'en as marre de moi, toi aussi tu veux me virer?
--- Non Myriam, je ne dis pas ça pour que tu partes, c'est tout le contraire, c'est parce que j'ai peur que tu partes. j'ai pas envie de me retrouver tout seul chaque soir.
--- T'as qu'à te trouver une femme... Oh excuse-moi, ça m'a échappé, j'avais déjà oublié.
--- C'est pas grave... Et ta surprise!
--- Ce matin, je vais à la piscine, dit Myriam et tu viens avec moi. Tu m'as bien dit que tu adorais nager?
--- Oui, c'est possible, en tout cas j'aime la piscine mais en ce moment, j'ai pas trop le goût.
--- Justement, dit Myriam, ça va te changer les idées.
Pour faire plaisir à Myriam, je l'accompagne à la piscine. Nous arrivons les premiers, le bassin pour nous deux.
--- Aller! Vient! On va voir si t'es en forme, dit-elle.
--- Ca m'étonnerais que tu me battes, dis-je. Tiens! Si tu arrive avant moi, je te paie la pizzeria à midi! OK?
Je me donne à fond mais le manque d'exercice se fait sentir et je vois Myriam qui me prend un mètre, puis deux! Je suis un peu déçu, mais malgré la cuissante défaite, j'ai l'impression d'avoir rajeuni de quinze ans.
--- Alors t'es rouillé? faut venir plus souvent! Dit Myriam.
Nous sortons de l'eau, je me dirige vers le plongeoire et Myriam me suit.
--- Bouge pas, fait voir! dit-elle. T'as une tache marron sur la hanche! exactement comme moi et au même endroit!
--- Certainement que ta mère en a une aussi, dis-je.
--- Non, elle n'en a pas!
--- Alors, c'est ton père, en général, ces trucs c'est héréditaires, et on est pas les seuls, il y a une quantité de gens qui ont des taches sur la peau.
--- Mon père, je le connais pas! Comment veux-tu que je sache? Elle m'a juste dit, une fois qu'elle était en colère:" pas étonnant que tu sois aussi têtu, t'as été fabriquée en Bretagne! C'est tout ce que je sais. Avec ça?
Comme promis, j'emmène Myriam à la pizzéria. Moi, j'ai pas trop envie, mais chose promise....Depuis hier, c'est à dire depuis qu'elle sait que sa mère à viré Loïc, je la sens plus heureuse. Pendant le repas, Elle me parle surtout de sa mère. Elle lui trouve beaucoup de qualités.
--- Je sais que c'est pour moi qu'elle travaille la nuit, à cause du salaire. Je ne comprends pas pourquoi elle n'a jamais rencontré un type bien! Elle a dû être vachement jolie quand elle étais jeune! Et même maintenant, il y en a des hommes qui lui tourne autour! Quand je lui pose la question, elle me répond immanquablement:" le seul homme que j'ai aimé, c'est ton père".
Nous rentrons à l'appart, Myriam repart aussitôt, elle a rendez-vous avec des copains. Moi j'allume la télé, les images défilent mais je ne vois rien. J'essaie d'être lucide et je me rends compte que cette double vie ne mène à rien de constructif, que la présence de Myriam ne fait que prolonger une situation sans issu. Tant qu'elle est là, je ne suis pas seul, mais le fait qu'elle puisse partir m'angoisse. La peur de la solitude. Oui, c'est bien ça mon problème! Cette même peur qui me poussa à me dédoubler, à vouloir vivre deux vies alors que je suis incapable d'en vivre une seule pleinement. La mort de Serine m'a ouvert les yeux sur ma propre existence. J'ai l'impression d'être au bord d'un pécipice qui a Myriam pour seul rempart. Mais qui est-elle? une fille un peu paumée que j'ai ramassée, comme ça hasard de la vie, et qui est libre de partir demain sans explication. Je continue de ruminer tout l'après-midi, mais en soirée, je décide de me bouger, je me fais un ciné. Quand je rentre vers onze heures, Myriam est dans la cuisine.
--- Je crève de faim, dit-elle, je me fais une omelette aux herbes, t'en veux une aussi?
--- C'est pas de refus, moi aussi j'ai un petit creux. Tu m'as pas repondu, ta mère veut pas que tu rentres à la maison?
--- Mais si elle veut bien! Elle m'a dit:" tu fais comme tu veux, du moment que tu ne fais pas de conneries et que tu travailles". En fait, je crois qu'elle culpabilise, la liberté qu'elle m'a laissée l'arrangeait, ça lui permettait de passer plus de temps avec Loïc. Maintenant, avec le recul elle craint que je lui jette à la figure comme un reproche. Enfin, c'est ce que je crois!
Le lendemain, la journée commence mal, je me fais piquer mon portable alors que je prends un petit noir à la terrasse d'un café. De ce fait, je perds tous mes numéros de téléphone et je ne peux plus bosser. Le temps d'en racheter un et de recupérer toutes les informations que j'ai perdu, le soir arrive et j'ai rien foutu! Je rentre donc de mauvaise humeur à mon appart, Myriam nettoie l'appart, il est plus propre que jamais.
--- Tu veux en faire un palasse de mon appart! T'a invité Chirac à Manger?
--- Non, dit-elle, pas Chirac, mais on a de la visite.
--- Et je peux savoir qui?
--- Oui, si tu me promets de ne pas me crier? Dit-elle.
--- Un ami?
--- Non, j'ai invité ma mère à manger... Ce soir.
Ca ne me dérange pas qu'elle invite sa mère, depuis le temps qu'elle me parle d'elle! Mais aujourd'hui, ça ne m'arrange pas, après cette journée mouvementée, j'ai envie d'être tranquille. Comme pour se faire pardonner, elle me dit de m'asseoir et me prépare un punch. Bien calé dans mon fauteuil, j'examine mon nouveau portable quand la sonnette de la porte retentit.
--- C'est ma mère, dit Myriam, bouge pas je vais ouvrir.
Fin du 9° épisode.
Double vie N° 10 FIN
Myriam ouvre la porte. Par politesse et respect pour sa mère, je me lève de mon fauteuil.
---Bonjour M'man! Dit Myriam en sautant au cou de sa mère, je te présente Alex.
Je regarde la maman de Myriam, une jolie femme, taille moyenne et cheveux châtain. Mais les traits de son visage et son regard m'interpellent. Elle aussi, me regarde avec une certaine insistance, j'en suis presque gêné...
--- Excusez-moi, dit-elle j'ai l'impression de vous avoir déjà...Alex! Alex! Non, pas possible!
--- Lise? Tu es la mère de Myriam? Ca fait dix ou... non, plus, au moins douze ans qu'on s'est perdu de vu?
--- Non, plus, bientôt dix-sept! Le temps passe si vite! C'est donc chez toi qu'habite Myriam!
--- Oui, je lui prête le petit appart, à côté... Mais, assieds-toi. Quelle surprise!! Se retrouver après toutes ces années! Tu te souviens?
--- Oh Oui, je me souviens, comment pourrais-je oublier?
La réapparition soudaine de Lise me perturbe, tout s'emmêle dans ma tête et le sens de sa phrase m'échappe. Lise? Je l'ai aimée plus que tout au monde. Je nous croyais uni par un amour indestructible et plus fort que tout, quand subitement et sans raison apparente, elle s’est retirée de ma vie et a disparu sans me donner d'explication. Ne comprenant pas ce silence, j'imaginais plusieurs scenari: accident, maladie, où la rencontre d'un autre homme? Je cherchais une explication. j'en ai beaucoup souffert et je n'admettais pas ce silence qui pour moi était synonyme de torture. Et sans cesse, la même question m'obsédait: pourquoi ce silence? Quelle en est la cause ou la raison? Avais-je commis une erreur ? Et maintenant, alors que cette époque se noyait dans l'oubli, voici le passé qui revient et ses souvenirs, vieux de seize ans, qui se bousculent et se superposent. Le lieu de notre rencontre, dans une petite rue de Carnac; la plage et le soleil, si chaud qu'il nous brûlait la peau; le petit bar où nous avions notre place...Tout cela me revient, vivant, concret. Par le fait du hasard, Lise réapparaît seize ans après sa disparition. Que dois-je penser? Je ne sais pas, je ne sais plus, alors maladroitement, je me contente de dire des banalité.
--- Tu vis donc seule à présent? Dis-je
--- Oui, dit-elle, je me suis séparé de mon ami "Loïc" et Myriam préfère rester chez toi pour l'instant... C'est ce qu'elle m'a dit.
--- T'as bien fait de le virer ce fainéant, dit Myriam!
--- En tout cas, félicitations, tu as une jolie fille, dis-je. Elle t'a raconté notre rencontre au commissariat?
--- Oui, je sais tout, Myriam me dit tout.
Le portable de Myriam sonne.
--- excusez-moi, dit-elle, c'est un copain.
Pour être tranquille, Myriam se rend dans l'appart d'à côté. Lise la suit des yeux, puis me regarde avec cet air particulier qui précède l'annonce d'une nouvelle importante. Soudain, mon esprit à retardement se débloque.
--- Seize ans qu'on s'est quitté! Tu ne veux pas dire que Myriam...
--- Si !Et oui, Alex! Myriam est ta fille, ça ne fait aucun doute.
Cette révélation me fait l'effet d'un coup de massue sur la tête! Je me sens chavirer, abattu, anéanti et reste sans voix. Je ne sais même pas si je suis heureux ou en colère? En tout cas, je suis furieux que Lise me l'ait caché. Comment va-t-elle justifier son comportement? Mais Lise ne dit rien, elle semble éviter mon regard, je la sens gênée. Elle sait qu'elle va devoir affronter mes questions.
--- Et pourquoi ne m' as-tu rien dit?
--- Je pensais que c’était mieux. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais j'étais jeune. Je me rends compte que j'ai commis une erreur, mais que puis-je faire à présent? Ressasser le passé ne sert à rien.
--- Et Myriam, que lui as-tu dit de son père?
--- Rien. L'idée qu'elle se fait de son père est un assemblage de souvenirs que j'ai gardé de toi, mais rien de précis. Je me demande comment elle va le prendre quand elle apprendra la vérité? J'appréhende sa réaction.
--- Moi aussi je l'appréhende, dis-je, les choses auraient étés si simples si tu m'en avais parlé, on l'aurait élevé ensemble... Quel gâchis!
--- Justement, dit-elle, si j'ai agi de la sorte, c'est pour ne pas gâcher ta vie. Je me sentais responsable de ce cette grossesse et je voulais en assumer seule les conséquences.
--- Nous sommes responsables tous les deux, dis-je, moi autant que toi
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